Carte postale [10]

grèce

Région du Péloponnèse, avril 2006

Chats dans la crise

Grèce / AthènesDans un premier temps, je n’ai pas trouvé les chats plus malheureux que ça, à Athènes. C’est une ville féline, il y a toujours eu des chats, certains avec maisons et papouilles quotidiennes, pour d’autres c’est plus aléatoire, mais dans beaucoup de rues des gamelles sont discrètement déposées à destination des chats. Et ce n’est pas nouveau. Les animaux sont inégalement craintifs, mais dans l’ensemble ils ont l’air en bonne santé.
Ça, c’est dans un premier temps. Mais si on creuse un peu, du côté du Pirée notamment, on constate que l’animal errant n’a pas d’autre choix que de raviver les instincts sauvages qui sommeillent en lui. Les minettes pondent du minet à tour de bras : le chaton, à peine sevré, se débrouille seul, miaule en tentant d’escalader un rail d’une voie ferrée abandonnée. Espérance de vie probablement très brève.
Tout cela fait écho à un tout nouvel article de Sciences & Avenir, qui pointe le nombre croissant d’abandons d’animaux, en particulier des chats. L’heureux animal devenu trop onéreux doit se débattre comme un beau diable dans la jungle urbaine. Des bénévoles nourrissent et font stériliser les animaux, mais il ne peuvent que constater leur prolifération.

Grèce / Le PiréePhotos prises à Athènes et au Pirée au avril 2015

Carte postale [1]

1er épisode d’une petite série d’été, des paysages et monuments d’ici et d’ailleurs, de cette année et des précédentes. A tout seigneur tout honneur : commençons la série par Athènes et son temple de Zeus, que je voyais de ma fenêtre en me levant le matin (et en me penchant un peu) en avril de cette année. Parce-que la Grèce est importante, qu’il ne faut pas la laisser tomber. D’ailleurs, si vous hésitez pour vos vacances, tentez Athènes, les îles, le Péloponnèse ou Thessalonique. Faites-vous plaisir et apportez vos pépettes à ceux qui en ont besoin. Accessoirement, la tambouille est excellente et l’accueil amical.

temple

Arrêtons l’humiliation

Grèce / AthènesCe que les chefaillons de la zone euro font subir à la Grèce est d’abord et avant tout une énorme humiliation. Demander à des gens de faire des efforts alors que ce sont eux, les Grecs, qui font le plus d’heures de travail hebdomadaire en Europe, c’est honteux. Combien sont-ils à cumuler deux ou trois emplois pour juste payer le loyer et la nourriture ? Combien de pauvres ? Les jeunes peuvent espérer tenter leur chance ailleurs, mais les retraités, punis à l’infini puisque leurs pensions fondent comme les glaçons sous la canicule ?
On peut toujours faire la morale. De loin, c’est facile. On peut critiquer, dire que les Grecs sont rétifs à l’impôt, ne se soumettent pas aux règles, que leur pays a triché pour entrer dans la zone euro. Ce n’est certes pas faux. Mais quand quelqu’un se noie, on va d’abord le secourir et ensuite on lui explique qu’il n’aurait pas du plonger alors que le drapeau était rouge. Ensuite seulement, quand ça va mieux, qu’il est remis. Mais là ?
Ce que j’ai vu à Athènes en avril n’avait rien à voir avec un pays de profiteurs, loin de là. Combien de petits vieux prélèvent des pissenlits dans les jardins et les rues pour manger. Simplement manger. C’est de la survie. Combien aussi, parce-que la retraite n’est qu’une aumône ridicule, arpentent les rues pour tenter de vendre des billets de loterie ? Combien se cachent, tout simplement ?
Alors stop à la méchanceté, à la bêtise, à l’imbécile logique du pognon. Laissons les Grecs décider de leur sort dimanche prochain. Annulons la dette : ils s’en porteront mieux et nous, Européens du bon côté de l’histoire, nous n’irons pas plus mal. Nous aurons peut-être juste la conscience un peu plus tranquille.

