Dix A380 sur le tarmac de Châteauroux

Châteauroux, département de l’Indre, région Centre-Val-de-Loire. Une agglomération de 70 000 habitants et un aéroport gigantesque, surdimensionné.

Localisation de l’aéroport de Châteauroux – Capture d’écran GoogleMaps

Dans mon imaginaire de pauvre citadine shootée au tropisme atlantique depuis toujours, j’imagine Châteauroux comme une terre lointaine et exotique, à mille milles de toute terre habitée. Mon imaginaire limité ne me portait donc pas à y voir un énorme aéroport, où stationnent actuellement dix A380 de la compagnie British Airways, ainsi que bien d’autres aéronefs, souvent gros porteurs.
Le stationnement de ces avions n’est ni le fruit du hasard, ni celui de la mise à la retraite annoncée des A380 (même si pour Air France – KLM, c’est déjà acté), mais bien le fruit du covid. En effet, il y a, à Châteauroux, un site de maintenance aéronautique : même à l’arrêt, un avion doit être entretenu, cocooné (c’est le terme consacré). De plus, au temps lointain de la guerre froide et avant que De Gaulle ne se mette à bouder, Châteauroux était la première base logistique de l’OTAN en Europe. En 1967, l’OTAN s’en est allé mais le tarmac et les installations aéroportuaires ont été conservées. D’où nursery aujourd’hui.

Source : L’Obs

Le premier salon de coiffure

Voilà typiquement une histoire de self made man digne du rêve américain, à ceci près qu’il s’agit d’une self made woman.
Jugez un peu : il était une fois une pauvre petite fille, vraiment très pauvre, qui vivait dans la province canadienne de l’Ontario. Cette grande pauvreté l’oblige à travailler comme domestique dès l’âge de 7 ans. Elle se nomme Martha Matilda Harper, et, avec obstination, la pauvre petite bonne décide de devenir riche.
On la retrouve en 1888 aux États-Unis, dans la ville de Rochester, où, là, elle a un culot monstre : elle ouvre le premier salon de coiffure pour dames.
Il s’agit d’un vrai pari, car, en ce temps-là, les femmes ne se faisaient pas coiffer dans un endroit public, c’était indécent. Elle tente néanmoins le coup, avec une formule unique : massage du cuir chevelu, shampooing, coupe, coiffage, mais pas de couleur, car elle est persuadée que les produits utilisés sont toxiques. Elle se soucie tellement du confort qu’elle impose aussi le siège à appui-tête inclinable, encore utilisé aujourd’hui.
L’histoire ne s’arrête pas là : Martha Matilda Harper, qui avait les cheveux qui lui arrivaient aux pieds et qui est venue à la coiffure un peu par hasard, a aussi des ambitions commerciales. C’est ainsi qu’elle lance la formule des premiers commerces franchisés de l’histoire, en franchisant bien sûr sa marque de salon de coiffure. Elle meurt en 1950, à l’âge de 93 ans, laissant derrière elle 350 Harper Salons. La franchise Harper Salon existe toujours aujourd’hui.

Harper Salon à Los Angeles en mai 2019 (capture d’écran GoogleStreetView)

Sources : France Culture et Curioctopus

Un autre 21 avril

21 avril 2007 – Le port antique d’Ostie

Premier voyage à Rome (mais pas le dernier). Ce 21 avril-là est l’avant-dernier jour des vacances et nous quittons Rome pour visiter les vestiges du port antique d’Ostie. J’avoue ne plus bien avoir le site en tête, et replonger dans les vieilles photos a quelque chose d’assez stimulant. Je m’arrête donc aujourd’hui sur la partie droite d’une fresque, sans bien me souvenir si j’ai réalisé cette photo pour les corps dénudés ou pour le magnifique crustacé …

Flash back dans les seventies

Du temps d’avant, du temps lointain où j’étais enfant, les voiture n’avaient pas de ceinture de sécurité à l’arrière et j’allais à la piscine en R16. C’était la maman de la voisine qui conduisait. Mon grand-père roulait en Ami 8 (aussi appelée « 3 chevaux »), je crois même qu’elle était rouge. Ou bordeaux. J’étais drôlesse et j’ai un peu oublié. C’étaient les années 70. Monsieur De Gaulle était mort mais sa DS roulait encore. Il y a peu, des voitures de cette époque étaient stationnées sur le parking du port de La Cotinière, à Oléron. Des voitures « collector », et c’était joli, dans le vent fou furieux d’un hiver trop doux pour être honnête.

