Opération « île morte »

La mer et ses poissons, Le monde tel qu'il va, Oléron-petipatapon, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

L’alerte rouge est levée, il y a même eu un peu d’orage et de pluie la nuit dernière, mais le grand sud-ouest a morflé. Canicule précoce. Autour de 40°C à l’ombre. Certes, ce chiffre n’a pas été tout à fait atteint sur l’île d’Oléron, mais il fit quand même beaucoup trop chaud hier et vendredi pour envisager autre chose que la planque à la maison, dans le noir des volets consciencieusement clos, avec pas mal de litres de d’eau à portée de gosier. Hier quand même, en début de soirée, une brève sortie fut tentée sur le port du Château d’Oléron. Quelques minutes pour constater que les cabanes d’artistes qui, normalement, le samedi à cette heure, grouillent de badauds, étaient désespérément vides, voire fermées. Pas un chat non plus sur la terrasse du bistrot « L’Annex », où il est bien difficile de trouver une place habituellement. Un port vide, une ville vide, une mer lisse comme un miroir, un ciel chauffé à blanc, aucun relief, une lumière moche. Je préfère l’hiver. Quant à ceux qui doutent encore du réchauffement climatique, vous savez ce que je leur dis ? Je vous préviens, c’est pas poli.

Le port du Château d’Oléron et la terrasse de « L’Annex » en pleine canicule, sur le coup de 18 h 30 le samedi 18 juin 2022

Les cabines de plage de Saint-Denis-d’Oléron

La mer et ses poissons, Oléron-petipatapon, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

La plage de la Boirie, dans le centre de Saint-Denis-d’Oléron (la commune la plus septentrionale de l’île), est connue pour ses cabines de bain, d’âges et de styles variés. Rien à voir avec les alignements millimétrés et maçonnés de Deauville, ou avec les pseudo-cabines d’aujourd’hui à rayures pour faire old style, avec peinture fraiche et style uniforme à chaque été. À Saint-Denis, tout est possible, tout est réalisable, et tout est donc à découvrir.

Il n’y avait pas que des palourdes

La mer et ses poissons, Nos amies les bêtes, Oléron-petipatapon, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Le 8 mai, lorsqu’ici même j’ai décrit l’ouverture de la saison de la pêche aux palourdes, je n’ai pas tout dit. J’ai pêché par omission (mais j’ai quand même tout mangé, tellement c’était bon). Il n’y avait pas que des palourdes. Il y avait aussi des coques, ce qui est habituel. Et aussi des lavagnons : des genres de tellines à la coquille moins allongé. Des petits bivalves bien planqués, plus profonds encore que les palourdes, qu’il faut sortir avec délicatesse tant la coquille est fragile. À la pêche aux lavagnons nous retournerons.

Ouverture de la saison

La mer et ses poissons, Oléron-petipatapon, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

C’est une histoire de vase et d’estran, une histoire de mi-printemps. Nous sommes sur l’île d’Oléron en plein après-midi, il fait presque chaud comme en été. Nous avons enfilé le short qui en a vu d’autres et le polo informe, bref, la tenue de pêche, ainsi que les bonnes grosses bottes en caoutchouc. Marée basse. On y va. Ce soir, il y aura palourdes à l’apéro, avec un petit pineau. On avance vers le large, on marche sous la mer, on repère les trous laissés par les bivalves, indices de la gourmandise à venir. On plonge le doigts dans la vase, on repère la bête, on sort le coquillage, on vérifie qu’il fait la maille. Tout va bien : les doigts n’ont pas perdu la main.

