Le temps d’avant sur le port de La Barbotière

Un temps d’avant de bien avant encore, un temps d’avant que covid n’avait même pas imaginé, un temps tellement lointain qu’il remonte au vingtième siècle, avant même les années 80. Autant dire une forme de préhistoire, d’une énigme temporelle lointaine. Du temps où, sur ce port de La Barbotière, à Gujan-Mestras, département de la Gironde, on pouvait acheter des huîtres en gros et au détail en appelant le 22 à Asnières 81 18.

Port de La Barbotière – Gujan-Mestras – Mai 2020

Balade de printemps sur les ports de Gujan

Les ports ostréicoles de Gujan se trouvent sur la commune de Gujan-Mestras, dans la partie sud du Bassin d’Arcachon :

Il s’agit d’une succession de cabanes ostréicoles de part et d’autre de chenaux perpendiculaires au Bassin, et donc totalement dépendants des marées :

Ce sont bien, d’abord et avant tout, des espaces de travail. On peut ainsi voir, devant certaines cabanes, les tuiles chaulées prêtes à recevoir les naissains d’huîtres :

Il se pourrait bien aussi que ce soit un lieu où l’on puisse prendre du bon temps :

Balade réalisée un matin de mai 2020

Une petite phrase en passant

« Les piétons sont au fondement de l’urbanité. Ce sont eux qui animent la ville et la rendent plus sûre. Ce sont eux, aussi, les plus vertueux : vraiment aucune nuisance. Ils doivent être au sommet de la hiérarchie des modes de déplacement et le vélo ne vient qu’après, puis les transports publics et enfin la voiture. »

Frédéric HÉRAN (économiste des transports), lemonde.fr, 20 mai 2020

De l’inutilité du radio-réveil

Chant de la grive musicienne = debout !
Coassement des grenouilles = dodo

Punition collective à Damgan

La ré-ouverture des plages est une nécessité, une évidence. Le respect des mesures barrières, la distanciation physique, l’humilité face à la nature (des oiseaux, comme les gravelots, nichent à même le sable), la plage dite « dynamique », ce n’est pas seulement faisable, c’est souhaitable, ça va de soi, et ce n’est pas bien compliqué à respecter pour que tous profitent de la plage et de l’océan.
Aujourd’hui, des plages qui venaient de rouvrir dans le Morbihan, referment au-moins jusqu’à lundi. Parmi ces plages se trouve celle de Damgan, que je connais assez bien. Un long ruban de sable, l’océan, les rochers découverts à marée basse, les palourdes et les crevettes. La vraie belle vie littorale.

Localisation de la plage de Damgan – Copie d’écran GoogleMaps

Sauf que, depuis la ré-ouverture des plages, des gens, très peu (5 % ?) font n’importe quoi et mettent en péril la sécurité sanitaire et la biodiversité. Les élus des différentes communes concernées (Damgan, Erdeven, Billiers, et peut-être d’autres) signalent des incivilités : ceux d’entre eux qui ont du rappeler les règles ont été insultés. Des barrières et des affichages ont été arrachés. Des chiens gambadent où bon semble à leurs maîtres. La plage dynamique devient statique, les 5% de crétins pourrissent la vie de tous les autres parce-qu’ils ne veulent surtout pas déroger à leurs petites habitudes, habitudes aujourd’hui potentiellement dangereuses. Je suis en colère, et surtout très triste pour tous ceux qui rêvaient de cette grande plage de Damgan pour marcher ou courir ce week-end, et qui auraient pu avoir le bonheur d’y aller parce-qu’ils habitent à moins de 100 km.

La plage de Damgan le 21 juillet 2016

Sources : Huffington Post, 20 Minutes et France Bleu Morbihan

Collection 533

Le Yersin dans le port de la Lune

Un navire portant le nom du découvreur du bacille de la peste, accosté en pleine période d’épidémie, cela a quelque chose d’un peu troublant. Néanmoins Yersin il y a, au ponton Ariane du quai des Chartrons, à Bordeaux. Ce yacht d’exploration, pouvant même naviguer en zone polaire, est arrivé hier soir pour une petite toilette.

Le bateau est récent : il est sorti des chantiers Piriou de Concarneau en mai 2015 après trois ans de travaux, et a été livré à son propriétaire monégasque, François Fiat. En juillet 2017, il est parti pour un tour du monde de trois ans, sur les traces du prince Albert Ier de Monaco, considéré comme un des fondateurs de l’océanographie moderne.

