Et à la fin (de l’après-midi), c’est l’Allemagne qui gagne

Mon peu d’intérêt pour la baballe ronde fait que le score du match de ce soir me laisse assez indifférente. Par contre, la présence des supporters italiens et surtout allemands (ceux-ci étant quatre fois plus nombreux que ceux-là) rend la ville toute joyeuse. Parce-qu’ils sont tout simplement beaucoup plus nombreux, on peut parier sans trop se tromper que le record du nombre de selfies devant le miroir d’eau et le nombre de pintes de bières englouties sera détenu par les supporters de la Mannschaft.

Un bateau de bande-dessinée

P1040277Le site Bordeaux-tourisme.com le définit comme « un navire de tradition tout droit sorti des Aventures de Tintin et Milou ». Il est vrai qu’avec sa belle coque rouge et sa cheminée jaune, le Marco Polo (site web) a un petit côté « cartoon » qui met de bonne humeur.
Ce bateau, d’un peu plus de 33 m de long, est sorti d’un chantier naval suédois en 1960. Il a effectué du nombreuses croisières dans la mer Baltique pour une compagnie est-allemande puis pour une compagnie allemande tout court après la réunification. Racheté par la compagnie bordelaise « Navires et Châteaux » en 2013, il a eu droit à un très gros lifting dans les chantiers polonais de Gdansk avant d’effectuer son voyage jusqu’à la Garonne.
Désormais, c’est un bateau consacré à la balade fluviale. Il peut accueillir jusqu’à 150 personnes, soit en accès individuel (dîner-croisière en été, croisière-jazz, soirée dégustation, …) soit par groupes (comités d’entreprises par exemple). Dans tous les cas, il démarre du ponton Montesquieu, en rive droite.

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Photos : juin 2016

Carte postale [17]

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Berlin, décembre 2008

Carte postale [13]

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Berlin, avril 2012

120 000 € du mètre carré, ça fait cher pour un squat

Et ça faire cher pour Berlin. Pauvre mais sexy, c’était vrai avant, en gros dans les années 2000, mais aujourd’hui ?
Cette somme rondelette, à multiplier par 1250 mètres carrés, correspond à la vente du Tacheles, cet ex-squat berlinois devenu haut lieu de la culture alternative, puis balade obligée pour touristes (dont j’ai fait partie, et avec plaisir).
L’immeuble avait été évacué manu militari en 2012, quelques mois après mon dernier passage dans cette ville, où j’avais pu constater que le combat mené par les derniers artistes était vain. Les banques avaient effectivement gagné (photo prise en avril 2012) :

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Le propriétaire du lieu depuis 1998, un groupe spécialisé dans l’immobilier de luxe, vient de revendre le bâtiment à un fonds d’investissement new-yorkais, qui envisage, sans grande originalité, d’y construire des appartements très chers qui brillent de partout, et des commerces. Et puis aussi un petit truc culturel parce-que bon, c’est quand même Berlin …

Source : site web du Nouvel Observateur, 25 septembre 2014

L’asperge est un sujet géographique comme un autre

imagescreenshot_03La sérieusisssime revue Mappemonde se penche, dans sa livraison de juin, sur la passion des Allemands pour l’asperge, avec carte à l’appui. Cette dernière montre que l’asperge est une production idéale là où rien d’autre ne pousse, puisqu’elle adore les sols pauvres.
La passion pour l’asperge n’est pas si différente en Allemagne qu’en France : un produit de luxe à saisonnalité courte, qui a d’abord séduit les citadins. Sur ce point, l’article n’apporte pas grand chose.
Ce que précise par contre de manière fort intéressante cet article, c’est que la diffusion de l’asperge sur des zones des cultures où elle était absente jusqu’à une date récente est liée à l’afflux d’une main-d’œuvre facilement exploitable et peu chère venant d’Europe de l’Est, en particulier de Pologne.

