Homo sapiens en été [28]

Finlande – 2018

En déambulant sur la toile [2]

En déambulant sur la toile cette semaine, je bous de rage et de colère en voyant que les rumeurs millénaires poussent encore à la haine nos contemporains. Je veux ici parler des agressions récentes contre les Roms, sous le prétexte imbécile qu’ils enlèveraient des enfants. Il n’est pas inutile de faire l’historique des fantasmes qui entourent les « gens du voyage », comme on dit parfois. L’article du site Actuel moyen-âge s’y emploie fort bien.
Toujours au rayon grogne, j’insiste et je confirme : la réforme du lycée doit être pour le moins reportée, amendée et réellement discutée … avec les principaux intéressés ! Sur le sujet, Alternatives Economiques propose une excellente mise au point.
Déambuler sur la toile peut aussi, et c’est heureux, être plus léger et plus distrayant. On peut ainsi découvrir, via l’excellente émission Karambolage, l’origine du nom « Paname » pour Paris, ou se balader dans un marché d’Helsinki. Ce dernier reportage, visible sur le site d’Arte jusqu’au 17 avril, m’a fait d’autant plus plaisir que ce fut le premier endroit de cette ville que j’ai visité l’été dernier, lors des vacances en Finlande.

Vanha Kauppahalli – Vieille halle du marché d’Helsinki – Juillet 2018

Tristesse finlandaise

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Arto Paasilinna en 2007 (Wikimedia Commons)

« Les plus redoutables ennemis des Finlandais sont la mélancolie, la tristesse, l’apathie ». C’est ainsi que commence Petits suicides entre amis, une des multiples pépites d’Arto Paasilinna, auteur prolixe et finlandais qui vient d’avoir le mauvais goût de mourir, lui qui pratiquait l’humour à assez haute dose, surtout quand il était noir.
Je me suis remis le nez dans Petits suicides … lors de mes vacances en Finlande, et depuis je gloutonne du Paasilina, comme les Finlandais, cette « nation de guerriers », « se rassasient de saucisses graisseuses » lors des fêtes de la St-Jean.
D’un petit détail ne tenant même pas lieu de fait divers (songeons au célèbrissime Lièvre de Vatanen), Paasilinna pondait un roman aux ramifications complexes, inattendu, toujours d’une grande drôlerie. C’est ce côté fantasque qui va désormais manquer à tous ces lecteurs, cette impression d’être emmenés sur le fil d’un funambule qui ne sait pas toujours lui-même où il va. Nous le suivions malgré tout avec une totale confiance, car les livres de cet homme-là ont le pouvoir de rendre heureux.

Laver ses tapis en public

Si l’adage populaire veut qu’il soit d’usage de laver son linge sale en famille, dès qu’il s’agit de tapis, les Finlandais sortent du doux nid familial et se ruent au bord de l’eau (lac, mer, peu importe) pour nettoyer à fond la carpette du salon.

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La chose est courante, un peu partout en Finlande : des bacs pour tremper les tapis, de grandes tables équipées de manivelles pour assurer l’essorage, des barres de bois XXL pour étendre les tapis afin qu’ils soient bien secs lors du retour à la maison.

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Photos réalisées en juillet 2018 à Helsinki et à Savonlinna

Collection 461

PORVOO (localisation)

L’excellent réseau routier finlandais

Aucune ironie dans le titre du jour : le réseau routier finlandais est vraiment excellent, surtout si on prend en compte l’amplitude thermique annuelle (qui explose le bitume) et la neige, qui ravage tout sur son passage lorsqu’elle fond. Des routes larges, aux courbes généreuses, sur lesquelles on se sent d’autant plus en sécurité que tout le monde respecte le code de la route. Les autoroutes (gratuites) sont limitées à 120 km/h, et on roule à 120, ni plus ni moins (ou alors de peu). Les autres routes sont limitées à 100 ou à 80, et tout va bien. Douceur et sérénité. Et donc, sachant cela, pourquoi une voiture livrée ainsi par le loueur … :

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… se transforme en cela en moins de deux jours ? le carrosse ferait-il sa citrouille ?

