La forteresse d’Olaf

P1210589Nous sommes à Savonlinna, une petite ville de Finlande pas si loin que ça de la frontière russe. À  la jonction entre deux lacs se trouve la forteresse médiévale la plus septentrionale du monde qui soit encore debout : Olavinlinna, ou « forteresse d’Olaf » en bon français.
Ce château a été bâti en 1475 pour protéger la Finlande de la Russie, néanmoins cela n’a pas empêché celle-ci de passer à l’attaque : en 1714, par exemple, les Suédois, alors proprios de la Finlande, capitulent face aux Russes. Re-belote en 1743. Bref, pour faire court, la forteresse n’a pas toujours été d’une efficacité redoutable.
En 1809, le messe est dite : la Finlande devient russe. La forteresse perd dès lors beaucoup de son intérêt, mais elle reste debout, servant de prison puis d’entrepôt.
Cette bâtisse est un témoin de ce que fut l’histoire de la Finlande, celle de dominations successives, entre la Suède et la Russie. Aujourd’hui, la grande liberté de ce petit pays peut presque sembler un miracle.

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C’était dans le journal … le 4 avril 1918

Hier soir, au dîner, on a fait risotto. C’est bon le risotto, et ce n’est pas nouveau : déjà, pendant la Première Guerre mondiale, et même hors d’Italie, on appréciait cette manière de consommer le riz. J’en ai d’ailleurs trouvé une recette à la dernière page de L’Intransigeant, un rizotto (avec un « z ») à la mode de Parme :

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Certes, le riz est ordinaire, mais le principe est grosso modo celui que j’emploie encore aujourd’hui, du moins au départ, préférant toutefois le bouillon à la simple eau chaude. Mais, en temps de guerre, on faisait avec ce que l’on avait.
C’est le mode de cuisson qui m’a étonnée : il est question d’une caisse norvégienne, dont j’apprends en trainant sur Wikipédia qu’elle s’appelle aussi « marmite » norvégienne, quoique n’ayant pas forcément la forme d’une marmite, et n’étant peut-être même pas d’origine norvégienne. Mais qu’importe. C’est le principe, très ancien, qui est intéressant, car il est fort bien adapté à la pénurie de charbon, banale pendant la guerre, qui incite la ménagère à faire quelques économies d’énergie.
La fameuse caisse, ou marmite, est un récipient isotherme dans lequel on place la casserole bien chaude. Une fois hermétiquement fermée, la caisse permet de poursuivre la cuisson sans dépenser davantage d’énergie. C’est un très vieux système, qui a néanmoins été remis au gout du jour assez récemment, notamment par des ONG soucieuses de limiter la consommation d’énergie. On peut, en outre, la fabriquer soi-même : méthode et mode d’emploi en cliquant ici.

Le fort inutile

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Le fort Boyard vu de l’île d’Oléron (mars 2018)

Dès sa création, au XVIIe siècle, l’arsenal de Rochefort aiguise les convoitises des Hollandais et des Anglais. L’estuaire de la Charente est donc régulièrement l’objet d’attaques militaires, y compris un siècle et demi après sa construction : c’est ainsi qu’en 1809 les Anglais passent à l’attaque en lançant des navires en feu sur l’escadre rochefortaise, ce qui incitera Napoléon à construire en urgence le fort d’Enet (piqûre de rappel). Il faut dire que l’Anglais en ce temps-là est vénère : Napoléon kiffe la guerre et protège à tout prix ses belles armes. Pour verrouiller une bonne fois pour toute l’accès à l’arsenal de Rochefort, il est en train de construire le fort Boyard, une ellipse de pierre dont il est possible de tirer dans toutes les directions, à condition toutefois que la construction soit achevée.
Et construire une bâtisse pareille en pleine mer, ce n’est pas rien. Si le projet est validé en 1801, il faut attendre 1803 pour que les travaux commencent, sur une base rocheuse recouverte par la mer y compris à marée basse. Tout commence donc par des travaux d’enrochement, entre l’île d’Oléron et l’île d’Aix :

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La chose est techniquement complexe, d’autant plus que les Anglais décident d’en empêcher la construction (d’où leur attaque de 1809). Ils réussissent partiellement leur coup, car, s’ils ne parviennent pas à prendre Rochefort cette fois-là, la construction du fort Boyard est interrompue, puisqu’il n’y a plus assez de navires de guerre pour défendre le chantier.
C’est Napoléon III qui reprend le sujet en 1848. La base du fort peut ainsi être enfin achevée, et la construction du fort proprement dit commence en 1857, selon les plans de Montalembert (mort en 1800), c’est-à-dire pour correspondre aux besoins de la guerre du XVIIIe siècle. Les temps ont changé et le fort n’est plus adapté aux besoins modernes. L’artillerie a fait d’immenses progrès : les tirs sont désormais à beaucoup plus longues portée, et tout navire ennemi croisant dans le secteur peut aussi bien être intercepté depuis l’île d’Oléron que depuis l’île d’Aix. Le fort Boyard, dont la construction a été si longue et si complexe, est dépassé avant d’être achevé, inutile donc, jusqu’à ce qu’une chaîne de télé s’en empare en 1990 et décide d’y produire le jeu que l’on connait.

