Le pertuis qui s’agrandit

En Charente-Maritime, les détroits portent le nom de « pertuis ». Au nord de l’île de Ré se trouve le pertuis Breton, entre Ré et l’île d’Oléron se trouve le pertuis d’Antioche. Le plus étroit est aussi le plus méridional : il s’agit du pertuis de Maumusson, entre le sud de l’île d’Oléron et la presqu’île d’Arvert (région de Royan), qui ne dépasse pas un kilomètre de large à marée basse dans sa partie la plus étroite, et qui s’ouvre sur une sorte de petite mer intérieure entre St-Trojan (sur l’île) et La Tremblade (sur le continent) :

Le pertuis de Maumusson tire son nom du vieux français « mauvaise musse », qui signifie « mauvais chemin ». En effet, les courants dans cet étroit goulet sont violents, dangereux, et ont déjà causé de nombreux naufrages : Wikipédia en dresse une liste non exhaustive à la fin de la notice consacrée au pertuis en question. Cette violence des courants est aussi une des causes de la modification du trait de côte de part et d’autre du détroit, celui-ci ayant tendance à s’élargir, comme on peut le deviner sur ces images provenant de GoogleEarth, prises à seulement douze ans d’écart :

Sur l’île d’Oléron, le trait de côte évolue particulièrement vite depuis les années 1970. On peut même affirmer que l’île rétrécit. Au XIXe siècle, des pins maritimes furent plantés sur la commune de St-Trojan, pour éviter les débordements intempestifs du sable sur le village. Jusque dans les années 1970, ces pins ont rempli leur mission, retenant la dune et permettant même à la plage de s’agrandir. Néanmoins, au printemps 1979, les collectivités locales lancent un SOS contre l’érosion marine, qui menace les habitations et les installations ostréicoles. Le pin ne peut plus rien. On accuse les tempêtes, on soupçonne autre chose qu’on ne sait pas encore bien nommer : le réchauffement climatique, et les dérèglements qu’il induit, est en marche.

Depuis le milieu des années 1990, le phénomène d’érosion s’accentue plutôt plus vite qu’ailleurs. Les tempêtes font tomber de véritables falaises de sable et les arbres qui y sont plantés et qui ne retiennent plus rien.

Entre 1996 et 2000, le recul du trait de côte a été de 15 mètres par an en moyenne dans la partie oléronnaise du pertuis de Maumusson. Et ça ne s’est pas arrangé depuis, obligeant notamment la gare du petit train touristique à reculer régulièrement dans les terres, et la rendant difficile d’accès en hiver :

Les changements sont visibles semaine après semaine. La cabane ci-dessous, bâtie par des promeneurs avec du bois flotté, était encore bien plantée sur sa dune en novembre 2018. Trois mois plus tard, elle était en partie effondrée :

Sources :

Les photos qui illustrent cette note ont été réalisées le 24 février 2019


Un guillemot en hiver ?

C’est un dimanche venteux qui fait voler le sable et l’écume. Marcher sur l’estran sableux ressemble à une gambade dans de la crème fouettée, le marcheur moyen étant en outre fortement poussé par le vent. On parle de rafales à 70 km/h. Mais c’est en continu que ça souffle ainsi sur ce bout de littoral entre la pointe de Grave et le Bassin d’Arcachon.
Et, sur cette écume faussement moelleuse, il y a un oiseau, seul de son espèce dans cet espace-là, indifférent aux goélands locaux qui volent comme ils peuvent. Je surfe sur le net et pense qu’il s’agit probablement d’un guillemot de Troïl en tenue d’hiver (sa tenue d’été ressemble davantage à un smoking, très classe).
Le guillemot, nous disent les sites habituels (oiseaux.net, oiseaux-birds.com et même wikipedia), passe quasiment toute sa vie en mer. C’est un oiseau pélagique, qui pêche profond et, qui, au final, a grosso modo le même régime alimentaire que moi : merlan, maquereau, hareng, etc. Le voir ainsi, comme échoué, sur ce bout de plage, a quelque chose d’inquiétant. L’oiseau repartira-t-il quand le vent sera calmé ?