Des voitures anciennes à La Cotinière – Hiver 2020

Une chansonnette


Anne Léonard
Mon p’tit cul
1977

Les enfants, ce soir, attention les yeux, et les oreilles aussi : c’est du lourd. De la tenue de l’interprète, qui ne correspond pas au sujet de la chanson mais qui fleure bon ses seventies à 600 km à la ronde, au texte lui-même, qui voudrait être osé, voire olé-olé, mais qui n’y arrive finalement pas, en passant par la musiquette « entrainante », comme on disait à l’époque : 1977, c’était ça aussi. Une curiosité, un objet sonore à peine identifié, à conserver pour les archives, au cas où. À toutes fins utiles, on retiendra que la chanteuse, Anne Léonard, a interprété au-moins un autre titre dont l’épicentre se situe entre le bas de la ceinture et le haut des chaussettes : Ma p’tite culotte, dont je vous ferai grâce ce soir, ayant un p’tit peu pitié de notre p’tit sommeil à tous.

En déambulant sur la toile

En déambulant sur la toile en ces temps tendus, je croise la question suivante : « Au nom de sa richesse patrimoniale et son rôle pour le climat, est-il envisageable d’internationaliser l’Amazonie ? » (Equal Times). Considérant la personnalité de Monsieur Bolsonaro, je serai encline à répondre « oui ».
En déambulant toujours, je découvre que la société des bernard-l’hermite n’est pas si égalitaire que cela dès lors qu’il s’agit de trouver un toit (en l’occurrence la coquille d’un autre crustacé), mais tout de même plus que certaines sociétés humaines : avec un coefficient de Gini de 0,32, le bernard-l’hermite fait moins bien que l’humain de Slovaquie mais bien mieux que celui d’Afrique du Sud. Pour mémoire, je rappelle qu’un coeff de Gini supérieur à 0,4 est considéré comme potentiellement facteur de révolte voire de révolution (à lire dans Korii).
En déambulant encore, j’apprends que le cri de la carotte, ce n’est pas du pipeau, puisque « les plantes émettent un son lorsqu’elles sont stressées » (La Relève et la Peste).
En finissant ma balade, je me pose sur l’île de Patiras, dans l’estuaire de la Gironde (localisation ci-dessous), qui accueillait les pestiférés au temps où Bordeaux et sa région étaient confrontées à cette épidémie (à lire dans Sud Ouest).


En déambulant sur la toile

En déambulant sur la toile ces derniers temps, je m’installe mollement sur le site du Monde : d’une part pour visualiser la dislocation de l’URSS, d’autre part pour apprendre que la raie manta est un animal social.
Préparant un cours sur la forêt amazonienne qui part en fumée (histoire de bien titiller le potentiel anxieux de la jeune génération dès la rentrée), je tombe sur une interview de la philosophe Joëlle Zask, qui s’intéresse aux mégafeux et fait part de ses réflexions à Usbek&Rica.
Restons dans le sérieux, en nous égarant sur le terrain de la géopolitique (désormais enseignée aux élèves de 1ère qui le veulent bien, comme quoi bloguer et bosser, ça fait une rime riche) : puisque Mister Trump veut acheter le Groenland (et il n’est ni le seul ni le premier), Eric Le Boucher, pour Slate, demande à ce que la France récupère les îles anglo-normandes. L’article, sous des abords facétieux, ne manque pas d’intérêt et livre de vraies bonnes infos sur ces petits îlots tout proche du Cotentin.

En déambulant sur la toile

En déambulant sur la toile en ce début de mois d’août, je ne perds pas de vue la superficialité qui sied si bien à l’été, et je me souviens qu’il existe, depuis 2007 dans le Médoc, un championnat du monde de lancer de tongs (Sud-Ouest).
Je reste en Gironde mais retrouve un minimum de sérieux en lisant, sur le site du Point, une tribune de Xavier Planty, copropriétaire d’un premier cru classé de Sauternes et défenseur du vin bio. Il montre, et c’est d’ailleurs le titre de l’article, que « l’agroécologie sauvera les vins de Bordeaux », en rappelant au passage « le bon sens paysan », qui doit permettre aux viticulteurs de se « désintoxiquer des pesticides ».
Je reviens à des préoccupations plus légères et plus estivales en me posant sur le site de l’INA, où j’apprends que la mode du short pour homme n’a que 50 ans. Le micro-trottoir tourné dans les rues de Strasbourg est fort distrayant.

Je passe enfin beaucoup de temps à m’intéresser à l’histoire des médias (préparation des cours pour la rentrée oblige), et je visite une expo virtuelle de la BNF (La Presse à la une) puis découvre un site web consacré aux « Radios au temps de la TSF ». J’avoue prendre un réel plaisir à découvrir les multiples pépites que recèlent ces deux sites, oubliant presque qu’il s’agit quand même un peu de boulot.

