Yves and Lucy together in the sky

Le monde tel qu'il va, On ne va pas en faire toute une histoire

1974 : une équipe de chercheurs découvre le squelette d’une australopithèque en Afrique de l’Est. La jeune personne décédée il y a une éternité est aussitôt nommée « Lucy », en référence à la chanson des Beatles, « Lucy in the sky with diamonds ». Parmi ces chercheurs se trouve Yves Coppens. Depuis cette découverte majeure, l’homme a expliqué, fouillé, vulgarisé son savoir mieux que personne, avec une voix extraordinaire. Parce-qu’il était un très grand scientifique et un pédagogue exceptionnel, je me permets de rendre hommage à Monsieur Yves Coppens, qui a rejoint Lucy in the sky le 22 juin.

Opération « île morte »

La mer et ses poissons, Le monde tel qu'il va, Oléron-petipatapon, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

L’alerte rouge est levée, il y a même eu un peu d’orage et de pluie la nuit dernière, mais le grand sud-ouest a morflé. Canicule précoce. Autour de 40°C à l’ombre. Certes, ce chiffre n’a pas été tout à fait atteint sur l’île d’Oléron, mais il fit quand même beaucoup trop chaud hier et vendredi pour envisager autre chose que la planque à la maison, dans le noir des volets consciencieusement clos, avec pas mal de litres de d’eau à portée de gosier. Hier quand même, en début de soirée, une brève sortie fut tentée sur le port du Château d’Oléron. Quelques minutes pour constater que les cabanes d’artistes qui, normalement, le samedi à cette heure, grouillent de badauds, étaient désespérément vides, voire fermées. Pas un chat non plus sur la terrasse du bistrot « L’Annex », où il est bien difficile de trouver une place habituellement. Un port vide, une ville vide, une mer lisse comme un miroir, un ciel chauffé à blanc, aucun relief, une lumière moche. Je préfère l’hiver. Quant à ceux qui doutent encore du réchauffement climatique, vous savez ce que je leur dis ? Je vous préviens, c’est pas poli.

Le port du Château d’Oléron et la terrasse de « L’Annex » en pleine canicule, sur le coup de 18 h 30 le samedi 18 juin 2022

Une petite phrase en passant

Le monde tel qu'il va, Une petite phrase en passant

« A Moscou et à Pékin, les faits doivent se plier à la doctrine du chef. Si tel n’est pas le cas, on ne l’en informe pas, de peur de lui déplaire. C’est le théorème du despote aveuglé par lui-même. »

Alain Frachon, « La guerre en Ukraine et les confinements de masse décidés en
Chine sont des produits de l’autocratie », site web du Monde, 28 avril 2022

Des pistes pour un nouveau gouvernement ?

La chansonnette, Le monde tel qu'il va

Nous sommes certes soulagés mais néanmoins dans le flou. Jean Castex, Premier ministre en exercice, présentera sous sous peu la démission de son gouvernement : ce n’est pas la loi qui l’exige, mais la tradition. Les législatives, mi-juin, apporteront une couleur un peu plus définitive au quinquennat qui démarre, mais entre les deux ? pour l’intérim, on fait comment ? on convoque des personnages de Walt Disney ?

Gérard Lenorman
Si j’étais président (1980)

Une certaine forme de soulagement

Le monde tel qu'il va

Je n’ai certes pas envie de voir Monsieur Macron poursuivre la politique brutale qu’il a engagée lors de son premier quinquennat, et c’est pourquoi je souhaite un vrai front de gauche aux législatives afin d’imposer une cohabitation propre et viable. Mais le résultat de ce soir apporte quand même un réel soulagement.
Pourquoi une cohabitation avec Monsieur Macron serait-elle plus propre qu’avec Mme Le Pen aux commandes ? Parce-que, en cas de cohabitation, le président de la République a un domaine réservé, un champ d’action rien qu’à lui : la politique étrangère. Et, sincèrement, je préfère voir dans cette fonction un Européen convaincu plutôt qu’une adhérente de l’internationale des dictateurs, un type qui tente le dialogue plutôt qu’une copine de Poutine.
Il faut néanmoins désormais jouer serré. La catastrophe pourrait venir d’une cohabitation Macron / gang Le Pen et fachos associés. Restons vigilants.

