C’était dans le journal … le 22 juin 1917

La poudrerie de St-Médard-en-Jalles, près de Bordeaux, est une des plus vieilles entreprises françaises. Créée au XVIIe siècle sur les bords de la jalle de Blanquefort, rivière dont elle tirait son énergie, elle employait 1900 personnes à la veille de la Première guerre mondiale. Pendant cette guerre, son volume de production est multiplié par douze. Ce sont essentiellement des femmes qui y travaillent, et leur rôle est évidemment fondamental en temps de guerre : cette poudre dite « poudre B » (à base de nitrocellulose) est précieuse pour l’armée (source). Les ouvrières ont donc là un réel levier leur permettant de faire aboutir leurs revendications salariales, revendications pour lesquelles elles se mettent en grève en juin 1917. L’info ne fait pas la une des journaux nationaux, mais L’Humanité y consacre quand même un entrefilet en dernière page (cliquez sur l’image pour accéder au document entier et pour le lire plus facilement) :

 

La chansonnette [4]

MURIELLE BERGER
Les fesses blanches
1972

Qu’est-ce qu’il fait chaud mes enfants ! le cagnassou nous est tombé dessus d’un coup, ça donne des envies de plage, forcément. Mais il faut savoir raison garder, un minimum de pudeur s’impose, et donc pas question d’oser le bronzage intégral : en 1966, Lucette Raillat explique dans une chansonnette sans prétention sa technique de bronzage, qui lui permet de garder les fesses blanches. Six ans plus tard, une version canadienne de la même bluette est interprétée par Murielle Berger :

La chansonnette [3]

MADELEINE PEYROUX
J’ai deux amours
2004

En 1930, Joséphine Baker, qui amène à Paris tout l’exotisme dont l’Européen moyen semble avoir besoin (et qu’il assouvira un an plus tard en déambulant dans les allées de l’exposition coloniale de la Porte Dorée et du Lac Daumesnil), Mme Baker, disais-je, avoue son amour pour son pays (les Etats-Unis) et Paris, sur une musique de Vincent Scotto, très porté lui aussi sur la mystique coloniale (on lui doit notamment La Petite Tonkinoise, qui fait aussi partie du répertoire de Joséphine Baker).
En 2004, la sublime chanteuse de jazz Madeleine Peyroux s’offre cette sucrerie patriotique. Sa version, que je préfère à celle d’origine, est passée hier matin sur FIP. J’ai eu envie de la vous faire partager :

C’était dans le journal … le 25 avril 1917

À force de voir leurs bateaux coulés par les sous-marins allemands, les Américains ont fini par craquer. Le vieil isolationnisme (la doctrine Monroë date de 1823) semble avoir vécu, et le président Wilson déclare la guerre à l’Allemagne le 6 avril 1917. Déclarer la guerre est une chose, la faire en est une autre. La préparation prend un peu de temps : les premiers soldats débarqueront en Europe en juillet, sans pour autant partir aussitôt au combat. C’est qu’une guerre, ça se prépare. Il faut trouver des hommes, en faire des soldats, et pour cela les entraîner au maniement des armes. C’est justement ce que présente L’Excelsior en ce mercredi 25 avril 1917 (cliquez sur l’image pour la voir en grand et dans son contexte, et donc comprendre avec quoi les futurs soldats s’initient à l’art de la guerre) :

 

La chansonnette [1]

JEAN-LOUIS FOULQUIER
Et dans l’air flottait ton parfum
1977

Les visites dans la mine d’or qu’est le site de l’INA apportent toujours leur lot de surprises, lot qui fait qu’on y retourne le lendemain, c’est addictif. Et donc, pas plus tard qu’il y a cinq minutes, je suis tombée sur une émission de 1977, diffusée en plein après-midi pour les femmes au foyer, c’était encore un peu la mode à l’époque. L’émission s’appelait « Aujourd’hui madame ». Sur le plateau : que des nénettes, à deux hommes près. Ces dames ont le look réel ou supposé de leurs téléspectatrices : c’est normal, certaines sont des téléspectarices. La première qui s’exprime porte queue de cheval et cardigan violet, elle déboule en direct du XVe arrondissement de Paris. Cette dame, sous des abords gentillets, tacle l’artiste invité au niveau du genou. Il est vrai que sa chansonnette ne casse pas trois pattes à un canard, mais après tout, son auteur et interprète est avant tout homme de radio. Le quidam ainsi visé est Jean-Louis Foulquier, pas si à l’aise au milieu de cette rangée de femmes bien alignées sur leurs chaises. Et, en direct, il chante sa bluette.  Le player du site de l’INA faisant des siennes (c’est habituel), vous pouvez retrouvez la chanson en question sur YouTube et retrouver l’extrait de l’émission en cliquant ici :

C’était dans le journal … le 18 avril 1917

La classe 18 (c’est-à-dire les jeunes gens qui auront vingt ans en 1918) vient d’être appelée : des ados de 19 ans vont partir en guerre. L’objectif, comme le rappelle une caricature parue dans L’Echo de Paris, est toujours le même (cliquez sur l’image pour la voir dans son contexte original, et surtout en plus grand) :

Et puis, mais on n’ose pas le dire dans les journaux, il y a un autre objectif : revenir vivant. Et entier.

Roubaix, cité tauromachique

C’est une affiche dénichée par hasard qui a récemment attiré mon attention : cliquez ici pour voir de quoi il retourne.
Nous sommes à Roubaix à la toute fin du XIXe siècle, donc dans une région fort éloignée des traditions tauromachiques, celles-ci étant davantage l’apanage du sud du pays, en particulier d’une partie du sud-ouest. Mais à la fin du XIXe siècle, la mode est aux espagnolades, celle-ci dépassant le cadre folklorique un peu cucul de la paella dominicale et des castagnettes. Les Roubaisiens se prennent de passion pour le pack « Espagne » complet, donc avec corrida. C’est ainsi que des taureaux et des toréros guerroient dans un torodrome à partir de 1899, ledit torodrome ayant été construit tout exprès pour ce nouveau loisir, six ans après le début des premiers combats. Des toreros et matadors, et parmi les meilleurs, font le déplacement depuis l’Espagne pour assurer le spectacle devant une foule particulièrement nombreuse : le torodrome pouvait accueillir jusqu’à 10 000 spectateurs.
Néanmoins, ce passe-temps sanglant attira de vives critiques de la part d’une frange non négligeable de la population : en 1904, le torodrome est détruit, mais les combats continuent jusqu’à la veille de la Grande Guerre, la dernière lutte ayant lieu le lundi 15 juin 1914 dans le vélodrome de la ville.

Sources : Archives Départementales du Nord et Bibliothèque Numérique de Roubaix