Photos réalisées sur la presqu’île du Cap Ferret le 27 janvier 2019

L’ancêtre du code-barre

Bassin d’Arcachon – Janvier 2019

Que reste-t-il quand le paysage a disparu ?

C’était deux jours avant Noël dans le sud de l’île d’Oléron. Le brouillard est tombé d’un coup alors que nous arrivions sur la plage. Et puis plus rien. Ni rivage, ni estran, ni sable, ni océan. Rien. On distingue à peine les rares humains qui, séduits par la douceur de l’air d’alors tapaient le ballon sur la plage :

Néanmoins, la balade se fait. On sait que la mer, à cet endroit, porte le nom de « pertuis de Maumusson », qu’en face il y a la presqu’île d’Arvert, et peut-être même que loin vers l’ouest, il y a l’Amérique. On sait tout ça.
Finalement, nous parvenons quand même à voir des oiseaux, une horde phénoménale de bécasseaux :

Peut-être un millier, voire plus, de ces oiseaux, rassemblés au ras de l’eau :

Tous les indices concordent

Tous les indices concordent : l’hiver est à nos portes, il arrive, il est là. D’ailleurs, ce matin, j’ai du trouver écharpe et manteau bien chaud en urgence : le thermomètre annonçait 2°C. Au week-end, déjà, sur le Bassin d’Arcachon et malgré la douceur de l’air, je me doutais bien de quelque chose. Les bécasseaux se rassemblaient en nombre sur la plage. Ils peuvent certes être là en toute saison, mais c’est en hiver qu’ils sont les plus nombreux et, a priori, les plus grégaires :

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Idem pour les grèbes castagneux. Les premiers de ces petits migrateurs se sont pointés fin septembre, des précoces qui voulaient la meilleure place au camping. Ils sont désormais de plus en plus nombreux :

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Idem itou pour les cygnes réticulés, qui arrivent petit à petit pour hiverner :

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Mais l’indice le plus sûr d’un hiver imminent, c’est bien sûr les très nombreux passages de grues cendrées qui ont lieu depuis quelques jours. Ce soir encore, alors que je revenais joyeuse mais frigorifiée avec mes jolis légumes de l’AMAP, j’entendais un énorme vol de ces formidables oiseaux, mais sans les voir pour cause de nuit noire. Par contre, hier sur le Bassin, le défilé était ininterrompu :

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Le bassin d’Arcachon à marée basse au début de l’automne 2018

Un morutier par hasard

Un petit bonheur de la vie l’après-midi, entre la fin des cours et des réunions qui n’en finissent pas, ça ne se refuse pas.
Suite à une course fort rapide dans la grande distribution du centre-ville, je décide de tester ma capacité de résistance à la chaleur en descendant sur les quais. Pas un poil d’ombre, mais un quatre-mâts goélette ravissant amarré au ponton d’honneur : le Santa Maria Manuela. Construit en 1937 et en un temps record (62 jours), ce navire taquina fort longtemps la morue sur les bancs de Terre-Neuve. Trop ringard pour poursuivre l’aventure, il cessa cette activité en 1993, puis fut restauré afin de se lancer dans le tourisme culturel. Aujourd’hui, à Bordeaux, il était possible de le visiter. J’en ai profité.

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Le port du Château d’Oléron (été 2018)

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Des sternes en Finlande

Photos prises à Helsinki et à Lahti en juillet 2018

Prendre le temps d’observer [1/2]

Ces vacances en Finlande m’ont rappelé quelque chose d’essentiel : il est important de prendre le temps d’observer la nature, calmement, sans bouger, juste regarder. L’histoire commence donc aux abords d’un lac d’Helsinki, où nous avions trouvé refuge pour contrer la chaleur ambiante (dois-je rappeler que l’Europe du Nord a crevé de chaud cet été, et moi avec ?). Les huîtriers-pies déambulent et mangent par deux. L’adulte a les pattes rouges, junior a les pattes noires, la famille est très très près, je zoome à peine, j’attends :

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Au même endroit, côté lac cette fois, une sterne explique à son petit qu’il devra désormais trouver sa tambouille tout seul, et le petit râle avec vigueur :

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Une sterne toujours, mais à Lahti, a chopé un poisson, mais n’en fait rien. Elle ne le mange pas d’emblée, peut-être est-il destiné à un jeune dans un nid bien caché ?