  • Illustration : Norman Rockwell, « Le nouveau récepteur de télévision », 1949

Quand le pétrole était à la mode

Je vous parle d’un temps où le plastique était fantastique, et où « faire américain », c’était bien. Nous sommes au lendemain de la Deuxième guerre mondiale. Les produits made in US sont gages de modernité, et les dérivés du pétrole ne posent de cas de conscience à personne. Il faut reconstruire, retrouver une vie agréable, moderne de surcroit. Depuis 1935, la société étatsunienne Du Pont De Nemours commercialise un plastique d’un nouveau genre : le nylon. Les femmes en apprécient les bas, les hommes les fils pour la pêche : je ne l’invente pas, c’est écrit dans la publicité ci-dessous.

Cette publicité était visible dans la presse en 1947, notamment dans France-Soir. Il s’agit de faire la promotion d’un peigne, un simple peigne « en véritable nylon » pour se coiffer le matin. Tout y est : l’annonce bien genrée (« Madame, vous êtes ravie de vos bas … » ; « Monsieur, vous êtes satisfait de vos articles de pêche … »), le rappel du côté américain (« Faites confiance à la dernière nouveauté américaine »), l’intérêt économique de l’objet (« absolument incassable »), intérêt bien compréhensible en ces temps de pénurie, car, même si la guerre est finie, les difficultés pour se procurer les biens de consommation courante sont importantes (les cartes de rationnement existent encore).

En déambulant sur la toile

En reprenant distraitement des déambulations sur la toile laissées en plan au printemps, je reste plus ou moins en mode « vacances » en lisant un petit article publié par Sud-Ouest il y a huit jours, qui concerne les colos de l’île d’Oléron. Colos qui, là comme ailleurs, sont en perte de vitesse. C’est que le collectif, ma pov’dame, ce n’est plus trop la mode.
En déambulant sur la toile, je me replonge dans la préhistoire de l’informatique, et j’apprends à réaliser des captures d’écran comme autrefois (La Boite Verte).
En déambulant sur la toile et en particulier sur le site de Libé, j’arpente le Paris populaire, celui des prolos, celui des révoltes, celui des poètes (on peut notamment localiser le logement qu’occupait Verlaine pendant la Commune).
Pour finir ma balade, je reste à Paris, plus précisément dans le XIIIe arrondissement, là où la famille des nounours des Gobelins s’agrandit. J’avais vu quelques unes de ces gigantesques peluches l’hiver dernier, et l’article d’actu.fr m’y a fait repenser.

Les nounours de l’avenue des Gobelins (Paris) en décembre 2018

Le bout du monde n’est pas un coup de pub

Quiconque déambule aux abords immédiats du phare de Chassiron, dans le nord de l’île d’Oléron, a forcément remarqué cette vieille borne kilométrique délavée, indiquant que le lieu, situé à 4800 km de New York, se nomme « Bout du Monde » :

Pendant très longtemps, j’ai vu là un coup de pub habilement fomenté pour titiller le badaud et l’attirer vers les marchands de souvenirs et de glaces installés au pied du phare, en gros une histoire qui ne remonterait pas plus loin qu’aux années 1950 ou 1960.
J’avais faux sur toute la ligne : aucun complot de commerçants complices, aucune publicité, aucune réclame comme on disait autrefois. Ce lieu se nommait déjà « Bout du Monde » à la fin du XVIIe siècle, et même peut-être avant, je n’ai pas vérifié. Pour preuve, cette carte de 1686, dont voici l’extrait attestant de la véracité de la toponymie :

1686. Pas de phare au sens moderne du terme à Chassiron. Chassiron est juste le nom d’un minuscule village. Un an plus tôt, Colbert a fait édifier, à la pointe du Bout du Monde, une tour de 33 mètres (appelée « tour ou fanal » sur la carte), éclairée par deux feux de bois, afin de guider les marins. Le phare tel qu’on le connait aujourd’hui n’a commencé à prendre forme qu’en 1834.

Enfin le Sedov parvint jusqu’à Bordeaux

Chaque année en juin, de jolis voiliers tâtonnent de la Garonne : pour la fête du vin les années paires, pour la fête du fleuve les années impaires, mais sur le fleuve, quelque soit la fête, il y a au-moins trois ou quatre jolis navires à admirer. Jusque là, le navire école russe Le Sedov (plus grand navire école du monde et plus grand voilier russe) n’avait jamais pu aller au-delà de Pauillac en raison d’une ligne à haute-tension un poil trop basse. Après quelques travaux, le Sedov a enfin pu décrocher (le port de) la Lune, et montrer aux badauds enthousiastes ses beaux mâts rouges. Il est arrivé jeudi (jour où fut prises les photos de cette note) et est reparti hier soir. La fête est finie.