Photo : Athènes, quartier proche de la mairie, avril 2015

Collection # 301

Cimetière antique du Céramique
Athènes, avril 2015

ceramique

Collection # 300

Acrocorinthe
Péloponnèse, avril 2015

acrocorinthe

Collection # 299

Nafplio (nord du Péloponnèse)
En français : Nauplie. Capitale de la Grèce moderne avant Athènes
Avril 2015

Nafplio

Le printemps est la saison du tourisme scolaire

Grèce / AthènesEn France, en Grèce, partout : dès que les beaux jours arrivent, les mômes, poussés par leurs profs et par un curieux instinct, jaillissent hors des classes et, telle une envolée de moineaux (ou pire : d’étourneaux) déferlent sur les hauts lieux de notre belle culture.
Contrairement à ce que montre la photo ci-contre, les élèves grecs ne sont que très rarement déguisés en « manif pour tous » : les filles en rose Barbie et les garçons en schtroumpff, c’est même rarissime. Les plus jeunes écoutent le maître ou le guide (ah … ces petits de 4-5 ans ébahis face aux œuvres du musée de l’Acropole …), les pré-ados ont des téléphones portables et s’en servent, les plus grands … comment dire en restant polie …
Les plus grands jaillissent des bus façon volcan éruptif : ça fait du bruit, ça en met partout, ça bouscule, c’est usant. Des hurlements à n’en plus finir, des gosses qui se coursent dans des sites périlleux (on a droit à combien de pertes, dans les écoles grecques ?), que les profs ne parviennent pas à canaliser même en usant et abusant du sifflet. Oui camarade, et peut-être collègue, tu as bien entendu : les profs rameutent leurs troupes au sifflet. En vain mais au sifflet. Mes tympans en vibrent encore.

Un tentacule, c’est tentant

LIV874Le Poulpe avec un « P » majuscule est un héro de romans à auteurs multiples, qui a eu 40 ans en l’an 2000, et qui joue les justiciers au hasard de ses balades, pour peu que celles-ci partent du XIe arrondissement de Paris (bistro « Le pied de porc à la Ste Scolasse ») et y reviennent (salon de coiffure de sa chère et tendre, avec kangourous roses en peluches à l’étage).
Le poulpe avec un « p » minuscule est un gros céphalopode malin, qui, comme son homologue à « P » majuscule, a de très longs bras et de très longues jambes. En double par rapport à l’humain. On les appelle les tentacules et ça se mange grillé sur les ports grecs.
Avant de passer à table, le poulpe est gardé au frais, soit au congélateur, soit en mer :

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Puis il évapore, il sèche, … ou il décongèle, pour le plus grand plaisir des badauds qui savent très bien ce qui est bon avec l’ouzo :

poulpe-P1500829.jpgPhotos : Porto Rafti (sud de l’Attique), avril 2015

Les contrastes du Pirée

Le port d’Athènes, facile d’accès en métro, est surtout connu pour ses yachts … :

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… et ses marinas aux airs de stations balnéaires languedociennes (ce n’est pas forcément un compliment) :

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Mais Le Pirée est avant tout un immense port de commerce (très difficile à approcher pour des touristes ordinaires) et un terminal de ferries desservant les îles :

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Et c’est d’abord là que les contrastes sautent aux yeux, entre les touristes qui cherchent leur bateau, leurs valises à roulettes à bout de bras, et les femmes, souvent âgées ou vieillies avant l’heure, qui tentent de gagner leur vie en vendant des paquets de mouchoirs à l’unité. Et pourtant la ville ne semble pas, à première vue, plus pauvre qu’une autre :

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Sauf que, jouxtant les immeubles modernes, c’est la misère qui saute aux yeux, des endroits a priori délaissés mais souvent encore habités :

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Au final, c’est peut-être cette photo qui illustre le mieux Le Pirée :

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Ce contraste entre l’opulence, le bling-bling, et la misère. Et puis aussi la crasse inévitable en bord de mer, faite d’objets venus du large mais aussi de déchets bien terrestres :

Le PiréeP1500554.jpgPhotos : 26 avril 2015

Collection # 297

Bateaux de pêche
Attique et Péloponnèse, avril 2015

pêche

Thémistocle ? viré !

