Tu ne pueras point

Le harcèlement au travail est pris très au sérieux au Japon. Obliger quelqu’un à chanter est ainsi qualifié de « harcèlement karaoké ». La liste des différentes formes de harcèlements est longue, et l’une d’elle fait aujourd’hui l’objet d’un bref article dans Géopolis, et le bonheur financier de l’entreprise de cosmétique qui a eu idée de surfer sur cette tendance : il s’agit de lutter contre les odeurs corporelles, que celles-ci rappellent le vestiaire du gymnase municipal ou qu’il s’agisse d’un parfum aussi capiteux qu’onéreux.
En effet, le problème n’est pas seulement de sentir mauvais mais de sentir tout court. L’entreprise de cosmétique évoquée plus haut, partant du constat que presque tous les hommes dégagent une odeur détectable (mais donc pas forcément détestable), s’est lancée dans la formation anti-odeurs à destination des salariés d’une grosse boite de téléphonie, afin que tout un chacun adopte les règles d’hygiène ad hoc. Et je suppose que, accessoirement, elle s’est aussi lancée dans la vente de produits masquant les odeurs auprès de ces salariés hautement privilégiés, sinon à quoi bon faire tant d’efforts.

Manger ou être mangé

 

mangerRéserve naturelle du marais de Bruges, septembre 2016

La crépidule, c’est du béton !

Crepidula fornicata (photo ci-contre)dec-10 est un mollusque invasif, très (trop ?) présent sur le littoral de la Manche voire de l’Atlantique. Face à cet envahissant coquillage, des gens avisés ont décidé de le servir à table, sous le nom de berlingot de mer : la crépidule a ainsi acquis ses lettres de noblesse.
Mais on peut aussi en faire autre chose de fort utile. Une école d’ingénieurs de Caen vient de mettre au point un béton poreux, qui permettrait de limiter le ruissellement consécutif à l’artificialisation des sols. Fini le parking qui dégouline dans la jolie rivière toute proche ! Quel rapport avec la crépidule ? elle y joue un rôle majeur, au même titre que la coquille saint-jacques et la pétoncle (mais pas la moule, trop fine ; ni l’huître, trop tordue) : ce béton est en effet composé pour partie de débris de coquillages, dont la fameuse crépidule. Cela permet, en outre, de limiter l’apport en sable dans le béton, ce qui, en ces temps de pénurie annoncée, n’est pas négligeable.
A ce rythme-là, la crépidule pourrait bien devenir le coquillage-phare, celui que tout le monde s’arrache, et se vendre, à terme, hors de prix. Après tout, dans des temps pas si anciens, les œufs d’esturgeon étaient bien donnés en pitance aux animaux de la ferme.

Source : Sciences&Avenir, 14 septembre 2016

Photo : île d’Oléron, décembre 2010