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Le fort Boyard et l’île d’Aix vus depuis l’île d’Oléron (mars 2018)

Source : L’Histoire par l’image

Un fort pour protéger Rochefort

P1180611Au début du XIXe siècle, suite aux appétits belliqueux de Napoléon, France et Angleterre sont en guerre. Les Anglais visent Rochefort et son arsenal, et cherchent donc à entrer dans l’estuaire de la Charente par tous les moyens. Celui-ci est défendu par 15 navires français. Les Anglais, en 1809, envoient 34 navires en feu contre la pauvre défense française. Certes, les Français parviennent tant bien que mal à protéger l’estuaire de la Charente et Rochefort pour cette fois, mais l’île d’Aix est pillée et Napoléon flippe sérieusement.
Il ordonne alors la construction d’un fort de protection. Le site choisi est l’îlot d’Enet, pile à mi-chemin de l’île d’Aix et de la pointe de la Fumée (commune de Fouras) :

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Le fort est opérationnel en 1812. Non seulement, il protège l’accès à Rochefort, mais il devient aussi une prison.
Aujourd’hui, ce fort se visite : on y accède à pied par marée basse au départ de la pointe de la Fumée (prévoir des bottes et 30 mn de marche). On l’aperçoit aussi par temps clair depuis la plage de Boyardville :

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Photos réalisées à Boyardville (île d’Oléron) en février 2018

La chansonnette [12]

Gilles Servat
Gwerz Marv Pontkallek (Histoire de la mort de Pontcallec)
1972

Hier soir, Arte a diffusé Que la fête commence, ce film de 1975 dans lequel Bertrand Tavernier évoque la Régence, alors que Louis XV était encore un marmouset. Le régent, sous les traits de Philippe Noiret, est confronté à une forme de cabale antifiscale venue de Bretagne, menée par un nobliau local : le marquis de Pontcallec (interprété par Jean-Pierre Marielle), qui rêve de renverser le régent voire qui imagine une république de Bretagne. Cet épisode des débuts du XVIIIe siècle est généralement connu sous le nom de « conspiration de Pontcallec ». Mal ficelée, la conspiration échoue et les meneurs sont décapités à Nantes en 1720. Cette scène intervient à la fin du film, et l’on entend alors la voix, en breton, de Gilles Servat. Servat avait, en effet, raconté la mort de Poncallec trois ans plus tôt, sur l’album très militant intitulé « La Blanche Hermine ».

L’huître et le saucisson

Nous sommes en novembre 1940. La France est occupée, ses ressources pillées, et le rationnement devient la règle pour tous les produits alimentaires. Tous ? non. Un seul résiste encore et toujours à l’envahisseur, car celui-ci ne le trouve point à son goût, ce produit, c’est l’huître :

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Et c’est ce que relate un article du quotidien Ouest-Eclair (édition de Nantes) du 13 novembre 1940, en bas de première page (la suite est sur la page 2). L’auteur de l’article se déclare ainsi fort surpris en observant des ouvriers sur un chantier parisien, où à l’heure de récupérer leur casse-croute dans leurs musettes, les ouvriers ne sortent point les traditionnels saucisson et vin rouge mais, à la place, des huîtres et du vin blanc. C’est que le saucisson est rationné et l’huître, non. D’où abondance et profusion : la consommation d’huîtres explose, elle est même multipliée par 20 entre septembre 1939 et octobre 1940. Le principal département fournisseur est, bien sûr, la Charente-Inférieure comme on disait à l’époque, en clair, le bassin de Marennes.
Là où l’article devient amusant, c’est dans la légende de son illustration :

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On y lit, même si la reproduction est floue, que l’on se trouve à Rochefort, avec, au fond, le fort du Chapus. Tout ceci est pour le moins approximatif. Rochefort est, grosso modo, à 30 mn de voiture de Bourcefranc-le-Chapus, pile-poil où a été prise la photo. Quant au fort, il s’agit du Fort Louvois, effectivement sur la même commune, mais totalement invisible depuis Rochefort. Ces journaux de province … ils ne peuvent pas s’empêcher de raconter n’importe quoi …

 

C’était dans le journal … le 25 janvier 1918

Les difficultés d’approvisionnement obligent le gouvernement a organisé le rationnement du pain. À partir du 1er mars, une carte unique, valable pour le pain et pour tout autre produit qui serait rationné, va être distribuée dans toute la France.  C’est ce qu’explique Le Matin. Chaque carte est personnelle : y figurent les coordonnées de son titulaire et la catégorie à laquelle il appartient (la catégorie B correspond ainsi aux enfants de 3 à 7 ans). Le quotidien livre aussi le mode d’emploi de la carte et des coupons détachables qu’elle comporte, et reproduit surtout la photo d’une de ces cartes :

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