Un bécasseau face au vent

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C’est reparti pour le festival des photos floues ! Mais j’ai une excuse : samedi dernier, à Lacanau, ça soufflait vraiment fort, on avait du mal à tenir debout face au vent en mode tempête, ça faisait un boucan d’enfer sur la plage (le compteur a relevé 110 dB, en gros l’équivalent d’un gros concert de rock). L’écume volait en tous sens sur le sable à marée basse. Et, au milieu de ce vacarme, un bécasseau tentait de se frayer un chemin, titubant presque dans l’écume … :

… puis faisant une sorte de vol stationnaire en voulant simplement aller d’un point A (en aval de l’écume) à un point B (en amont de l’écume). Il a battu fort fort fort ses petites ailes rayées puis s’est reposé pile d’où il avait décollé :

Le fort flou derrière la dune

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C’est un jeu habituel, un rituel de ce lieu-là. Dès que je me balade sur la plage de Boyardville (île d’Oléron), je guette le moment où le fort Boyard semblera surgir des sables, limite en mode mirage. Il ne manque que la brume pour que l’illusion soit parfaite. Le fort est flou et alors ?

On avance, on avance, on avance, c’est une évidence

La mer et ses poissons, Oléron-petipatapon, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Plage automnale, fait pas trop froid dehors mais doit pas faire bien chaud dans l’eau. Qu’importe, avec les combis, les gens qui déambulent avec de l’eau entre le nombril et les aisselles, n’ont pas l’air frigorifiés

Mais que font-ils en ce gris après-midi de novembre, à marcher, vite de surcroit, dans l’eau salée d’un littoral charentais ? Ces gens, mesdames-messieurs, pratiquent la marche aquatique, aussi appelée « longe côte », parce-qu’on longe la côte en marchant dans l’eau. Mais bien bien dans l’eau, pas juste les petons et le début des chevilles. C’est donc un sport nécessitant une certaine endurance, même s’il est présenté « tout public » sur le site de la Fédération Française de Randonnée. C’est d’ailleurs sur ce site que j’apprends qu’il s’agit d’un sport assez récent (16 ans), qui est né dans le nord de la France à l’initiative d’un entraineur d’aviron. On peut pratiquer ce sport en mer ou sur les lacs, à condition que le sol soit régulier et sans obstacle. Choisis bien ta plage, camarade !

Le titre de cette note est, vous l’aurez reconnu, tiré d’une chanson de Souchon. Qu’il en soit remercié.

Bleu comme le pertuis en fin d’après-midi

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Passage à l’heure d’hiver et novembre qui rime avec décembre font que les fins d’après-midi ressemblent méchamment à des débuts de soirée, voire à des préambules de nuit. C’est ainsi qu’hier, alors que le tea time était à peine sur le point de sonner, la lumière est devenue très bleue sur le pertuis d’Antioche, comme si la nuit allait tomber sur la plage de Boyardville (commune de St-Georges-d’Oléron).

Pleins feux sur le double phare

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Le phare de l’île d’Aix a ceci d’original qu’il est double. Deux bâtons blancs surmontés de rouge, côte à côte sur le rivage.
Il y a fort longtemps, pour guider les marins dans les parages, il y avait un modeste fanal, qui fut détruit au milieu du XVIIIe siècle. Vint alors, pour le remplacer, un premier phare, mais qui ne tint pas le coup bien longtemps et qui fut reconstruit au milieu du XIXe siècle. Son feu est blanc, c’est joli mais insuffisant car les hauts fonds locaux sont des pièges infernaux que seul un deuxième phare pourrait signaler.
Le deuxième phare, avec lumière rouge, est ainsi bâti à coté du premier à la fin du XIXe siècle. Ce deuxième phare est construit juste à côté du premier et sur le même modèle. L’ensemble, qui a pour but de permettre aux navires d’identifier les dangers précis de la navigation dans cette zone du pertuis d’Antioche et en approche du port de Rochefort, a été automatisé en 1975.

Le double phare de l’île d’Aix vu de Boyardville (île d’Oléron)

Source : Ministère de la Culture

Au menu du goéland : tête de poisson du port, sauce vase

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Le goéland est fatigué d’avoir trop pêché, ou alors il est devenu feignant et ne daigne même plus sortir en mer. Auquel cas, la malbouffe le guette. Ce jour-là, dans le port de La Cotinière (commune de St-Pierre-d’Oléron), le goéland semblait lutter comme un fou, et pourtant la proie était morte depuis longtemps et même en morceaux : il ne restait que la tête, enrobée de son jus de vase pur port. Le goéland en a récupéré quelques morceaux, et a laissé la quasi-totalité de ladite tête pour d’autres amateurs. Le goéland n’avait peut-être pas tant faim que ça.

