Carte postale [15]

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Rome, février 2011

Le fils du gardien de phare est tombé dans le panneau

Clet Abraham, 45 ans, fils de gardien de phare, artiste ayant étudié aux Beaux-Arts de Rennes et exposé à Nantes, Paris et dans plusieurs villes d’Italie, est finalement plus connu du grand public pour ses œuvres urbaines et drôles. Ce Breton vit à Florence depuis 2005, et c’est dans les grandes villes italiennes qu’il semble avoir le plus sévit à ce jour : la photo qui illustre cette note a été prise à Rome en février 2011.
Le principe est simple a priori, encore fallait-il y avoir pensé : il s’agit de détourner des panneaux de signalisation, à coup de stickers home-made et collés de nuit par l’artiste lui-même. Parfois, l’œuvre choque les bien-pensant, pour qui tout semblant d’attaque à leur croyance religieuse est considéré comme une haute trahison. Je préfère en rire. Une image a ainsi provoqué la colère, non pas divine, mais bien terrestre, de citoyens de Rome outrés par la transformation de panneaux indiquant une voie sans issue : cliquez ici pour voir de quoi il s’agit, rien de bien choquant, vous en conviendrez.
Ce matin, l’artiste a droit à un article dans Ouest-France. Article qui nous informe sur l’ampleur de l’œuvre (environ 5000 panneaux détournés à ce jour), la manière dont Clet Abraham gagne sa croûte (vente d’œuvres dans des galeries mais aussi d’objets dérivés dans sa propre boutique), les signes de son succès (non pas en euros mais en fans sur Facebook).

Le copier-coller ? c’est Commode !

La semaine dernière, je présentais ici-même un monument de l’antiquité romaine, en l’occurrence la colonne de Marc-Aurèle dont l’édification a été effectuée sous le règne de Commode. Or, notre Commode n’a fait qu’à copier : il existe une autre colonne du même style à Rome, déjà présente dans la ville depuis plus d’un demi-siècle lorsque Commode fait graver les guerres de son père sur du marbre. Cette autre colonne est celle de l’empereur Trajan, qui raconte sa lutte contre un peuple riverain du Danube, les Daces, et qui abrite en prime les cendres dudit empereur. Elle a été inaugurée en 113.
Moins haute que la colonne de la Piazza Colonna, la colonne trajane n’est pas moins intéressante, au contraire. Le dessin des bas-reliefs me semble plus subtils, même si certains points communs se détachent, comme cette impression que les soldats guerroyaient cul-nu :

Mais surtout cette colonne présente des scènes non guerrières, comme ce chargement de bateaux … :

… où le défrichement d’un espace non clairement identifié, les soldats attaquant les arbres à la hache, et ils semblent en baver :

Collection # 89

Détails de la Colonne de Marc-Aurèle (IIe siècle)
Rome, Piazza Colonna, février 2011