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Photos réalisées en Finlande en juillet 2018

Le pont des rêves

Quittons la Finlande un instant pour revenir en Charente-Maritime. Un petit pont sur un petit chenal du Château d’Oléron attire l’attention :

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Ce petit pont sur le petit chenal a été renommé « le pont des rêves » (inauguration le 25 juin dernier en grande pompe et en soirée). Détournant l’idée bizarre des cadenas attachés aux ponts divers et variés des villes touristiques, les promoteurs du « Pont des rêves » en ont fait quelque choses de beaucoup plus doux et beaucoup plus drôle, et surtout sans aucun danger, ni pour le pont ni pour le chenal en dessous.

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L’idée est simple : récupérer une coquille d’huître, y écrire son vœu via une encre végétale, et l’accrocher au pont avec une ficelle biodégradable. Le vœu peut être très concret :

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La légende toute fraiche du pont dit que, une fois la ficelle biodégradée et l’huître tombée dans l’eau (ou la vase, tout dépend de l’heure de la marée), le vœu se réalise. Tous les vœux ? tous les vœux, oui, tous.

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Photos réalisées en août 2018

Brouillard définitif sur le pont de Tolbiac

Il y a un peu plus d’un an, j’annonçai ici-même la fermeture totale et définitive du pont de Tolbiac (piqûre de rappel). Le vrai pont de Tolbiac, pas la copie parisienne. C’est-à-dire celui qui enjambe le chenal de la Baudissière à Dolus d’Oléron (enfin … qui enjambait).
Cette fois, c’est pire que dans le roman de Léo Malet : brouillard invisible mais bien là, clap de fin , le pont de Tolbiac n’est plus. Preuve en image, prise il y a quelques jours :

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Nous noterons que le chenal reste sublime, avec toujours ce même rafiot (Epopée Oléron) au milieu :

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Et puis, au-dessus de tout ça, un couple de serins cini qui papote sur un fil électrique :

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Le don de la jeunesse

bateau-P1210012.jpgEn polonais, « don de la jeunesse » se dit « Dar mlodziezy ». C’est aussi le nom d’un trois-mâts de près de 95 mètres de long, amarré dans le port de Bordeaux jusqu’à demain matin (il appareille vers 7 h 30 je crois). Cette visite a lieu dans le cadre d’un tour du monde fêtant le centenaire de l’indépendance polonaise.
Le Dar Mlodziezy, comme son sister ship Mir, est sorti des chantiers de Gdansk. Nous étions alors en 1982, année où lesdits chantiers ont commencé à beaucoup faire parler d’eux suite à l’action de monsieur Walesa, alors considéré comme dangereux trublion par les autorités communistes au pouvoir. De tous les voiliers construits à Gdansk, il fut le premier à quitter la Baltique et même à effectuer plusieurs tours du monde.
Mais pourquoi fut-il batisé « Don de la jeunesse » ? si j’ai bien compris la petite affichette qui présente le bateau à Bordeaux, ce navire a été financé par ce que nous appellerions aujourd’hui une opération de crowdfunding. En effet, ce sont des jeunes, notamment des étudiants, qui ont souhaité la construction de ce très beau bateau, et qui ont fait appel aux dons en juin 1978. Ceux-ci sont arrivés du monde entier. Quatre ans plus tard, le Dar Mlodziezy prenait la mer.

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L’Etoile-Molène à Bordeaux, juin 2018

Des bateaux, du vin et des marins

Comme chaque année paire, Bordeaux fête le vin. Les quais sont offerts à la dégustation de multiples breuvages, et surtout, cette année en particulier, ils sont au cœur d’un rassemblement de navires hors normes, l’arrivée de la Tall Ships Regatta (autrefois appelée Cutty Sark). Une trentaine de très jolis bateaux ont ainsi ravi la vedette aux représentants du divin nectar, le public semblant davantage fasciné par ce qui se passait sur la Garonne que par les stands dédiés au vin. Voici quelques images des bateaux et, au passage, de quelques marins :