Boyard et Enet

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C’est un jour de grand ciel bleu, de lumière franche et nette dans le pertuis d’Antioche. On voit loin, jusqu’au pont de l’île de Ré, jusqu’à La Rochelle. Et aussi bien sûr, jusqu’au fort Boyard. Un peu plus loin, ce qui émerge de l’eau comme une grosse galette, c’est le fort Enet, sorti du rocher sur ordre de Bonaparte pour protéger le port de Rochefort.

Le fort Boyard (à gauche) et le fort Enet (à droite)
Photo prise depuis Saint-Georges-d’Oléron en novembre 2021

L’été sera eau

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Qu’il est loin le temps où Eric Charden chantait L’été sera chaud ! Cet été 2021, il faut le dire, fait dans l’humide, le mouillé, le trempé, le venté même à l’occasion, du moins dans la moitié ouest de la France. Les esprits chagrins, qui ne voient dans l’océan que la plage pour la bronzette, sont forcément déçus et parlent d’été pourri.
Et pourtant, s’ils étaient un peu observateurs, ces esprits chagrins pourraient relever que, près de l’océan du moins, le temps change plusieurs fois au cours de la journée, au gré des changements de marée. Lors de l’inversion de celle-ci, il n’est pas rare qu’un coup de vent pluvieux nous tombe sur le coin du nez, mais quelques minutes plus tard, il peut faire beau à nouveau. Ou pas. Mais résister quelques minutes sous la pluie vaut souvent le coup. C’est d’ailleurs ce que comprennent celles et ceux qui, sur la plage, attendent sagement que celle-ci se vide de ses baigneurs effarouchés par l’ondée pour profiter du sable et de l’océan quelques minutes plus tard.

Une plage de l’île d’Oléron se vidant d’une grande partie de ses baigneurs lors de l’averse de l’inversion de marée – Photo réalisée en juillet 2021

Juillet au Douhet

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Sur la commune de Saint-Georges-d’Oléron, et contigu à celle de La Brée, se trouve un magnifique marais : le marais du Douhet. Lorsque je suis sur l’île, c’est une de mes balades favorites, quelle que soit la saison. En ce mois de juillet, il fut ainsi possible de voir des cormorans … :

… des goélands … :

… des aigrettes, dont un spécimen chasse ici avec concentration dans le chenal … :

… des mouettes rieuses, qui commencent à perdre le plumage noir qui orne leur tête pendant la période nuptiale … :

… et enfin des échasses blanches :

Photos réalisées en juillet 2021

Miroir d’eau … de mer

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– Miroir, mon beau miroir, dis-moi quel paysage se reflète le mieux dans ton eau limpide ?
– La bourse de Bordeaux, bien sûr, puisque je suis le plus beau des miroirs d’eau
– Erreur, miroir d’eau, tu te trompes et t’égares. Tu n’es qu’un miroir d’eau douce (quoique chlorée), je te parle d’un miroir océan, un miroir d’eau de mer
– ….
– Te voilà muet, l’ami, face au miroir du pertuis
– Père Tui ? de qui s’agit-il ?
– Du pertuis d’Antioche, pauvre citadin, un morceau d’océan entre les îles d’Oléron et Ré
– Et ça fait miroir aussi ?
– Bien sûr que oui. Regarde ce que la marée basse fait sur la plage de La Brée :

Dans une semaine, le Bélem quittera La Rochelle

La mer et ses poissons, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Le Bélem, ce vieux trois-mâts qui a failli sombrer un grand nombre de fois depuis sa mise à l’eau en 1896, est toujours d’attaque. Le vieux bateau en fer est actuellement amarré dans le Bassin des Chalutiers, à La Rochelle, tout près de l’Aquarium et à deux pas du Musée Maritime (un des plus intéressants musées de la région, ceci dit en passant). La présence d’un cas de covid au sein de l’équipage fait que le joli navire n’est malheureusement plus visitable. Mais on peut néanmoins encore l’admirer à quai avant son départ pour Bordeaux, le 28 juillet, où il restera peu de temps avant de filer à Lorient, puis Brest, Saint-Malo, Douarnenez, …

