Malbouffe et étymologie

Petite vidéo de la série Karambolage pour remonter à la source du hamburger :

Une petite phrase en passant

« Chaque citoyen américain croit ou est supposé croire que, par son seul effort individuel, il pourra améliorer son sort, quelle que soit son origine culturelle ou sociale : ce rêve américain, depuis les origines, attire les immigrants qui constituent la nation et il permet, en principe, à des hommes et des femmes, infiniment divers par leur origine, leur culture, leur croyance, de vivre ensemble : la Constitution est leur contrat social, l’économie de marché est leur « échelle de Jacob », et de l’Etat fédéral à Washington, on n’attend pas grand-chose. »

Guy Sorman, « Les États-Unis sont maintenant au bord de l’autodestruction », lemonde.fr, 15 juin 2020 (lien pour les abonnés)

Le premier salon de coiffure

Voilà typiquement une histoire de self made man digne du rêve américain, à ceci près qu’il s’agit d’une self made woman.
Jugez un peu : il était une fois une pauvre petite fille, vraiment très pauvre, qui vivait dans la province canadienne de l’Ontario. Cette grande pauvreté l’oblige à travailler comme domestique dès l’âge de 7 ans. Elle se nomme Martha Matilda Harper, et, avec obstination, la pauvre petite bonne décide de devenir riche.
On la retrouve en 1888 aux États-Unis, dans la ville de Rochester, où, là, elle a un culot monstre : elle ouvre le premier salon de coiffure pour dames.
Il s’agit d’un vrai pari, car, en ce temps-là, les femmes ne se faisaient pas coiffer dans un endroit public, c’était indécent. Elle tente néanmoins le coup, avec une formule unique : massage du cuir chevelu, shampooing, coupe, coiffage, mais pas de couleur, car elle est persuadée que les produits utilisés sont toxiques. Elle se soucie tellement du confort qu’elle impose aussi le siège à appui-tête inclinable, encore utilisé aujourd’hui.
L’histoire ne s’arrête pas là : Martha Matilda Harper, qui avait les cheveux qui lui arrivaient aux pieds et qui est venue à la coiffure un peu par hasard, a aussi des ambitions commerciales. C’est ainsi qu’elle lance la formule des premiers commerces franchisés de l’histoire, en franchisant bien sûr sa marque de salon de coiffure. Elle meurt en 1950, à l’âge de 93 ans, laissant derrière elle 350 Harper Salons. La franchise Harper Salon existe toujours aujourd’hui.

Harper Salon à Los Angeles en mai 2019 (capture d’écran GoogleStreetView)

Sources : France Culture et Curioctopus

La chansonnette ose le déconfinement : Philadelphie

Bruce Springsteen
Streets of Philadelphia

La chansonnette ose le déconfinement : Chicago

The Blues Brothers
Sweet Home Chicago

La chansonnette ose le déconfinement : le Dakota

Robert Francis
Dakota

Je veux sortiiiiiiiir !