Ni vote blanc, ni blanc seing

Le monde tel qu'il va

Je ne m’adresse pas ici à celles et ceux qui, par conviction ou par jeu, votent déjà Le Pen, histoire de voir, de casser le fameux « système » : comme l’a dit Ariane Mnouchkine dans une interview pour Télérama, « on n’essaie pas le fascisme ».

Je m’adresse en revanche à celles et ceux qui, comme moi, ont voté à gauche, souvent Mélenchon, par haine de Le Pen et par refus d’un deuxième mandat Macron. Celles et ceux qui, demain, de colère, pourraient être tentés par l’abstention ou le vote blanc. Les deux sont certes comptabilisés désormais à part, mais, si cela nourrit les statistiques et les commentateurs politiques, cela ne change rien au résultat final. La constitution ne prévoit pas de seuil minimal de votes exprimés pour désigner le vainqueur. Et donc, même si le vote blanc l’emporte, il y aura quand même un quidam à l’Elysée. Un Macron peut-être, ou une Le Pen plus sûrement encore, car ses soutiens sont nombreux. Le fascisme a gangrené mon pays de manière forte. Le pire n’est alors plus impossible.

Il n’y a donc plus qu’une possibilité, peste mâtinée de choléra peut-être, mais c’est la seule solution : le vote Macron reste la seule issue possible. N’oublions pas juin et les législatives. Rêvons d’une union de la gauche, et pourquoi pas d’une cohabitation, un truc à l’ancienne qui rééquilibrerait les pouvoirs : le pouvoir législatif qui renouerait avec ses prérogatives puisque l’exécutif serait coupé en deux. Ce n’est pas de la nostalgie, c’est de la survie.

Et merde !

Le monde tel qu'il va
Extrait du site web du Monde, 10 avril 2022

Résistance face à l’aveuglement

La chansonnette, Le monde tel qu'il va

À tous ces gens qui ne voteront pas demain, à tous ceux qui cèderont aux sirènes simplistes de certains réseaux sociaux manipulés par une extrême-droite sans scrupule, je dédie cette chanson de Pigalle, ode aux imbéciles heureux ou en colère, mais tellement imbéciles qu’ils en sont dangereux. La chanson peut aussi être lue ici. Aux urnes, citoyens !

Pigalle
Faut pas s’inquiéter

Aux votes, citoyens !

Le monde tel qu'il va

Quand faut y aller, faut y aller. Je m’étais promis de ne plus parler sujets graves, sujets qui fâchent et autres tergiversations politiques dans ce blog, privilégiant le chant des oiseaux et les jolis paysages. Mais, tôt ou tard, faut retourner au charbon, se souvenir que les échéances électorales engagent bien plus que l’apéro avec les potes un dimanche soir. Bref, il faut argumenter, motiver, lutter.
Depuis vingt ans maintenant, lors de l’élection présidentielle, je ne vote plus « pour » mais « contre ». Parce-que, en un temps, il fallut empêcher Le Pen père d’entrer à l’Elysée ou empêcher Sarko d’y rester, par exemple.
Même schéma cette année : virer Macron, parce-que je ne vais pas à nouveau me tirer une balle dans le pied (M’sieur Blanquer, si vous lisez ces lignes …), et empêcher mémère Le Pen et trouduc’ Zemmour de s’installer dans les ors de la République et du 8e arrondissement.

Naturellement de gauche, soucieuse et inquiète du réchauffement climatique, ma voix devrait naturellement se porter sur Monsieur Jadot. C’est d’ailleurs ce que j’avais initialement envisagé. Mais avec une extrême-droite tonitruante et un Macron pas encore au tapis, je joue le tout pour le tout, j’abats la seule carte capable de barrer la route aux affreux : c’est le bulletin de Monsieur Mélenchon que je glisserai dimanche dans l’urne.

