Cap sur Le Cap

La mer et ses poissons

Retour sur le Vendée Globe. Les quarantièmes rugissants ne pardonnent décidément pas. Après Kevin Escoffier, qui a vu son bateau se couper littéralement en deux et qui a pu, en un temps record, sauver sa peau sur le radeau de survie, alors que le voilier sombrait, ce fut au tour de trois autres marins de rencontrer des difficultés sérieuses, qui, pour deux d’entre eux, portent l’acronyme d’OFNI. Objet Flottant Non Identifié. Le genre d’objets qui te troue la coque et qui menace sérieusement d’envoyer esquif et marin par le fond. Le troisième, Alex Thomson, a subi une avarie plus classique, de la bonne grosse casse qui l’a obligé à rallier Le Cap avec un seul safran. De toute façon, il n’aurait pas pu aller plus loin.
Une des deux victimes d’OFNI est Sébastien Simon, qui, comme, Alex Thomson, abandonne. Il fait route vers Le Cap, où Thomson est déjà arrivé. L’autre victime d’OFNI est Samantha Davies, dont on peut voir la trajectoire en rouge sur la carte ci-dessous. Elle envisage de pouvoir réparer dans une petite baie près du Cap, sans aucune aide, afin éviter la disqualification. Elle devrait rejoindre son but demain en milieu de journée.

En rouge : le bateau de Samantha Davies qui se dirige vers Le Cap (18 h le 4/12, heure de Paris)

Traités de Westphalie, youpi !

Je suis prof mais je me soigne

Disons-le tout net, la journée avait moyennement bien commencé. Déjà il pleuvait, format grosse averse, et même avec le ciré (le jaune, oui, le vrai, faut pas tricher avec la pluie), j’avais la guibole humide et le pas accéléré pour aller taffer. Sur le trajet se trouve un collège, un brave collège avec des collégiens, bien tassés sur les trottoirs dans l’attente de l’ouverture du lieu scolaire. Des mouflets et des minots qui courent, qui braillent, qui font des moulinets avec leurs trottinettes, même que, ce matin, j’ai bien failli en recevoir une sur le museau. Et puis il y a celles et ceux qui viennent en vélo. Au moins, il faut les créditer de cela, ces marmots ne sont pas tous amenés en SUV à la porte de leur collège, ils fournissent quelques efforts physiques et ne chouinent pas sous la pluie. Ça flotte pourtant dru, et la visibilité s’en ressent, mais à pied ce n’est pas bien gênant. Sauf lorsque une gamine fonce littéralement sur moi avec son vélo, hurlant de rire en apercevant ses copines. Je l’esquive, certes, mais râle un « faites un peu attention » qui plonge la marmaille dans un grand rire, une marmaillotte gloussant, avec un aplomb dont les élèves de 5e et 4e ont le secret (je le sais, j’ai testé en début de carrière) : « Si vous n’aimez pas les enfants, faut pas venir ici ».
Alors je le dis tout net, avoir du expliquer ensuite, à des lycéens encore un peu ensommeillés, les subtilités des traités de Westphalie (1648), m’a procuré un immense sentiment de bien être. Enfin je retrouvais ma zone de confort, face à mes choupinets à moi, qui prenaient des notes et trouvaient la guerre de Trente Ans tour à fait digne d’intérêt. Et pourtant, au premier abord, les bastons du XVIIe siècle ne semblaient pas faciles à vendre.

L’écureuil ne fait pas de réserve

Nos amies les bêtes, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

J’avais cru comprendre, suite à des légendes enfantines ou à des publicités pour un groupe bancaire, que les écureuils faisaient des réserves de noix et noisettes. J’avais aussi cru comprendre que, dans sa grande étourderie, l’écureuil, souvent, ne se souvenait plus de la localisation de ses cachettes, se remettait à chercher noix et noisettes pour les stocker dans un lieu nouveau qu’il oubliait aussitôt. Je me demande si on ne m’a pas fait prendre les écureuils pour des idiots. Parce-que tous ceux que je croise ne planquent rien du tout mais mangent directement ce qu’ils trouvent, sans passer par la case cachette. Et le scrontch de l’écureuil sur la noix s’entend de loin. La petite bête est tellement affairée qu’elle ne voit même pas le paparazzi qui la photographie.

