Jour J

Chronique du déconfinement, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

19 mai 2021. On devrait presque l’ériger en fête nationale, voire en jour férié. Ce n’est pas encore l’heure de l’immense youpi qui s’entendra jusque sur la planète Mars, mais la vie normale reprend peu à peu, avec certes encore quelques limites.
Voilatipa que le Bordelais trouve soudain opportun de dîner dès 19 h, puisque c’est le seul moyen de dîner au resto. En terrasse, bien sûr. Et lesdites terrasses sont au rendez-vous, comme les clients, heureux, joyeux, trinquant du bonheur de renouer avec ce qui, autrefois, était juste normal, ordinaire.

Bordeaux, 19 mai 2021

Ils sont venus, ils étaient tous là

Chronique du déconfinement, La mer et ses poissons, Oléron-petipatapon, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Vus les embouteillages de cet après-midi pour quitter l’île d’Oléron puis pour rentrer sur Bordeaux, j’ai un instant eu l’impression que toute la France habitait la même ville et passait ses week-ends sur le même petit bout de littoral. Mais quoi … n’avions-nous pas enfin eu le droit de déambuler où bon nous semble pour un peu plus quelques heures ? Ce grand week-end de quatre jours, même avec le vent et de jolis nuages, avait des airs de vacances. Une respiration, enfin. Et puis, finalement, une fois sur zone, nous avons déambulé tranquillement, sans nous gêner ni nous covider. Si, sur la photo ci-dessous, la foule semble dense, c’est juste parce-que j’ai abusé du zoom, ce gadget qui écrase les perspectives. Bien sûr il y avait du monde sur les plages, sans empêcher toutefois les distances de sécurité sanitaire, et tous ces gens étaient contents. Moi aussi.

Saint-Trojan-les-Bains (17), mai 2021

C’est la rentrée

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne

À quoi reconnait-on une rentrée scolaire lorsque l’enseignement se fait « en distanciel » ? Allez, c’est facile, on n’est plus surpris. La seule nouveauté, c’est le petit message d’explication, qui a changé depuis le début du mois, histoire de pimenter un peu le quotidien :

Des perches dans la jalle

Chronique du grand confinement, Nos amies les bêtes, Promenons-nous dans les bois, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

La balade dans l’enclos de 10 km de rayon m’a menée aujourd’hui sur la jalle de Blanquefort, un petit affluent de la Garonne. C’est joli tout plein et il y avait même de grands arbres pour faire de l’ombre. Regardant l’onde pure de la rivière, attendant peut-être quelque grenouille dont le coassement titillait agréablement mes tympans, je me mis à observer ce qui nageait dans le coin, à savoir des poissons de tailles variées mais a priori de même espèce, apparemment des perches. Si j’en crois le grand web et son valet wikipédia, c’est un carnassier fort vorace qui, quand pitance manque, n’hésite pas à manger ses congénères. J’avais devant moi, dans une rivière tranquille, de dangereux cannibales. Même pas peur, même pas mal.

Des perches dans la jalle de Blanquefort (33) – 24 avril 2021

La marche est haute

Chronique du grand confinement, Nos amies les bêtes, Promenons-nous dans les bois, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Ma balade confinée dans mon espace de libre parcours de 10 km de rayon m’a aujourd’hui amenée du côté du lac de Bordeaux, dans ce pseudo éco-quartier nommé Ginko. Des petits étangs rectangulaires drainent le marécage sur lequel sont construits les immeubles (et ne sont pas seulement là pour faire joli, comme le disait la pub lors de la mise en vente des appartements de ce nouveau quartier). Et sur ces petits étangs, pataugeant tranquillement, des hordes de colverts qui ont bien compris que le vieux crouton de pain était pour eux, que le quidam local avait la miette facile, que la malbouffe c’était rien qu’une légende urbaine. Empiffré, le canard fait du canard à tour de plume dès que le printemps s’annonce, et le caneton suit la meute de mare en mare. Ou pas. Ou plus tard. C’est qu’il y a des seuils, des écueils, des marches à franchir. Et le caneton ahane et insiste, souffre et reprend son souffle, se relance, retente sa chance, puis réussit, enfin, à rejoindre la fratrie.