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Hors des routes classiques, il y a de multiples chemins, qui desservent les hameaux et les chalets isolés. Ces chemins sont le plus souvent larges (mais pas toujours) mais jamais bitumés : on enquille des kilomètres et des kilomètres sur le gravier, la poussière vole, comme on le devine sur la photo ci-dessous :

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Photos prises en Finlande en juillet 2018

La forteresse d’Olaf

P1210589Nous sommes à Savonlinna, une petite ville de Finlande pas si loin que ça de la frontière russe. À  la jonction entre deux lacs se trouve la forteresse médiévale la plus septentrionale du monde qui soit encore debout : Olavinlinna, ou « forteresse d’Olaf » en bon français.
Ce château a été bâti en 1475 pour protéger la Finlande de la Russie, néanmoins cela n’a pas empêché celle-ci de passer à l’attaque : en 1714, par exemple, les Suédois, alors proprios de la Finlande, capitulent face aux Russes. Re-belote en 1743. Bref, pour faire court, la forteresse n’a pas toujours été d’une efficacité redoutable.
En 1809, le messe est dite : la Finlande devient russe. La forteresse perd dès lors beaucoup de son intérêt, mais elle reste debout, servant de prison puis d’entrepôt.
Cette bâtisse est un témoin de ce que fut l’histoire de la Finlande, celle de dominations successives, entre la Suède et la Russie. Aujourd’hui, la grande liberté de ce petit pays peut presque sembler un miracle.

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Collection 460

Des sternes en Finlande

Photos prises à Helsinki et à Lahti en juillet 2018

La nuit va venir, elle arrive, elle est là

Vol Amsterdam - BordeauxPasser ses vacances d’été sous le 62e parallèle, que ce soit en Finlande ou ailleurs, a quelques conséquences sur la perception de la nuit. Celle-ci tombe très très lentement et jamais tout à fait ; à quatre heures du matin, il fait grand jour. Les maisons locales n’ont que rarement de rideau occultant et jamais de volet au fenêtre. Le sommeil se fait sans réelle obscurité, et ce n’est pas toujours simple.
Finalement, ce qui fait que l’on apprécie le retour sous notre brave 45e parallèle, outre la tambouille (promis, j’en parle un jour), c’est le retour de ce contraste élémentaire et franc entre le jour et la nuit.
Je me souviens ainsi du retour à Bordeaux, le descente avait commencé et nous n’étions plus très loin de notre cher aéroport de Mérignac : la nuit, vers l’est, était visible et se rapprochait de nous comme la marée haute au Mont-Saint-Michel par fort coefficient (c’est-à-dire, pour reprendre l’adage populaire, « à la vitesse d’un cheval au galop »).

Vol Amsterdam - Bordeaux
Le problème, c’est ce soir : 21 h 30 et déjà nuit noire. Regret et nostalgie pour les très longues soirées finlandaises.

Collection 459

Une ville vue d’en haut : Helsinki

Prendre le temps d’observer [2/2]

bergeronnetteP1210718.jpgLes photos qui illustrent cette note sont de mauvaise qualité, prises de trop loin avec un zoom trop forcé. Il faut préciser que la scène observée l’a surtout été grâce à des jumelles, pour ne pas déranger les protagonistes.
Plantons le décor : un grand jardin en Finlande en début de soirée. Nous sommes assis sur la terrasse, à écouter le silence. Nous voyons arriver un oiseau dans le jardin, assez loin de nous. L’oiseau se pose, rentre ses pattes sous son ventre, ne bouge plus :

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Nous prenons alors les jumelles pour tenter d’identifier le passereau, mais il ne se passe rien qui puisse nous permettre de lui mettre un nom, d’autant que nos capacités en ornithologie ont quand même leurs limites. On ne le perd pas des yeux, à tel point que ceux-ci finissent par piquer. Arrive alors une bergeronnette, qui s’approche du petit oiseau, le nourrit, puis repart :

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L’oiseau initial est désormais identifié, et toujours immobile. Arrive alors dans le jardin, bien après quelques séances de nourrissages pour le petit, un autre oiseau :

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Il semble plus dégourdi que le premier, il gigote et déambule, mais lui aussi récupère sa pitance de la même bergeronnette :

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Au final, nous sommes restés plus d’une heure à observer cette scène. La bergeronnette adulte partait régulièrement chercher de la nourriture, qu’elle offrait à l’un puis à l’autre de ses petits. Un des petits bonheurs de la vie, auquel nous ne prenons pas le temps de profiter dès que le boulot a repris, et c’est bien dommage.