Les promoteurs ont perdu le référendum

Il y en avait, hier, des électeurs appelés aux urnes ! Appelés seulement, parce-que vu le peu de citoyens motivés par la chose publique, on ne peut pas appeler ça un succès. Je ne parle même pas du résultat, tentant de déglutir une colère amère tant bien que mal. Mais ce blog doit rester un lieu calme et serein, j’y tiens.
Ce n’est donc pas de l’élection européenne qu’il est question ici ce soir, mais d’un référendum qui s’est tenu à Berlin à la demande des citoyens. Klaus WOWEREIT, maire en exercice, est une fois de plus remis en cause. Il faut dire que c’est habituel dès qu’il s’agit d’aéroport, le tout nouveau tout beau remplaçant l’improbable et ridicule Tegel étant toujours à l’état de chantier. Il aurait du entrer en service il y a plus de deux ans. Au moins.
Donc WOWEREIT et les aéroports, ça ne va pas ensemble, même quand ledit aéroport n’en est plus un depuis longtemps : c’est le cas de Tempelhof, qui ravitailla les Berlinois pendant le blocus de 1948-1949, et désormais transformé en lieu de balade, piste de roller, jardin partagé, voire terrain de sport pour alouettes.
Monsieur le maire, pourtant pas au mieux de sa cote de popularité, voulait autoriser la construction d’immeubles (5000 logements) sur une partie de Tempelhof, et même y aménager une sorte de lac et y bâtir des édifices publics. Les Berlinois ont fait des pieds et des mains pour qu’un référendum soit organisé. Le verdict est tombé hier : monsieur le maire peut remballer ses parpaings et trouver un autre terrain pour satisfaire l’appétit vorace des promoteurs, ces derniers ignorant définitivement tout de l’importance du cadre de vie et du patrimoine.

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Source : La Gazette de Berlin, bien sûr …

Illustration : un tout petit bout de Tempelhof, du côté des jardins partagés, photographié au printemps 2012

Street art [30]

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L’arlésienne berlinoise

Parions que cette histoire va coûter son fauteuil de maire à Klaus WOWEREIT. Il faut dire que la facture est de plus en plus salée, dépassant actuellement 4 milliards d’euros, pour construire un aéroport enfin digne de la capitale de la première puissance économique européenne.
Tout individu, même très amoureux de Berlin, ne peut donc que se morfondre en se disant qu’il va encore falloir se farcir le minable aéroport de Tegel, devenu trop petit, dans lequel l’attente dans les salles d’embarquement ressemble à une séance d’entraînement pour des sardines tentées par l’épreuve de la boîte. Pas la peine de vouloir y grignoter quelque chose de sérieux, ou même espérer y boire une vraie bière une fois passé le filtre, il n’y a rien dans les salles d’embarquement. La bière est en boîte. Un comble pour l’Allemagne. Tegel, donc, que j’ai pris en photo par le hublot en avril dernier, pensant qu’il s’agissait d’une photo d’adieu :

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Le chantier du nouveau paradis des avions se situe sur le site de l’aéroport de Schönefeld, à 18 km de Berlin, qui accueille actuellement les vols low cost et les charters. L’ouverture fut d’abord prévue pour 2010, puis pour 2011, puis pour 2012. Dans le même temps, les vieux aéroports doivent fermer, comme a déjà fermé Tempelhof qui, je le rappelle, sert aujourd’hui de terrain de sport, de câlinodrome pour les alouettes et de jardin potager :

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Aux dernières nouvelles, on parle d’une ouverture en 2014, voire en 2015. Et si on attendait la fin du pétrole, et donc du kérosène et des avions qui vont avec, pour en faire directement un magnifique jardin, avec un bar panoramique dans la tour de contrôle ?