L’écureuil, mangeant sa noix, ne voit même pas le paparrazi qui le photographie

Un pour tous, tous pour un

La mer et ses poissons, Le monde tel qu'il va

Les courses océaniques ont un petit côté « Trois mousquetaires » : une solidarité vitale. Aujourd’hui, Kevin Escoffier, 3e au classement, a déclenché sa balise de détresse pour voie d’eau et s’est réfugié dans son radeau de survie. Parce-que la direction de la course l’a ordonné, parce-que c’est la norme en mer, parce-qu’on ne laisse pas tomber un concurrent qui risque la mort, un puis deux puis trois puis quatre marins sont partis au secours de Kevin Escoffier. Le premier, ce fut Jean Le Cam, le plus proche d’Escoffier. Il a alors mis le moteur (autorisé et même obligatoire en pareille circonstance) et s’est approché. Il a confirmé : la marin est bien dans son radeau de survie. Mais ce n’est pas si simple d’approcher le frêle esquif, la mer est formée, le vent est costaud. Yannick Bestaven et Boris Herrmann sont alors appelés à se détourner à leur tour. À 20 h 30 (heure française), Sébastien Simon a lui aussi été prié d’aller aider Kevin Escoffier. Le but de ces marins, dans l’immédiat, n’est plus de gagner la course, mais de mettre un des leurs en sécurité.

Mise à jour : à 2 h 18 ce matin (heure de Paris), Kevin Escoffier est monté à bord du bateau de Jean Le Cam. Sauvetage réussi au beau milieu des bien nommés Quarantièmes Rugissants.

Pétoncle cru, qui l’eût cru ?

Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée, Tambouille

Le pétoncle est un mollusque bivalve, dont la forme fait penser à une coquille St-Jacques en miniature. À tel point, d’ailleurs, que nombre de mes contemporains, fort peu habitués à la chose océanique, confondent les deux et peuvent te proposer une grosse poêlée de St-Jacques, alors qu’il ne s’agit que de pétoncles. Et donc la chose est trop cuite et n’a goût de rien. D’où mon rejet, stupide j’en conviens, pour ce brave pétoncle.
Jusqu’à ce matin, où, mon ostréiculteur, qui vend aussi d’autres produits de la mer, me suggéra le pétoncle cru, là, comme ça, nature.
Il suffit juste de les ouvrir …

Il suffit juste de les ouvrir, donc, mais comment ? si je maîtrise à peu près bien la grosse St-Jacques, je tournicote sur la minuscule coquille du pétoncle. Sa majesté Internet suggère l’emploi d’un couteau à bout rond, et cela marche !
La coquille est donc ouverte, il faut désormais débarrasser, comme sur la St-Jacques, le pied du mollusque (qui se mange) du bestiau lui-même (sableux et peu mangeable tel quel), bref, c’est le même schéma que pour la St-Jacques. L’odeur est néanmoins nettement plus iodée.

Une fois le nettoyage réalisée sous l’eau claire, les pétoncles délicatement épongés, on peut déguster. Et c’est vraiment très bon, même si le goût est moins prononcé que ce que le nez avait annoncé. C’est fin, d’une texture moelleuse, et la chose mérite clairement d’être reproduite voire sophistiquée (petite marinade ?) pour les fêtes de fin d’année.

Peut-être 10 000

Le monde tel qu'il va, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Le Monde et Sud-Ouest annoncent entre 6 000 et 10 000 manifestants à Bordeaux lors de la Marche des Libertés. Pas mal de monde au final, même si, à l’heure H, la place de la Bourse n’était pas bondée : c’est notoire qu’à Bordeaux les manifs démarrent toujours en retard. Des citoyens ordinaires qui sont venus, souvent en famille, pour affirmer leur attachement à la démocratie et à ses valeurs et pour, surtout, indiquer leur refus de la dérive autoritaire qui se met en place.

Un arbre pour tenir face à la brutalité du monde

Chronique du grand confinement, Promenons-nous dans les bois, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

L’allègement du confinement nous permet, à partir de demain, de batifoler dans un rayon de 20 km autour de notre domicile. Ça n’a l’air de rien, mais je peux presque aller gambader jusqu’à Libourne. Je n’ai rien à y faire, et en plus demain j’ai manif (Marche pour les Libertés, 14 h, place de la Bourse, Bordeaux). Mais quand même, cela ouvre des perspectives, notamment, pour tous mes contemporains qui n’ont pas pu quitter le béton. En effet, dans un rayon de 20 km, on doit bien trouver un arbre. Au moins un. C’est quand même plus jouissif qu’une queue de 4 km (protocole sanitaire oblige) devant une enseigne de la grande distribution.
Un possible retour vers la nature ou ce qui y ressemble. L’arbre comme ressource, ancrage profond dans la vie. Celui qui illustre cette note est un chêne, que j’ai le privilège de n’avoir jamais quitté des yeux trop longtemps, car, confinement ou pas, je l’ai croisé de multiples fois, ce bel arbre se situant sur le chemin qui me mène à mon lieu de travail. Aujourd’hui, j’y ai même entendu un geai.

