Un peu d’eau dans le vin

Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

L’eau dans le vin, ce n’est jamais bien : l’eau se met à puer et le vin prend un goût de pipi. Mais c’est l’expression consacrée pour dire que l’on renonce à une part de ses exigences, que l’on assouplit la règle, que l’on s’adapte à l’adversaire. L’adversaire, actuellement, est un virus. Mon cher ministre de tutelle a peut-être l’impression, depuis quelques jours, que l’adversaire est un groupe compact et motivé de lycéens prêts à bloquer leurs bahuts pour remettre à plat les épreuves de fin d’année. Mais l’adversaire, c’est bien d’abord et avant tout un virus.
Résumons : en plus de devoir subir une réforme bâclée et violente, nos poussins de terminales ont la scolarité hachée menu par un covid confinant. Préparer le bac dans ces conditions relève du défi, que les poussins tentent de relever parce-qu’ils sont vaillants, mais quand même. Alors ils couinent, ils grincent, ils râlent, ils défilent. Et monsieur Blanquer tente d’adoucir la brutalité du moment, à très très petite touche, pour sauver ce qui peut encore l’être de sa réforme informe.
Il annonce donc, pour l’épreuve de philo, que la note de celle-ci ne sera prise en compte que si elle est supérieure à celle du contrôle continu. Pour faire court, les marmots qui ont d’ores et déjà la moyenne peuvent se la couler douce, leur note est assurée. Les autres sont priés de se sortir les doigts du …
Pour le grand oral, qui porte sur les enseignements de spécialité, les candidats auront la possibilité d’utiliser leurs notes rédigées pendant les 20 mn de préparation de l’épreuve, ce qui était prohibée dans la mouture initiale dudit grand oral.
Bien sûr que cela va soulager nos jeunes, mais est-ce suffisant face à une année en morceaux ? Ils ne pourront pas non plus être interrogés sur les thèmes non vus dans l’année. C’est rassurant, mais est-ce un gage de réussite pour autant ? N’oublions pas que certains établissements, majoritairement privés, n’ont pas joué le jeu de l’enseignement hybride lors du deuxième confinement, et affirment aujourd’hui, dans les dossiers parcoursup, leur fierté à avoir gardé les classes entières, y compris au mépris de l’intérêt général. Quand mon petit cul préside, n’est-ce pas ? …
Alors, comment ces profs (du privé, mais pas que) qui ont boosté leurs élèves comme des chevaux de course, quitte à créer du cluster à tour de bras, jugeront-ils les élèves lambda, qui viennent des bahuts ordinaires ? Ne seront-ils pas tenté de savonner les planches des pauvrets qui n’auront pas étudié tous les thèmes du programmes ? Je ne fantasme pas, des profs du privés qui cartonnent des gosses du public, j’en ai croisés dans plusieurs jurys de bac.
Et même si mes élèves de terminale m’agacent un peu, je n’ai vraiment pas envie qu’ils se prennent une tôle parce-que les profs du jury auront, eux, préféré prendre le risque covid plutôt que d’accepter de ne pas finir les programmes. Parce-que mes poussins à moi ne sont pas des bêtes de concours nourris aux OGM mais des humains en construction, plein d’émotions et nourris bio.
Alors m’sieur Blanquer, avec tout le respect que je vous dois puisque vous êtes mon patron, ménagez nos enfants. Ils ont eu deux années en petits morceaux. Ils n’ont pas besoin qu’on en rajoute. L’aménagement n’est qu’un tout petit pansement sur une plaie géante. Ne pourriez-vous pas, m’sieur Blanquer, ajourner les épreuves pour cette année ?

Collection 566

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À la recherche du courant d’air salvateur

Je suis prof mais je me soigne

La chose semble claire et entendue : une bonne ventilation disperse les aérosols vecteurs de covid, et donc limite considérablement la contamination par le fichu virus. La chose semble donc simple à mettre en place : il suffit de faire un bon courant d’air en attendant gentiment d’être éligible au vaccin. Calme et sérénité, repos de l’esprit : dans la salle où j’œuvre le lundi, il y a cinq fenêtres, qui forment un angle bien pratique pour jouer du courant d’air.
Sauf que, sur ces cinq fenêtres salvatrices, deux sont en ce jour fermées, condamnées, adieu courant d’air bien aimé. Elles ne sont pas fermées par étourderie ou négligence du prof qui me précède ou de l’agent chargé du ménage. Elles sont fermées parce-que les poignées ont été enlevées, délibérément ôtées sur un ordre hiérarchique, et non vandalisées. Voilà voilà.
Certes, il reste les autres fenêtres, nous n’avons pas fait cours dans un bocal étanche. Mais pour un jour de rentrée avec protocole sanitaire soi-disant renforcé, ça fait désordre.