Je sais que le pré-déconfinement s’approche, qu’à ce jour je suis dans un département vert, que dans une dizaine de jours je pourrais peut-être batifoler jusqu’à 1OO km, mais je craque, j’explose et je disperse façon puzzle, je veux sortir.
Je veux revoir le bois de Vincennes, le phare de Chassiron et la Tour Eiffel
Je veux revoir le Château des ducs de Bretagne, le port de Pénerf et les remparts de St Malo
Je veux revoir le port ostréicole d’Andernos, la dune du Pilat et la plage d’Hendaye
Je veux revoir Berlin, New York et Copenhague
Je veux revoir Stockholm, Helsinki et Athènes
Je veux revoir l’Acropole, le Panthéon et la porte de Brandebourg
Je veux revoir l’Aveyron, la Corrèze et l’Isère
Je veux revoir le Capitole, le canal du Midi et la ville de Sète
Je veux revoir la Normandie, le Pays Basque et l’Occitanie
Je veux revoir les Landes, la Lozère et la Corse
Je veux revoir la Loire, la Charente et l’Adour
Je veux revoir la Vilaine, la Seudre et la Seine
Je veux revoir le vieux port de Marseille, les flamants roses en Camargue et Palavas-les-Flots
Je veux revoir les échasses blanches dans le marais des Bris et les cigognes sur la route de Rochefort
Je veux revoir l’Atlantique, la Méditerranée et la Baltique
Je veux revoir l’estran à marée basse, la plage du Grand Crohot et les Pyrénées
Je veux revoir des arbres, plein d’arbres, très hauts, très grands, avec des écureuils dedans
Je veux revoir ouvertes les grilles de tous les parcs et jardins urbains
Je veux revoir le Péloponnèse, les lacs de Finlande et les grenouilles du jardin botanique
Je veux revoir la gare Montparnasse, le quartier du Marais et le port de l’Arsenal
Je veux revoir Potsdamerplatz, Tiergarten et Unterdenlinden
Je veux revoir le double phare de l’île d’Aix, les berges de Garonne et le canal du Midi
Je veux revoir Nantes, Lyon et Bayonne
Je veux revoir le péage de Virsac, la Brière et la presqu’île de Rhuys
Je veux revoir les étangs du Médoc, le Larzac et les vautours des gorges de la Jonte
Je veux revoir les cargos s’approchant du port de La Pallice et les vagues qui claquent sur la plage des Saumonards
Je veux revoir le fort Boyard, les huîtres de Marennes et mon vendeur de pineau sur le marché
Je veux revoir la rue Rambuteau, la passerelle des Arts et le Pont Neuf
Je veux revoir le RER, le métro et le parvis de Beaubourg
Je veux revoir le miroir d’eau des quais, le pont de pierre et le quai de la Fosse
Je veux revoir la tour romane de Redon, le clocher octogonal de Cozes et le musée Guggenheim de Bilbao
Je veux revoir le Cirès, la forêt du Coulin et Arès

La chansonnette ose le déconfinement : l’Alaska

Maggie Rogers
Alaska

En déambulant sur la toile

En déambulant sur la toile au cœur de l’automne, j’apprends que les bières belges ont un secret (Sciences&Avenir) et que les élèves japonais sont soumis à des règles aussi strictes qu’ancestrales, de plus en plus remises en cause aujourd’hui : La Voix du Nord titre ainsi « Des élèves gagnent le droit de pouvoir choisir la couleur de leurs culottes », mais l’article cite d’autres exemples que celui concernant la couleur des sous-vêtements. On peut ainsi apprendre que trois éternuements consécutifs peuvent, dans certaines préfectures (l’équivalent des départements en France), valoir une expédition immédiate à l’infirmerie, ou qu’il est interdit d’avoir les cheveux bouclés.
Je lis aussi un article de Korii sur les méfaits de l’usage intensif du smartphone, article qui m’intéresse d’autant plus qu’il fait allusion à quelque chose que j’ai vécu pas plus tard que vendredi dernier, lors du concert de NTM à Bordeaux : de très nombreux fans ont vu la quasi-totalité du spectacle à travers le filtre de leurs écrans de smartphones, ne profitant pas du moment présent mais pouvant dire sur tous les réseaux sociaux possibles « j’y étais ».
Pour finir, le doux rythme du temps qui passe et qui se répète : Courrier International a mis en ligne une infographie permettant de visualiser le nombre de personnes dans Manhattan selon les heures de la journée. La pulsation urbaine au sens propre du terme, et c’est très beau. Pensez à bien lire tout l’article pour croiser en chemin l’infographie animée.