Street art [22]

De la concurrence pour Halloween

Très sincèrement, les fêtes religieuses, quelle que soit la religion, me touchent guère. Et donc, à tout prendre en ces temps d’automne, je trouve plus ludique la commerciale Halloween que la vieille Toussaint pluvieuse qui la suit de quelques heures. Certes, le grand dadais déguisé en Dark Vador, que j’ai croisé hier soir, m’a semblé plus ringard que drôle avec son faux sabre laser et son panier à friandises. D’ailleurs, la fête d’Halloween, qui s’est imposée tardivement en Europe continentale, me semble déjà vieillie, dépassée. C’est à ce titre qu’elle finit elle aussi par me laisser indifférente, après m’avoir tout de même donné le goût de la soupe au potiron, ce qui n’est pas rien.
Bref, tout ça pour dire qu’Halloween n’est qu’un effet de mode. Or cette mode bien païenne de couleur orange, gêne vaguement les autorités religieuses allemandes. En effet, la date du 31 octobre y coïncide avec la fête de la Réformation, moins sexy et moins colorée. Les luthériens commémorent alors le début de la réforme protestante, qui fêtera ses 500 ans le 31 octobre 2017. Et là, pas question que les citrouilles, les bonbons et les gosses attifés en zombies mettent le bazar dans les rues à l’heure du recueillement : on remballe le tout et on le colle devant la télé à re-re-re-revoir La Famille Addams, et basta ! Evidemment, l’argumentaire des dignitaires religieux s’appuie sur des bases plus spirituelles : Luther ne fut-il pas un des premiers à dire aux hommes qu’ils ne devaient pas craindre les esprits ? Sûr que ça la fout mal si des pseudo-fantômes crient « hou-hou » avec un drap sur la tête. Sauf que pour les marmots, le gars Luther manque un peu d’humour, pour tout dire il fait un peu vieux jeu. Certes, il y a déjà des bobines dudit Luther incrustées dans des bonbons de couleur orange, mais cela suffira-t-il à ramener la marmaille du côté des voies du seigneur, surtout si elles s’éloignent de celles des supermarchés ?
Très sincèrement, le débat me laisse indifférente. Ce qui me surprend davantage, c’est qu’il est aujourd’hui à la une de la Gazette de Berlin, qui m’avait jusque là peu habituée à cette thématique. On y apprend ainsi qu’un contre-Halloween existe depuis six ans : c’est la « nuit de l’Eglise », qui attendait hier 100 000 jeunes. J’ignore si le chiffre a été atteint …
Cela dit, et c’est le même article qui file l’info, la commerciale mais innocente Halloween gêne aussi en France : le maire du Puy-en-Velay vient d’y mettre le holà, prétextant que cela pouvait gêner le recueillement propre à la Toussaint. Soit.
Et enfin, pour casser définitivement une éventuelle magie hallowinesque, rappelons que la citrouille ne fut que tardivement convoquée dans le rôle de Jack-O’Lantern. A l’origine, on creusait des navets.