Quand le sirocco redécore la ville

Il y a une vie en dehors de Bordeaux, Le monde tel qu'il va, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Cette semaine, un vent chargé de sable du Sahara a balayé l’Europe du Sud au Nord. Si la chose est fréquente aux Canaries, pas rare en Espagne continentale, un peu exceptionnelle mais pas inconnue en Aquitaine, elle est carrément plus inattendue dans le nord de la France et même au Luxembourg, où le ciel est devenu jaune comme partout.
Mardi, à Bordeaux, les voitures, les fenêtres, les plantes, étaient ocre. Le ciel au petit matin tirait vers le verdâtre, puis devint plus orangé au lever du jour. Le sirocco passait par là. Pas facile à prendre en photo, le smartphone, quoique docile, n’étant quand même pas aussi subtil que l’œil humain.

Une petite phrase en passant

Le monde tel qu'il va, Une petite phrase en passant

« Pour un nombre conséquent d’individus et notamment les plus jeunes d’entre eux, l’idée même de démocratie a perdu de son évidence, remplacée par un besoin éperdu d’autorité, un désir de chef, d’homme providentiel capable du meilleur mais plus certainement du pire. »

Laurent Sagalovitsch, « Au vu du monde qui se dessine, je serais presque
heureux de ne pas avoir d’enfants », Slate.fr, 4 mars 2022

Salle des profs atomisée

Je suis prof mais je me soigne, La chansonnette, Le monde tel qu'il va, Un peu d'art dans un monde de brutes

Il arrive que les enseignants aient, entre eux et dans l’intimité de la salle des profs, d’autres sujets de conversation que les élèves. Entre la machine à café et les photocopieurs, il y a certes encore largement « ça serait quand même bien que la mère de Lucienne laisse sa fille se débrouiller seule » ou « t’as vu les progrès de Martine ? » ou « quelqu’un sait pourquoi Yvan est absent depuis huit jours ? ». Mais il y a surtout désormais « il est devenu incontrôlable, et c’est ce qui fait peur », « je ne sais pas comment parler de la menace nucléaire aux gamins », « je croyais vraiment qu’il s’arrêterait au Donbass », « a priori, ses bidasses, ce ne sont pas des flèches, c’est pas rassurant », etc. Bref, Poutine occupe nos conversations, monopolise nos récrés, et génère une angoisse sourde face à laquelle le covid semble une bien petite chose. Dans dix jours, on vire pourtant les masques. Cette perspective ne parvient même pas à nous réjouir.
Pour sourire quand même, nous pouvons toujours ré-écouter La java des bombes atomiques de Boris Vian :

La réalité n’a pas mis longtemps à dépasser la fiction

Le monde tel qu'il va, Un bon film sinon rien

Poutine poursuit son plan de reconquête de l’empire de manière implacable et brutale. L’invasion de l’Ukraine en est la preuve concrète et, peut-être, le premier épisode d’une série plus ardue, allez savoir …
À propos de série, il n’est pas inapproprié de faire le parallèle entre la guerre déclenchée par Poutine pour occuper l’Ukraine et la série TV Occupied, disponible sur le site d’Arte jusqu’au 9 décembre 2022. Dans cette fiction, la Russie occupe la Norvège afin d’en récupérer le pétrole. Mais, dès que des accords sont conclus entre le gouvernement norvégien et la Russie, une autre demande s’ajoute, rendant la fin de l’occupation impossible. La machine russe avance tel un rouleau-compresseur, mais, à la différence de l’agression actuelle envers l’Ukraine, dans la série, il n’y a pas de bombardement, pas de déploiement militaire massif aussi visible. Le rouleau-compresseur avance inexorablement, mais pas à pas. Dans la vraie vie, Poutine y va en mode « bourrin », et là, la réalité, malheureusement, dépasse vraiment la fiction.

2022, c’est parti !