Ce quatre-mâts barque de 117 mètres n’a pas toujours été un navire école, ni non plus un navire russe. Sorti d’un chantier allemand en 1921, il a d’abord eu pour mission le transport de nitrate au Chili, puis d’autres pondéreux vers l’Australie. Il passe sous pavillon soviétique en 1950, à titre de dommage de guerre. Il est alors navire-école pour les équipages de chalutiers, puis pour les cadets de la marine russe (source : Wikipedia).

Mamert, Pancrace et Servais

Bien que remplacés en 1960, dans le calendrier des fêtes à souhaiter, par Estelle, Achille et Rolande, le trio Mamert-Pancrace-Servais reste bien connu des jardiniers pour leur réputation de « saints de glace ». On les fête les 11, 12 et 13 mai, bien loin de l’hiver, mais une légende tenace veut qu’il puisse faire frisquet ces jours-là. Ou pas : 33°7 à St-Etienne le 13 mai 2015 (source), et aujourd’hui, dans mon jardin, il fait 20°C. Nous sommes bien loin des saints-glagla, mais les légendes sont tenaces. D’un strict point de vue jardinier, ces trois jours sont réputés pour être les trois derniers possibles pour un retour sournois du froid avant l’été. En clair, passé lundi, on pourra planter tout ce qu’on veut, ça ne risquera plus de geler.
Quand à notre trio de saints du départ, il correspond à des personnages réels ou supposés du haut moyen-âge, pas jardiniers a priori.
Saint-Mamert était un archevêque du Dauphiné au Ve siècle. Apparemment, il était en froid avec l’archevêque d’Arles et on lui doit d’avoir remplacé une fête romaine visant à protéger les céréales par la procession des Rogations.
Saint-Pancrace serait originaire d’Asie Mineure et serait mort à Rome en martyr et en l’an 304 à l’âge de 14 ans.
Quant au petit dernier, Saint-Servais, il était évêque d’une province belge au IVe siècle. On le dit très accro au dogme de la Trinité, et la légende fait de lui un cousin de Jésus lui-même. Ses reliques se trouvent aujourd’hui à Maastricht.

En déambulant sur la toile

En reprenant mes déambulations sur la toile, je suis tombée sur cet article du site Orient XXI qui explique ce qu’est le ramadan . Après tout, c’est de saison !
En déambulant sur la toile et sur le site du quotidien Sud-Ouest, j’ai aussi appris que des communards, prisonniers sur l’île Madame (commune de Port-des-Barques, en Charente-Maritime), y avaient construit un puits mais qu’il ne fallait pas trop que ça sache.
Puis je me mis en colère en découvrant que Vinci déversait du béton dans la Seine, en toute impunité et même pas par accident. Cette pollution est bien volontaire : à lire dans mer-ocean.com.
Toujours dans la catégorie des colères, je me promets de ne plus jamais acheter un seul fromage de la marque Etoile du Vercors, et donc pas d’avantage de Lactalis, celui-ci ayant racheté celle-là et n’ayant rien fait pour stopper le flot de déchets qu’Etoile du Vercors déverse dans l’Isère depuis sa création, qui remonte quand même à 1942 : à lire dans Reporterre.

Des élèves et leurs parents manifestent pour sauver l’école de Crêts-en-Belledonne (Isère)
Site web du Dauphiné Libéré, 8 mai 2019


Pour finir, je suis restée dans le département de l’Isère. Il y a quelques années, les communes de St-Pierre-d’Allevard et Morêtel-de-Mailles ont fusionné pour sauver l’école primaire locale, prenant le nom de Crêts-en-Belledonne. Finalement et en haut lieu, il est décidé que ladite école doit fermer car le nombre d’élèves n’est pas suffisant. Puisque la quantité passe avant la qualité, les parents d’élèves ont réagi avec humour, en faisant inscrire, tout à fait officiellement, des moutons à l’école : à lire dans Le Monde.

En déambulant sur la toile

En déambulant sur la toile ces derniers jours, j’ai appris que des champs de colza des Yvelines s’étaient transformés en champs de pétrole, pour cause de marée noire. Les Yvelines. Ce n’est quand même pas là que j’imaginais ce genre de problématique, et pourtant … Un pipeline tout pourri, qui fuit, et Total qui indemnise faute de mieux : à lire sur le blog Géographies en mouvement.