L’honneur des passeurs

Quinze Allemands ont été décorés avant-hier de la croix du mérite. Quinze Allemands qui se sont distingués au temps de la guerre froide pour avoir aidé des compatriotes de RDA à passer en RFA. Reconnaissance bien tardive.
Le mur de Berlin, est-ce la peine de le rappeler, a été construit non pas pour garantir la paix ou pour empêcher que les Allemands de l’Est soient contaminés par les idées délétères de l’Ouest, mais bien pour empêcher l’hémorragie de ces mêmes Allemands fuyant le paradis communiste pour l’enfer capitaliste. La brèche de Berlin, ville « libre » en plein cœur de la RDA, était effectivement un point de passage facile et largement utilisé. D’où la coupure physique du 13 août 1961 : le mur coupant Berlin en deux, empêchant concrètement les ressortissants de RDA de sortir de leur patrie bienveillante. Dès la pose des premiers parpaings, des premiers barbelés, des Allemands de l’Est ont fui vers l’Ouest. Ce sont notamment ceux-là qui ont ensuite organisé la fuite d’autres Est-Allemands, membres de leur famille ou pas. Mais il y eut aussi d’autres passeurs, purs produits de la RFA, qui ont agi pour des raisons idéologiques.
Parmi ces gens se trouve Hasso HERSCHEL, qui a permis le passage de 29 fugitifs via un tunnel les 24 et 25 septembre 1962. Le plus difficile ne fut d’ailleurs a priori pas la construction dudit tunnel, mais l’information de son existence envers les Berlinois de l’Est. Dans l’hiver 1962-1963, accompagné d’étudiants, il creuse une deuxième tunnel, mais cette fois son projet échoue : la stasi est dans la place. Il ne baisse pas les bras et parvient à faire passer d’autres Est-Allemands dans le bloc de l’Ouest jusqu’en 1972, mais plus par Berlin : il utilise la possibilité qu’ont les citoyens de voyager dans les démocraties populaires pour faire franchir clandestinement la frontière entre la Hongrie (un des lieux de vacances préférés des Allemands de l’Est) et l’Autriche.
Dans un même ordre d’idée, citons aussi le cycliste Harry SEIDEL qui, en 1962, a creusé un tunnel de 18 mètres juste de part et d’autre du mur, celui-ci reliant deux caves.
Le record du nombre de passage revient peut-être à Burkhart VIEGEL, qui a fait passer plus de 650 personnes de manières variées, dont un tiers dans une planque aménagée dans le tableau de bord d’une voiture (une grosse Cadillac, pas une ridicule Trabant !)
Certains passeurs ont payé très cher leur engagement : Dieter HOTGER et Hartmut RICHTER se sont ainsi faits prendre et ont été incarcérés dans la prison de la stasi. Ils n’ont du leur liberté qu’à l’action de l’Etat ouest-allemand, qui les a « rachetés ».

—> à cliquer :

  • une page consacrée à Hasso HERSCHEL sur le site du mémorial du mur de Berlin
  • deux articles de presse évoquant la remise de décoration aux quinze passeurs : l’un dans Slate, l’autre dans Le Figaro (c’est dans ce dernier article que l’on peut voir un schéma montrant la planque réalisée dans la Cadillac)

Street art [17]

L’insulte suprême

C’est en lisant un article de la Gazette de Berlin qu’une anecdote m’est revenue en mémoire. Selon l’article en question, une antipathie envers les touristes agiterait le Berlinois moyen (à lire ici). Cette antipathie ne m’a pas sauté aux yeux, et j’ai même trouvé les Berlinois plutôt sympathiques. A une exception près : l’anecdote annoncée plus haut.
C’était un matin d’avril sur la PotsdamerPlatz. Une envie de pipi démoniaque, consécutive à un petit-déjeuner gigantesque. Nous arrivons devant les commodités réservées au public et payantes (les bougres !), une corde ferrme symboliquement le lieu de tous mes désirs de l’instant, bien que nous soyons pile poil dans les heures d’ouverture. Nous franchissons la corde comme des sauvages mal élevés (donc en passant dessous délicatement sans tout faire tomber), et Monkeum et moi-même assouvissons nos pressant besoins respectifs. Et là, ça gueule. Monsieur Pipi se met a brailler dans un germanique que je ne maîtrise décidément pas, je le paye pour tenter de le calmer (et accessoirement lui prouver mon honnêteté : non je n’ai pas dealé de la came dans tes wawas, j’ai juste éliminer jus d’orange et café matinaux), mais le bonhomme est furax. Au final il nous insulte, nous traitant de « sarkozy ». Ça ne s’invente pas. Je n’ai pas osé lui renvoyer un « merkel ». Et puis, de toute façon, les présidentielles françaises étaient trop proches pour que cela provoque en moi autre chose qu’une folle envie de rire.