Un chêne dans l’agglomération bordelaise – 27/11/2020

Police partout, justice nulle part : cette fois on y est !

Le monde tel qu'il va

Des attaques contre les libertés au nom de la sécurité, on en a connu un paquet ces dernières années, mais là on atteint des sommets. La loi « sécurité globale » fait glisser mon pays, soi-disant celui des droits de l’Homme, vers un régime autoritaire qui ne se cache même plus. Cette loi, d’ailleurs, vaut à la France un rappel à l’ordre de l’Union Européenne et de l’ONU.
J’aimerais que l’on m’explique en quoi bloquer la liberté d’informer et laisser le champ libre aux policiers pas tous bien policés, permet de lutter contre un virus d’une part et contre le terrorisme d’autre part. En quoi casser la gueule d’un journaliste fait avancer le schmilblick. En quoi vouloir ressembler à tous prix aux flics étatsuniens qui cassent du black à tour de bras contribue à renforcer la sécurité. En quoi, donc, avoir mis KO un producteur de musique, est un signe de respect de la loi et de la dignité humaine ? S’il n’y avait pas eu de preuves filmées de l’agression de Michel, les flics s’en seraient tirés à bon compte.
Pour revenir à ma petite note d’hier, je crois que je vais vraiment finir, sinon à aimer, du moins à m’intéresser au foot : les footballeurs français montent à leur tour au créneau pour dénoncer l’agression abjecte et gratuite dont a été victime Michel, et interpellent Gérald Darmanin via Twitter (à lire dans L’Obs).
Dans toute la France, demain, des marches pour les libertés sont organisées. Il est plus que temps de se bouger.

Et si, subitement, j’aimais le foot ?

Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

Pas trop fan de sport en général. Sauf les courses océaniques à la voile. Sauf le hand quand ce sont des nénettes qui jouent, même que c’est tellement beau qu’on dirait du hip hop. Sauf le rugby, parce-que ça me rappelle tous les albums d’Astérix que j’ai lu quand j’étais petite. Mais le foot, je n’accroche pas. Un sport de manchot, puisque l’usage de la mimine est prohibée. Un sport de chochotte puisque parfois, un joueur à peine effleuré, tombe sur le gazon en pleurant sa mère. Et puis des scores ridicules : 90 mn pour voir trois buts, c’est long, mais c’est long …
Pas fan, donc, mais là l’histoire s’en mêle, et aussi la géopolitique, ma marotte à moi que je kiffe, même que je l’enseigne à tous pleins de choupinets de mon lycée. Je ne fais même que ça. Privilège du grand âge qui fait que mes collègues ont cédé à mon caprice de n’enseigner que la spécialité histoire-géographie-géopolitique-sciences-politiques dans le cycle terminal.

Il se trouve que, par un événement tragique (la mort de Diego Maradona), la géopolitique et le sport sont bel et bien unis. Cette victoire contre l’Angleterre, en 1986, d’un coup de main (main de Dieu avait dit Diego) zappée par l’arbitre, puis d’un drible de dingue, avait apporté à l’Argentine la vengeance bienvenue de la défaite dans la guerre des Malouines quatre ans plus tôt. Si la guerre, selon Clausewitz, est la poursuite de la politique par d’autres moyens, le sport, et ce n’est pas nouveau, est aussi un moyen de faire la guerre. Sans entrainer des millions de morts, et ce n’est pas rien.
Pour bien comprendre la géopolitique de Maradona, je vous propose d’écouter Pascal Boniface :

Une chansonnette

La chansonnette, Un peu d'art dans un monde de brutes

C’est une histoire de magie, de tour de prestidigitation, voire d’envoutement : Grand Corps Malade est passé de la case « slameur » à la case « chanteur ». Pour ce faire et pour son dernier album, il a convié des nénettes que j’aime bien (Véronique Sanson, par exemple) et cela donne des résultats parfois magiques. Comme ce titre avec Suzane, de l’envoutement eu sens propre du terme. Ne vous contentez pas d’écouter, regardez aussi les images (je crois que ça s’appelle un clip, enfin de mon temps, on disait comme ça) :

Grand Corps Malade et Suzane
Pendant 24 heures (2020)

Un par un, ils passent l’équateur

La mer et ses poissons

Chaque jour, je jette un œil sur le Vendée Globe, pas tellement pour savoir qui est preum’s, qui est deuz’, mais pour voir où en sont ces marins incroyables qui vont sous peu tâter de l’océan austral alors que nous nous tâterons pour savoir ce qu’il est possible de faire ou non à Noël. Ce soir, je constate qu’un peu plus de la moitié de la flotte a passé l’équateur. Thomas Ruyant est en tête, il fait bon sur le pont (24°C) et dans l’eau (25°C). Stéphane Le Diraison est pile poil sur la ligne mythique, et il fait chaud (eau à 28 °C, air à 27°C). Nos marins filent vers l’été, mais en se rapprochant de l’Antarctique, l’été peut s’avérer sournois et difficile. Cette course en solitaire m’épate à chaque fois.