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Les équipages ont d’ailleurs défilé hier, lors d’une parade festive, en compagnie des confréries viticoles. Je me permets de vous livrer ici un petit montage vidéo :

Un soir de juin

C’est un soir plutôt calme après tant de jours de pluie. Un soir où les muses du Grand Théâtre prennent le soleil … :

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… tandis que notre Flat Iron local brille presque de tous ses feux, à l’angle du cours du XXX Juillet et de l’allée de Tourny :

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Un jour, enfin, où des mâts brillent du côté des quais, comme s’il y avait une fête sur la Garonne, allez savoir ce qui se trame de ce côté là … :

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Photos prises à Bordeaux le 14 juin 2018

Tirer un trait sur la côte

Il y le vent, l’océan, les vagues, les grandes marées :

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Et puis aussi le réchauffement climatique qui fait monter la mer sur la terre. La mer grignote le sable, et ça va vite :

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Tellement vite que les arbres, racines à l’air, semblent plantés à l’envers :

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Puis les arbres tombent, les uns après les autres. Il n’y a plus rien pour retenir la dune :

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Ce sont donc les vagues, qui, en se répétant, sapent la dune. Et comme elle est fragilisée, la houle cogne encore plus fort. La dune qui était douce et ronde semble taillée à la hache, en ligne quasiment droite :

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Photos réalisées sur la plage de Vert Bois (Dolus d’Oléron) à la fin du mois de mars 2018

 

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Le fort inutile

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Le fort Boyard vu de l’île d’Oléron (mars 2018)

Dès sa création, au XVIIe siècle, l’arsenal de Rochefort aiguise les convoitises des Hollandais et des Anglais. L’estuaire de la Charente est donc régulièrement l’objet d’attaques militaires, y compris un siècle et demi après sa construction : c’est ainsi qu’en 1809 les Anglais passent à l’attaque en lançant des navires en feu sur l’escadre rochefortaise, ce qui incitera Napoléon à construire en urgence le fort d’Enet (piqûre de rappel). Il faut dire que l’Anglais en ce temps-là est vénère : Napoléon kiffe la guerre et protège à tout prix ses belles armes. Pour verrouiller une bonne fois pour toute l’accès à l’arsenal de Rochefort, il est en train de construire le fort Boyard, une ellipse de pierre dont il est possible de tirer dans toutes les directions, à condition toutefois que la construction soit achevée.
Et construire une bâtisse pareille en pleine mer, ce n’est pas rien. Si le projet est validé en 1801, il faut attendre 1803 pour que les travaux commencent, sur une base rocheuse recouverte par la mer y compris à marée basse. Tout commence donc par des travaux d’enrochement, entre l’île d’Oléron et l’île d’Aix :

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La chose est techniquement complexe, d’autant plus que les Anglais décident d’en empêcher la construction (d’où leur attaque de 1809). Ils réussissent partiellement leur coup, car, s’ils ne parviennent pas à prendre Rochefort cette fois-là, la construction du fort Boyard est interrompue, puisqu’il n’y a plus assez de navires de guerre pour défendre le chantier.
C’est Napoléon III qui reprend le sujet en 1848. La base du fort peut ainsi être enfin achevée, et la construction du fort proprement dit commence en 1857, selon les plans de Montalembert (mort en 1800), c’est-à-dire pour correspondre aux besoins de la guerre du XVIIIe siècle. Les temps ont changé et le fort n’est plus adapté aux besoins modernes. L’artillerie a fait d’immenses progrès : les tirs sont désormais à beaucoup plus longues portée, et tout navire ennemi croisant dans le secteur peut aussi bien être intercepté depuis l’île d’Oléron que depuis l’île d’Aix. Le fort Boyard, dont la construction a été si longue et si complexe, est dépassé avant d’être achevé, inutile donc, jusqu’à ce qu’une chaîne de télé s’en empare en 1990 et décide d’y produire le jeu que l’on connait.