Le Bélem à La Rochelle, 15 juillet 2021

Congés annuels

Je suis prof mais je me soigne, La mer et ses poissons

Dernier jour de classe pour les écoliers. Les collégiens et lycéens savourent la douceur des vacances depuis quelques jours, sauf pour les élèves de terminale qui ont appris ce matin même qu’ils faisaient partie des rares malchanceux devant se frotter à l’oral de rattrapage. Avant même la publication des résultats, la PQR n’a pas hésité à titrer sur la mort du bac et la dévalorisation globale du diplôme :

Si le bac en tant qu’examen national n’existe plus (ses majestés Blanquer et Covid ont fait ce qu’il fallait en ce sens), les élèves, eux, viennent bien de franchir un cap. Leur avenir dans le supérieur dira si l’obtention du diplôme était usurpée ou non. J’ai eu quelques surprises ce matin : untel qui, dans ma matière (un enseignement de spécialité, donc coefficient 16), a fini l’année avec 1/20 de moyenne et a eu le bac ; tel autre, plutôt sérieux et méritant, va au rattrapage. Mais la plupart des résultats ont confirmé les impressions de l’année.
Sur ce, même si l’année scolaire n’est pas tout à fait finie (clap de fin vendredi avec les délibérations des oraux de rattrapage), ce blog, comme chaque été, prend des congés. De ci de là je viendrai faire un petit coucou, mais rien de régulier. À la mer et ses poissons il faut désormais songer.

Petit crabe sur l’estran un jour de pêche à la palourde

Être à bord, mais pas tout à fait

La mer et ses poissons, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Joli après-midi dans le port de la Lune. Les bateaux venus nous rendre visite sont tranquillement repartis vers le grand océan, lentement, et c’était joli. Leurs marins étaient à bord, enfin plus ou moins, comme on peut le constater pour l’équipage d’El Galeon, réplique d’un navire espagnol du XVIe siècle mis à l’eau en 2010.

Oh hisse et ho pour la moule de bouchot

La mer et ses poissons, Made in BZH, Oléron-petipatapon, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

La moule de bouchot, la meilleure, celle qui grandit sur des pieux de bois plantées en mer, ne parvient pas à croître décemment dans les fraiches eaux de la Manche. C’est pour cela que des mytiliculteurs bretons, venant en ligne droite du 35 voire du 22, chouchoutent les nourrissons dans le pertuis d’Antioche, c’est-à-dire entre l’île d’Oléron et l’île de Ré, et même plus précisément dans l’anse de la Malconche, sur la commune de Saint-Georges-d’Oléron. Chaque hiver, ils viennent poser les cordes garnis de naissains, puis, au printemps, ils repartent avec les minusculissimes moules, lovées dans les cordes, pelotonnées dans des paniers, puis hissées vers le grand nord lointain des latitudes extrêmes, du style 48°N voire au-delà. L’affaire n’est pas simple car il faut faire vite : entre le moment où la mer est suffisamment basse et celle où elle remonte, le temps est court. L’affaire est d’autant plus sportive que l’eau est fraiche : cette année, au milieu du mois de mai, il faisait encore parfois franchement froid sur la grève, alors, dans l’eau …

Photos réalisées mi-mai 2021 à Saint-Georges-d’Oléron (17)

Quand le cormoran déglutit

La mer et ses poissons, Nos amies les bêtes, Oléron-petipatapon, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Déglutir : faire passer de la bouche à l’estomac, nous dit le Larousse. Chez les oiseaux, on parle plus de bec que de bouche, mais l’idée est la même. Que tu picores une bouchée délicate dans l’assiette en Limoges, ou un mulet dodu dans le port de pêche du coin, il faut que ça passe par le gosier, que ça glisse, que ça nourrisse. Et chez le cormoran, c’est parfois athlétique, surtout quand la proie dépasse un chouia la largeur de la trachée, gonfle celle-ci pour passer néanmoins, obligeant le grand oiseau à des contorsions peu aisées.