Position de la flotte du Vendée Globe le 21/11 en fin d’après-midi – Source : https://www.vendeeglobe.org/fr/cartographie

Un jour sans fin

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne

Le premier confinement m’avait, comme à bon nombre de mes contemporains, donné l’impression de plonger pour de vrai dans le film de Bill Murray, sorti en 1993. Certes, point de marmotte, mais la répétition ad libitum d’un temps qui s’étire avait fini par avoir raison de ma patience, et je me souviens, au premier jour du pré-déconfinement, avoir jailli en bord de Garonne comme un diable sortant de sa boite, et je ne vous parle même pas du retour à l’océan …

Ce deuxième confinement est un peu différent : 50 à 60 h de boulot par semaine, en étant sur site plus d’un tiers du temps, font que je n’ai pas le temps de me sentir confinée. Et puis, rejoindre le lycée tous les jours et en revenir, c’est déjà un moyen de prendre l’air et de voir deux ou trois arbres au passage. Cette impression du Jour sans fin tient plutôt aux cours eux-mêmes. J’ai deux classes par niveau. Ces classes étant coupées en deux pour les raisons sanitaires que nous connaissons, je ne fais plus deux fois le même cours, mais quatre. Car il est hors de question de larguer dans la jungle de la complexité du monde des jeunots de 16-17 ans. Il faut leur expliquer, puis, ensuite, bien sûr, leur donner de quoi nourrir leur réflexion à la maison (la fameuse continuité pédagogique assénée par mon ministère adoré). Pas de problème a priori, autre qu’organisationnel (j’ai l’impression de vivre dans mon agenda, ça me réveille la nuit), sauf que, quand le cours du moment porte sur les attentats de 2015, la lourdeur s’installe. Une forme de morosité, d’infinie tristesse. Quatre fois le souvenir de ces moments-là, ce qui, dans le contexte actuel (mon collègue Samuel a été assassiné il y a à peine plus d’un mois), alourdit, outre la charge de travail, la charge mentale.
Le week-end arrive. Je vais me changer les idées en bidouillant le cours sur la Russie de Poutine …

Relever les casiers, puis recommencer

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne

Les pêcheurs partent en mer poser des casiers. Pour les retrouver, ils les signalent par des petits drapeaux. Le lendemain, ils partent voir si les casiers sont pleins, si les homards sont entrés dans les cages. Et ils rentrent au port, avec le butin et les petits drapeaux.
Face à mes élèves, qui alternent cours en classe et travail à la maison, c’est un peu pareil. Les choupinets déposent leurs travaux dans des casiers. Virtuels, mais casiers quand même. Et parfois dans des casiers pas prévus (messagerie, ou autre). Et je tourne en rond dans l’océan numérique pour relever tous mes casiers afin de n’en oublier aucun.

Et les gens pointèrent le nez en l’air …

Chronique du grand confinement, Nos amies les bêtes, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Parce-que c’était l’heure de retour de boulot pour celles et ceux qui ne télétravaillent pas. Pour les scolaires aussi. Parce-que c’était l’heure de la balade autorisée par les contraintes du deuxième confinement. Parce-que c’était une petite heure avant l’arrivée de la nuit et qu’il fallait profiter un peu du jour. Il faisait si beau, hier (et aujourd’hui aussi, d’ailleurs).
Et parce-que, à ce moment précis, il y avait quelques humains dehors lorsque le cri des grues en migration fut perceptible, tout le monde leva le nez et pointa le regard vers le ciel et les si beaux volatiles. Tout le monde sauf ceux qui étaient au téléphone. Sauf ceux qui, quoiqu’il arrive ne décollent jamais les yeux de leur écran de smartphone. Tant pis pour eux. Tous les autres ont bénéficié du spectacle de ces oiseaux volant vers le sud, magnifiquement éclairés par la lumière rasante et chaude de la toute fin d’après-midi.