Photos de la semaine du 26 avril au 2 mai 2021

Photo de la semaine

Le retour des champignons qui ne sentent pas bon

Promenons-nous dans les bois, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Une forêt à l’humus bien dense dégage une odeur dite « de champignon ». Cela ne signifie pas à coup sûr que le cèpe se planque sous la fougère, mais parfois, c’est bel et bien le cas. L’odeur forestière dite « de champignon » rappelle celle des champignons de Paris et n’a rien de désagréable. Plus rigolote est l’odeur d’anis très marquée du rosé des bois, tellement marquée qu’on peut se demander si les écureuils ne se shootent pas au pastis.
Et puis il y a aussi les champignons qui puent, c’est d’ailleurs pour eux une stratégie de reproduction : ce que la narine humaine perçoit comme désagréable, la mouche s’en délecte, et se rue sur ces fameux champignons, favorisant indirectement leur dissémination. D’ailleurs, une fois le ménage bien fait par les mouches, le champignon ne dégage plus d’odeur désagréable.
Très récemment, j’ai pu observer deux de ces champignons. Tout d’abord le clathre rouge, ici avachi et n’ayant plus la forme de lanterne qui lui est propre :

Puis le satyre puant, qui ne puait plus tant que ça puisque les mouches avait quasiment achevé le travail de dégagement de la glèbe, une sorte de capuchon gluant à l’odeur pestilentielle et renfermant les spores indispensables à la reproduction, mais quelques mouches tentaient encore de chiper les dernières miettes :

Photos réalisées en Gironde en avril 2021

Collection 565

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C’est la rentrée

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne

À quoi reconnait-on une rentrée scolaire lorsque l’enseignement se fait « en distanciel » ? Allez, c’est facile, on n’est plus surpris. La seule nouveauté, c’est le petit message d’explication, qui a changé depuis le début du mois, histoire de pimenter un peu le quotidien :

Photo de la semaine du 19 au 25 avril 2021

Photo de la semaine

Mais de quoi s’agit-il ?

Nos amies les bêtes, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

La réponse (27 avril) : il s’agit avant tout, et personne n’a osé le dire dans les commentaires, d’une photo ratée ! La scène s’est produite par temps moche et luminosité terne. Des milans se volent après en tous sens et vite, trop vite pour mes petits réflexes. J’arrive quand même à choper cette image, celle de deux milans qui se suivent de si près qu’on pourrait presque imaginer un oiseau ayant deux paires d’ailes.

Des perches dans la jalle

Chronique du grand confinement, Nos amies les bêtes, Promenons-nous dans les bois, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

La balade dans l’enclos de 10 km de rayon m’a menée aujourd’hui sur la jalle de Blanquefort, un petit affluent de la Garonne. C’est joli tout plein et il y avait même de grands arbres pour faire de l’ombre. Regardant l’onde pure de la rivière, attendant peut-être quelque grenouille dont le coassement titillait agréablement mes tympans, je me mis à observer ce qui nageait dans le coin, à savoir des poissons de tailles variées mais a priori de même espèce, apparemment des perches. Si j’en crois le grand web et son valet wikipédia, c’est un carnassier fort vorace qui, quand pitance manque, n’hésite pas à manger ses congénères. J’avais devant moi, dans une rivière tranquille, de dangereux cannibales. Même pas peur, même pas mal.

Des perches dans la jalle de Blanquefort (33) – 24 avril 2021

La clématite, quoiqu’il arrive

Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Il y a près de treize ans de cela, nous avons, mon homme et moi, fait le choix de planter une clématite mauve dans le jardin alors tout nu, près du mur de clôture fort triste.
Une clématite mauve près d’une glycine violette, pour rester dans le ton. Nous ignorions alors à quel point ladite glycine allait devenir gigantesque en peu de temps, et donc faire de l’ombre à la pauvre clématite.
Et pourtant, vaille que vaille, la clématite parvient à fleurir néanmoins. Nous la félicitons pour son courage et sa première fleur de l’année.

Collection 564

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Les milans au-dessus du jardin

Nos amies les bêtes, Promenons-nous dans les bois, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Le printemps est la saison des torticolis : j’ai toujours le nez en l’air (et un sixième sens pour signaler les obstacles sur le chemin, y compris les étrons canins). J’ai toujours le nez en l’air parce-que le ciel, les arbres et ce qui y circule sont merveilleusement agréables à observer. C’est joli, c’est joyeux, c’est reposant.
Depuis fin février, les milans noirs sont de retour en Gironde. Ce sont de magnifiques rapaces avec la queue en « U », ou, dit autrement, la « queue à l’envers », c’est à ça qu’on les reconnait. Parmi les migrateurs, ce sont les premiers arrivés, mais aussi les premiers repartis. Mais, pour l’instant, ils sont là, et, chaque jour, je les regarde déambuler librement dans le ciel immense.