Le monde tel qu'il va

C’était 2021

Le monde tel qu'il va

Passer en mode « fêtes »

Le monde tel qu'il va

2021 tire à sa fin, le père Noël est en route, les sapins clignotent, les chocolatiers ont été dévalisés, nous pouvons aborder les fêtes de fin d’année. Fêtes que je vous souhaite joyeuses et agréables. Prenez du bon temps … et prenez soin de vous et de ceux qui vous entourent.

Image par Zuckerwattenland de Pixabay

Quand Libé peint LR tel qu’il est

Le monde tel qu'il va, Un peu d'art dans un monde de brutes

Il fut dit que LR était le parti gaulliste. Soit. Mais aujourd’hui ? cette droite bien classique, bien XVIe arrondissement, collier de perle et rictus obligé, tombe carrément dans le lourd, le gras pour ne pas dire graveleux, la droite extrême, intolérante, rance et bête. C’est en tout cas ce que montre le résultat du premier tour des primaires, dont sortent du chapeau Mme Valérie Pécresse et M. Eric Ciotti, deux choupinets avides d’aider leurs prochains, ouverts au monde, tout ça tout ça, enfin presque. Face à ce résultat qui ne me surprend même pas tant l’incurie et la bêtise de pas mal de nos contemporains me laissent sans voix, Libé a eu l’idée de couvrir le sujet par une image de une parodiant le tableau de Grant Wood, American Gothic.

Grant Wood a peint ce tableau en 1930, donc juste après le krach boursier qui a mis les Etats-Unis à genoux. On y voit un homme peu joyeux et sa fille célibataire, et pas plus joyeuse, devant une bicoque austère comme une église. C’est d’ailleurs en passant devant une maison qui lui a fait penser à une église que Grant Wood a peint ce tableau. Les personnages sont graves, sévères, rien ne laisse voir en eux la moindre once de douceur, ils sont sous la vague de la crise, et tentent, malgré tout, de rester droits dans leurs bottes, fourche à la main, parce-qu’on ne sait jamais. Chez ces gens-là, comme chantait Brel, …

Une chansonnette

La chansonnette, Le monde tel qu'il va

Voilà le Sarko à deux doigts d’être derrière les barreaux, même si, appel suspensif aidant, il peut encore déambuler. Sa désinvolture lors de son dernier procès lui coûte cher, ça lui apprendra. Et ça me rappelle la chanson qu’Alexis HK lui avait consacré en 2009, le décrivant dans le rôle d’un coq de combat prêt à tout et même au pire pour avoir sa place au soleil.

Alexis HK
Chicken manager (2009)

Pour lire les paroles, c’est par ici

Une lune façon halloween

Le monde tel qu'il va, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Halloween est encore loin, mais la couleur orange, les ombres, les premiers curcubitacés d’automne sur les marchés, tout cela incite à la comparaison pour ne pas dire à la confusion. C’est aujourd’hui la pleine lune et elle est orange comme un Casimir. J’ai tenté la photo, forcément. Si le zoom x 60 a des qualités, il génère aussi du flou, forcément. Croyez-moi donc sur parole ou sortez sur votre balcon : ce soir, la lune a une bonne bouille de potiron.

La lune en mode citrouille – 21/09/2021

Jour J

Chronique du déconfinement, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

19 mai 2021. On devrait presque l’ériger en fête nationale, voire en jour férié. Ce n’est pas encore l’heure de l’immense youpi qui s’entendra jusque sur la planète Mars, mais la vie normale reprend peu à peu, avec certes encore quelques limites.
Voilatipa que le Bordelais trouve soudain opportun de dîner dès 19 h, puisque c’est le seul moyen de dîner au resto. En terrasse, bien sûr. Et lesdites terrasses sont au rendez-vous, comme les clients, heureux, joyeux, trinquant du bonheur de renouer avec ce qui, autrefois, était juste normal, ordinaire.