Migration des grues cendrées au-dessus de Bordeaux, 17 novembre 2020

Drôle d’ambiance dans une banlieue tranquille

Le monde tel qu'il va, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Nous sommes au nord-ouest de Bordeaux, dans une de ces communes limitrophes qui ne font jamais parler d’elles. Un coin tranquille, accessoirement un peu bourge tendance banlieue chic. La commune se nomme « Le Bouscat », elle a un peu de moins de 24 000 habitants et un hippodrome (avec un joli parc autour, mais je m’égare).
La semaine dernière, un établissement scolaire privé y a été la cible de tags et de graffiti suffisamment préoccupants pour que la police soit saisie. Quelqu’un aurait demandé des renseignements sur cette école, insistant peut-être un peu trop sur son caractère catholique (des religieuses y vivent) pour que cela inquiète. Les parents ne sont pas rassurés et, ceux qui, il y a encore peu de temps, laissaient leurs enfants rejoindre leur école en bus ou en vélo, aujourd’hui se disent qu’il est peut-être plus sage de les accompagner.
J’apprends aujourd’hui qu’un collège public de la même commune est à son tour la cible de tags déroutants, mentionnant, outre des menaces (« vous êtes tous morts »), le nom de Samuel Paty.
Il y a ainsi une ambiance lourde. Peut-être de simples marioles qui jouent, comme on disait autrefois, « à faire l’intéressant ». Peut-être. Sans doute. J’espère que ce n’est que cela. Mais en ces temps poisseux le doute s’instille vite, c’est peut-être aussi cela le terrorisme, même si, par bonheur, il n’y a eu, dans cette bourgade girondine, aucune victime.

Sources : Sud-Ouest et Rue89 Bordeaux

Une zone sans Amazon

American graffitis, Le monde tel qu'il va, Suède

Il existe des endroits sur terre où un morceau des GAFAM n’a pas lieu d’être. Ce morceau, c’est Amazon, destructeur de tout et créateur de rien, pieuvre gloutonne avide de capter tous les marchés du monde, surtout dans les pays à haut niveau de vie, et qui, dans l’exemple qui nous occupe, se cogne au mur têtu de la Suède, pays qui lui a dit « non ».
Temple d’Ikea (autre glouton) et de Volvo (où de ce qu’il en reste depuis que le made in China est passé par là), la Suède rechigne à admettre en son sein le plus gigantesque dealer de cames variés de toute la planète, renvoyant Jeff Bezos dans ses filets. Et pourtant, Bezos et sa firme ont sorti le grand jeu, baptisant même leur opération de séduction du grand nord « Dancing Queen », comme si citer Abba suffisait pour abattre le Suédois. Petit joueur, va !
Plus drôle encore : ignorant tout de la Scandinavie en général et de la Suède en particulier, les ogres amazoniques ont confondu le drapeau suédois avec celui de l’Argentine. Quand on sait à quel point les Suédois aiment leur drapeau et manifestent à tout bout de jardin leur patriotisme, on peut comprendre que la bévue d’Amazon n’est pas passée inaperçue. Il parait, en outre, que la version suédoise du site web d’Amazon, issue approximativement de l’anglais, poserait quelques problèmes titillant les susceptibilités, certains termes, traduits de traviole par un ordinateur (preuve que l’intelligence artificielle est d’abord artificielle, avant d’être intelligente), correspondant à des grossièretés en suédois, ce qui n’est pas le meilleur moyen de gagner des parts de marché. Dans le même ordre d’idée, et montrant en cela qu’Amazon s’est attaqué à un territoire sans même essayer de le connaître, les prix annoncés au catalogue sont au centime près, chose qui fait bien rire les Suédois, puisque, dans ce pays où payer en liquide est déjà, en soi, un anachronisme, il y a belle lurette que la bigaille des centimes a disparu. Avec cet exemple-là, Amazon fait preuve d’un amateurisme phénoménal, et son échec me ravit.

Souvenir de Stockholm, été 2017

Sources : korii et The Guardian

Moins de gens = tram moins bondé ; moins de tram = ?

Chronique du grand confinement, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Le nouveau confinement, allégé par rapport au premier, a pour conséquence qu’un nombre significatif de mes contemporains (dont moi-même) se rendent sur leur lieu de travail chaque jour. Il nous est donc nécessaire de bénéficier des transports en commun avec la même fréquence et donc aux mêmes horaires qu’en temps normal, puisque les heures d’embauche, elles, ne bougent pas.
Comme d’autres de mes contemporains, ainsi désormais qu’une partie des lycéens, ne prennent plus lesdits transports en commun tous les jours puisqu’ils télétravaillent, trams et bus deviennent nettement plus covid-compatibles : on y a un peu plus de place, c’est tout bon pour la distenciation sociale. Rien que de bonheur.
Sauf que, je lis aujourd’hui dans Sud-Ouest, que TBM, le réseau de transport en commun de Bordeaux, confié depuis longtemps à l’entreprise privée Kéolis, va réduire son offre dès jeudi. Offre réduite en soirée, mais aussi, pour les trams, en journée, même si c’est dans une moindre mesure. C’est donc le retour annoncé des trams bondés aux heures de pointe. Je regrette déjà l’heureux temps où les trams se suivaient à la queue leu leu …

Trams à la queue leu-leu à la station Quinconces (Bordeaux), octobre 2020

Rectificatif (12 novembre) : L’article de Sud-Ouest laissait penser que même en journée la fréquence de passage des trams serait revue, du-moins sur certaines portions de lignes. Dans les faits, il n’en est rien. Le réseau circule normalement en journée ; le carrosse ne s’est donc pas transformé en citrouille.