Grèce / Athènes (Agora)Stratège visionnaire et malin au temps des guerres médiques (-490 pour Marathon, -480 pour Salamine), Thémistocle fut un des très grands hommes politiques de l’Athènes classique, du moins si l’on mesure la grandeur à l’aune des talents militaires. Il fut notamment à l’origine du développement du port du Pirée et de la fortification de la voie qui le relie à Athènes : les Longs Murs.
Ambitieux, sans doute trop, il fut perçu par ses concitoyens  comme potentiellement dangereux pour la démocratie. A ce titre, il fut banni de la cité à la suite d’un vote : c’est la procédure de l’ostracime, par laquelle chaque citoyen participant à l’assemblée (certains oubliaient ou n’avaient pas la possibilité de s’y rendre) inscrivait le nom du compatriote qu’il voulait exclure sur un tesson de céramique. Des tessons portant le nom de Thémistocle sont aujourd’hui conservés au musée de l’Agora à Athènes. Thémistocle dut donc plier bagage (et emporter ses biens) en l’an -471 : il se réfugia chez son ennemi des guerres médiques, le roi de Perse.
Pour la petite histoire, le terme d’ostracisme a la même étymologie qu’ostréiculture : tous deux viennent de l’huître, car au tout tout début de la procédure d’ostracisme, c’était sur des coquilles d’huîtres qu’étaient indiqués les noms des punis.

Grèce / Athènes (Agora)

Les halles, 10 heures du matin

carré-P1500340.jpg10 heures, c’est trop tard, beaucoup trop tard. Les marchands s’invectivent et interpellent le client, mais moins fort. Il commence à faire chaud. L’odeur de la viande, pas toujours rangée dans des frigos, devient gênante. Et puis il y en a tellement … et à des prix tellement bas, que l’on comprend que le lieu attire beaucoup de monde, des gens du quartier (Omonia en l’occurrence, pas le plus rupin), mais pas seulement.
Nous sommes donc dans les halles d’Athènes, un bâtiment qui ne paie pas de mine de l’extérieur :

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L’intérieur est une gigantesque halle recouverte d’une belle charpente métallique, consacrée pour moitié à la viande … :

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… et pour moitié au poisson :

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Les commerçants ont le regard suspicieux de ceux qui n’aiment pas que des appareils photos trainent dans les rangs. Je n’insiste pas. Le lieu est néanmoins intéressant et mérite vraiment le détour. C’est un quartier populaire, pas un de ces pièges à touristes comme a pu le devenir le quartier de Plaka.
Aux abords immédiats, les clients peuvent compléter leurs courses par des charcuteries et des légumes, d’inégale fraicheur sur quelques étals, mais aux prix extrêmement bas, même pour Athènes :

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Voilà pourquoi la Grèce se visite au printemps

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Il n’y a pas qu’à Rome …

Grèce / Athènes (Syntagma et Jardin National)… que les perroquets verts déambulent en ville : à Athènes aussi. Souvenez-vous les amis, j’avais narré l’histoire il y a quatre ans déjà. Des perruches, pauvres bêtes sottement en cage pour le plaisir sadique de citadins en mal de campagne, avaient réussi à prendre la poudre d’escampette, à faire des petits, et, au final, à retourner à l’état sauvage quoique urbain. À Rome, donc, mais aussi dans d’autres villes, dont Athènes, où j’ai récemment pu voir quatre spécimens de ces jolis oiseaux batifoler en mode peace and love dans le Jardin National.

Grèce / Athènes (Syntagma et Jardin National)

Et le Péloponnèse devint une île

Le Péloponnèse est une presqu’île rattachée au continent, donc à la Grèce, par l’isthme de Corinthe, ce qui oblige les navires voulant aller du Golfe de Corinthe au Golfe Saronique (un peu plus de 6 km à tout casser) à faire un gros détour de 400 km. Pas efficace, pas productif. Donc, très tôt, il fut décidé de franchir l’obstacle : dans l’antiquité, les bateaux étaient hissés sur la berges, puis transportés par voie terrestre en suivant une piste taillée dans la pierre. Moyennement efficace, peu productif, mais mieux que rien.
L’empereur Néron, ce charmant garçon qui mit le feu à Rome, embaucha gratis 6000 prisonniers juifs pour creuser un canal. Mais vue la dureté et l’épaisseur de la roche, bien visible sur la vue de l’actuel canal, il capitula :

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Les travaux reprirent pour de bon en 1882, sous l’égide des Français, qui se la pétaient grave depuis qu’ils avaient percé l’isthme de Suez. Scandale politico-financier et autres joyeusetés franco-françaises obligèrent les Grecs à finir le boulot : le canal fut inauguré en 1893, et le premier bateau — un navire français de 110 m de long — put y passer en janvier de l’année suivante. Efficace et productif.