Photos réalisées en Savonie du Sud (Finlande) en juillet 2018

Prendre le temps d’observer [1/2]

Ces vacances en Finlande m’ont rappelé quelque chose d’essentiel : il est important de prendre le temps d’observer la nature, calmement, sans bouger, juste regarder. L’histoire commence donc aux abords d’un lac d’Helsinki, où nous avions trouvé refuge pour contrer la chaleur ambiante (dois-je rappeler que l’Europe du Nord a crevé de chaud cet été, et moi avec ?). Les huîtriers-pies déambulent et mangent par deux. L’adulte a les pattes rouges, junior a les pattes noires, la famille est très très près, je zoome à peine, j’attends :

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Au même endroit, côté lac cette fois, une sterne explique à son petit qu’il devra désormais trouver sa tambouille tout seul, et le petit râle avec vigueur :

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Une sterne toujours, mais à Lahti, a chopé un poisson, mais n’en fait rien. Elle ne le mange pas d’emblée, peut-être est-il destiné à un jeune dans un nid bien caché ?

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Photos réalisées en Finlande en juillet 2018

Le calme de l’eau des lacs

La Finlande est un pays d’eau. Hérités de l’âge glaciaire, les lacs sont partout. Parfois, on croit passer d’un lac à l’autre sur une digue, mais c’est finalement le même lac, immense, parsemé d’îles et aux rivages rarement rectilignes. Le plus grand des lacs finlandais (et le 4e d’Europe) est le lac Saimaa :

Les photos qui suivent ont majoritairement été prises au bord de ce lac, mais pas exclusivement :

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Photos réalisées en Savonie du Sud (Finlande) en juillet 2018

Mais pourquoi y-a-t’il si peu de touristes en Finlande ?

La Finlande est un pays magnifique et reposant, dont les habitants sont absolument adorables et serviables quoiqu’il arrive, un vrai pays de Bisounours où tout stress semble avoir disparu. Or, si on prend les statistiques de 2014 (je n’ai pas trouvé de chiffres plus récents), la Finlande ne se classe qu’au 48e rang mondial en nombre de nuitées. Cela serait-il lié à une crainte infondée, qui éloignerait le touriste moyen des zones forestières riveraines de la Baltique ? une sorte de légende urbaine popularisée par certains t-shirts en vente libre dans les rues de Porvoo (et peut-être ailleurs) ?

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Aux lapins, aux ours, et à ceux qui les boivent

À part de l’eau (fort potable), que boit-on en Finlande ? si on est Finlandais, pas mal de soda… et finalement peu d’eau ! La Finlande, ça m’attriste de le dire, est un hot spot de la malbouffe. Je parlerais tambouille plus tard, ce soir, j’ai soif.
Et donc, que boit le Finlandais ? il boit de la bière, comme tout le monde. L’alcool étant hors de prix et monopole d’Etat (les deux sont liés), les bières un peu fortes et goûteuses sont introuvables au supermarché (mais je me souviens d’un bar de Helsinki qui servait une bière laponne excellente, comparable à La Bière des Naufrageurs de St-Georges-d’Oléron, c’est dire à quel point c’était une tuerie).
Au supermarché, on trouve le tout-venant, à peine plus de 5°, et un goût pas trop prononcé mais pas désagréable du tout, surtout le soir dans le jardin face au lac. La plus courante de ces bières est la Lapin Kulta. Nous avons aussi apprécié la Kahru, avec une belle tête d’ours sur la canette. Le vin ne fut bu, et cher payé, que dans les bars et restos d’Helsinki.