Un nouveau départ

American graffitis, Il y a une vie en dehors de Bordeaux, Je suis prof mais je me soigne

Il y a même en fait plusieurs nouveaux départs : les États-Unis sans Trump (mais pas sans trumpisme, car le ver est trop dans le fruit pour que l’intoxication cesse par magie), les lycées avec deux fois moins d’élèves (mais cela ne règle pas le problème des collèges), et puis enfin les grues qui migrent en masse vers le sud serein. Ceci étant, le nouveau départ qui m’interpelle ce soir est celui du Vendée Globe, dont les marins se sont élancés à huis-clos aujourd’hui à 13 h 02. Il est 21 h 20, je m’apprête à suivre la course avec la même attention que lors des éditions précédentes, et nos marins en sont là :

Grues de bon augure

American graffitis, Le monde tel qu'il va, Nos amies les bêtes, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

L’expression populaire « oiseau de mauvais augure » est aujourd’hui inadéquate, puisque, après trois jours de suspense, enfin, les États-Unis ont non seulement un président, mais surtout celui-ci n’est plus Trump. Suis-je soulagée ? oui, forcément. Suis-je tranquille et reposée ? certainement pas, le fourbe Trump et ses troupes semblant capables de tout. L’annonce de la victoire de Biden a été précédée de plusieurs vols de grues cendrées, pile au-dessus de mon home sweet home, car la saison des élections outre-Atlantique coïncide toujours avec le déplacement des grues vers les douces chaleurs méridionales.

Migration de grues cendrées au-dessus de l’agglomération bordelaise, 7 novembre 2020

Ne pas pouvoir voyager n’interdit pas de regarder les avions

Chronique du grand confinement, Le monde tel qu'il va

Clap de fin sur la journée de boulot. Un petit tour sur Flightradar24.com pour le plaisir, peut-être tordu, de regarder la trajectoire des avions. De belles routes bien droites, comme ce Lisbonne / Amsterdam :

Une boucle qui m’interroge pour le Charles-de-Gaulle / Bordeaux :

Et surtout, les ronds dans le ciel, les zigs et les zags d’un A400M en essai au départ de Toulouse :

Une journée entière avec Donald Trump

American graffitis, Je suis prof mais je me soigne

Avec les élèves de spé de première, nous abordons actuellement la question de la puissance, sa définition, ses modalités, et puis, concrètement, dans la vraie vie, ça veut dire quoi. Pour résumer, face aux mômes, je finis toujours par dire « je suis puissant.e si je fais ce que je veux quand je veux où je veux et avec qui je veux ». Basique, mais pas si réducteur que ça, et surtout plus rigolo que la définition de Max Weber (qui est néanmoins celle qu’ils et elles notent dans leurs cahiers et surlignent en jaune fluo, à savoir, pour résumer : l’art de faire triompher sa volonté, peu importe les moyens). Et donc, forcément, arrive Mister Trump et la puissance US, surtout aujourd’hui, D-day des élections présidentielles. Le bonhomme fait ce qu’il veut, avec option « menteur comme un arracheur de dent », et il est en passe, ce sordide personnage, de doubler la mise, de rempiler, comme le fit en son temps Bush junior, qui pourtant, n’avait point inventé la poudre (et qui n’avait surtout pas envisager de contester le résultat des élections).
Aujourd’hui, au lycée, les élèves étaient pendus à leurs alertes de smartphones, guettant toutes les 30 secondes des infos sur les résultats : « Mais madame, c’est important, le monde entier en dépend ».
Ces enfants, masqués jusqu’aux yeux, parce-que le retour du confinement leur a mis sévèrement le pression sur le respect des règles sanitaires, mais enfants quand même, avec encore, à 8 heures ce matin, les yeux tout gonflés de sommeil et une doudou-nostalgie presque palpable, ces petits loulous avaient bien compris que, quand les États-Unis éternuent, la terre entière finit grippée. Ils ont 16 ans, on perçoit encore leurs bobines de bébés en les regardant, et ils ont déjà mal au monde. Ce n’était pas chose aisée que de les consoler : nous, ici, en Europe, ne sommes pas responsables de ce qui se passe en Amérique, même si nous en subissons les conséquences. Allez remplir vos gourdes et buvez un grand coup d’eau … Courage, les petits …