Le côté désagréable du printemps

Chronique du grand confinement, Nos amies les bêtes, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée, Un peu d'art dans un monde de brutes

Le printemps est un moment merveilleux : les jours qui rallongent, les zozios qui batifolent, le soleil qui donne des couleurs, les premières fraises, les asperges …
Le printemps est un moment désagréable néanmoins, non pas à cause de cet insupportable covid et de ses conséquences absurdes (quoique …), mais parce-que c’est une saison qui pique. Un moustique vu il y a trois semaines, un moustique tué il y en a deux, un moustique qui a piqué il y a quelques jours. Ma délicate cheville droite s’en gratte encore. Ce qui m’amène à un dessin urbain vu récemment :

Toujours plus haut

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10 km de rayon autour du nid. Pour des vacances imposées, c’est limité. 10 km de libre parcours, avec parcs et jardins ouverts, c’est toujours mieux que la punition XXL du printemps 2020. Il faut toujours voir le moins mauvais côté des choses.
C’est ainsi qu’aujourd’hui, respectant à la lettre l’ordonnance ministérielle, mes baskets m’ont trainée jusqu’au Bois du Bouscat, un joli espace forestier en bordure d’hippodrome. Et là, au milieu des chênes, les pieds dans le marécage, il y a de très grandes échelles blanches. Des échelles qui incitent à voir le monde d’en haut, à prendre du recul à défaut d’avoir le dessus. L’optimisme tient à peu de choses, finalement.

Rien que des bons souvenirs !

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne

Ah ! les joies du travail « en distanciel » (ce mot est toujours aussi laid) ! et que je te bidouille un cours compréhensible par des marmots, et que je demande aux dits marmots de déposer leur boulot là où il faut (la démo a été re-re-re-refaite en classe dans la vraie vie la semaine dernière), et que je m’apprête à poster cours et consignes, et que, et que, et que … patatras, comme l’an dernier dans la même situation, l’espace numérique de travail envoie un joli message :

La cage

Chronique du grand confinement, Le monde tel qu'il va, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Je ne décolère pas. La remise en cage, à la niche, derrière les barreaux, dis-le comme tu veux, ce re-confinement me met hors de moi parce-qu’il était évitable. Et puis aussi parce-que nos dirigeants n’ont rien compris au film. En quoi suis-je plus dangereuse en me baladant seule à marée basse sur la plage à 50 km de chez moi, qu’en déambulant au milieu de plein d’autres quidams sur les quais de Bordeaux ? Expliquez-moi, mesdames et messieurs les dirigeants en quoi le square du bas de la rue est moins dangereux que la forêt à 30 bornes ? Ces mesdames et messieurs rétorqueront qu’il était possible de s’isoler (on ne dit plus confiner, ça fait re-sucé de 2020) ailleurs, dans des prés verdoyants, dans la maison de famille du Lot ou la résidence secondaire à La Baule. Et pour ceux qui ne peuvent pas télétravailler ? et pour ceux qui n’ont pas sous le coude, hop comme ça, la bicoque sympa avec connexion internet ad hoc pour que les drôles puissent faire semblant d’avoir l’école à la maison ? bref, pour les gens ordinaires ? Je suis en colère et je piaffe derrière les barreaux de ma cage, même si je sais que j’ai la chance immense d’avoir une cage avec jardin dans une jolie ville avec Garonne. Une jolie cage, mais sans la plage ni l’océan.

La remise en cage, à la niche, qui me prive de plage et d’océan

En avril, ne te déconfine pas d’un fil

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

L’impression, une fois encore, d’être plongée sans mon plein gré dans le film Un jour sans fin. Avril 2020 : à la niche. Avril 2021 : à la niche aussi, la sidération en moins. L’impression de revivre du déjà vécu, avec pas mal de fatigue et d’amertume.
Je reste convaincue que si tout le monde avait bien joué le jeu de la distanciation physique et du masque, nous n’en serions pas là. C’est peut-être réac’, peut-être une réaction de vieille conne, et pourtant … il y a peu, j’entendais sur Inter le monsieur qui a mis au point la solution hydro-alcoolique, dont la formule est dans le domaine public parce-qu’il en a voulu ainsi.