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La boîte à boîtes

Sur les chemins desservant les hameaux, il y a de minuscules et simplissimes cabanes, qui abritent les boîtes aux lettres. En Finlande, on sait que le courrier est précieux, et la neige hivernale aussi certaine que le panneau « Attention élan » sur la nationale. Quoique, avec le réchauffement climatique … D’ailleurs, des boîtes un peu rebelles sortent du nid douillet, et montrent leur rouge flamboyant au grand jour :

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Province de Savonie du Sud (Finlande), juillet 2018

Un mot en finnois

À la différence des autres langues d’Europe du Nord, le finnois n’est pas une langue germanique, pas même, si j’ai bien suivi, une langue indo-européenne. Bref, à l’entendre comme à la lire, cette langue toute en rondeur ne laisse aucun indice permettant au francophone moyen de la déchiffrer (sauf si mamie est née en Ostrobotnie, mais ce n’est quand même pas le cas le plus courant). Par chance, le suédois est aussi langue officielle en Finlande, et, oui, parfois cela aide (notamment pour les courses au supermarché, effectuées avec Google en pogne pour savoir où était le beurre, mais c’est une autre histoire). Toujours est-il que cette langue finnoise m’a procuré la même sensation que le chant des cigales ce soir en Gironde : un doux murmure auquel je ne comprends rien. Sauf un mot, prouvant que l’instinct de chasseur-cueilleur ne disparait jamais vraiment : le mot « girolle », qui se dit « kantarelli ». Comme la chanterelle. Pour une fois, c’était simple.

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Marché de Porvoo (Borga en suédois), juillet 2018

Les bernaches sont toujours prioritaires

Sur les rives de la Baltique, la bernache est la reine en été. Par troupeaux entiers, ces oies-là sont à l’aise partout dans la capitale finlandaise, aussi bien sur les plages que dans les parcs. Et pour aller d’un point à un autre, il faut bien souvent traverser la rue. On place les juvéniles en première ligne, et c’est parti :

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Des dizaines d’oies traversent ainsi certaines rues d’Helsinki, d’un pas pépère, limite en flânant. Quant aux voitures, et bien elles s’arrêtent, tout simplement. Aucun énervement, aucun coup de klaxon aussi désagréable qu’inutile :

Photos prises à Helsinki en juillet 2018

Se rafraichir

La canicule alerte en orange sur la quasi-totalité du territoire français métropolitain. Toute l’Europe sue et dégouline, y compris, et peut-être même surtout, l’Europe du Nord. Le glacier du plus haut sommet suédois fond comme une glace à la vanille sur son cornet (à lire ici). En Norvège, où les 30°C sont dépassés au-delà du cercle polaire, les rennes cherchent la fraicheur dans les tunnels routiers (à lire là). Et en Finlande ? il y a des lacs, on se baigne, l’eau est bonne voire tiède. Les mouflets, tout à la joie de batifoler dans l’onde pure, notamment parce-que de petits poissons y batifolent aussi, les mouflets, disais-je, foncent vers la flotte sans même enfiler le maillot, ni même ôter le casque cycliste :

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Région de Savonie du Sud (Finlande), juillet 2018

Et pourtant, c’est facile d’être pudique au bord des lacs : des cabines sont disposées de-ci de-là pour que le baigneur puisse aisément se changer. Souvent spartiates (mais éventuellement spacieuses), ces cabines peuvent parfois aussi être ravissantes :

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Rantasalmi (Finlande), juillet 2018

Une cure de silence

IMG_2377Nous rêvions de vacances fraiches, sans cette moiteur pénible qui nous colle le t-shirt sur le dos, sans cette chaleur lourde qui nous cloue au sol façon lézard. Sur ce terrain-là, nous avons perdu : les vacances furent ensoleillées et surtout chaudes, très chaudes. Certes, bien loin des 51°C relevés dans le Sahara algérien, mais 30°C en Finlande, c’est quand même assez chaud. Toute l’Europe du Nord vient de connaître un bon cagnard, avec même des incendies récalcitrants en Suède, chose peu habituelle sur les rives de la Baltique.
Vacances en Finlande, donc, bien chaudes, mais surtout silencieuses, entre lacs et forêts. Nous logions dans un joli chalet au cœur d’un grand jardin. Aucun bruit gênant, rien de plus que le crissement des ailes des libellules. Silence nécessaire, bienfaisant, et, pour tout dire, assez déroutant pendant les premières heures.