Le sud de l’île de Manhattan vue par la version « 3D » de l’application Plans d’Apple

Homo sapiens en été [42]

New-York – 2010

Homo sapiens en été [34]

New-York – 2010

Homo sapiens en été [26]

New-York – 2010

Homo sapiens en été [17]

New-York – 2010

Homo sapiens en été [10]

New-York – 2010

Homo sapiens en été [2]

New-York – 2010

La chansonnette [25]

Benjamin Biolay
Los Angeles
2002

Je ne sais pas très bien ce qui me plait dans les chansons de Benjamin Biolay, mais toujours est-il que son album de 2002, Rose Kennedy, m’a depuis fort longtemps tapé dans l’oreille. Et c’est donc tout naturellement que j’y ai pensé en entendant parler des tout derniers séismes en Californie, ressentis aussi à Los Angeles, comme dans la chanson.

Protocole commotion pour le pic épeiche

S’il vous arrive de vous préoccuper du tournoi des six nations ou du Top 14, vous connaissez l’expression « protocole commotion » par cœur. Le rugby est devenu tellement violent, tellement bourre-pif, tellement rentre-dedans tête la première, que, dès qu’un joueur a du mal à se relever, il a droit au protocole commotion, une batterie de tests visant à vérifier que son cerveau peut encore servir à autre chose qu’à recevoir des coups. Car ce n’est quand même pas la fonction première de la tête de l’hominidé, comme le signale un article du Monde (accès réservé aux abonnés) à propos des joueurs de football (l’article ne précise pas s’il s’agit du bon vieux foot ou du football américain).
L’article ne se trouve néanmoins pas à la page des sports, pour la bonne raison que son sujet n’est pas le joueur de baballe mais un oiseau tambourineur effréné : le pic épeiche.
Pour cet oiseau, le tambourinage ultra-rapide est un langage. Il permets aux pics de se reconnaître entre eux, mais aussi de draguer. Des chercheurs américains se sont posés la question de l’existence de lésions au niveau du cerveau de ce pic-là, puisque les joueurs de football en ont. Ils ont disséqués dix spécimens de pics épeiche, afin d’y chercher la protéine tau, mise en cause notamment dans la maladie d’Alzheimer : huit des dix pics étaient positifs.
Pourquoi donc cogner jusqu’à s’en détruire le cerveau semble-t-il si vital chez un oiseau ? Une hypothèse serait que le pic épeiche choisirait son partenaire sexuel en fonction des muscles du cou et du dos : les plus musclés seraient aussi les plus à même d’encaisser les chocs. Peut-être aussi que cette fameuse protéine tau n’a pas les mêmes effets délétères chez l’oiseau que l’humain. Aucune conclusion définitive à ce jour n’est proposée, mais on cherche, on cherche.

Copenhague / Klampenborg / Jægersborg
Photo réalisée au Danemark au printemps 2015

C’était dans le journal … le 10 août 1917

La guerre fait faire des bonds gigantesques à l’industrie aéronautique. De nouveaux usages apparaissent (l’avion n’est donc plus seulement un largueur de bombes), qui trouveront rapidement un usage civil. Et donc, rapporte Excelsior, des Californiens sont, en cet été 1917, en train de tester l’ancêtre assez lointain du Canadair, c’est-à-dire l’avion-pompier. Néanmoins, il ne s’agit pas ici d’un bombardier d’eau mais d’un avion transportant les pompiers et leur matériel. Cliquez sur l’image pour la voir dans son contexte :

 

C’était dans le journal … le 25 avril 1917

À force de voir leurs bateaux coulés par les sous-marins allemands, les Américains ont fini par craquer. Le vieil isolationnisme (la doctrine Monroë date de 1823) semble avoir vécu, et le président Wilson déclare la guerre à l’Allemagne le 6 avril 1917. Déclarer la guerre est une chose, la faire en est une autre. La préparation prend un peu de temps : les premiers soldats débarqueront en Europe en juillet, sans pour autant partir aussitôt au combat. C’est qu’une guerre, ça se prépare. Il faut trouver des hommes, en faire des soldats, et pour cela les entraîner au maniement des armes. C’est justement ce que présente L’Excelsior en ce mercredi 25 avril 1917 (cliquez sur l’image pour la voir en grand et dans son contexte, et donc comprendre avec quoi les futurs soldats s’initient à l’art de la guerre) :