En déambulant sur la toile, mais aussi en écoutant la radio et en lisant le journal, il ne m’a pas plus échappé qu’à vous, que nous, homo sapiens, avions un nouveau cousin, largement identifié par ses quenottes atypiques, originaire des Philippines, et dénommé Homo luzonensis. Pour en savoir beaucoup plus sur cette découverte, je conseille Le Journal du CNRS, mais aussi Le Monde, qui établit une sorte de généalogie du genre homo, rappelant que, preuve ADN à l’appui, il y eut bien des échanges clairement charnels entre deux espèces a priori distinctes, comme sapiens et néandertal par exemple.

La déambulation s’est achevée en 1958, dans l’émission 36 chandelles, diffusée sur la seule et unique chaîne de télévision d’alors. L’émission, présentée par Jean Nohain, est tournée sur des scènes parisiennes. Pour sa dernière année, elle pose notamment ses caméras à L’Alhambra, où Raymond Devos nous convie à son formidablement absurde Plaisir des sens.


En déambulant sur la toile [2]

En déambulant sur la toile cette semaine, je bous de rage et de colère en voyant que les rumeurs millénaires poussent encore à la haine nos contemporains. Je veux ici parler des agressions récentes contre les Roms, sous le prétexte imbécile qu’ils enlèveraient des enfants. Il n’est pas inutile de faire l’historique des fantasmes qui entourent les « gens du voyage », comme on dit parfois. L’article du site Actuel moyen-âge s’y emploie fort bien.
Toujours au rayon grogne, j’insiste et je confirme : la réforme du lycée doit être pour le moins reportée, amendée et réellement discutée … avec les principaux intéressés ! Sur le sujet, Alternatives Economiques propose une excellente mise au point.
Déambuler sur la toile peut aussi, et c’est heureux, être plus léger et plus distrayant. On peut ainsi découvrir, via l’excellente émission Karambolage, l’origine du nom « Paname » pour Paris, ou se balader dans un marché d’Helsinki. Ce dernier reportage, visible sur le site d’Arte jusqu’au 17 avril, m’a fait d’autant plus plaisir que ce fut le premier endroit de cette ville que j’ai visité l’été dernier, lors des vacances en Finlande.

Vanha Kauppahalli – Vieille halle du marché d’Helsinki – Juillet 2018

C’était dans le journal le 12 novembre 1918

Fin de la série « C’était dans le journal il y a 100 ans »

C’était dans le journal le 6 novembre 1918

Cette guerre touche à sa fin, mais on meurt encore sur les champs de bataille : les Alliés, bénéficiant grandement du renfort américain, repoussent l’armée allemande et récupèrent des armes dans la foulée (51 canons sur la rive ouest de la Meuse, comme le signale Excelsior en page 3). Les empires ottoman et austro-hongrois ont capitulé, isolant une Allemagne où gronde la Révolution. C’est le refus de combattre des marins de Kiel qui lance le grand chambardement. Celui-ci est imminent, et précipitera la fin du conflit.
Cette fin prochaine des combats est illustrée, toujours dans Excelsior (page 4) par un dessin de Lucien Métivet :

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La forteresse d’Olaf

P1210589Nous sommes à Savonlinna, une petite ville de Finlande pas si loin que ça de la frontière russe. À  la jonction entre deux lacs se trouve la forteresse médiévale la plus septentrionale du monde qui soit encore debout : Olavinlinna, ou « forteresse d’Olaf » en bon français.
Ce château a été bâti en 1475 pour protéger la Finlande de la Russie, néanmoins cela n’a pas empêché celle-ci de passer à l’attaque : en 1714, par exemple, les Suédois, alors proprios de la Finlande, capitulent face aux Russes. Re-belote en 1743. Bref, pour faire court, la forteresse n’a pas toujours été d’une efficacité redoutable.
En 1809, le messe est dite : la Finlande devient russe. La forteresse perd dès lors beaucoup de son intérêt, mais elle reste debout, servant de prison puis d’entrepôt.
Cette bâtisse est un témoin de ce que fut l’histoire de la Finlande, celle de dominations successives, entre la Suède et la Russie. Aujourd’hui, la grande liberté de ce petit pays peut presque sembler un miracle.