Ce monsieur, de nationalité suisse je crois, mais peu importe, ce monsieur, disais-je, expliquait fort bien à quel point les gestes dits « barrières » étaient indispensables et suffisants pour limiter la propagation des virus. Il a bien dit « suffisants ». Voilà voilà. Et dans le tram les masques sont sous le nez. Au lycée, c’est carrément, depuis deux jours, le bal des mal masqués. Nous sommes vivants parce-que nous avons survécu.
Quatre semaines hors de la trempette, c’est toujours ça de gagné, mais ce sont quatre semaines perdues pour la vraie vie, pour la famille, les amis, la forêt, l’océan. L’impression d’un immense gâchis parce-que trop de mes contemporains jouent perso, parce-que le civisme, le respect, oserais-je dire le bon sens, sont parfois perçus comme des signes de faiblesse. Désolée si ce discours semble ringard, mais j’en ai marre, vraiment marre, de me fader des hordes de « moi je » à longueur de journée.

C’est reparti pour un tour

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

Le patron a dit « à la niche tu seras », mais pour Pâques faut voir (le patron est catho, ne l’oublions pas).
Le patron a dit « ta niche a 10 km de rayon », c’est bon, c’est dix fois plus qu’en 2020, les maths, c’est stimulant. Et puis j’aime pas les niches, alors savoir que ladite niche peut quand même me mener aux piscines à grenouilles du jardin botanique, ça soulage un peu.
Le patron a dit, « l’école en distanciel la semaine prochaine, et après, deux semaines de vacances pour tous les marmots ». J’avoue que j’apprécie, car la marmaille mi-masquée voire pas masquée du tout d’aujourd’hui a mis une certaine pression sur le corps enseignant que je suis. Sans parler des attitudes désagréables de ces fichus élèves de terminales qui ne font plus rien d’autre que bavasser pendant les cours depuis que parcoursup c’est fini. Ne plus voir les loulous pendant un temps un peu long fera du bien, et surtout évitera la covid-party entre deux récrés. Mais, « en même temps » (pour citer le patron-président), faut planifier en un clin d’œil le cours « en distanciel ». C’est que les parents, plus encore que leurs choupinets, attendent « la continuité pédagogique » de leur fils ou de leur fille, faut pas rigoler avec ça. Mais si, rigolons un peu, quand même. Lors de la mise en demi-jauge, en novembre, les gamins se sont retrouvés à la maison un jour sur deux avec du travail à faire. Les parents, du moins les moins éveillés d’entre eux (la minorité usante), n’avaient pas saisi que si leur loupiot était à la maison, cela ne voulait pas dire que son prof l’était aussi, celui-ci étant en cours avec l’autre moitié de la classe dudit loupiot. Et je me souviens qu’une maman a demandé où trouver la « continuité pédagogique » de sa fille, parce-que sur son Pronote à elle, ce n’était pas clair.
Le patron n’a pas dit comment répondre aux questions des gamins demain.
Le patron n’a pas dit (où alors j’ai lu le compte-rendu du Monde trop vite) si les profs seraient tous vaccinés avant la reprise effective des cours, avec des vrais élèves devant leurs vrais profs dans de vraies salles de classe vraiment trop petites.

C’était il y a un an

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

C’était il y a un an et c’était un vendredi 13. C’est bien la peine de se battre contre les superstitions … C’était un vendredi 13 et, la veille au matin, mon bien aimé ministre de tutelle avait affirmé que les écoles ne fermeraient pas. Mais à l’époque les profs n’étaient pas encore des Jedis, et ce fameux jeudi 12 mars, en soirée, le patron président a décrété la fermeture des écoles, collèges, lycées et universités pour le lundi suivant et jusqu’à nouvel ordre. Alors le vendredi 13 a eu une drôle d’allure. J’ai vu toutes mes classes sauf une, ce sont les hasards de l’emploi du temps. Le soir, je suis rentrée tard car les conseils de classe parfois s’éternisent, surtout face à l’incertitude.
Le confinement nous pendait au nez. Le lendemain j’ai vu la mer pour une dernière fois avant très longtemps et, ce samedi 14, j’aurais du assister à un concert d’Alain Souchon. Concert annulé, reporté, puis reporté encore pour le mois de mai de cette année.
Quelques temps plus tard, j’ai aussi loupé le spectacle de Brigitte Fontaine, reporté lui aussi. Ces deux-là, Alain et Brigitte, je les écoute souvent. Spectacles vivants, cinémas, restos, expos nous manquent terriblement.
C’était il y a un an et je pensais naïvement que le confinement ne durerait pas si longtemps, que c’était un mauvais moment à passer mais que ça passerait vite, que c’était une expérience comme une autre. Que l’été venu tout serait plié, oublié. Je pensais, je supputais, j’espérais, j’avais tout faux. C’est bête d’être foncièrement optimiste, parfois.
Aujourd’hui, un an après, nous nous apprêtons sans enthousiasme et avec crainte à accueillir à nouveau tous les élèves du lycée en même temps, la vaccination patachonne et en plus il pleut. Mais je viens de voir sur Arte un joli documentaire sur Sting, et ce retour aux années 80 a quelque chose de fort apaisant.
Et puis les premières asperges arrivent sur les marchés, les huîtres du bassin d’Arcachon sont à nouveau autorisées à la consommation (après un mois de pause pour cause d’eau pas propre), les oiseaux déambulent, c’est la grive qui me réveille le matin, et les arbres font de jolis fleurs dans les jardins. Tout va bien, nous sommes vivants.