J’ai cru que c’était Berlin

Berlin est le domaine de prédilection du street-art. Et puis aussi du crobard pas terrible. Le mur y est très souvent un support d’expression, utilisé par des gens inégalement doués. La couleur est partout. Du coup, en crapahutant à proximité du chantier Darwin, sur l’ancien site de la caserne Niel (près de la rue de la Rotonde dont j’ai parlé récemment), j’ai eu l’impression que la téléportation existait : c’était du Berlin. Un espace absolument immense, un terrain de jeu aussi fabuleux qu’éphémère, de plus en plus pris en photo (j’ai même vaguement entendu parler d’un livre sur le sujet) :

Ephémère, c’est bien souvent ce qui caractérise l’art urbain, surtout quand il se heurte à des projets immobiliers. Et là encore c’est Berlin qui me vient à l’esprit : hier, la police a évacué de force les derniers occupants du Tacheles. Il y eut bien quelques protestations pour la forme, une caméra qui s’est baladé dans les escaliers qui seront bientôt détruits, et puis plus rien :

Street art [6]

Peintre en bâtiment

Je me permets de qualifier l’artiste italien BLU de peintre en bâtiment car, quand il peint une œuvre sur un mur, il utilise tout le mur, même s’il y a cinq ou six étages. Cela suppose un minimum de matériel, du style grande échelle ou échafaudage, comme on peut le voir sur une des ses créations vidéos. Car BLU est aussi vidéaste.
J’ai montré une des ses réalisations ici-même il y a peu, un homme dont les mains sont liées par deux montres. Cette gigantesque œuvre se trouve à Berlin, près d’Oberbaumbrücke. Juste à côté de cet homme piégé par le temps se trouvait une autre peinture de BLU, signalée d’ailleurs dans certains guides touristiques (du moins dans le Routard) :

A quelques rues de là, au ras du pont, une autre fresque immense, limite torticolis pour la voir dans son ensemble et surtout dans ses moindres détails :

BLU s’est bien sûr saisi de ce gigantesque champ à graffer qu’est Berlin, mais on peut voir ses personnages géants (entre autres) un peu partout en Europe (pour la France, le site La Boite Verte évoque la ville de Rennes), à New York et en Amérique latine.

Street art [1]

Je ne peux pas assister à ton anniversaire

Chère ville de Berlin,

C’est avec beaucoup de tristesse que je me vois dans l’obligation de décliner ta gentille invitation. Certes, elle ne m’était pas personnellement destinée, mais j’ai bien compris que tu y espérais la présence de tous ceux qui, comme moi, aiment déambuler dans tes rues et s’installer à tes terrasses de café.
J’ai bien conscience que la déception est grande : ce n’est que la troisième fois de ton histoire que tu fêtes un tel événement, toi pourtant si festive. 775 ans, ce n’est pas rien. Mais voilà, le jour J est un 28 octobre, hors des périodes de congé (ou, si c’est dedans, c’est que j’ai mal regardé), et les obligations professionnelles m’éloignent des pétards et des flonflons. 
Sois persuadée, chère Berlin, que je pense bien à toi.

PS : pour de plus amples infos, clic clic ici

Mon mari m’a invitée au bordel

C’était un soir d’avril, un soir pluvieux où on se dit que, puisque du liquide nous tombe dessus, autant qu’il en entre aussi à l’intérieur de nos petits corps frileux. Pas de l’eau, certes. A Berlin, certes aussi. Le bar est bien connu des frenchies de la ville, et il s’agit effectivement d’une ancienne maison close, d’où le nom : « Madame Claude ».
Coup classique dans les lieux branchouilles berlinois : les sièges sont défoncés et l’éclairage très faible. On peut y écouter de la musique, y boire pas mal, y papoter, tout cela sur et sous du mobilier de récup’. En effet, ce bar a une déco inversée : fauteuils et tables pieds en l’air, meubles collés au plafond, etc. Rigolo.