Un cormoran en pleine déglutition dans le port de La Cotinière (Saint-Pierre-d’Oléron, Charente-Maritime)

Petite énigme maritime

La mer et ses poissons, Oléron-petipatapon, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

La photo ci-dessous a été prise au week-end dernier en Charente-Maritime. Le gros objet flottant était alors ancré quelque part dans le pertuis d’Antioche, mais de quoi s’agit-il ? J’avoue avoir moi-même quémandé la réponse aux bonnes fées du web, alors à vous de jouer …

Ils sont venus, ils étaient tous là

Chronique du déconfinement, La mer et ses poissons, Oléron-petipatapon, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Vus les embouteillages de cet après-midi pour quitter l’île d’Oléron puis pour rentrer sur Bordeaux, j’ai un instant eu l’impression que toute la France habitait la même ville et passait ses week-ends sur le même petit bout de littoral. Mais quoi … n’avions-nous pas enfin eu le droit de déambuler où bon nous semble pour un peu plus quelques heures ? Ce grand week-end de quatre jours, même avec le vent et de jolis nuages, avait des airs de vacances. Une respiration, enfin. Et puis, finalement, une fois sur zone, nous avons déambulé tranquillement, sans nous gêner ni nous covider. Si, sur la photo ci-dessous, la foule semble dense, c’est juste parce-que j’ai abusé du zoom, ce gadget qui écrase les perspectives. Bien sûr il y avait du monde sur les plages, sans empêcher toutefois les distances de sécurité sanitaire, et tous ces gens étaient contents. Moi aussi.

Saint-Trojan-les-Bains (17), mai 2021

Comment un embouteillage peut-il provoquer une hausse de 5% du cours du pétrole en moins d’une journée ?

La mer et ses poissons, Le monde tel qu'il va

La pandémie nous a bien mis le nez dans le caca de la mondialisation, mais depuis un an, on a tellement le nez dedans, qu’on en oublie les autres joyeusetés de ladite mondialisation et de ses effets papillon. Le pauvre lépidoptère n’y est pour rien, mais c’est pourtant ainsi qu’il est courant de nommer les effets collatéraux potentiellement lointains d’un fait a priori mineur.
Les médias bruissent aujourd’hui de l’info suivante : un embouteillage en Egypte vient de provoquer une hausse aussi subite qu’épidermique du cours du pétrole. Certes, pour des raisons d’offres et de demandes pas trop en raccord pour cause de covid, le prix du brut ne fait pas dans la dentelle en ce début de printemps, mais la hausse de 5% constatée aujourd’hui a une autre cause, moins rationnelle.
L’embouteillage dont il est question est celui de cargos de tous poils, bloqués sottement au sud du canal de Suez, parce-que l’un des leurs, façon camping-car sur l’A7 un 1er août, s’est vautré lamentablement en diagonal dans le canal. Vu sur Marine Traffic, ça donne ça :

Le bouzin fait 400 mètres de long, c’est un porte conteneur d’une contenance de 20 388 EVP, c’est-à-dire 20 388 équivalent vingt pieds, les vingt pieds étant la longueur de base d’un conteneur classique. Bref, plus de 20 000 boîtes sur le cargo. Classique mais conséquent. L’engin n’est pas vieux, rien à voir avec les bateaux poubelles dont on parle de moins en moins (parce que la flotte marchande actuelle est plutôt récente) : il a été mis à l’eau il y a trois ans.
Propriété d’un armateur japonais partenaire d’un armateur taïwanais, immatriculé au Panama, fabriqué au Japon, transportant des marchandises sorties d’usine en Asie pour des consommateurs européens, … un joli petit condensé de mondialisation ! Comment un bateau récent a-t-il pu ainsi se planter ? les médias, dont Le Marin, spécialiste du genre, évoquent un vent soutenu et même une tempête de sable. Et paf, la proue enfoncée dans une rive et la poupe effleurant l’autre. Barrage, embouteillage, …
Le navire n’est plus en danger, il flotte et il n’y a aucun blessé. Il sera juste un peu à la bourre à Rotterdam, d’autant plus qu’il n’a toujours pas repris sa route. Le canal est partiellement fermé pour deux jours (les navires peuvent à nouveau l’emprunter dans le sens nord-sud, mais pas dans le sens sud-nord). Ce petit épisode nous rappelle que, pandémie ou pas, business is business, et que quand un grain de sable entre dans la machine, ça coince ; alors, une tempête …