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Aujourd’hui, le canal semble abandonné. Les cargos n’y passent plus, faute de tirant d’eau suffisant. Jusqu’à une époque récente, des navires de tourisme y circulaient, mais actuellement, plus rien ne semble y naviguer. La mise en valeur du site est quasi inexistante : un parking trop petit, des boutiques à touristes bas de gamme, un distributeur de billets de banque (indispensable dans un pays où la carte bancaire est considérée comme extraterrestre), deux malheureuses passerelles étroites entre les voies routières. Le bruit des camions, des voitures, … et puis la route qu’il faut traverser … au final, une réalisation superbe, une probable très belle leçon de géologie, mais ni le temps ni l’envie de s’appesantir davantage.

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Collection # 296

Acropole X 9
Athènes, avril 2015

acropole

Sa maison est en carton, c’est comme dans la chanson

Grèce / Athènes (Acropole)Il était un petit homme, pirouette, cacahuète …
Et bien voilà, j’ai l’air dans la tête. Pirouette cacahuète, tout ça à cause d’une guêpe grecque qui bâtissait son nid. Ayant bien raclé bois et écorces avec ses mandibules, la guêpe machouille longuement les fibres du bois afin d’en extraire la substantifique cellulose, qui, mêlée à sa salive, devient une sorte de pâte à papier.
C’est avec cette pâte que la guêpe façonne un nid formé d’alvéoles tournées vers le bas. Ce nid ne sert en général qu’une année, et il faut recommencer à mâchonner et à bâtir l’année suivante. Selon les espèces, les nids peuvent accueillir un nombre variable d’individus, mais le millier est souvent l’unité de compte retenu.

Design en parfumerie

Le blog de Thierry Jamard compare à juste titre l’objet ci-dessous aux flacons de parfum Jean-Paul Gaultier. Ce flacon, car c’est un flacon et non une simple statuette, date du VIe siècle avant notre ère. Il représente un athlète agenouillé et est visible au musée de l’Agora à Athènes.

Grèce / Athènes (Agora)

Le premier des cistes

La famille des cistes rassemble des arbustes méditerranéens résistants à à peu près tout, notamment capables de se régénérer très vite après un incendie, et dont les fleurs, souvent à l’aspect froissé, sont soit roses, soit blanches.
Le ciste cotonneux, aux feuilles duveteuses et aux fleurs roses ou mauves, est le premier à fleurir, dès le moi d’avril : ceci explique que j’ai pu en voir en assez grande quantité en Grèce (la photo ci-dessous a été prise au Cap Sounio, à l’extrême sud de l’Attique).

Grèce / Cap Sounio
Certains cistes, notamment le cistus ladanifer, dont les fleurs sont blanches, produisent une gomme qui entre dans la composition de certains parfums, auxquels elle apporte curieusement une note ambrée ou même animale. En médecine, cette gomme peut aussi être utilisée pour ses propriétés cicatrisantes ou antirides.

Hitchcock au pied de l’Acropole

Athènes n’est pas la mecque du street art comme est en train de le devenir Rome. Néanmoins, même si les grands noms en semblent absents, Athènes laisse parfois découvrir quelques jolies petites choses, comme ce panneau consacré à Hitchcock sur des tôles ondulées, à fort peu d’encablures de l’Acropole. Sur la partie gauche de l’œuvre, on reconnait Psychose … :

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Les Oiseaux au centre … :

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… et La mort aux trousses à droite :

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Athènes est toujours la même

Loin de moi l’idée d’un titre provocant : je sais bien qu’Athènes, comme toute la Grèce, se prend une crise de plein fouet et plonge dans une désespérance qui semble sans fin. Alors oui, depuis ma précédente visite, il y a neuf ans, Athènes a changé : il y a moins de grosses voitures, plus de personnes qui font la manche. Mais tout cela est dit et reredit dans les médias, je préfère parler ce soir de ce que j’ai retrouvé d’Athènes, pile poil comme en 2006, du goût de l’ouzo à la convivialité locale si appréciable.
Il y a donc toujours, à Athènes, des ballons d’eau chaude sur les toits … :