—> A cliquer :

Des avions sans aéroport, un orchestre sans opéra, …

Berlin, c’est le bazar. Certes, l’impression de chantier permanent atteste de cet état de fait, mais on sait bien que la ville est fauchée et que les ambitions sont vastes. Un récent et bref article du Stern, traduit dans le Courrier International de cette semaine (en bas de la page 21 pour ceux qui, comme moi, lisent la version papier), accorde nettement moins de circonstances atténuantes à la municipalité berlinoise.
Il faut dire que l’annonce, moins de deux semaines avant l’ouverture, du report de l’inauguration du nouvel aéroport, sur l’emplacement de celui de Schönefeld, a mis au jour d’évidents disfonctionnements. Le retard ne se mesure ni en jours ni même en semaines, mais en mois : le rutilant tapis à avions, qui devait faire la joie de tous les passagers un peu exaspérés par le vieil aéroport de Tegel, n’ouvrira, dans le meilleur des cas qu’en mars 2013.
Dans le meilleur des cas. Parce-que si le scénario qui se profile est le même que celui de l’opéra Unter den Linden, dont le directeur musical est Daniel Baremboïm, l’attente pourrait se mesurer en années. En effet, ledit opéra aurait du accueillir ses premiers spectacles en octobre 2013, au mieux ce sera en 2015. Mais là, au-moins, on n’est pas prévenu à la veille du jour J.
Raison de tout cela : selon le Stern, il y a là-dedans un mélange entre une très faible productivité des ouvriers et une incapacité de la mairie à surveiller ses chantiers. Au final, des surcoûts délirants et une traduction probable dans les urnes : le parti Pirate est crédité de 15 % des intentions de vote selon des récents sondages.

—> Illustration : aéroport de Tegel, avril 2012

Il ne reste (presque) plus rien de Tacheles

Déjà, en 2008, ce haut-lieu de la culture alternative berlinoise n’était plus que l’ombre de ce qu’il avait été, j’en avais parlé à quatre reprises en ce temps-là (épisode 1, épisode 2, épisode 3 et épisode 4). J’avais néanmoins gardé la nostalgie du vin blanc baptisé dans son gobelet plastique, des musiciens déjantés et festifs, et de tous ces tags sur les murs.
Avril 2012. Après la première balade du premier jour et le passage devant l’incontournable porte de Brandebourg, nous avons voulu voir ce que les requins de la finance avait fait de ce lieu aujourd’hui en sursis. Les promoteurs sont sur le coups, les banquiers ont gagné, les artistes sont sur le départ :

C’est triste tout ça. Le jardin où étaient exposées la plupart des installations a été réduit de moitié, le dernier étage est condamné (pour le verre en terrasse, sur des canapés aux ressorts apparents, c’est râpé), le bistrot-salle de concert du rez-de-chaussée est muré. Mais il reste quelques artistes qui restent jusqu’au bout, et surtout toute cette peinture sur les murs. Si je ne devais retenir qu’une image de cette ultime visite à Tacheles, ce serait ce portrait-là :

Collection # 147

Street-art à Berlin
Avril 2012

S’enfuir [4]

Suite et fin de cette balade berlinoise sur le thème de la fuite de la RDA vers la RFA. Je vous propose un ultime retour au mémorial de la Bernauerstraße, dont l’aspect le plus émouvant est sans contexte ce mur-là :

On y voit, bien alignés, les photos et les noms de victimes identifiées du Mur. Des gens de tous les âges qui ont tenté de passer à l’ouest, entre 1961 et 1989. Si on s’approche, on voit les photos, on lit les noms, on calcule les âges. Untel avait 60 ans, un autre seulement 5. Tout est possible.