Premier jour du printemps

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Hier, c’était le premier jour du printemps. L’équinoxe vaut bien une balade, aussi classique soit-elle : retour sur le Bassin d’Arcachon, que je n’avais pas vu depuis début février, autant dire une éternité. C’est marée basse, le ciel est joliment bleu :

Les aubépines sentent bon, les promeneurs déambulent tranquillement entre le Bassin lui-même, la forêt et les étangs. Tout est calme, reposant. Une aigrette achève sa séance de pêche … :

… les grenouilles osent faire surface … :

… et, plus rare, une avocette élégante se laisse choper par un zoom trop forcé. La photo est moche, mais l’oiseau est là :

Les bernaches ne cessèrent point de brouter

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La semaine dernière marquait la fin des vacances d’hiver pour la zone A. J’ai profité de ce temps de pause autorisée pour descendre sur une plage de la commune de Dolus d’Oléron. Les oies bernaches étaient presque sur le sable, et la présence des humains pourtant à faible distance ne les dérangeait en aucune manière. Elles broutaient les zostères en silence et avec application. Dans peu de temps, elles quitteront nos rivages pour rejoindre le grand nord où elles élèveront leurs petits, puis elles reviendront pour l’hiver suivant …

Les bernaches cravant sur une plage de Dolus d’Oléron, février 2021

Un échinoderme en dessert ?

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Récemment, un beau goéland avait ici même présenté sa manière de manger un encornet. C’est un plat copieux, mais un tel repas doit forcément se clore par un dessert à la hauteur de sa gourmandise. Quoi de mieux alors qu’un échinoderme, en l’occurrence une belle étoile de mer que l’océan vient tout juste de déposer aux pattes du goéland ?

Photos réalisées sur l’île d’Oléron en février 2021

Céphalopode frais sur son lit de vase (recette de goéland)

La mer et ses poissons, Nos amies les bêtes, Oléron-petipatapon, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

La manière de préparer puis déguster la seiche ou l’encornet est parfaitement maîtrisée par le goéland adulte. Sûr de son geste et sur l’estran, il tire vers lui l’animal dont il compte bien faire son repas, en utilisant pour cela un long tentacule de la bête :

Puis maître goéland commence à goûter sa proie, tâtonne, hésite, la repose. En cuisine, c’est très important, le temps de repos. On voit là que ce goéland connait son métier :

Il y retourne et veille à ce que le petit céphalopode soit bien enrobé de fine vase :

Cette fois, c’est la bonne, en une bouchée la proie est avalée :

Photos réalisées sur le port de La Cotinière (île d’Oléron) en février 2021

Rogue’n rolle

La mer et ses poissons, Tambouille

Puis-je me permettre de vous présenter mon repas de ce soir ? le voili le voilà :

De quoi de quoi ? vous ne trouvez point la chose appétissante, gourmande, gouleyante, que sais-je encore ? vous finez de la bouche et tordez du museau ?
Pauvres de vous ! Ce que vous venez de voir sur cette photo, mal prise et détourée à l’arrache, c’est une rogue de merlan. Certes, traditionnellement, la rogue désigne plutôt des œufs de poisson salés, et là ce n’est pas le cas puisque poisson et œufs sortaient tout juste de l’océan, sans aucun traitement. Mais la recette qui m’a permis de cuisiner cette chose parlait de « rogue », et je m’y suis fiée, comme à toute la recette, d’ailleurs fort simple.
Il s’agit d’œufs récupérés dans un gigantesque merlan livré à l’AMAP cette semaine. Merlan tellement gigantesque que nous l’avons rôti au four, avec de l’huile d’olive, du citron et le bidou chargé d’ail hâché et de fenouil, c’était une première et c’était bon.
Et puis donc, nous avions les œufs. J’ai suivi à la lettre la recette de Carmencita, sans toutefois accompagner lesdites rogues d’asperges vertes car ce n’est pas la saison. J’ai donc lavé et essuyé les œufs, je les ai roulés dans le sel, le poivre et la farine et les ai fait revenir à l’huile pendant à peu près 10 mn à feu moyen. Quelques gouttes de jus de citron, et hop, avalés ! Ce fut un plaisir, chic et pas cher, à renouveler.