Photo de la semaine du 12 au 18 avril 2021

Photo de la semaine

La marche est haute

Chronique du grand confinement, Nos amies les bêtes, Promenons-nous dans les bois, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Ma balade confinée dans mon espace de libre parcours de 10 km de rayon m’a aujourd’hui amenée du côté du lac de Bordeaux, dans ce pseudo éco-quartier nommé Ginko. Des petits étangs rectangulaires drainent le marécage sur lequel sont construits les immeubles (et ne sont pas seulement là pour faire joli, comme le disait la pub lors de la mise en vente des appartements de ce nouveau quartier). Et sur ces petits étangs, pataugeant tranquillement, des hordes de colverts qui ont bien compris que le vieux crouton de pain était pour eux, que le quidam local avait la miette facile, que la malbouffe c’était rien qu’une légende urbaine. Empiffré, le canard fait du canard à tour de plume dès que le printemps s’annonce, et le caneton suit la meute de mare en mare. Ou pas. Ou plus tard. C’est qu’il y a des seuils, des écueils, des marches à franchir. Et le caneton ahane et insiste, souffre et reprend son souffle, se relance, retente sa chance, puis réussit, enfin, à rejoindre la fratrie.

Le côté désagréable du printemps

Chronique du grand confinement, Nos amies les bêtes, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée, Un peu d'art dans un monde de brutes

Le printemps est un moment merveilleux : les jours qui rallongent, les zozios qui batifolent, le soleil qui donne des couleurs, les premières fraises, les asperges …
Le printemps est un moment désagréable néanmoins, non pas à cause de cet insupportable covid et de ses conséquences absurdes (quoique …), mais parce-que c’est une saison qui pique. Un moustique vu il y a trois semaines, un moustique tué il y en a deux, un moustique qui a piqué il y a quelques jours. Ma délicate cheville droite s’en gratte encore. Ce qui m’amène à un dessin urbain vu récemment :

Collection 563

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Toujours plus haut

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Promenons-nous dans les bois, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée, Un peu d'art dans un monde de brutes

10 km de rayon autour du nid. Pour des vacances imposées, c’est limité. 10 km de libre parcours, avec parcs et jardins ouverts, c’est toujours mieux que la punition XXL du printemps 2020. Il faut toujours voir le moins mauvais côté des choses.
C’est ainsi qu’aujourd’hui, respectant à la lettre l’ordonnance ministérielle, mes baskets m’ont trainée jusqu’au Bois du Bouscat, un joli espace forestier en bordure d’hippodrome. Et là, au milieu des chênes, les pieds dans le marécage, il y a de très grandes échelles blanches. Des échelles qui incitent à voir le monde d’en haut, à prendre du recul à défaut d’avoir le dessus. L’optimisme tient à peu de choses, finalement.

Photo de la semaine du 5 au 11 avril 2021

Photo de la semaine

Bâtir, construire, etc.

Nos amies les bêtes, Promenons-nous dans les bois, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Les oiseaux, surtout au printemps, sont des bâtisseurs. Tandis que, de-ci de-là, je lis que les matériaux de construction manquent pour les humains (canal de Suez à peine sorti du grand bazar, pénurie pour cause de chantiers chinois gigantesques, covid qui a toujours bon dos, que sais-je encore), les oiseaux, eux, font feu de tout bois et brique de toute paille, comme ces étourneaux, qui récupèrent des morceaux de bambous là où l’humain les a coupés. Je ne sais pas très bien pourquoi cette petite bambouseraie a été mise à terre, mais les étourneaux s’en réjouissent. L’oiseau arbore fièrement, et surtout comme il peut, la paille horizontale qui, dans son bec, a tout d’une poutre :

Son compère tente de déambuler avec son stock de matières premières :

Le dernier, enfin, trouve bien que la brindille vacille un peu, mais il faut consolider le nid, quoiqu’il en coûte :

Photos réalisées en Gironde au printemps 2021

Collection 562

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Rien que des bons souvenirs !