 

Le pire est donc arrivé

C’était dans le journal … le 8 novembre 1916

Il y a un siècle, la situation politique étatsunienne était identique à celle d’aujourd’hui : les citoyens étaient appelés aux urnes pour désigner leur président, par un mode complexe que rappelle Le Petit Journal.
En 1916, les élections ont donc eu lieu le mardi 7 novembre. La partie s’avère serrée entre le républicain Hughes, que L’Echo de Paris donne gagnant (tout en employant le conditionnel) et le démocrate Wilson, qui, au final, sortira vainqueur, mais d’assez peu. Le Petit Parisien, lui, se contente juste de rappeler que les Américains ont voté :

 

Ce que les Américains font aussi là, maintenant, aujourd’hui, 8 novembre 2016. Et ce serait de bon ton qu’ils ne fassent pas n’importe quoi. Car si Madame Clinton n’est peut-être pas ce qui peut arriver de mieux à ce pays, il est certain que Monsieur Trump est ce qui lui arriverait de pire.

Les cow-boys et les Indiens

L’histoire se passe dans le nord des Etats-Unis, plus précisément dans l’Etat du Dakota du Nord, où une tribu sioux se bat pour ce que, en France, nous appelons une ZAD : Zone à Défendre. Ce nord lointain est le point de départ d’un oléoduc devant acheminer du pétrole jusque dans l’Illinois, à 1900 km de là.
L’oléoduc est peut-être plus sûr que le train pour transporter le pétrole, mais le tuyau peut percer, c’est même assez inévitable sur une telle longueur, et tant pis pour la nappe phréatique, le riz sauvage qui pousse dans le coin et les aigles locaux.
La tribu sioux est furax contre ce gros tuyau de 76 cm de diamètre répondant au doux nom de « Dakota Access », d’autant plus que ledit tuyau doit passer sur une terre qui a été volé aux Sioux en 1958. A cela s’ajoute le fait que le tuyau passe sur des terres sacrées indiennes, notamment des lieux de sépulture. Dire qu’ils ont l’affaire en travers de la gorge est un euphémisme.
Outre les Sioux, 18 millions de personnes sont concernées par le passage de l’oléoduc, puisque celui-ci doit franchir une rivière qui serait fortement et durablement impactée en cas de fuite.
Dans l’espoir de faire cesser les travaux et de voir le projet abandonné, une pétition a été lancée : elle a, à ce jour, recueilli plus de 300 000 signatures. Des stars apportent aussi leur soutien, notamment Leonardo di Caprio : un joli nom et une jolie gueule, ça aide à médiatiser l’affaire. Les zadistes ont même reçu des soutiens venus d’Europe, d’Asie et d’Australie, mais cela n’a pas empêché les pelleteuses d’entrer en action sur les terres sacrées samedi dernier. Tout ça pour du pétrole. Les vigiles chargés de garder le chantier ont lâché les chiens contre les opposants au projet.
L’affaire a rebondi hier : les travaux sont suspendus à la demande des politiques. Les tribus sioux devraient être consultées. Dans l’immédiat, la vigilance reste néanmoins de mise.

Source : Reporterre

Un monument historique de plus à New York

Nous connaissons tous le Flat Iron building, l’Empire State building, la statue de la Liberté, etc. Depuis mercredi 13 avril, la liste des monuments historiques newyorkais vient de s’enrichir de ceci (à lire dans Geopolis) :

NY / Balade en bateau

Il s’agit de l’enseigne de Pepsi dans le Queens, située sur une usine d’embouteillage de la boisson qui a fermé en 1999. Cette enseigne de 18 mètres de haut avait été érigée en 1936, à un moment où Pepsi cherchait à se démarquer de Coca Cola afin d’engranger à son tour un flot ininterrompu de pépètes. C’est d’ailleurs dans ce but, qu’en 1940, la marque lança une campagne à destination de la population afro-américaine, alors victime de discrimination.