Bilan provisoire des dépouillements des bulletins de vote aux États-Unis (4/11/20, 16 h)

Une impression de normalité

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Un peu d'art dans un monde de brutes

Comme tous les lundis, j’ai émergé un peu après le journal d’Inter de 6 h, et j’ai consacré la matinée à préparer des cours pour la semaine. Ayant un emploi du temps (presque) tout pourri, je n’ai pas trop le choix. La hiérarchie avait convié, protocole sanitaire oblige, les seuls collègues ayant cours ce matin pour l’hommage à Samuel Paty. Je n’ai donc pas assisté à ce temps pourtant important. Plongée dans les théories de Clausewitz sur la guerre (il n’y a rien que du joyeux dans le programme de spé de terminale), j’ai sorti de mon esprit ce confinement saison 2, encore plus insupportable que le premier, car largement lié à l’incurie profonde de ceux qui nous gouvernent.
Puis, après déjeuner, j’ai enfourché le vélo pour écouter les exposés de gentils poussins de première. Rien que du normal. Pas un policier. Pas un militaire aux abords de l’établissement. Rien que du comme avant.
Juste une nouveauté, une seule : une nouvelle petite série dans les programmes courts d’Arte. Ça s’intitule « De Gaulle à la plage » et, ce soir, le grand Charles portait des tongs pour la première fois (à voir en cliquant ici). Quelle aventure …

Tout est normal : De Gaulle porte des tongs ! (capture d’écran Arte)

Girouette, pirouette, cacahuète, cul par-dessus tête

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne

Il faut, dit le ministre, prendre le temps de rendre un vrai hommage à Samuel Paty. Il faut, dit le ministre, que les professeurs préparent ledit hommage, et donc il faut, dit toujours le ministre, décaler la rentrée de lundi de deux heures. Pour une fois, j’apprécie ce que dit le ministre en l’en remercie.
Il faut, dit le ministre, respecter le protocole sanitaire et tout bâcler en 10 minutes, lecture de la lettre de Jaurès et minute de silence incluses. Je me disais bien, aussi, … qu’un hommage dans la cour, tous ensemble, c’était pas à la hauteur du ministre.
Il faut, dit le ministre, renforcer le protocole sanitaire, éviter le brassage des élèves. Le ministre écoute enfin les toubibs, c’est bien.
Ce à quoi nos chefs répondent en coupant les classes en deux. En le disant aux élèves mais pas aux profs, qui le découvrent donc par leurs élèves, gentils choupinets qui inondent les boites mail de leurs enseignants pendant les vacances, quel que soit le sujet, messages auxquels il m’arrive parfois de répondre (« Roselyne-Sophie, je vous l’ai dit en cours : vous n’avez pas besoin d’apporter votre manuel lundi », « Auguste-Patrick, les notes qui sont sur pronote sont bien pour le 1er trimestre », etc). Cela dit, sur ce coup-là, ils ont fonctionné en lanceurs d’alerte, je les en remercie.
Puis on apprend, la veille de la rentrée (donc aujourd’hui) que le nouvel emploi du temps finalement ne sera pas mis en place. Enfin pas tout de suite. Peut-être mardi. Ou mercredi. Ou pas du tout. Tout cela après avoir passé le week-end à replanifier et réécrire tous les cours, mais comme nous sommes confinés, nous n’avons que ça à faire. C’est vrai, quoi, faudrait quand même pas qu’on s’ennuie !
On apprend aussi que le temps pour Samuel Paty sera respecté, mais c’est une décision locale, prise par la hiérarchie de mon bahut (décision que j’apprécie), sachant que cette initiative peut être remise en cause par le ministre, on ne sait jamais. Demain il fera jour…
Et donc, demain, ce sera l’improvisation totale. Par chance, je n’ai cours que l’après-midi.
Petit gag pour finir : notre hiérarchie a omis de mentionner, sur les attestions permettant de circuler, la totalité des adresses des différents sites du bahut (car celui-ci est grand et éparpillé). Camarade policier, attestation et moi, nous voilà !
À part ça, tout va bien. Nous avons cueilli les dernières feuilles du basilic du jardin et les avons dégustées avec des pâtes et un filet d’huile d’olive, c’était excellent. Il ne faut pas négliger les petits bonheurs de la vie, confinement ou pas.