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Le fort Boyard et l’île d’Aix vus depuis l’île d’Oléron (mars 2018)

Source : L’Histoire par l’image

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Un fort pour protéger Rochefort

P1180611Au début du XIXe siècle, suite aux appétits belliqueux de Napoléon, France et Angleterre sont en guerre. Les Anglais visent Rochefort et son arsenal, et cherchent donc à entrer dans l’estuaire de la Charente par tous les moyens. Celui-ci est défendu par 15 navires français. Les Anglais, en 1809, envoient 34 navires en feu contre la pauvre défense française. Certes, les Français parviennent tant bien que mal à protéger l’estuaire de la Charente et Rochefort pour cette fois, mais l’île d’Aix est pillée et Napoléon flippe sérieusement.
Il ordonne alors la construction d’un fort de protection. Le site choisi est l’îlot d’Enet, pile à mi-chemin de l’île d’Aix et de la pointe de la Fumée (commune de Fouras) :

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Le fort est opérationnel en 1812. Non seulement, il protège l’accès à Rochefort, mais il devient aussi une prison.
Aujourd’hui, ce fort se visite : on y accède à pied par marée basse au départ de la pointe de la Fumée (prévoir des bottes et 30 mn de marche). On l’aperçoit aussi par temps clair depuis la plage de Boyardville :

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Photos réalisées à Boyardville (île d’Oléron) en février 2018

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L’huître et le saucisson

Nous sommes en novembre 1940. La France est occupée, ses ressources pillées, et le rationnement devient la règle pour tous les produits alimentaires. Tous ? non. Un seul résiste encore et toujours à l’envahisseur, car celui-ci ne le trouve point à son goût, ce produit, c’est l’huître :

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Et c’est ce que relate un article du quotidien Ouest-Eclair (édition de Nantes) du 13 novembre 1940, en bas de première page (la suite est sur la page 2). L’auteur de l’article se déclare ainsi fort surpris en observant des ouvriers sur un chantier parisien, où à l’heure de récupérer leur casse-croute dans leurs musettes, les ouvriers ne sortent point les traditionnels saucisson et vin rouge mais, à la place, des huîtres et du vin blanc. C’est que le saucisson est rationné et l’huître, non. D’où abondance et profusion : la consommation d’huîtres explose, elle est même multipliée par 20 entre septembre 1939 et octobre 1940. Le principal département fournisseur est, bien sûr, la Charente-Inférieure comme on disait à l’époque, en clair, le bassin de Marennes.
Là où l’article devient amusant, c’est dans la légende de son illustration :

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On y lit, même si la reproduction est floue, que l’on se trouve à Rochefort, avec, au fond, le fort du Chapus. Tout ceci est pour le moins approximatif. Rochefort est, grosso modo, à 30 mn de voiture de Bourcefranc-le-Chapus, pile-poil où a été prise la photo. Quant au fort, il s’agit du Fort Louvois, effectivement sur la même commune, mais totalement invisible depuis Rochefort. Ces journaux de province … ils ne peuvent pas s’empêcher de raconter n’importe quoi …

 

Un jour le jour reviendra …

Les gens tirent la tronche, plissent le museau et font la tête. Tête baissée vers le trottoir détrempé, le quidam arpente vite la ville trop grise et trop mouillée. Des jours et des semaines que ça dure, que le soleil est en RTT voire en longue maladie. On voit la vie en noir et blanc, et ça finit par peser, même Sud-Ouest en a parlé. Ce qui vaut pour la ville vaut aussi pour le littoral. Prenons l’exemple de la Charente-Maritime dimanche dernier, plus précisément la commune du Château d’Oléron. Fin de matinée, la mer baisse et le changement de marée n’apportera que de la pluie (le précédent avait fait « crachin » et « presque une éclaircie mais pas vraiment »). Les ostréiculteurs partent vers leurs parcs, la plate fend la brume et, au loin, on distingue vaguement Fort Louvois, ou du moins ce qui ressemble à son ombre :

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À défaut de porter le regard au loin (Fort Louvois est sur le continent, enfin presque), intéressons-nous à des éléments plus proches, moins noyés dans ce gris mouillé qui rend les formes molles. Dans le chenal qui relie le nouveau port à la mer, il y avait un grèbe. Je n’en avais jamais vu à cet endroit, mais l’observer longtemps fut ardu : les objectifs d’appareil photo aiment peu le crachin, et, en plus, la mise au point s’avérait aléatoire. C’est que gris sur gris, c’est pas simple. Et pourtant, dans la vraie vie, donc par beau temps, ce grèbe-là a quelques couleurs :