Photo : New York, juillet 2010

Ecureuil roux vs écureuil gris

NY / Battery ParkEn Amérique du Nord, l’écureuil est majoritairement gris. Tout comme son cousin roux européen, il n’est pas farouche et déambule sans problème en zone urbaine (les photos qui illustrent cette note ont été prises à New York pendant l’été 2010).
Les deux petits rongeurs attirent inévitablement la sympathie, avec leur petite bouille rigolote, leur agitation constante, et leurs yeux rigolards. Bref, on les aime. Sauf que pour l’écureuil, comme pour d’autres espèces animales, c’est chacun chez soi : le gris en Amérique, le roux en Europe, afin d’éviter une concurrence impitoyable entre les deux.
Il y a un siècle, des écureuils gris ont été introduits sur les îles britanniques : aujourd’hui, l’écureuil gris a remplacé son cousin roux sur la quasi-totalité du territoire. Le problème se pose aussi dans le nord de l’Italie, où le gris est arrivé en 1948. Chassé au Royaume-Uni et en Irlande, il ne l’est plus en Italie depuis 1990, car des pseudo-écolos le trouvaient mignon.

NY / Battery Park
Or, l’écureuil gris concurrence l’écureuil roux pour la nourriture : le roux mange moins, se reproduit donc moins, et tend à disparaitre. Le gris est aussi bien malgré lui porteur d’un virus fatal pour le roux. Au final, l’écureuil gris est donc, malgré sa jolie bobine, classé parmi les espèces invasives et menaçantes pour la biodiversité. L’écureuil gris se rapproche de la Suisse et de la France, le Muséum d’Histoire Naturelle invite d’ailleurs les internautes à signaler toute présence de cette petite bête : cliquez ici si jamais vous voyez un écureuil gris.

Source : Museum National d’Histoire Naturelle

Carte postale [8]

NY / Miss Liberty

New York, juillet 2010

VAN 2014 [2/5]

1Nantes.JPGUne cabane dans les douves

Dans les douves du Château des Ducs de Bretagne, le sculpteur américain PATRICK DOUGHERTY a réalisé une gigantesque cabane labyrinthique en branchages. Une fois passée l’entrée un peu patouilleuse de ladite cabane (l’été 2014 est orageux, c’est ainsi), on déambule entre les branches, passant de porte en porte, montrant le museau à la fenêtre, comme des gamins dans la forêt.
La réalisation elle-même a été effectuée par 15 personnes, dont l’artiste, qui se sont relayées pendant près de trois semaines afin que le tressage de cette surprenante cabane soit achevée pour le 27 juin, jour de l’ouverture du VAN 2014.

à cliquer :

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Une ville « qui dépasse toute les autres »

Située sur la rive sud du lac Erié, la ville de Cleveland connait aujourd’hui un déclin démographique marqué (sa population a été divisée par deux depuis les années 1950), accéléré par la crise des subprimes de 2008, qui a contraint une partie de sa population a abandonné leurs maisons. Mais dans la première moitié du XXe siècle, Cleveland était au contraire en plein essor, c’était même, selon le géographe Albert DEMANGEON, « une ville qui dépass[ait] toutes les autres par la grandeur de ses dimensions et l’intensité de son travail ».
En 1927, au moment où l’article de DEMANGEON est publié, la ville compte près de 900 000 habitants, chiffre qui sera atteint trois ans plus tard. C’est alors une ville industrielle et commerciale de première importance.
L’essor de la ville a été facilité par sa situation géographique, dès lors que le lac Erié a été relié aux autres Grands Lacs, et donc au Saint-Laurent et à l’Atlantique par des canaux réalisés au début du XIXe siècle. Cela permit donc à la ville de développer un port d’où partaient des produits agricoles, en particulier des céréales, puis des produits miniers, notamment du fer, à partir des années 1850. Ce port fut installé à l’embouchure de la rivière Cuyahoga qui traverse la ville, et, afin de faciliter les accès, cette embouchure fut canalisée en 1833. Le canal existe bien sûr toujours aujourd’hui.