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne

Ah ! les joies du travail « en distanciel » (ce mot est toujours aussi laid) ! et que je te bidouille un cours compréhensible par des marmots, et que je demande aux dits marmots de déposer leur boulot là où il faut (la démo a été re-re-re-refaite en classe dans la vraie vie la semaine dernière), et que je m’apprête à poster cours et consignes, et que, et que, et que … patatras, comme l’an dernier dans la même situation, l’espace numérique de travail envoie un joli message :

La cage

Chronique du grand confinement, Le monde tel qu'il va, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Je ne décolère pas. La remise en cage, à la niche, derrière les barreaux, dis-le comme tu veux, ce re-confinement me met hors de moi parce-qu’il était évitable. Et puis aussi parce-que nos dirigeants n’ont rien compris au film. En quoi suis-je plus dangereuse en me baladant seule à marée basse sur la plage à 50 km de chez moi, qu’en déambulant au milieu de plein d’autres quidams sur les quais de Bordeaux ? Expliquez-moi, mesdames et messieurs les dirigeants en quoi le square du bas de la rue est moins dangereux que la forêt à 30 bornes ? Ces mesdames et messieurs rétorqueront qu’il était possible de s’isoler (on ne dit plus confiner, ça fait re-sucé de 2020) ailleurs, dans des prés verdoyants, dans la maison de famille du Lot ou la résidence secondaire à La Baule. Et pour ceux qui ne peuvent pas télétravailler ? et pour ceux qui n’ont pas sous le coude, hop comme ça, la bicoque sympa avec connexion internet ad hoc pour que les drôles puissent faire semblant d’avoir l’école à la maison ? bref, pour les gens ordinaires ? Je suis en colère et je piaffe derrière les barreaux de ma cage, même si je sais que j’ai la chance immense d’avoir une cage avec jardin dans une jolie ville avec Garonne. Une jolie cage, mais sans la plage ni l’océan.

La remise en cage, à la niche, qui me prive de plage et d’océan

Photo de la semaine du 29 mars au 4 avril 2021

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En avril, ne te déconfine pas d’un fil

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

L’impression, une fois encore, d’être plongée sans mon plein gré dans le film Un jour sans fin. Avril 2020 : à la niche. Avril 2021 : à la niche aussi, la sidération en moins. L’impression de revivre du déjà vécu, avec pas mal de fatigue et d’amertume.
Je reste convaincue que si tout le monde avait bien joué le jeu de la distanciation physique et du masque, nous n’en serions pas là. C’est peut-être réac’, peut-être une réaction de vieille conne, et pourtant … il y a peu, j’entendais sur Inter le monsieur qui a mis au point la solution hydro-alcoolique, dont la formule est dans le domaine public parce-qu’il en a voulu ainsi.

Ce monsieur, de nationalité suisse je crois, mais peu importe, ce monsieur, disais-je, expliquait fort bien à quel point les gestes dits « barrières » étaient indispensables et suffisants pour limiter la propagation des virus. Il a bien dit « suffisants ». Voilà voilà. Et dans le tram les masques sont sous le nez. Au lycée, c’est carrément, depuis deux jours, le bal des mal masqués. Nous sommes vivants parce-que nous avons survécu.
Quatre semaines hors de la trempette, c’est toujours ça de gagné, mais ce sont quatre semaines perdues pour la vraie vie, pour la famille, les amis, la forêt, l’océan. L’impression d’un immense gâchis parce-que trop de mes contemporains jouent perso, parce-que le civisme, le respect, oserais-je dire le bon sens, sont parfois perçus comme des signes de faiblesse. Désolée si ce discours semble ringard, mais j’en ai marre, vraiment marre, de me fader des hordes de « moi je » à longueur de journée.

C’est reparti pour un tour

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

Le patron a dit « à la niche tu seras », mais pour Pâques faut voir (le patron est catho, ne l’oublions pas).
Le patron a dit « ta niche a 10 km de rayon », c’est bon, c’est dix fois plus qu’en 2020, les maths, c’est stimulant. Et puis j’aime pas les niches, alors savoir que ladite niche peut quand même me mener aux piscines à grenouilles du jardin botanique, ça soulage un peu.
Le patron a dit, « l’école en distanciel la semaine prochaine, et après, deux semaines de vacances pour tous les marmots ». J’avoue que j’apprécie, car la marmaille mi-masquée voire pas masquée du tout d’aujourd’hui a mis une certaine pression sur le corps enseignant que je suis. Sans parler des attitudes désagréables de ces fichus élèves de terminales qui ne font plus rien d’autre que bavasser pendant les cours depuis que parcoursup c’est fini. Ne plus voir les loulous pendant un temps un peu long fera du bien, et surtout évitera la covid-party entre deux récrés. Mais, « en même temps » (pour citer le patron-président), faut planifier en un clin d’œil le cours « en distanciel ». C’est que les parents, plus encore que leurs choupinets, attendent « la continuité pédagogique » de leur fils ou de leur fille, faut pas rigoler avec ça. Mais si, rigolons un peu, quand même. Lors de la mise en demi-jauge, en novembre, les gamins se sont retrouvés à la maison un jour sur deux avec du travail à faire. Les parents, du moins les moins éveillés d’entre eux (la minorité usante), n’avaient pas saisi que si leur loupiot était à la maison, cela ne voulait pas dire que son prof l’était aussi, celui-ci étant en cours avec l’autre moitié de la classe dudit loupiot. Et je me souviens qu’une maman a demandé où trouver la « continuité pédagogique » de sa fille, parce-que sur son Pronote à elle, ce n’était pas clair.
Le patron n’a pas dit comment répondre aux questions des gamins demain.
Le patron n’a pas dit (où alors j’ai lu le compte-rendu du Monde trop vite) si les profs seraient tous vaccinés avant la reprise effective des cours, avec des vrais élèves devant leurs vrais profs dans de vraies salles de classe vraiment trop petites.