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… des gardes avec de jolis chaussons à pompons devant le Parlement, à côté de qui les touristes adorent se faire photographier … :

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… après être montés en masse à l’assaut du Parthénon :

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Il y a aussi toujours des tortues qui gambadent dans les sites archéologiques … :

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… des chiens qui dorment un peu partout dans la ville … :

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… des chats familiers qui, pour les moins timides, osent réclamer un petit plus lorsqu’on est attablé au resto :

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Et enfin, dans les ports touristiques de l’Attique, les poulpes sèchent (ou décongèlent) sur des fils :

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C’était dans le journal … le 19 avril 1915

Lorsque la guerre se déclenche, à l’été 1914, la Grèce reste neutre. Le roi est persuadé que les forces austro-allemandes vont gagner, forces unies à l’Empire ottoman honni, mais sa majesté est germanophile et un peu têtue. Son premier ministre, Venizélos (qui a donné son nom à l’actuel aéroport d’Athènes), penche plutôt du côté de l’Entente. C’est ainsi, que le 19 avril 1915, on peut lire ceci dans l’Ouest-Eclair :

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Le quotidien régional effectue une très brève revue de la presse hellénique : en gros, l’opinion publique grecque est consciente que la neutralité du pays ne pourra pas durer éternellement, qu’il faudra bien intervenir à un moment ou à un autre. Cette intervention est d’abord indirecte et a lieu en octobre 1915, contre l’avis du roi : Venizélos autorise les troupes alliées à débarquer à Thessalonique. Cela aboutit à un véritable schisme politique, qui coupe la Grèce en trois zones : un secteur dominé par Venizélos au nord, un autre sous la coupe du roi au sud, et une zone neutre au centre. Au final, la monarchie grecque sera renversée et Venizélos est considéré depuis lors que le fondateur de la Grèce moderne.

40 % des enfants grecs sont pauvres

40,5 % très exactement. C’est la proportion d’enfants grecs vivant dans des familles dont les revenus sont inférieurs au seuil de pauvreté. Ce chiffre date de 2012, et il a récemment été publié dans un rapport de l’UNICEF consacré aux enfants pauvres des pays riches, le site Mediapart se focalisant aujourd’hui sur le cas de la Grèce. Pourquoi la Grèce ? parce-qu’elle est le symbole de ce que peuvent provoquer des remèdes inappropriés à une crise économique, en clair ce pays nous montre avec une grande cruauté que les politiques de rigueur ne ramènent jamais le bien-être chez les habitants concernés, et que, bien au contraire, celles-ci les fragilisent encore plus.
Sur les 41 pays les plus riches sur lesquels porte le rapport de l’UNICEF, la Grèce arrive au 40e rang lorsque l’on compare l’aggravation de la situation entre 2008 et 2012, juste devant l’Islande, où l’appauvrissement des enfants est encore plus frappant, mais ils partaient d’un niveau de vie autrement plus élevé que celui de la Grèce.
40,5 % d’enfants pauvres, c’est le record pour l’ensemble des pays étudiés. Même d’autres pays en crise semblent moins mal s’en sortir sur ce plan-là : 36% d’enfants pauvres en Espagne (soit deux fois plus qu’en France quand même !), un peu moins de 24% au Portugal. 40,5%, c’est plus qu’au Mexique (34%), qu’en Lettonie, qu’en Bulgarie, …
Concrètement, cela se traduit comment ? par des vacances qui ont disparu des perspectives familiales, par des repas comportant peu ou pas de protéines en quantité satisfaisante (car un enfant pauvre aujourd’hui est encore plus dans la dèche qu’un enfant pauvre quatre ans plus tôt), par des changements contraints de logement, par davantage de tensions et de disputes au sein des familles. L’impression, comme le conclut l’article de Mediapart, d’une génération sacrifiée.