La ville de Cleveland a ainsi bâti sa prospérité sur son trafic portuaire : les importations ont doublé entre 1900 et 1922, tandis que, dans le même temps, les exportations étaient presque multipliées par cinq. L’essentiel des importations était constitué de minerai de fer, alimentant les hauts-fourneaux de la ville, et offrant des emplois à une population en constante augmentation : c’est donc bien grâce au commerce que la ville s’est industrialisée. La métallurgie devint l’activité principale de la ville au début du XXe siècle : on dénombre 12 hauts fourneaux au début des années 1920, mais un ralentissement de cet activité est déjà palpable, DEMANGEON signalant que des hauts-fourneaux sont à l’arrêt. Néanmoins, plus de 32 000 ouvriers sont employés dans la métallurgie, notamment dans la fabrication d’écrous et de boulons.
L’industrie automobile s’y implante aussi à la toute fin du XIXe s.iècle, sans toutefois avoir l’importance qu’elle a à Détroit à la même période. La construction navale connait une crise passagère dans les années 1920.
Cela est complété par l’exploitation d’hydrocarbures, mais les puits de pétrole de l’Ohio sont en cours d’épuisement en ce début du XXe siècle. Onze raffineries de pétrole sont néanmoins encore en activité au moment où DEMANGEON rédige son article. Idem pour le gaz, dont les ressources locales ont presque déjà totalement fondues à cette période.
L’activité industrielle est enfin dopée par l’existence d’un marché local important : industrie chimique, industrie textile (la confection de vêtements emploie plus de 9000 personnes), minoteries, abattoirs, etc.
Si la ville a connu une crise grave au tout début des années 1920, elle semble fort bien s’en remettre quelques années plus tard : « ce marasme momentané […] n’a pas touché aux forces vives de la cité, et les courants économiques ont reflué dans le sens de la prospérité », indique DEMANGEON à la fin de son article.

source :

Faut pas prendre les bouseux pour des culs-terreux (et inversement)

affichePromised Land
Film de Gus Van Sant (2012)

Disons-le d’emblée : ce n’est pas le meilleur film de Gus Van Sant. Dotée d’une morale un peu gnangnan, avec un happy end attendu et trop américain pour conclure un grand film, Promised Land peut décevoir. Néanmoins, l’histoire qu’il raconte, et que servent fort bien Matt Damon, assez peu à l’aise dans ses pompes, et Frances McDormand, qui a la froideur et la distance de ceux pour qui « tout ceci n’est qu’un job », met le doigt sur un certain nombre de problématiques actuelles : l’environnement, la misère et ceux qui l’exploitent, la manipulation.
De quoi s’agit-il donc ? nos deux héros sont expédiés par une compagnie exploitant du gaz de schiste dans un bled paumé de Pennsylvanie, tellement paumé « qu’on se croirait dans le Kentucky ». Le but de leur mission est de convaincre, moyennant dollars, les habitants de la commune de leur céder des terres afin de réaliser les forages qui libèreront le gaz de schiste et feront couler l’or et la félicité aux pieds des habitants pour l’instant sans le sou.
Nos deux personnages pensent que la chose sera facile : des gens de la campagne, pas plus éveillés qu’un banc d’huîtres, et en plus suffisamment pauvres pour accepter le gain immédiat, du genre qui ne réfléchit pas plus loin que le bout du capot de son tracteur. Pour faire passer la pilule, ils s’habillent local, avec chemise à carreaux pour monsieur, et tentent de s’insérer dans ce microcosme rural qu’ils sous-estiment.
Mais le bât blesse vite. Un retraité de chez Boeing et d’autres habitants de la petite ville ont entendu parler de l’extraction du gaz de schiste, ils connaissent la fracturation hydraulique : et oui, Matt Damon et Frances Mc Dormand l’apprennent à leurs dépens, à la campagne aussi, on connait Google et on sait s’en servir. La plus grande crainte des deux héros est qu’un écolo quelconque fourre son nez dans cette affaire. Ecolo qui, bien sûr, ne manque pas d’arriver. Et là, un grand jeu de « qui manipule qui » se met en place. Même si sa conclusion est un peu téléphonée, cela reste un des meilleurs ressorts du film.
Au final : une fable avec une morale à la fin, jouée avec finesse. Et même si on sent bien que ce n’est pas du grand Gus Van Sant, on se laisse facilement emporter jusqu’à la 103e minute.