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C’était dans le journal … le 4 avril 1918

Hier soir, au dîner, on a fait risotto. C’est bon le risotto, et ce n’est pas nouveau : déjà, pendant la Première Guerre mondiale, et même hors d’Italie, on appréciait cette manière de consommer le riz. J’en ai d’ailleurs trouvé une recette à la dernière page de L’Intransigeant, un rizotto (avec un « z ») à la mode de Parme :

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Certes, le riz est ordinaire, mais le principe est grosso modo celui que j’emploie encore aujourd’hui, du moins au départ, préférant toutefois le bouillon à la simple eau chaude. Mais, en temps de guerre, on faisait avec ce que l’on avait.
C’est le mode de cuisson qui m’a étonnée : il est question d’une caisse norvégienne, dont j’apprends en trainant sur Wikipédia qu’elle s’appelle aussi « marmite » norvégienne, quoique n’ayant pas forcément la forme d’une marmite, et n’étant peut-être même pas d’origine norvégienne. Mais qu’importe. C’est le principe, très ancien, qui est intéressant, car il est fort bien adapté à la pénurie de charbon, banale pendant la guerre, qui incite la ménagère à faire quelques économies d’énergie.
La fameuse caisse, ou marmite, est un récipient isotherme dans lequel on place la casserole bien chaude. Une fois hermétiquement fermée, la caisse permet de poursuivre la cuisson sans dépenser davantage d’énergie. C’est un très vieux système, qui a néanmoins été remis au gout du jour assez récemment, notamment par des ONG soucieuses de limiter la consommation d’énergie. On peut, en outre, la fabriquer soi-même : méthode et mode d’emploi en cliquant ici.

Le fort inutile

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Le fort Boyard vu de l’île d’Oléron (mars 2018)

Dès sa création, au XVIIe siècle, l’arsenal de Rochefort aiguise les convoitises des Hollandais et des Anglais. L’estuaire de la Charente est donc régulièrement l’objet d’attaques militaires, y compris un siècle et demi après sa construction : c’est ainsi qu’en 1809 les Anglais passent à l’attaque en lançant des navires en feu sur l’escadre rochefortaise, ce qui incitera Napoléon à construire en urgence le fort d’Enet (piqûre de rappel). Il faut dire que l’Anglais en ce temps-là est vénère : Napoléon kiffe la guerre et protège à tout prix ses belles armes. Pour verrouiller une bonne fois pour toute l’accès à l’arsenal de Rochefort, il est en train de construire le fort Boyard, une ellipse de pierre dont il est possible de tirer dans toutes les directions, à condition toutefois que la construction soit achevée.
Et construire une bâtisse pareille en pleine mer, ce n’est pas rien. Si le projet est validé en 1801, il faut attendre 1803 pour que les travaux commencent, sur une base rocheuse recouverte par la mer y compris à marée basse. Tout commence donc par des travaux d’enrochement, entre l’île d’Oléron et l’île d’Aix :

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La chose est techniquement complexe, d’autant plus que les Anglais décident d’en empêcher la construction (d’où leur attaque de 1809). Ils réussissent partiellement leur coup, car, s’ils ne parviennent pas à prendre Rochefort cette fois-là, la construction du fort Boyard est interrompue, puisqu’il n’y a plus assez de navires de guerre pour défendre le chantier.
C’est Napoléon III qui reprend le sujet en 1848. La base du fort peut ainsi être enfin achevée, et la construction du fort proprement dit commence en 1857, selon les plans de Montalembert (mort en 1800), c’est-à-dire pour correspondre aux besoins de la guerre du XVIIIe siècle. Les temps ont changé et le fort n’est plus adapté aux besoins modernes. L’artillerie a fait d’immenses progrès : les tirs sont désormais à beaucoup plus longues portée, et tout navire ennemi croisant dans le secteur peut aussi bien être intercepté depuis l’île d’Oléron que depuis l’île d’Aix. Le fort Boyard, dont la construction a été si longue et si complexe, est dépassé avant d’être achevé, inutile donc, jusqu’à ce qu’une chaîne de télé s’en empare en 1990 et décide d’y produire le jeu que l’on connait.

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Le fort Boyard et l’île d’Aix vus depuis l’île d’Oléron (mars 2018)

Source : L’Histoire par l’image

Un fort pour protéger Rochefort

P1180611Au début du XIXe siècle, suite aux appétits belliqueux de Napoléon, France et Angleterre sont en guerre. Les Anglais visent Rochefort et son arsenal, et cherchent donc à entrer dans l’estuaire de la Charente par tous les moyens. Celui-ci est défendu par 15 navires français. Les Anglais, en 1809, envoient 34 navires en feu contre la pauvre défense française. Certes, les Français parviennent tant bien que mal à protéger l’estuaire de la Charente et Rochefort pour cette fois, mais l’île d’Aix est pillée et Napoléon flippe sérieusement.
Il ordonne alors la construction d’un fort de protection. Le site choisi est l’îlot d’Enet, pile à mi-chemin de l’île d’Aix et de la pointe de la Fumée (commune de Fouras) :

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Le fort est opérationnel en 1812. Non seulement, il protège l’accès à Rochefort, mais il devient aussi une prison.
Aujourd’hui, ce fort se visite : on y accède à pied par marée basse au départ de la pointe de la Fumée (prévoir des bottes et 30 mn de marche). On l’aperçoit aussi par temps clair depuis la plage de Boyardville :