Pour en savoir vraiment beaucoup plus :
– Vincent GROIZELEAU, « Le Yersin, navire de voyage et de recherche de François Fiat », Mer et Marine, 29 septembre 2014
– Sylvie ROUAT, « Le Yersin, le navire océanographique de la principauté de Monaco, a pris la mer », Sciences et Avenir, 7 avril 2017
– Gaëlle RICHARD, « Bordeaux : première escale technique pour le yacht d’exploration Yersin », Sud-Ouest, 18 mai 2020

Photos réalisées le 19 mai 2020 à Bordeaux

Photo de la semaine du 11 au 17 mai 2020

Le nécessaire retour à la mer

La trop longue interdiction d’accès aux littoraux et aux forêts avait quelque chose de punitif et de contre-productif : je ne vois pas en quoi il était moins dangereux d’autoriser la foule à s’entasser dans les rues commerçantes plutôt qu’à s’éparpiller sur les côtes et dans les espaces naturels. La décision unanime des préfets, visant à autoriser l’accès à la mer, va donc dans le bon sens. Et ce bon sens, j’en ai profité hier matin, sur le Bassin d’Arcachon. Première image du retour à une certaine normalité :

Les cabanes tchanquées du Bassin d’Arcachon vues d’Andernos – 16 mai 2020

La ville est toujours là

Le confinement m’avait fait perdre Bordeaux de vue, comme si la ville avait soudainement disparu dans ce rétrécissement majeur de l’espace autour de mon territoire de libre parcours, quelque part en banlieue nord. Le passage en rive droite fut un très grand moment de bonheur, un sentiment très net de la liberté retrouvée, d’autant plus que rien, ou presque, ne rappelait l’existence du covid. Il y a bien eu l’obligation du masque pour franchir la Garonne sur le Batcub, avec gel hydroalcoolique à bord, mais rien d’oppressant, rien d’anxiogène.
Une fois sur les quais de la rive gauche, en centre-ville, il y a bien ce nouveau balisage au sol, qui sépare les équipes, mais cela n’est pas effrayant, pas si contraignant que cela finalement :

La sensation nette que nous avions changé de monde fut ressentie dans un haut lieu du tourisme bordelais, à savoir la Place du Parlement, où nous nous régalâmes d’une glace, parce-que la vie urbaine est aussi faite de petits plaisirs. C’était la première fois que je voyais cette place dans toute son étendue, sans les terrasses des restos qui, habituellement, mangent une grand partie de l’espace. Et là j’ai ressenti que la ville avait basculé, parce-que Bordeaux sans bistrot ni resto, ce n’est pas vraiment Bordeaux.

Photos réalisées le 14 mai 2020

Sur la Garonne

Deux mois sans voir d’autre eau que la pluie (souvent) et celle de minuscules étangs artificiels. De l’eau posée là, mieux que rien, mais quand même, rien qui circule vraiment, rien qui tôt ou tard file vers l’océan. D’où une irrésistible envie de Garonne, ce fleuve qui, à Bordeaux, va dans le sens de la marée, un coup vers l’aval, un coup vers l’amont. Et c’est ainsi que, pour bien sentir le fleuve, et aussi, très accessoirement pour passer sur l’autre rive, nous avons emprunté le bus fluvial, ici appelé Bat3 (prononcez « batcub »). Autant dire une épopée, un voyage au long cours. Quelques minutes mais quel bonheur !

Dans la mare aux nénuphars

Puisque, hier, j’avais franchi la Garonne de quelques coups de pédale, il m’étais facile de faire un petit tour dans le jardin botanique de la Bastide. Un tout petit tour : mon homme et moi-même avions des ambitions garonnesques et clairement urbaines, mais un tour quand même.
La plus grande pièce d’eau du jardin botanique est celle où fleurissent les nénuphars, ainsi que les lotus quand c’est la saison (je pense que nous sommes un peu tôt). C’est aussi un hot spot pour d’autres plantes aquatiques, comme les iris, ainsi que pour les carpes et les grenouilles.

Revoir la ville, enfin

S’octroyer quelques heures de liberté en pleine semaine. Se dire que le boulot attendra bien un peu. Que c’est juste récompense après toutes ces semaines 7/7 et ces deux mois de mise sous cloche, qui ne furent vraiment pas des vacances. Se dire qu’on peut bien se le permettre, pour une fois, et sortir le vélo pour franchir la Garonne. Constater que ladite Garonne est toujours bien là, la reconnaître, la sentir même, et voir la ville en face. Se dire que le monde existe encore, qu’il y a une vie en dehors du covid.

Bordeaux – 14 mai 2020

De jeunes étourneaux

L’étourneau sansonnet a pour habitude de nicher dans des cavités fabriquées par d’autres que lui : en forêt, il affectionne les anciennes cachettes des pics épeiche, mais en ville ? comme on peut le voir sur les photos qui illustrent cette note, un abri sous tuiles fait l’affaire, on dirait même que les petits ont des chambres individuelles. Le site oiseaux.net précise qu’il arrive que l’étourneau puisse faire son nid dans un lampadaire, histoire de profiter de la douce chaleur de la lampe.

