Un métier vidé de sens

Lorsque j’ai commencé le job de prof, au début des années 1990, je croyais sottement participer au grand œuvre visant à transformer les enfants en citoyens responsables, ouverts au monde mais pas aux fake news (à l’époque, on disait « désinformation »). Puis, de collège en lycée, et de réformes en réformes, cette ambition a été pour le moins écornée. Des programmes de plus en plus lourds à faire passer dans des classes de plus en plus chargées, dans un temps, lui, qui s’est réduit. Gavage des oies obligatoire, pour que le programme soit bouclé le jour J du bac. Pas de temps disponible pour amener les jeunes à penser par eux-mêmes, à se forger une culture, à prendre le temps de réfléchir. Il faut juste qu’ils emmagasinent du pré-mâché qu’ils oublieront dès l’épreuve passée. Cela me fait penser à un dessin de Fabrice Erre, que vous pouvez voir en cliquant ici

Depuis des années, donc, les conditions d’enseignement se dégradent, et les gamins pataugent dans ce bourbier, avec une docilité qui me surprend. La fabrique de l’imbécile docile est en train de réussir sa mission. Et même si, en histoire-géographie du moins, les programmes ont une certaine ambition intellectuelle, je sais bien que, passé le moment plutôt intéressant en classe, les élèves ne retiennent finalement pas grand chose, mélangent tout car rien n’a été mis en place pour qu’ils puissent prendre du recul. On manque de temps, et c’est cruel.

Arrive Monsieur Blanquer et son école dite « de la confiance ». Faites-moi penser à chercher la définition du mot « confiance » dans un dico, j’ai comme un doute sur le sens réel de ce terme. Cette réforme touche notamment le lycée, avec son nouveau bac et ses 21 épreuves étalées sur deux ans. Pour amener nos enfants à faire autre chose que bachoter, c’est loupé ! Quant aux programmes … là encore, je reste sur ce que je connais : l’histoire-géo. Encore plus lourds avec encore moins de temps : air connu. Mais surtout des programmes sans ambition intellectuelle, qui ne permettront en aucun cas aux adolescents de devenir des adultes responsables dans une société qui se veut démocratique. Par contre nous aurons de bons petits exécutants, avec un petit vernis culturel qui fera sa petite illusion. Contre ce projet de société, les enseignants luttent avec les moyens du bord : 20/20 de moyenne à tous les élèves, démission des profs principaux, à l’occasion la manif, à l’ancienne, pour se faire entendre encore un peu.

Photos réalisées à Bordeaux le 19 mars 2019, lors de la manifestation interprofessionnelle lancée par la CGT et FO, et rejointe par des syndicats d’enseignants.

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Quand les enfants expliquent aux adultes

La jeunesse me remplit d’espoir. On la disait indifférente, certains la voit sotte, et elle est là, concernée et mobilisée, ayant mille fois mieux compris que nous les vieux ce que l’avenir nous réserve. Hier donc, grève scolaire mondiale pour le climat. À Bordeaux, les petits ont bravé la pluie. J’ai pu les retrouver en fin de manif, sur la place de la Bourse, et mes poussins perso, élèves de mon bahut, m’ont interpelée, et ça m’a fait plaisir. On a papoté. Je n’ai pas osé leur dire que, en plus du soutien à la cause climatique, j’étais aussi là pour voir si tout allait bien, s’ils étaient en sécurité. Mes poussins, vous dis-je.

Aujourd’hui, même lieu mais sous le soleil, c’était la même manif finalement. La Marche du siècle pour le climat. J’y ai croisé des amapiens, et puis plein de familles, des gamins avec pancarte, le militantisme, faut que ça commence jeune. Bon enfant. Nous les écolos sommes des pacifistes. Il y avait du monde, oui, pour dire que 3 degrés de plus ce serait la fin du monde, enfin de notre monde. Parce-que la terre, en tant que gros caillou, elle, elle s’en sortira. Mais nous, pauvres petits humains, nous allions y laisser notre peau. Ralentir le réchauffement, c’est une question de survie.

Photos réalisées à Bordeaux les 15 et 16 mars 2019

Grive du matin

Depuis quelques jours, ce n’est pas la radio qui me réveille, mais l’oiseau. L’oiseau chante bien avant que la radio ne parle, et l’oiseau chante bien. C’est normal, c’est son job, et ce n’est pas pour rien que cet oiseau-là se nomme « grive musicienne ». La grive chante longtemps, et continue même après le lever du soleil. D’où ce petit bout filmé : le son est médiocre, l’image est pire, soyez indulgents.