Une chansonnette

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Dès à présent, je ne vais faire que des choses pas essentielles. Voir des gens que j’aime (parce-que quand on s’applique, respecter le protocole sanitaire, c’est facile, et ça évite de se confiner à Versailles façon chef d’État pris le nez dans le pot de confiture). Écouter de la musique, même si dans la vraie vie, c’est encore prohibé (mais j’ai commencé aujourd’hui même par Petrucciani à Marciac en 1996, sur le site de l’INA). Lire, bien sûr. Et puis l’océan, la forêt, quelques amis, … Rien d’essentiel, puisque l’essentiel serait de pouvoir déambuler dans IKEA mais pas d’aller au musée. Rien d’essentiel puisque l’essentiel serait de faire la queue devant des dealers de la fast fashion plustôt que d’aller au théâtre. Bref, je mets sous couvert la colère, le bouillonnement, la rage, et vous confie aux bonnes mains et aux bonnes paroles d’une vraie bonne personne : Grand Corps Malade. Portez-vous bien et à l’année prochaine.

Grand Corps Malade
Pas essentiel (2020)

L’amer retour vers la mer

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M’sieur Castex a parlé. M’sieur Castex a dit banco pour la bamboche à naouel à 6 max, au-delà c’est péché. Soit. M’sieur Castex a dit « pu b’soin d’attestation pour dire que j’ai un truc à faire dehors » à partir du 15 décembre. Sauf après 20 heures. Couvre-feu alors que nous ne sommes pas en temps de guerre, soit, mais ça fait bizarre. M’sieur Castex a dit « sages comme des images » au nouvel-an et quand on voit ses parents et ses grands parents. T’inquiète, m’sieur Castex, nul ici ne veut zigouiller l’ascendance ni perdre ses amis. Nous avons tous surtout besoin de liens humains.
M’sieur Castex a dit aussi que nous pourrions déambuler librement, dans les horaires consentis et en respectant les gestes barrière (don’t worry, patron, c’est acquis) dès le milieu de la semaine prochaine. Et cela veut dire, chers amis, que nous allons exploser la barrière des 20 km et revoir l’océan. Peut-être même se planter devant et observer le doux balancement de la marée. Ou déambuler entre mer et forêt et cueillir quelques champipis au passage, histoire de préparer le repas de naouel pour 6 personnes max. Mais retourner au ciné, au théâtre, voir du spectacle vivant, que nenni. Et la rage gronde, comme une marée montante de fort coefficient.

Se planter devant l’océan et observer le doux balancement de la marée …


Un arbre pour tenir face à la brutalité du monde

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L’allègement du confinement nous permet, à partir de demain, de batifoler dans un rayon de 20 km autour de notre domicile. Ça n’a l’air de rien, mais je peux presque aller gambader jusqu’à Libourne. Je n’ai rien à y faire, et en plus demain j’ai manif (Marche pour les Libertés, 14 h, place de la Bourse, Bordeaux). Mais quand même, cela ouvre des perspectives, notamment, pour tous mes contemporains qui n’ont pas pu quitter le béton. En effet, dans un rayon de 20 km, on doit bien trouver un arbre. Au moins un. C’est quand même plus jouissif qu’une queue de 4 km (protocole sanitaire oblige) devant une enseigne de la grande distribution.
Un possible retour vers la nature ou ce qui y ressemble. L’arbre comme ressource, ancrage profond dans la vie. Celui qui illustre cette note est un chêne, que j’ai le privilège de n’avoir jamais quitté des yeux trop longtemps, car, confinement ou pas, je l’ai croisé de multiples fois, ce bel arbre se situant sur le chemin qui me mène à mon lieu de travail. Aujourd’hui, j’y ai même entendu un geai.