Rediffusion ce soir, à 20 h 50, sur Canal+ Décalé

C’était dans le journal… le 22 mai 1914

L’ histoire se passe aux Etats-Unis et est rapportée en première page du quotidien L’Humanité daté du 22 mai 1914 sous le titre suivant :

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Si aujourd’hui on se dit qu’il ne serait peut-être pas complètement idiot d’aller chercher de nouvelles sources de protéines dans les insectes, sous réserve de dénicher les recettes ad hoc pour satisfaire nos papilles, le début du XXe siècle n’était pas non plus avare en idées originales.
L’idée d’élever de l’hippopotame plutôt que de la vache a germé dans l’esprit d’un fermier américain, qui a proposé à une association d’éleveurs « d’aller chercher des hippopotames en Afrique pour les acclimater en Amérique et les utiliser comme bête de boucherie ». Il s’agirait en l’occurrence d’importer des hippopotames potamenains dans les Etats proches du golfe du Mexique, là où ils retrouveraient des marais assez semblables à ceux qu’ils auraient quittés en Afrique, l’objectif étant d’utiliser ces fameux marais jusque là laissé à l’abandon. Il parait que « la chair de l’hippopotame nain est excellente ». L’idée semble plaire au rédacteur de l’article, qui s’étonne « qu’on n’y ait pas songé plus tôt ».

Un autre cimetière

Si hier j’évoquais l’éventualité d’une nécropole protohistorique camouflée sous la dune du Pilat, aujourd’hui il s’agit d’un cimetière nettement plus contemporain quoique caché aux regards des gens honnêtes : ce cimetière se trouve sur la petite île nommée « Hart Island », à l’est du Bronx, à New-York, et c’est le plus grand cimetière des Etats-Unis en nombre de personnes inhumées. L’île est minuscule et, d’après ce que j’ai pu en lire, notamment dans un article paru aujourd’hui dans Libé, elle ne se visite pas car elle administrée par le Département des prisons de New York :

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Quand on zoome sur GoogleMaps, on voit des zones boisées. On se rapproche : ces zones abritent des bâtiments abandonnés, peu à peu mangés par la végétation :

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Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, cette île a d’abord accueilli un camp de prisonniers, puis une maison de redressement, un hôpital psychiatrique pour femmes (photos de ce qu’il en reste, accompagnées d’un texte en anglais), et même une base de lancement de missiles pendant la guerre froide.
Depuis 1869, cette île est surtout un gigantesque cimetière pour indigents et enfants morts-nés. Enterrés dans des fosses communes, aujourd’hui par des prisonniers volontaires, ces gens n’ont droit à aucune plaque, rien qui en rappelle le souvenir. Or, il y aurait actuellement les restes d’un million de personnes dans ces fosses communes, et ce chiffre ne cesse d’augmenter : près de 1500 personnes y sont encore enterrées chaque année, dans des cercueils de pin numérotés.
Les registres du cimetière ont été pour partie perdus ou ont brûlé, empêchant les familles de savoir même si leurs proches y étaient inhumés, avec tout le côté inhumain que cela peut avoir. Une femme, Melinda HUNT, se bat actuellement pour que les familles puissent se recueillir sur les tombes de leurs morts, mais le combat n’est pas encore gagné, du moins tant que c’est l’administration des prisons, et non celle des parcs, qui gère ce cimetière pas comme les autres.