Les demoiselles s’accrochent

Les demoiselles sont des odonates, ce qui signifie qu’elles sont de la même famille que les libellules, mais leurs corps et leurs ailes sont beaucoup plus petits et minces. Malgré cette apparente fragilité, les demoiselles, appelées plus sérieusement « zygoptères », sont de voraces carnivores, même à l’état larvaire. Elles ont aussi, tout comme les libellules, une tendance à s’agripper à leur partenaire sexuel. L’opération crac-crac est d’ailleurs potentiellement violente : les mâles peinant à trouver une femelle peuvent adopter des stratégies agressives vis-à-vis de leurs concurrents. Une fois le couple formé, l’attache des deux corps est bien solide, les mâles de certaines espèces ne lâchant la femelle qu’une fois les œufs pondus. On voit ainsi les couples voletant de-ci de-là, se posant sur une brindille, puis repartant vers la brindille suivante, monsieur tirant madame dans sa déambulation.

Accouplement de deux zygoptères – Département de la Gironde – 26 février 2019

Source : Wikipédia

Bain de soleil

Les animaux dits « à sang froid » se sont faits rares ces derniers temps. Mais aujourd’hui, alors que le thermomètre taquine les 15°C à l’ombre, ces charmantes bêtes sortent de leur léthargie et de leurs planques, puis se posent là et attendent paresseusement que le doux soleil réchauffe leur corps tout froid. C’est ainsi le cas du lézard … :

… de la tortue … :

… et, plus surprenant dans le quartier résidentiel où j’ai pris la photo, de la couleuvre :

Photos réalisées le 18 février 2019 dans l’agglomération bordelaise

Le seau de l’amour

Février est le mois des amours chez le crapaud. Le batracien ne pense qu’à rejoindre la mare la plus proche pour jouer à zizipanpan et assurer la perpétuation de son espèce. Mais, tout entier noyé dans ses hormones insistantes, le pauvre animal ne songe plus à l’élémentaire prudence sur le chemin de l’étang, traversant bien des fois des rues et des routes qui lui sont fatales. Le crapaud finit alors plus plat qu’une crêpe sur le triste bitume. Fin sordide d’une histoire d’amour à peine commencée.
C’est alors que la main de l’homme intervient, aidant l’animal par la mise en place de crapauducs. C’est ainsi que du côté d’Hourtin, dans le Médoc, l’ONF a mis en place pour trois semaines un système devant permettre à un maximum de crapauds de remplir leur devoir conjugal. Sud-Ouest explique ainsi qu’un rideau, disposé mi-janvier, oblige les animaux à tomber dans des seaux. Chaque matin, ces seaux sont transportés par des bénévoles jusqu’à l’eau, où les crapauds peuvent enfin conter fleurette et plus encore.

Un crapaud dans un étang de l’agglomération bordelaise le 12 février 2019

L’impatiente attente du printemps

Je sais que ce n’est ni scientifique ni réaliste, mais dès que les jours rallongent, donc dès que l’hiver s’officialise, je veux absolument voir des signes de printemps partout. Les mimosas d’abord, puis les crocus, les narcisses. D’ailleurs, pour ces derniers, c’est bon, ils pointent leur petit nez jaune dans mon jardin aussi, après un temps d’hésitation. Nous sommes au tout début de février, et je vois du printemps partout. D’ailleurs, pas plus tard qu’hier, à Bordeaux, il faisait 15°C. Et pourtant il faisait aussi bien gris. Un gris qui n’empêche pas la pie de faire son nid, très très haut dans l’arbre, parce-que dans un mois, peut-être moins, il y aura des petits dans ce nid-là, qui bouge pire qu’un manège de fête foraine quand le vent forcit :

Dans le même temps, le papillon, à peine sorti de son cocon, semble tout chose, tout bizarre, ne sachant trop quoi faire de ses ailes colorées sur la terre ferme. Celui-là mit quelques minutes avant de prendre son envol :

Mais surtout, et c’est chaque année la même histoire, c’est la migration des grues dans le sens sud-nord qui marque le début des beaux jours. La LPO a daté le début de la migration au 1er février. J’ai vu les premières grues hier, presque au-dessus de mon home sweet home :