Le plus souvent, la femelle pond et couve 4 à 6 œufs au début du printemps. Au bout de deux semaines environ, les petits cassent leurs coquilles et commencent à crier famine. Ils quittent généralement le nid trois semaines plus tard, les parents leur enseignent la vie en cours accélérés (en gros, quelques jours pour apprendre à voler et à se nourrir), puis les petits s’émancipent.

Photos réalisées dans le département de la Gironde en mai 2020

Collection 532

Déconfinement à la st-glagla

Tout jardinier le sait : depuis hier et jusqu’à demain, ce sont les saints de glace. Cette croyance populaire n’a plus aucun rapport avec une éventuelle pratique religieuse du jardinier moyen, mais l’idée est là : les 11, 12 et 13 mai, ça peut cailler, faire froid, abimer les plantations, mettre à mal les pieds de tomates un peu jeunots.
J’avais déjà évoqué la chose l’an dernier (piqûre de rappel), alors que le temps très doux faisait mentir l’adage. Cette année, alors que le déconfinement s’amorce après deux mois de mise en cage, il fait un temps de chien. Pluie diluvienne hier (alerte rouge dans les Landes et en Gironde, c’est rare), temps maussade aujourd’hui. Et même si nous sommes très loin du gel, ça pèle et ça grelotte (10°C de moins que la semaine dernière).
Vous noterez donc au passage que ce blog se déconfine à son tour : on n’y parle plus que de la pluie et du beau temps.

Extrait de la une de Sud-Ouest, 12 mai 2020

Photo de la semaine du 4 au 10 mai 2020

La chansonnette prépare son déconfinement : retour à Bordeaux

Isabelle Mayereau
Bordeaux

Pré-déconfinement pluvieux, pré-déconfinement heureux

Pour la dernière fois (en croisant les doigts pour que confinement ne revienne pas), ce matin, j’ai rempli cette fichue attestation de sortie m’autorisant à prendre le vélo pour faire les courses au marché. Je ne sais pas si ça se fête, mais au-moins ça s’arrose : depuis mon retour au home sweet home à des fins de préparations de risotto à l’encre de seiche (pour accompagner lesdites seiches préparées avec amour, un couteau, une poêle et de l’huile d’olive par mon homme), depuis mon retour, disais-je, il pleut il mouille en mode fête à la grenouille. Déjà, hier soir, le ciel nous annonçait un changement de temps peu propice à la bronzette sur la plage (ça tombe bien, la bronzette publique est prohibée tant que le virus n’est pas éradiqué). D’où ces quelques images :

La chansonnette ose le déconfinement : Amsterdam

Oxmo Puccino et Olivia Ruiz
Sur la route d’Amsterdam

La chansonnette ose le déconfinement : la Laponie

Zaz
Laponie

Changement d’échelle annoncé

Lundi 11 mai. Un lundi attendu comme jamais je n’ai attendu un lundi. Début progressif du déconfinement qui, sans être total, loin de là, offre tout de même la possibilité de nouveaux horizons. Il s’agit de passer d’un espace de libre parcours de 30 m2 (le jardin) et de sa zone de balade d’un kilomètre de rayon pour une durée d’une heure, à un territoire un peu plus grand que l’île de Chypre, accessible à peu près dans son ensemble (certains lieux restent bien sûr fermés pour raisons sanitaires, sans parler de la grosse incertitude sur les plages). Bref, un changement d’échelle, un autre monde, quasiment une autre vie. Sortir enfin, même pas très loin, sans l’obligation de montrer patte blanche via ces fichues autorisations dérogatoires auxquelles je ne me suis pas du tout habituée. Sortir enfin, même pas tous les jours, mais savoir que la sortie du petit jardin du grand confinement est possible.

La chansonnette ose le déconfinement : Terre Neuve

Brigitte Fontaine
Terre Neuve

Et pourtant, j’étais d’excellente humeur

Je vous promets qu’aujourd’hui j’étais de bon poil, optimiste et joyeuse, attendant — la chose est suffisamment rare pour être notée — le lundi avec impatience. Je déambulais entre les productions d’élèves de seconde, plus ou moins réussies mais souvent quand même plutôt bien ficelées, les questions des élèves de terminale, et les news du jour, tout cela fenêtre ouverte, bercée par le ronronnement d’une tondeuse au-loin. Bref, un joli jeudi de printemps, en short qui plus est.
Et patatras ! Mais qu’est-ce qui m’a pris de lire le Café Pédagogique ? D’accord, je le fais tous les jours, j’ai l’habitude. Mais ce matin, j’avais oublié. Et que lis-je ? des paroles de monsieur Blanquer. Et que dit-il ? ou plutôt qu’a-t-il dit hier à des députés ? qu’a-t-il répondu quand il lui fut demandé pourquoi les enseignants ne seraient pas testés, comme cela se fait ailleurs ? qu’a-t-il dit, hein ?