Crise grecque : même les olives s’en mêlent

oliveDécidément, vivre en Grèce actuellement ne doit pas être simple. Même les valeurs sûres font grise mine, en particulier le produit de base de la gastronomie hellène : l’huile d’olive.
En raison de conditions climatiques dures comme les plans de rigueur qui se sont succédé dans le pays, la production d’olives s’effondre littéralement, or la Grèce en est le 3e producteur au monde, derrière l’Espagne et l’Italie. Des vents chauds venus d’Afrique du Nord ont provoqué une sécheresse d’une gravité exceptionnelle, responsable de cette baisse de la production.
Cette baisse de la production touche, pour les mêmes raisons climatiques, l’ensemble du bassin méditerranéen, mais seule la Grèce risque de voir sa production baisser de plus de 50%.
Suivant le vieil adage « ce qui est rare est cher », on doit s’attendre à une hausse du prix de l’huile d’olive, quelle que soit sa provenance. Cette hausse de prix va bien sûr toucher aussi de plein fouet la population grecque, qui n’a vraiment pas besoin de voir les prix alimentaires augmenter.

avril 2006 Grèce P4180191

source :

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La FIFA et le CIO n’ont rien inventé

Le règne du « tout pognon », l’absence d’humanité, la corruption, sont les bases du sport actuel, en particulier lors des grandes compétitions internationales. Que la FIFA ait été largement corrompue pour attribuer la coupe du monde de football au Qatar, où l’esclavage est encore largement pratiqué envers les ouvriers du BTP qui construisent les stades, ne fait plus aucun doute. Mais quand doute il y a, voire quand pointe un soupçon de méfiance, on évoque des problèmes climatiques (c’est qu’il fait chaud, dans ce désert là), c’est plus soft.
N’empêche que, même si le manque de transparence semble la règle actuelle au niveau des instances sportives internationales, ces dernières ne sont que les héritières d’une vieille tradition, dont les plus anciennes preuves remontent au IIIe siècle.

Courrier International rapporte ainsi la redécouverte récente d’un papyrus trouvé sur les bords du Nil il y a un siècle, mais qui vient seulement d’être traduit et analysé. Ce document est en fait un contrat entre deux lutteurs, l’un des deux acceptant de perdre en échange de quelques drachmes, au moins de quoi s’acheter un âne. J’ignore si le cours de l’âne dans le monde gréco-romain peut être comparé au prix de la Lamborghini, mais qu’importe : c’est le geste qui compte.
Voici donc la preuve que ce combat-là était truqué, et ce n’était probablement pas le premier (ni bien sûr le dernier, mais on le savait déjà). La pratique remonte même apparemment aux premiers Jeux Olympiques, puisque des historiens ont retrouvé la preuve que les athlètes ayant triché devait payer une amende. La somme des amendes ainsi collectées aurait financé la statue de bronze de Zeus à Olympie. Dès l’antiquité grecque, la décadence d’un monde sportif guidé par l’argent était déjà pointée du doigt.