Même si certains se noyèrent en tentant de traverser la Spree, beaucoup moururent d’une balle dans le dos, la tête ou ailleurs. Mais parfois pas sur le coup. C’est ainsi le cas d’un certain Dieter Brandes (au centre de la photo ci-dessous), mort dans sa vingtième année des suites de ses blessures, plus de six mois après s’être fait tiré dessus :

S’enfuir [3]

Passer le Mur, c’est une idée qui a germé dans l’esprit de milliers d’Allemands de l’Est, mais comment s’y prendre pour ne pas se faire prendre ? Retournons sur East Side Gallery, et commençons par de l’archi-connu. Cette image montre deux manières de passer radicalement différentes :

On reconnaît au premier plan ce soldat de l’armée du peuple qui a tout plaqué le 15 août 1961, soit deux jours après le début de la construction du Mur. Le premier à avoir passé le Mur avec succès. Le premier à avoir passé le Mur tout court. Au second plan, le type qui passe en Trabant et en baissant la tête, quelque chose de totalement impossible bien sûr.
Autre technique, toute aussi fantasmée, qui consiste à enjamber la double palissade et le no man’s land d’un seul saut. Une technique pour super héros :

En fait, les techniques qui ont réussi étaient autrement plus subtiles. A ce sujet, je vous conseille une petite vidéo de 1979, qui montre notamment des techniques connues mais demandant une grande souplesse (passage dans un coffre de voiture ou dans une valise), mais aussi des projets nettement plus audacieux, comme un passage en montgolfière.
Mais les tentatives n’étaient pas toutes couronnées de succès. Le passage pouvait finir par la mort, ce que montre ce double dessin, avec la grande faux en guise de comité d’accueil :

S’enfuir [2]

A partir du 13 août 1961, s’enfuir, pour les Berlinois de l’Est, cela veut dire « faire le mur ». Or, la construction devient, au fil du temps, de plus en plus sophistiquée et de plus en plus difficile à franchir. Il s’agit d’abord d’une palissade en béton armé de 3,5 m de haut, dont on peut voir des vestiges dans le mémorial de Bernauerstraße (localisation) :

Ce mémorial conserve d’ailleurs quelques morceaux du Mur, dans une sorte d’enclos :

Mais le Mur, c’est aussi beaucoup de vide (un no man’s land, de largeur variable selon les quartiers) et des dispositifs de surveillance, en particulier des miradors, que l’on peut voir aussi au Mémorial :

Mais ce sont aussi des mines antipersonnels, des chiens, des gardes ayant l’ordre de tirer, des projecteurs qui transforment la nuit en jour (très difficile pour les riverains, quelque soit leur côté de mur), et des projets de perfectionnement dans les cartons en 1989 : il était ainsi question d’installer des caméras infra-rouge, entre autres joyeusetés. Parce-que, malgré tous les efforts fournis par les fonctionnaires de RDA, plus de 5000 Allemands de l’Est parvinrent à passer de l’autre côté du Mur entre le 13 août 1961 et le 9 novembre 1989.

—> A cliquer : une page consacrée au Mur de Berlin sur le site Herodote.net

S’enfuir [1]

Avant 1961, la circulation entre les différentes zones de Berlin est libre. Les ressortissants de la RDA profitent de cette faille pour passer à l’ouest, ce que les dirigeants de RDA finissent par comprendre, d’où le Mur qui a empêché le pays de se vider totalement. Les ostalgiques d’aujourd’hui oublient sans doute cela : même si la RDA offrait des structures sociales solides, des soins gratuits et un job pour tous, c’était d’abord une dictature soumise au grand frère soviétique. Et donc, comme on peut le voir sur une des œuvres d’East Side Gallery, les Allemands de l’Est, tassés derrière le Mur, attendent. C’est la guerre froide (le téléphone rouge encastré dans le béton en témoigne), le monde est coupé en deux. Derrière le Mur, c’est gris et froid. Monde manichéen, donc.

De quoi rêvent ces gens au pied du Mur ? que voient-ils ? la vision de l’artiste est celle d’une société d’opulence, de bien-être matériel immédiat, mais aussi d’une société décérébrée, dans laquelle les humains ne sont plus que des automates prêts à tout acheter. L’enfer capitaliste, on vous dit. Et pourtant, ça pousse derrière le Mur, celui-ci se déforme, cet enfer-là, on le veut.