Bordeaux, 19 mai 2021

Ils sont venus, ils étaient tous là

Chronique du déconfinement, La mer et ses poissons, Oléron-petipatapon, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Vus les embouteillages de cet après-midi pour quitter l’île d’Oléron puis pour rentrer sur Bordeaux, j’ai un instant eu l’impression que toute la France habitait la même ville et passait ses week-ends sur le même petit bout de littoral. Mais quoi … n’avions-nous pas enfin eu le droit de déambuler où bon nous semble pour un peu plus quelques heures ? Ce grand week-end de quatre jours, même avec le vent et de jolis nuages, avait des airs de vacances. Une respiration, enfin. Et puis, finalement, une fois sur zone, nous avons déambulé tranquillement, sans nous gêner ni nous covider. Si, sur la photo ci-dessous, la foule semble dense, c’est juste parce-que j’ai abusé du zoom, ce gadget qui écrase les perspectives. Bien sûr il y avait du monde sur les plages, sans empêcher toutefois les distances de sécurité sanitaire, et tous ces gens étaient contents. Moi aussi.

Saint-Trojan-les-Bains (17), mai 2021

Un peu d’eau dans le vin

Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

L’eau dans le vin, ce n’est jamais bien : l’eau se met à puer et le vin prend un goût de pipi. Mais c’est l’expression consacrée pour dire que l’on renonce à une part de ses exigences, que l’on assouplit la règle, que l’on s’adapte à l’adversaire. L’adversaire, actuellement, est un virus. Mon cher ministre de tutelle a peut-être l’impression, depuis quelques jours, que l’adversaire est un groupe compact et motivé de lycéens prêts à bloquer leurs bahuts pour remettre à plat les épreuves de fin d’année. Mais l’adversaire, c’est bien d’abord et avant tout un virus.
Résumons : en plus de devoir subir une réforme bâclée et violente, nos poussins de terminales ont la scolarité hachée menu par un covid confinant. Préparer le bac dans ces conditions relève du défi, que les poussins tentent de relever parce-qu’ils sont vaillants, mais quand même. Alors ils couinent, ils grincent, ils râlent, ils défilent. Et monsieur Blanquer tente d’adoucir la brutalité du moment, à très très petite touche, pour sauver ce qui peut encore l’être de sa réforme informe.
Il annonce donc, pour l’épreuve de philo, que la note de celle-ci ne sera prise en compte que si elle est supérieure à celle du contrôle continu. Pour faire court, les marmots qui ont d’ores et déjà la moyenne peuvent se la couler douce, leur note est assurée. Les autres sont priés de se sortir les doigts du …
Pour le grand oral, qui porte sur les enseignements de spécialité, les candidats auront la possibilité d’utiliser leurs notes rédigées pendant les 20 mn de préparation de l’épreuve, ce qui était prohibée dans la mouture initiale dudit grand oral.
Bien sûr que cela va soulager nos jeunes, mais est-ce suffisant face à une année en morceaux ? Ils ne pourront pas non plus être interrogés sur les thèmes non vus dans l’année. C’est rassurant, mais est-ce un gage de réussite pour autant ? N’oublions pas que certains établissements, majoritairement privés, n’ont pas joué le jeu de l’enseignement hybride lors du deuxième confinement, et affirment aujourd’hui, dans les dossiers parcoursup, leur fierté à avoir gardé les classes entières, y compris au mépris de l’intérêt général. Quand mon petit cul préside, n’est-ce pas ? …
Alors, comment ces profs (du privé, mais pas que) qui ont boosté leurs élèves comme des chevaux de course, quitte à créer du cluster à tour de bras, jugeront-ils les élèves lambda, qui viennent des bahuts ordinaires ? Ne seront-ils pas tenté de savonner les planches des pauvrets qui n’auront pas étudié tous les thèmes du programmes ? Je ne fantasme pas, des profs du privés qui cartonnent des gosses du public, j’en ai croisés dans plusieurs jurys de bac.
Et même si mes élèves de terminale m’agacent un peu, je n’ai vraiment pas envie qu’ils se prennent une tôle parce-que les profs du jury auront, eux, préféré prendre le risque covid plutôt que d’accepter de ne pas finir les programmes. Parce-que mes poussins à moi ne sont pas des bêtes de concours nourris aux OGM mais des humains en construction, plein d’émotions et nourris bio.
Alors m’sieur Blanquer, avec tout le respect que je vous dois puisque vous êtes mon patron, ménagez nos enfants. Ils ont eu deux années en petits morceaux. Ils n’ont pas besoin qu’on en rajoute. L’aménagement n’est qu’un tout petit pansement sur une plaie géante. Ne pourriez-vous pas, m’sieur Blanquer, ajourner les épreuves pour cette année ?