La colère de la Madeleine

Chronique du grand confinement, Le monde tel qu'il va

Cette histoire des magasins dits essentiels, et qui donc restent ouverts, tandis que les petits commerces sont confinés, cela m’exaspère. À peu près autant que tous ces pignoufs qui ont rejeté le masque (sauf pour éviter la prune à 135 €) et qui, aujourd’hui, nous offrent une seconde vague en cadeau d’Halloween. Et cette exaspération, je la partage avec Lola Semonin, nom de scène « Madeleine Proust » :

Je suis un playmobil vivant (et un peu vénère)

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

Quand j’étais mouflette, j’adorais les playmobil. Je leur faisais vivre des aventures incroyables dans des constructions en légo, c’est dire comme c’était moderne le vingtième siècle. Et puis, quand j’en avais marre, je détruisais la construction en légo et je rangeais les playmobil dans leur boite. Ou plutôt je les laissais en vrac, parce-que s’ils étaient trop bien rangés, je risquais de les oublier. Et pour jouer, c’est gênant.
En tant que citoyenne d’une brave démocratie, et surtout en tant que fonctionnaire de l’État qui porte cette démocratie, je me sens actuellement mi-playmobil mi-légo, jouet aux mains d’incompétents incapables d’assumer leurs errements et leurs erreurs, sinon en remettant tous les joujoux dans la boîte parce-qu’ils ont perdu la partie. La remise des joujoux dans la boite, en langage adulte, ça s’appelle le confinement. Néanmoins, certains playmobil continueront de jouer car il faut que la garderie nationale soit ouverte pour que les parents puissent travailler. Ce sont des playmobil qui ont de la chance : ils jouent avec des enfants. Petits veinards !
Hier soir, lors de la conférence de presse du gouvernement, monsieur Blanquer a ainsi clairement dit aux proviseurs des lycées qu’ils étaient libres d’organiser la rentrée du 2 novembre comme bon leur semblait pour que leurs playmobil puissent bien travailler, sachant qu’il faut à la fois respecter le protocole sanitaire et rendre hommage à Samuel Paty.
Monsieur le Ministre laisse donc à ses sous-fifres le plaisir de gérer la merde semée par sa réforme du lycée. Car, si, lorsqu’il l’a pondue, le risque covid n’existait pas, celui, plus pédagogique, du brassage infini d’élèves de toutes les classes d’un même niveau était bien pointé. Il en a fait fi mais ne semble point fort marri, puisque c’est sur le terrain qu’il faut gérer l’embrouille du brassage et des contaminations potentielles, tout cela avec des masques dont la toxicité supposée donne plus envie de les jeter que de les porter.
Nous voilà donc dans un certain embarras, sans aucune info officielle du ministère, ni du rectorat, ni du lycée. Mais quand même, mes collègues et moi-même apprenons par des élèves que les emplois du temps ont été modifiés. Nous sommes vendredi en fin d’après-midi, le week-end commence, et, confinés ou pas, nous sommes en droit de finir de profiter de la fin de nos vacances (pour corriger les copies en souffrance ou finir de préparer des cours, mais faut pas le dire trop fort), et nous n’avons aucune info officielle. Ni non plus les attestations qui nous permettront de venir légalement au boulot lundi, confinement oblige. Je vous promets que si je prends une prune en allant au taf, je démissionne. Ou je prends ma retraite, même si je n’en ai pas l’âge.

Site web du Monde – 30 octobre 2020

Retour à la case départ

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

Nous avons tenu, serré les dents lors du premier confinement, puis libéré les énergies dans l’été. Retour au boulot. Au lycée, c’est simple : tous les marmots ensemble, classes blindées, protocole sanitaire en mode clown. Mais nous sommes vivants.
Vivants, mais reconfinés et, forcément, fort déconfis. Tristes de ce retour à la case départ. Certains de mes contemporains réattaquent l’A6 par la face nord et stockent, comme au bon vieux temps, pâtes et PQ. On nous annonce un week-end ensoleillé. Il me reste trois paquets de copies à corriger. Vues les circonstances, ce pauvre blog malmené va à nouveau faire une pause sur les photos du lundi (rubrique « photo de la semaine ») et du mercredi (rubrique « collection ») par manque de munitions. Portez vous bien et à bientôt sur nos lignes …

Collection 548

Collections (photos)

Photo de la semaine du 19 au 25 octobre 2020

Photo de la semaine

Le Shtandart à nouveau dans la Lune

La mer et ses poissons, On ne va pas en faire toute une histoire, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Je parle bien sûr du port de la Lune, surnom affectueux (et tout aussi officiel) du port de Bordeaux. Quant au Shtandart, c’est la copie d’un bateau russe du temps des tsars, dont j’avais déjà parlé lors de sa première escale en Gironde, il y a quatre ans. Il est accosté au ponton d’honneur jusqu’à demain.

Collection 547

Collections (photos)