Une société grecque qui agonise

athènesParler de la crise grecque …. dire encore et encore que, ployant sous le poids des mesures drastiques imposées par les lois de la finance, la Grèce est plongée dans une crise sociale dure et durable que la récente amélioration de la note par Standard&Poors ne fera pas disparaître d’un coup de baguette magique … dire quoi d’autre enfin ? peut-être juste être solidaire, et pour être solidaire il faut comprendre ce que plonger dans la misère veut dire.
Prenons l’exemple des soins médicaux. Avant la crise, se faire soigner et bien soigner était la règle. Les personnes à qui on diagnostiquait un cancer avaient droit à un traitement de chimiothérapie, à d’éventuelles interventions chirurgicales quand cela était nécessaire, dans des délais suffisamment courts pour pouvoir guérir. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Sans argent, la tumeur, même diagnostiquée, se développe sans que rien ni personne ne l’interrompe. J’attends les effets sur l’espérance de vie. Les malades chroniques ne peuvent plus acheter les médicaments qui les gardent en bonne santé voire qui les gardent tout simplement en vie. Les hôpitaux n’ont plus d’argent, plus de quoi payer les personnels chargés de l’entretien (entretien donc assuré par les soignants), plus de quoi acheter le matériel de base. On se croirait dans un des pays les plus pauvres du monde. Pour s’y faire soigner, il faut non seulement payer mais il faut en plus fournir linge et nourriture.
A propos de nourriture, combien de Grecs aujourd’hui font les poubelles ? Combien sont-ils dont les pensions de retraite ont été divisées par deux ? Le taux de chômage dépasse 25% de la population active, et les solidarités familiales traditionnelles ne fonctionnent plus puisque toutes les générations sont touchées de plein fouet par la chute vertigineuse des revenus.
Pas étonnant que le nombre de suicides augmente, surtout chez les hommes. Ces derniers se sentent atteints dans leur virilité et craquent. Même le foot, sport national, est touché : l’équipe d’Athènes ne peut plus jouer le soir, l’électricité coûte trop cher et il devient hors de question d’éclairer le stade.
Que faire ? partir en laissant tout derrière soi ? oui mais il y a la maison qu’il faut finir de payer et qui, crise oblige, ne trouvera pas d’acquéreur. Oui mais surtout, pour partir, il faut encore quelques moyens : les billets d’avion, c’est cher. Et puis pour aller où ?
Que faire ? trouver un bouc émissaire et lui faire porter tous les maux de la terre. Je n’approuve pas le racisme qui se développe en Grèce, cette haine contre ceux qui ont une autre couleur et qu’on assimile à tort à des envahisseurs. Je n’approuverais jamais les slogans nazis qui ont fleuri de-ci de-là dans les manifs. Je n’approuve pas mais je comprends, le désespoir est si grand. Et ça fait peur. Car quand c’est une société entière qui désespère, la démocratie est en danger, même sur la terre qui l’a inventée il y a vingt-six siècles.

—> illustration :

  • Athènes au printemps 2006, on ne parlait pas alors de crise …

—> à cliquer :

Cliché urbain [16]

ATHÈNES
Printemps 2006

Quand l’Allemagne doit de l’argent à la Grèce

Il pourrait s’agir de la rondelette somme de 81 milliards d’euros, ce qui n’est pas rien pour un pays exsangue comme la Grèce, où la population n’a plus que le choix de l’insurrection pour cesser de se faire pomper le sang par les vampires de la finance. Cette somme correspond à un emprunt contracté par l’Allemagne nazie lors de la IIe Guerre mondiale, auquel s’ajoute les intérêts jusqu’à aujourd’hui. Cet emprunt avait tout d’un vol et les nazis n’étaient pas suffisamment délicats pour daigner rembourser quoique soit, le peuple grec devant en mourir. On parle de 300 000 Grecs morts de faim pendant la guerre (La Gazette de Berlin annonce le double). Sans parler des déportations, des destructions, …
Bien sûr, l’Allemagne nazie n’est pas l’Allemagne d’aujourd’hui. Malgré toute l’antipathie que m’inspire madame Merkel, je trouverais abject de la comparer, même de loin en rigolant, à Hitler. Cette histoire était là avant elle, mais elle aurait tout à gagner à mettre les cartes sur la table … et les euros dans les caisses grecques.
Pourquoi cette dette n’a-t-elle jamais été remboursée ? tout simplement parce-que ce n’était pas prévu par les accords de paix de 1945. Il s’agissait alors de ne pas refaire les erreurs du Traité de Versailles, qui, en rendant le peuple allemand seul responsable du conflit et en lui faisant payer le prix fort, avait mené directement au nazisme et au deuxième conflit mondial. Donc pas question d’envoyer illico la facture à l’Allemagne, d’autant plus que, dans le contexte de la guerre froide naissante, une Allemagne économiquement forte devenait un excellent rempart contre le communisme. Un accord de 1953 prévoit néanmoins un paiement possible de la dette de l’Allemagne nazie si l’Allemagne est réunifiée, chose à laquelle on croyait assez peu. Arrive 1990 et la réunification : par un tour de passe-passe, l’Allemagne toute neuve échappe au paiement de la facture. Mais les archives, les historiens et les journalistes n’ont pas forcément la mémoire courte, et l’affaire ressort pile au moment où les Grecs, trahis et désespérés, mettent le feu à leur pays quand ils n’essaient pas purement et simplement de le quitter.