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Photos réalisées à Boyardville (île d’Oléron) en février 2018

La chansonnette [12]

Gilles Servat
Gwerz Marv Pontkallek (Histoire de la mort de Pontcallec)
1972

Hier soir, Arte a diffusé Que la fête commence, ce film de 1975 dans lequel Bertrand Tavernier évoque la Régence, alors que Louis XV était encore un marmouset. Le régent, sous les traits de Philippe Noiret, est confronté à une forme de cabale antifiscale venue de Bretagne, menée par un nobliau local : le marquis de Pontcallec (interprété par Jean-Pierre Marielle), qui rêve de renverser le régent voire qui imagine une république de Bretagne. Cet épisode des débuts du XVIIIe siècle est généralement connu sous le nom de « conspiration de Pontcallec ». Mal ficelée, la conspiration échoue et les meneurs sont décapités à Nantes en 1720. Cette scène intervient à la fin du film, et l’on entend alors la voix, en breton, de Gilles Servat. Servat avait, en effet, raconté la mort de Poncallec trois ans plus tôt, sur l’album très militant intitulé « La Blanche Hermine ».

L’huître et le saucisson

Nous sommes en novembre 1940. La France est occupée, ses ressources pillées, et le rationnement devient la règle pour tous les produits alimentaires. Tous ? non. Un seul résiste encore et toujours à l’envahisseur, car celui-ci ne le trouve point à son goût, ce produit, c’est l’huître :

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Et c’est ce que relate un article du quotidien Ouest-Eclair (édition de Nantes) du 13 novembre 1940, en bas de première page (la suite est sur la page 2). L’auteur de l’article se déclare ainsi fort surpris en observant des ouvriers sur un chantier parisien, où à l’heure de récupérer leur casse-croute dans leurs musettes, les ouvriers ne sortent point les traditionnels saucisson et vin rouge mais, à la place, des huîtres et du vin blanc. C’est que le saucisson est rationné et l’huître, non. D’où abondance et profusion : la consommation d’huîtres explose, elle est même multipliée par 20 entre septembre 1939 et octobre 1940. Le principal département fournisseur est, bien sûr, la Charente-Inférieure comme on disait à l’époque, en clair, le bassin de Marennes.
Là où l’article devient amusant, c’est dans la légende de son illustration :

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On y lit, même si la reproduction est floue, que l’on se trouve à Rochefort, avec, au fond, le fort du Chapus. Tout ceci est pour le moins approximatif. Rochefort est, grosso modo, à 30 mn de voiture de Bourcefranc-le-Chapus, pile-poil où a été prise la photo. Quant au fort, il s’agit du Fort Louvois, effectivement sur la même commune, mais totalement invisible depuis Rochefort. Ces journaux de province … ils ne peuvent pas s’empêcher de raconter n’importe quoi …

 

C’était dans le journal … le 25 janvier 1918

Les difficultés d’approvisionnement obligent le gouvernement a organisé le rationnement du pain. À partir du 1er mars, une carte unique, valable pour le pain et pour tout autre produit qui serait rationné, va être distribuée dans toute la France.  C’est ce qu’explique Le Matin. Chaque carte est personnelle : y figurent les coordonnées de son titulaire et la catégorie à laquelle il appartient (la catégorie B correspond ainsi aux enfants de 3 à 7 ans). Le quotidien livre aussi le mode d’emploi de la carte et des coupons détachables qu’elle comporte, et reproduit surtout la photo d’une de ces cartes :

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La chansonnette [11]

Marc Ogeret
La Chanson de Craonne
1973

Dès les premiers mois, une fois qu’il est enfin évident que le conflit sera long, les soldats ne supportent plus la guerre, ou plus exactement les conditions dans lesquelles elle se déroule, les sacrifices qu’ils offrent à la patrie pour des résultats militaires inexistants. C’est le sentiment de se battre pour rien qui est à l’origine de contestations qui trouvent leur apogée dans les mutineries de 1917, mais qui s’expriment aussi dans les chansons, dont cette fameuse Chanson de Craonne, interprétée ici par Marc Ogeret en 1973 (vous pouvez en lire le texte ici et ici). Inutile de préciser que l’état-major appréciait fort peu ce genre de ritournelle. Il parait même qu’une récompense était promise à quiconque en dénoncerait l’auteur.
Il se trouve que je pense à cette chanson aujourd’hui, car d’après un titre de Sud-Ouest (je ne suis pas allée plus loin, n’étant pas abonnée), l’interprétation de cette œuvre lors des commémorations du 11 novembre, à Dolus d’Oléron (Charente-Maritime) a tourné à la polémique. Des anciens combattants (qui, de toute façon, ne sont plus ceux de la guerre de 14) n’ont apparemment pas apprécié ce moment, pourtant probablement fort, de la cérémonie. L’aspect antimilitariste, mais aussi défaitiste, voire désespéré, du texte, choquerait-il encore aujourd’hui ?