Collection 561

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Photo de la semaine du 22 au 28 mars 2021

Photo de la semaine

Chevreuil flou

Nos amies les bêtes, Oléron-petipatapon, Promenons-nous dans les bois, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

C’est une balade tranquille, côté nature. En bord de chemin, une ombre, une forme vague, quelque chose semble bouger derrière les arbustes. On le devine, on le voit finalement, de loin : c’est un chevreuil. Le vent est dans le bon sens, l’animal ignore le marcheur béat si heureux de voir ce mammifère-là pendant sa promenade vespérale. Puis le chevreuil repart, en deux bonds silencieux, vers la forêt.

Un chevreuil derrière les arbustes – Charente-Maritime – Mars 2021

Comment un embouteillage peut-il provoquer une hausse de 5% du cours du pétrole en moins d’une journée ?

La mer et ses poissons, Le monde tel qu'il va

La pandémie nous a bien mis le nez dans le caca de la mondialisation, mais depuis un an, on a tellement le nez dedans, qu’on en oublie les autres joyeusetés de ladite mondialisation et de ses effets papillon. Le pauvre lépidoptère n’y est pour rien, mais c’est pourtant ainsi qu’il est courant de nommer les effets collatéraux potentiellement lointains d’un fait a priori mineur.
Les médias bruissent aujourd’hui de l’info suivante : un embouteillage en Egypte vient de provoquer une hausse aussi subite qu’épidermique du cours du pétrole. Certes, pour des raisons d’offres et de demandes pas trop en raccord pour cause de covid, le prix du brut ne fait pas dans la dentelle en ce début de printemps, mais la hausse de 5% constatée aujourd’hui a une autre cause, moins rationnelle.
L’embouteillage dont il est question est celui de cargos de tous poils, bloqués sottement au sud du canal de Suez, parce-que l’un des leurs, façon camping-car sur l’A7 un 1er août, s’est vautré lamentablement en diagonal dans le canal. Vu sur Marine Traffic, ça donne ça :

Le bouzin fait 400 mètres de long, c’est un porte conteneur d’une contenance de 20 388 EVP, c’est-à-dire 20 388 équivalent vingt pieds, les vingt pieds étant la longueur de base d’un conteneur classique. Bref, plus de 20 000 boîtes sur le cargo. Classique mais conséquent. L’engin n’est pas vieux, rien à voir avec les bateaux poubelles dont on parle de moins en moins (parce que la flotte marchande actuelle est plutôt récente) : il a été mis à l’eau il y a trois ans.
Propriété d’un armateur japonais partenaire d’un armateur taïwanais, immatriculé au Panama, fabriqué au Japon, transportant des marchandises sorties d’usine en Asie pour des consommateurs européens, … un joli petit condensé de mondialisation ! Comment un bateau récent a-t-il pu ainsi se planter ? les médias, dont Le Marin, spécialiste du genre, évoquent un vent soutenu et même une tempête de sable. Et paf, la proue enfoncée dans une rive et la poupe effleurant l’autre. Barrage, embouteillage, …
Le navire n’est plus en danger, il flotte et il n’y a aucun blessé. Il sera juste un peu à la bourre à Rotterdam, d’autant plus qu’il n’a toujours pas repris sa route. Le canal est partiellement fermé pour deux jours (les navires peuvent à nouveau l’emprunter dans le sens nord-sud, mais pas dans le sens sud-nord). Ce petit épisode nous rappelle que, pandémie ou pas, business is business, et que quand un grain de sable entre dans la machine, ça coince ; alors, une tempête …