C’est la rentrée

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne

À quoi reconnait-on une rentrée scolaire lorsque l’enseignement se fait « en distanciel » ? Allez, c’est facile, on n’est plus surpris. La seule nouveauté, c’est le petit message d’explication, qui a changé depuis le début du mois, histoire de pimenter un peu le quotidien :

Des perches dans la jalle

Chronique du grand confinement, Nos amies les bêtes, Promenons-nous dans les bois, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

La balade dans l’enclos de 10 km de rayon m’a menée aujourd’hui sur la jalle de Blanquefort, un petit affluent de la Garonne. C’est joli tout plein et il y avait même de grands arbres pour faire de l’ombre. Regardant l’onde pure de la rivière, attendant peut-être quelque grenouille dont le coassement titillait agréablement mes tympans, je me mis à observer ce qui nageait dans le coin, à savoir des poissons de tailles variées mais a priori de même espèce, apparemment des perches. Si j’en crois le grand web et son valet wikipédia, c’est un carnassier fort vorace qui, quand pitance manque, n’hésite pas à manger ses congénères. J’avais devant moi, dans une rivière tranquille, de dangereux cannibales. Même pas peur, même pas mal.

Des perches dans la jalle de Blanquefort (33) – 24 avril 2021

La marche est haute

Chronique du grand confinement, Nos amies les bêtes, Promenons-nous dans les bois, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Ma balade confinée dans mon espace de libre parcours de 10 km de rayon m’a aujourd’hui amenée du côté du lac de Bordeaux, dans ce pseudo éco-quartier nommé Ginko. Des petits étangs rectangulaires drainent le marécage sur lequel sont construits les immeubles (et ne sont pas seulement là pour faire joli, comme le disait la pub lors de la mise en vente des appartements de ce nouveau quartier). Et sur ces petits étangs, pataugeant tranquillement, des hordes de colverts qui ont bien compris que le vieux crouton de pain était pour eux, que le quidam local avait la miette facile, que la malbouffe c’était rien qu’une légende urbaine. Empiffré, le canard fait du canard à tour de plume dès que le printemps s’annonce, et le caneton suit la meute de mare en mare. Ou pas. Ou plus tard. C’est qu’il y a des seuils, des écueils, des marches à franchir. Et le caneton ahane et insiste, souffre et reprend son souffle, se relance, retente sa chance, puis réussit, enfin, à rejoindre la fratrie.

Le côté désagréable du printemps

Chronique du grand confinement, Nos amies les bêtes, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée, Un peu d'art dans un monde de brutes

Le printemps est un moment merveilleux : les jours qui rallongent, les zozios qui batifolent, le soleil qui donne des couleurs, les premières fraises, les asperges …
Le printemps est un moment désagréable néanmoins, non pas à cause de cet insupportable covid et de ses conséquences absurdes (quoique …), mais parce-que c’est une saison qui pique. Un moustique vu il y a trois semaines, un moustique tué il y en a deux, un moustique qui a piqué il y a quelques jours. Ma délicate cheville droite s’en gratte encore. Ce qui m’amène à un dessin urbain vu récemment :

Toujours plus haut

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Promenons-nous dans les bois, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée, Un peu d'art dans un monde de brutes

10 km de rayon autour du nid. Pour des vacances imposées, c’est limité. 10 km de libre parcours, avec parcs et jardins ouverts, c’est toujours mieux que la punition XXL du printemps 2020. Il faut toujours voir le moins mauvais côté des choses.
C’est ainsi qu’aujourd’hui, respectant à la lettre l’ordonnance ministérielle, mes baskets m’ont trainée jusqu’au Bois du Bouscat, un joli espace forestier en bordure d’hippodrome. Et là, au milieu des chênes, les pieds dans le marécage, il y a de très grandes échelles blanches. Des échelles qui incitent à voir le monde d’en haut, à prendre du recul à défaut d’avoir le dessus. L’optimisme tient à peu de choses, finalement.