« Il n’y a pas pénurie de tests mais il ne faut pas les gâcher »

Voilà. Faut pas gâcher des tests sur des profs. Les profs, c’est pas grave. La marmite à marmots, c’est pas grave. Faut pas gâcher. Et il voudrait encore que nous lui fassions confiance ? Faut pas gâcher. Il a osé. Faut pas gâcher. Au-moins, c’est clair. Le tréfonds de sa pensée vaseuse, sa haine envers ceux qu’ils dirigent, tout est dit.

Quelques nouvelles de la famille hérisson

La hérissonne (puisque hérissonne il y a) élève ses petits sous des iris du jardin, et même, depuis hier, dans la quasi-totalité du jardinet. Les petits se déconfinent vitesse grand V. Grande surprise hier en fin d’après-midi : j’ai découvert que les trois hérissons vus quelques jours plus tôt ont un point commun majeur avec les Trois Mousquetaires. Non, il ne s’agit pas de capes, d’épées, ou d’autres gadgets. Comme les Trois Mousquetaires, ils sont quatre. Ils commencent à chercher leur propre nourriture (surtout des insectes, en particulier sur la sauge qui pousse près des tomates), se gavent d’escargots, mais ne sont néanmoins pas encore sevrés, preuve en image (image de qualité médiocre, mais j’étais loin pour ne pas gêner et j’ai forcé le zoom au maximum) :

Ce matin, ils semblent avoir changé de nid : ils ont traversé le jardin pour se planquer sous un tas de feuilles, que nous avions, à l’automne, volontairement mis en place sur une palette pour accueillir l’éventuelle hibernation d’un hérisson. La mère a même récupéré des feuilles supplémentaires pour rendre le lieu douillet. Ce lieu est aussi très proche du jardin des voisins, peut-être est-ce donc le début annoncé d’un grand voyage pour la jeune génération.

La chansonnette ose le déconfinement : Montréal

Mad’MoiZèle GIRAF
Montréal Stylé

Le premier salon de coiffure

Voilà typiquement une histoire de self made man digne du rêve américain, à ceci près qu’il s’agit d’une self made woman.
Jugez un peu : il était une fois une pauvre petite fille, vraiment très pauvre, qui vivait dans la province canadienne de l’Ontario. Cette grande pauvreté l’oblige à travailler comme domestique dès l’âge de 7 ans. Elle se nomme Martha Matilda Harper, et, avec obstination, la pauvre petite bonne décide de devenir riche.
On la retrouve en 1888 aux États-Unis, dans la ville de Rochester, où, là, elle a un culot monstre : elle ouvre le premier salon de coiffure pour dames.
Il s’agit d’un vrai pari, car, en ce temps-là, les femmes ne se faisaient pas coiffer dans un endroit public, c’était indécent. Elle tente néanmoins le coup, avec une formule unique : massage du cuir chevelu, shampooing, coupe, coiffage, mais pas de couleur, car elle est persuadée que les produits utilisés sont toxiques. Elle se soucie tellement du confort qu’elle impose aussi le siège à appui-tête inclinable, encore utilisé aujourd’hui.
L’histoire ne s’arrête pas là : Martha Matilda Harper, qui avait les cheveux qui lui arrivaient aux pieds et qui est venue à la coiffure un peu par hasard, a aussi des ambitions commerciales. C’est ainsi qu’elle lance la formule des premiers commerces franchisés de l’histoire, en franchisant bien sûr sa marque de salon de coiffure. Elle meurt en 1950, à l’âge de 93 ans, laissant derrière elle 350 Harper Salons. La franchise Harper Salon existe toujours aujourd’hui.

Harper Salon à Los Angeles en mai 2019 (capture d’écran GoogleStreetView)

Sources : France Culture et Curioctopus

Collection 531

La chansonnette ose le déconfinement : Philadelphie

Bruce Springsteen
Streets of Philadelphia

Une petite phrase en passant

« En tant que citoyen, je suis témoin en ce moment de choses très désagréables : le fait que nous soyons considérés comme des mineurs. Ou encore, certains comportements des forces de l’ordre qui, visiblement, n’ont pas la culture de la protection des citoyens et qui profitent de la situation pour punir. C’est très contre-productif. »

Propos d’Olivier Faure recueillis par Marina Bellot pour Retronews, 17 avril 2020