80 jours 6 heures 15 minutes et 47 secondes

Il y a une vie en dehors de Bordeaux, La mer et ses poissons

Dans un mouchoir de poche, façon régate de quelques heures. Ces marins du Vendée Globe m’épatent une fois encore. Ils se tapent un tour du monde à la voile en solitaire, un long voyage semé d’embûches, d’OFNI et d’avaries, et les cinq premiers arrivent quasiment en même temps, comme s’ils venaient de faire trois ronds dans l’eau dans la baie de La Baule. Pour le classement définitif, il faut attendre encore un peu, les navigateurs ayant participé au sauvetage de Kevin Escoffier bénéficiant de compensations. Toujours est-il que la ligne a été franchie à 20 h 39 par Charlie Dalin et qu’il vient de mettre pied à terre aux Sables d’Olonne, 80 jours 6 heures 15 minutes et 47 secondes après le départ de cette course décidément pas comme les autres.
Il y a une dizaine de minutes (21 h 40, donc), Boris Herrmann a heurté un bateau de pêche, ce qui est rageant si près du but. Les arrivées de Louis Burton, Thomas Ruyant, Yannick Bestaven, et, malgré tout, de Boris Hermann, sont attendues dans la nuit. Et je ne ferai pas mienne la phrase de Michel Malinovsky (1979), « Seule la victoire est jolie » : quel que soit leur classement, et même s’ils n’ont pas pu terminer l’aventure, la course effectuée par ces marins est définitivement magnifique.

Site web de Ouest-France, 27 janvier 2021, 21 h 53

Un hiver ordinaire sur une plage du golfe de Gascogne

La mer et ses poissons, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Bout de piste pour les courants marins, vagues en hordes qui rapportent sur les plages des objets hétéroclites dignes d’un inventaire à la Prévert, tel est le golfe de Gascogne, ce bout d’Atlantique qui me berce depuis ma plus tendre enfance. Et dans certains recoins, en particulier sur les plages de Gironde et des Landes, s’y amassent chaque hiver tous les tombés du bateau, tous les dérivés de n’importe où. Et encore, là, ce n’est rien. Il n’y pas eu de chute de conteneurs par paquets de 100 ou plus depuis un moment (sauf dans le Pacifique, où un navire de la compagnie Maersk en a égaré 750 jeudi dernier, mais c’est loin de chez nous). Tout petit extrait de ce qui traine sur le sable, vu aujourd’hui sur la plage nord de Lacanau :

La foulque macroule et le grèbe castagneux

La mer et ses poissons, Nos amies les bêtes, Promenons-nous dans les bois, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Le Bassin d’Arcachon ne se réduit pas à ce bout d’océan qui s’insère à mi-temps jusqu’au rivage. C’est aussi toute une zone boisée, faite de marais et de mares diverses où batifolent des oiseaux. La foulque macroule, facile à reconnaître avec son bec blanc sur son plumage noir, abonde en ces lieux et en toutes saisons. Souvent bavarde, voire bruyante, il lui arrive aussi de pêcher calmement dans son étang, sans bruit. Sur ce même étang, en hiver et en concurrence pour la tambouille, nous pouvons voir le grèbe castagneux, petit bouchon flottant, toujours en mouvement, qui plonge, remonte, replonge, décolle on ne sait pourquoi et pour moins de dix mètres, puis replonge, gigote, jusqu’à ce que les frimas cessent et que, taraudé par le printemps, il s’en aille vivre ailleurs, laissant les foulques enfin tranquilles.

Une foulque macroule (à gauche) et un grèbe castagneux (à droite) sur un étang du Bassin d’Arcachon – Janvier 2021