Rien que des bons souvenirs !

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne

Ah ! les joies du travail « en distanciel » (ce mot est toujours aussi laid) ! et que je te bidouille un cours compréhensible par des marmots, et que je demande aux dits marmots de déposer leur boulot là où il faut (la démo a été re-re-re-refaite en classe dans la vraie vie la semaine dernière), et que je m’apprête à poster cours et consignes, et que, et que, et que … patatras, comme l’an dernier dans la même situation, l’espace numérique de travail envoie un joli message :

La cage

Chronique du grand confinement, Le monde tel qu'il va, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Je ne décolère pas. La remise en cage, à la niche, derrière les barreaux, dis-le comme tu veux, ce re-confinement me met hors de moi parce-qu’il était évitable. Et puis aussi parce-que nos dirigeants n’ont rien compris au film. En quoi suis-je plus dangereuse en me baladant seule à marée basse sur la plage à 50 km de chez moi, qu’en déambulant au milieu de plein d’autres quidams sur les quais de Bordeaux ? Expliquez-moi, mesdames et messieurs les dirigeants en quoi le square du bas de la rue est moins dangereux que la forêt à 30 bornes ? Ces mesdames et messieurs rétorqueront qu’il était possible de s’isoler (on ne dit plus confiner, ça fait re-sucé de 2020) ailleurs, dans des prés verdoyants, dans la maison de famille du Lot ou la résidence secondaire à La Baule. Et pour ceux qui ne peuvent pas télétravailler ? et pour ceux qui n’ont pas sous le coude, hop comme ça, la bicoque sympa avec connexion internet ad hoc pour que les drôles puissent faire semblant d’avoir l’école à la maison ? bref, pour les gens ordinaires ? Je suis en colère et je piaffe derrière les barreaux de ma cage, même si je sais que j’ai la chance immense d’avoir une cage avec jardin dans une jolie ville avec Garonne. Une jolie cage, mais sans la plage ni l’océan.

La remise en cage, à la niche, qui me prive de plage et d’océan

En avril, ne te déconfine pas d’un fil

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

L’impression, une fois encore, d’être plongée sans mon plein gré dans le film Un jour sans fin. Avril 2020 : à la niche. Avril 2021 : à la niche aussi, la sidération en moins. L’impression de revivre du déjà vécu, avec pas mal de fatigue et d’amertume.
Je reste convaincue que si tout le monde avait bien joué le jeu de la distanciation physique et du masque, nous n’en serions pas là. C’est peut-être réac’, peut-être une réaction de vieille conne, et pourtant … il y a peu, j’entendais sur Inter le monsieur qui a mis au point la solution hydro-alcoolique, dont la formule est dans le domaine public parce-qu’il en a voulu ainsi.

Ce monsieur, de nationalité suisse je crois, mais peu importe, ce monsieur, disais-je, expliquait fort bien à quel point les gestes dits « barrières » étaient indispensables et suffisants pour limiter la propagation des virus. Il a bien dit « suffisants ». Voilà voilà. Et dans le tram les masques sont sous le nez. Au lycée, c’est carrément, depuis deux jours, le bal des mal masqués. Nous sommes vivants parce-que nous avons survécu.
Quatre semaines hors de la trempette, c’est toujours ça de gagné, mais ce sont quatre semaines perdues pour la vraie vie, pour la famille, les amis, la forêt, l’océan. L’impression d’un immense gâchis parce-que trop de mes contemporains jouent perso, parce-que le civisme, le respect, oserais-je dire le bon sens, sont parfois perçus comme des signes de faiblesse. Désolée si ce discours semble ringard, mais j’en ai marre, vraiment marre, de me fader des hordes de « moi je » à longueur de journée.