C’était dans le journal … le 9 novembre 1917

C’était dans le journal … le 19 octobre 1917

On les a appelés les « profiteurs de guerre ». Quatre ans après la fin de celle-ci, en 1922, Anatole France, dans une lettre publiée dans L’Humanité, lançait « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels ». Il est vrai que certaines entreprises ont su fort bien croître et s’enrichir grâce au conflit : en France, Michelin a négocié la hausse du prix de ses pneumatiques en sachant très bien que l’armée française ne pouvait pas s’en passer. Renault a multiplié son chiffre d’affaires par quatre entre 1914 et 1918. Ça marche aussi en Allemagne : les seize plus grandes entreprises houillères et sidérurgiques ont multiplié leur chiffre d’affaires par huit pendant cette période.
Ça, ce sont les gros poissons. Mais il y a les plus modestes, les petits joueurs, ceux dont le nom ne deviendra jamais celui d’un grand groupe industriel européen. Les noms de Galandrin et Painsmay ne figurent pas au CAC 40. Et pourtant … Ces deux-là faisaient dans le charbon à Paris. Mme Galandrin était marchande, M. Painsmay était négociant. C’est La Croix qui cite leur nom, indiquant qu’ils « comparaitront prochainement devant le tribunal correctionnel » pour avoir « vendu du charbon à un prix manifestement supérieur aux cours ». Cliquez sur l’image pour voir l’article dans son contexte :

 

C’était dans le journal … le 30 septembre 1917

Il y a cent ans, les femmes étaient déjà (et le sont plus malheureusement encore aujourd’hui) victimes des stéréotypes masculins concernant leur corps. Une femme, une vraie, ne peut décemment « avoir une poitrine plate » sans se sentir profondément humiliée. Une femme, une vraie, ne doit pas  » avoir un visage de femme sur un corps d’homme ». Bref, une femme, une vraie, doit avoir de bons gros lolos, une poitrine qui jaillit du buste façon obus (et pas seulement parce-que c’est la guerre), elle doit posséder « une gorge ronde et belle ». Mais, comme le rappelle cette publicité publiée en quatrième page du Petit Journal, ce n’est pas donné à tout le monde. Il faut donc ruser, et payer : en échange d’ « un timbre à 15 centimes », les femmes intéressées par un gonflement mammaire recevront « tous les renseignements par retour du courrier ». La messe doit être dite « en trente jours » et la méthode est discrète : « elle peut facilement employer cette méthode dans l’intimité de son intérieur sans que ses amies les plus intimes s’en doutent ». Il ne s’agit pas, en effet, que quelques chipies aillent cafter la tricherie. Quant au contenu de la recette miracle, cela reste un mystère : c’est « la Providence », et elle seule, qui permit à l’auteur de la pub (de l’arnaque ?) de « développer [son] buste de 15 cm en 30 jours ».

C’était dans le journal … le 19 septembre 1917

illustrationC’est à la une, mais pas toute la une : il y a un peu de tout ce mercredi-là sur la première page du Figaro, à commencer par le compte-rendu de l’installation du gouvernement Painlevé en France. Mais au milieu de la page, il y a un chiffre : 1143. C’est le 1143e jour de guerre. Et on n’en voit pas le bout. Certes, les Américains sont entrés en piste, mais le bain de sang continue. Par exemple, la bataille de Passchendaele (connue sous le nom de 3e bataille d’Ypres), en Belgique, est commencée depuis fin juillet, et en plus des balles, il pleut des cordes. Les soldats se battent dans un champ de boue bien spongieux dès le début de la bataille et pendant la quasi-totalité de sa durée (la bataille s’achève fin novembre), certains même se noient (cliquez ici pour en savoir plus).
L’article du Figaro fait le point sur ce 1143e jour de guerre en citant uniquement les faits dans lesquels l’armée française est impliquée, et ne mettant en avant que les réussites françaises (n’oublions pas que la censure existe, pas question de démoraliser l’arrière), le tout sur un ton d’une très grande banalité : la guerre est devenue, sinon normale, du moins habituelle. « Cinq avions allemands ont été abattus », il y eut des « actions d’artillerie assez vives en Champagne », « l’ennemi » a été « rejeté après avoir subi des pertes sensibles ». Au final, « rien à signaler sur le reste du front ». Demain sera le 1144e jour de guerre.