Oberbaumbrücke

Le pont que j’évoquais hier, c’est Oberbaumbrücke (localisation). Seul pont vraiment original de Berlin (le Routard va même jusqu’à dire « le plus beau »), qui enjambe la Spree entre deux quartiers encore suffisamment popu’ pour que je m’y plaise : Friedrischsain et Kreuzberg, ce dernier étant en partie le quartier turc, au ras du Mur au temps de la guerre froide, mais côté ouest (Friedrichsain est sur l’ancien côté Est). On est tout près d’East Side Gallery, dont il m’arrive de parler aussi ici. Pont original, disais-je :

Des tourelles, deux étages (un pour le ferroviaire, l’autre pour les piétons, les vélos et les voitures). Du pont en bois du XVIIIe siècle, il ne reste plus la moindre trace. Le pont que l’on a aujourd’hui sous les yeux a été entièrement restauré pour une somme très rondelette en 1994, soit pile un siècle après le début de sa construction dans un style néo-gothique mi-pataud mi-rigolo. En briques rouges, on ne peut pas le louper. D’ailleurs, le Routard, qui kiffe vraiment la chose, l’adore quand le métro aérien jaune passe sur ce pont rouge alors que le ciel est d’un bleu de propagande. Psychédélique, qu’ils disent :

Au temps du Mur, ce pont servait de point de passage (un de ces fameux checkpoints, qui ne s’appellent pas tous « Charlie ») et on ne pouvait y passer qu’à pied.
Pour ce soir, j’arrête là mes élucubrations germaniques : je joue du mac sur la terrasse et je commence sérieusement à servir de pitance aux moustiques, c’est désagréable. Si demain, ce blog est plein de boutons, faudra pas s’étonner.

Accroché au pont

A Berlin comme ailleurs, des gens tentent la survie façon SDF. Galères urbaines d’une société inégalitaire et égoïste : la nôtre. Voit-on encore le type ou la nénette qui tendent la main, qui réclament une pièce ? Parfois, on ne les entend même pas. Voix faible de honte, peut-être, mais plus simplement : on ne les entend plus. Ils font partie du paysage, comme le feu tricolore et l’abribus. A Berlin comme ailleurs. Sauf qu’à Berlin, le street art est chez lui. Et il met aussi en scène ces galères-là, les rendant finalement et scandaleusement plus visibles que quand ce sont des vraies gens qui font la manche. Celui-là, en survet’, casquette et baskets, est attaché à un pont, en rive gauche de la Spree :

On ne le voit pas du premier coup. Il faut tourner la tête, lever les yeux, se laisser interpeller : il a tellement l’air vrai, ce faux bonhomme, il a tellement l’air triste, tout replié sur lui-même. Poupée de chiffons, trois fois rien, à l’image aussi du peu de considération que nous pouvons avoir pour tous ceux qui n’arrivent pas à faire leur place dans notre société d’hyperconsommation.

Molecule Man

De loin, on voit une sorte de personnage qui marche sur l’eau. Un personnage avec des trous dedans, façon gruyère mais en alu. Et puis grand, très grand, très très grand puisqu’on le voit de très très loin.
De près, on constate que l’homme en alu troué n’est point seul. Ils sont trois, posés sur l’eau de la Spree, à Berlin. Molecule Man est l’œuvre de Jonathan BOROFSKY, un Américain doué dont les œuvres se vendent cher (un « Molecule Man volant » a été mis aux enchères à plus de 20 000 $ en 2011). Depuis 1999, le triptyque nage sur l’onde berlinoise, mais les premiers Molecule Men sont sortis de l’imagination de leur concepteur à la fin des années 1970.

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—> A cliquer : des photos montrant comment Molecule Man a été installé.