—> A cliquer :

Retour virtuel à Athènes

Est-ce parce-que nous avons passé du temps avec des amis grecs, récemment de passage à Bordeaux ? Est-ce parce-que, crise oblige, la Grèce revient souvent dans les infos ? Est-ce parce-que j’ai furieusement envie de retourner sur zone ? Est-ce enfin parce-que France Culture a passé une bonne partie de la semaine dernière à Athènes et moi une bonne partie de la semaine sur France Culture ?  Peu importe : le sujet du jour, avant retour vers les copies d’avant baccalauréat de mes petits chouchous, c’est Athènes, en particulier après l’écoute de l’émission Planète Terre du 4 mai dernier.
Dès l’intro de l’émission, le ton est donné : Athènes, dès avant la crise (et c’est ainsi que je l’ai connue, au printemps 2006, période à laquelle furent prises les photos qui illustrent cette note), est déjà une agglomération bordélique, où s’entasse un tiers de le population du pays, et où la pollution est bien souvent visible :

200 000 habitants en 1900, 3,5 millions aujourd’hui : une croissance urbaine digne de l’Amérique latine. Mais la Grèce est finalement un pays neuf (XIXe siècle) qui se comporte donc comme un pays neuf. D’où un urbanisme anarchique, pour ne pas dire inexistant, où tout semble entassé :

Athènes comme capitale n’allait pas de soi lors de l’indépendance vis-à-vis de l’Empire Ottoman, dans les années 1830. La ville fut choisie un peu par hasard, après une période brève de « capitale tournante » entre plusieurs villes du pays, et Athènes ne s’imposât que par son histoire antique, glorieuse mais bien lointaine, comme en témoignent les vestiges du Parthénon :

La croissance urbaine fut rapide, accélérée dès les années 1920 lorsque des Grecs d’Asie Mineure quittèrent la Turquie nouvellement fondée pour rejoindre une mythique « mère patrie », tandis que des populations d’origine turque étaient invitées fortement à rejoindre la nouvelle Turquie. L’exode rural se superpose à ce phénomène et s’intensifie après la IIe Guerre mondiale, à la fois parce-que la campagne, ne nourrissant plus son homme, devient répulsive, tandis qu’Athènes, par sa modernité, fait rêver. Dans le même temps, des milliers de Grecs quittent leur pays pour l’Europe ou les Etats-Unis. Le pays est alors considéré comme peu développé, sans infrastructure moderne en dehors d’Athènes, la capitale attirant donc tous ceux qui n’ont pas les moyens d’émigrer.
Une ville bordélique, disais-je au début. Pas faux. Mais il ne faut pas oublier que le milieu est assez contraignant (une plaine restreinte entourée de collines), et que ces contraintes ne se sont atténués qu’avec les Jeux Olympiques, qui ont incité la ville à développer des infrastructures de transports, en particulier un réseau de métro (souvent assez semblable au RER parisien) et de tramway :

Athènes est aussi le grand pôle industriel d’un pays peu industrialisé par ailleurs, et surtout un grand pôle tertiaire. L’urbanisme y est approximatif, sans plan précis, cela se voit bien, jusqu’au centre de la ville qui, en gros, date du XIXe siècle. Je me souviens ainsi d’une ville très ordinaire, très provinciale pour tout dire.
Et la crise dans tout ça ? nos amis, assez peu personnellement touchés mais inquiets pour leurs enfants, actuellement écoliers et étudiants, nous ont dit que tout avait basculé du jour au lendemain. Ils ont ressenti, physiquement, l’impact de la crise, voyant se multiplier les gens qui font la manche dans les rues et les bâtiments inachevés, « en un jour ». Ils nous ont notamment parlé d’un de leurs amis qui, du jour au lendemain là encore, avait du diviser son salaire par deux pour pouvoir conserver son emploi. Parmi nos amis, un couple est aujourd’hui, et depuis peu, à la retraite, mais a du reprendre un job pour conserver son niveau de vie et finir de payer les études des enfants. Une de mes collègues, qui a organisé un voyage scolaire en Grèce il y a quelques semaines, m’a dit avoir été choquée par la misère visible dans les rues d’une ville qui, jusque là, ressemblait à n’importe quelle autre ville européenne. Si quelqu’un a des nouvelles, qu’il me les transmette …