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Puisque le grèbe est terne, visons les oies. La bernache cravant est naturellement blanche et noire, ça colle avec le paysage, au moins, on  n’est pas déçu. Et puis, derrière, bien séparés des bernaches, des huîtriers-pies se sont posés. On distingue leur pattes et leurs becs rouges. Si si, regardez bien :

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Photos prises en couleurs et sans trucage sur l’île d’Oléron le 21 janvier 2018

 

Le retour de la galère

P1170795Les plages en hiver sont pleines de surprises. En déambulant sur l’île d’Oléron, je vis quelque chose qui ressemblait, selon l’imagination de chacun, à un préservatif ou à une tétine pour dauphin (cette dernière hypothèse fut émise par une amie que je tiens à remercier ici pour son sens de la poésie). Il s’agit en fait d’un genre d’animal particulièrement urticant, repéré aussi en masse en Vendée (Ouest-France). La Vendée et la Charente-Maritime, ça se touche, et les physalies, aussi nommées « galères portugaises », ça dérive. D’où leur présence pas si étrange que cela.

Photo réalisée sur l’île d’Oléron fin décembre 2017

Un futur requin

Se balader sur la plage en hiver reste un vrai plaisir : peu de monde, juste le bruit (parfois fracassant) des vagues, le sable qui, enfin, ne brûle pas les pieds et ne sent pas la crème solaire, et surtout l’occasion d’observer des créatures difficiles à voir en été.
C’est ainsi le cas de ce petit réceptacle jaune accroché par des sortes des filaments à une algue :

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Il s’agit de l’œuf d’un petit requin très courant le long des côtes françaises métropolitaines, la roussette. Même si le mot « requin » fait encore stupidement peur, la roussette est totalement inoffensive, et on peut même la déguster avec une sauce un peu relevée : elle est commercialisée sous le nom de « saumonette », l’allusion au « saumon » (avec qui  elle n’a rien à voir) étant plus vendeuse que l’affiche « requin ». Les préjugés ont la vie dure. Dans un même ordre d’idée, le requin-taupe est ainsi vendu sous le nom de « veau de mer ».
Mais revenons à notre œuf. Si la roussette est un petit requin, son œuf est plutôt grand. La roussette pond ses œufs dans des algues, auxquels ils s’accrochent et avec lesquelles ils dérivent, parfois jusque sur le sable. L’embryon se transforme lentement (200 jours environ) en poisson. Au bout d’un peu plus de trois mois, l’œuf proprement dit se fissure et laisse entrer l’eau de mer : le futur requin développe alors ses branchies. Encore un peu plus de trois mois plus tard, le bébé requin devenu trop grand sort de son œuf. Il mesure alors 8 à 10 cm et s’apprête à mener la vie rude des animaux marins, risquant de finir dans une assiette l’âge adulte à peine atteint.

Sources : espace-sciences.org et aquarium de St-Malo

Photo prise sur l’île d’Oléron fin décembre 2017

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Les surprises de l’estran vaseux

Je ne me lasse jamais du Bassin d’Arcachon, quelque soit le temps, même sous ciel nuageux comme aujourd’hui, et surtout quelle que soit la marée. La marée haute transforme le Bassin en miroir d’eau géant, la marée basse dégage très loin une bande vaseuse et herbeuse où paissent les oies et les cygnes. D’où balades régulières au fond du Bassin, sur les communes d’Andernos et Arès. Cet après-midi, c’était basse-mer. Il y avait des nuages, mais on voyait néanmoins très bien les cabanes tchanquées de l’île aux Oiseaux, pile en face d’Arcachon, et pourtant c’est loin d’Andernos :

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En zoomant un peu plus, et même carrément trop, pour bien voir les oies bernaches, j’ai cru distinguer un élément peu courant, on dirait l’arrière d’un panneau stop. S’agit-il d’un vraiment panneau, signalant quelque danger ou donnant un ordre quelconque aux bateaux à marée haute (mais le panneau dépasse-t-il assez ?) ou est-ce un canular voire une vue de l’esprit ?

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