Un chêne dans l’agglomération bordelaise – 27/11/2020

Un jour sans fin

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne

Le premier confinement m’avait, comme à bon nombre de mes contemporains, donné l’impression de plonger pour de vrai dans le film de Bill Murray, sorti en 1993. Certes, point de marmotte, mais la répétition ad libitum d’un temps qui s’étire avait fini par avoir raison de ma patience, et je me souviens, au premier jour du pré-déconfinement, avoir jailli en bord de Garonne comme un diable sortant de sa boite, et je ne vous parle même pas du retour à l’océan …

Ce deuxième confinement est un peu différent : 50 à 60 h de boulot par semaine, en étant sur site plus d’un tiers du temps, font que je n’ai pas le temps de me sentir confinée. Et puis, rejoindre le lycée tous les jours et en revenir, c’est déjà un moyen de prendre l’air et de voir deux ou trois arbres au passage. Cette impression du Jour sans fin tient plutôt aux cours eux-mêmes. J’ai deux classes par niveau. Ces classes étant coupées en deux pour les raisons sanitaires que nous connaissons, je ne fais plus deux fois le même cours, mais quatre. Car il est hors de question de larguer dans la jungle de la complexité du monde des jeunots de 16-17 ans. Il faut leur expliquer, puis, ensuite, bien sûr, leur donner de quoi nourrir leur réflexion à la maison (la fameuse continuité pédagogique assénée par mon ministère adoré). Pas de problème a priori, autre qu’organisationnel (j’ai l’impression de vivre dans mon agenda, ça me réveille la nuit), sauf que, quand le cours du moment porte sur les attentats de 2015, la lourdeur s’installe. Une forme de morosité, d’infinie tristesse. Quatre fois le souvenir de ces moments-là, ce qui, dans le contexte actuel (mon collègue Samuel a été assassiné il y a à peine plus d’un mois), alourdit, outre la charge de travail, la charge mentale.
Le week-end arrive. Je vais me changer les idées en bidouillant le cours sur la Russie de Poutine …

Relever les casiers, puis recommencer

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne

Les pêcheurs partent en mer poser des casiers. Pour les retrouver, ils les signalent par des petits drapeaux. Le lendemain, ils partent voir si les casiers sont pleins, si les homards sont entrés dans les cages. Et ils rentrent au port, avec le butin et les petits drapeaux.
Face à mes élèves, qui alternent cours en classe et travail à la maison, c’est un peu pareil. Les choupinets déposent leurs travaux dans des casiers. Virtuels, mais casiers quand même. Et parfois dans des casiers pas prévus (messagerie, ou autre). Et je tourne en rond dans l’océan numérique pour relever tous mes casiers afin de n’en oublier aucun.

Et les gens pointèrent le nez en l’air …

Chronique du grand confinement, Nos amies les bêtes, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Parce-que c’était l’heure de retour de boulot pour celles et ceux qui ne télétravaillent pas. Pour les scolaires aussi. Parce-que c’était l’heure de la balade autorisée par les contraintes du deuxième confinement. Parce-que c’était une petite heure avant l’arrivée de la nuit et qu’il fallait profiter un peu du jour. Il faisait si beau, hier (et aujourd’hui aussi, d’ailleurs).
Et parce-que, à ce moment précis, il y avait quelques humains dehors lorsque le cri des grues en migration fut perceptible, tout le monde leva le nez et pointa le regard vers le ciel et les si beaux volatiles. Tout le monde sauf ceux qui étaient au téléphone. Sauf ceux qui, quoiqu’il arrive ne décollent jamais les yeux de leur écran de smartphone. Tant pis pour eux. Tous les autres ont bénéficié du spectacle de ces oiseaux volant vers le sud, magnifiquement éclairés par la lumière rasante et chaude de la toute fin d’après-midi.

Migration des grues cendrées au-dessus de Bordeaux, 17 novembre 2020

Moins de gens = tram moins bondé ; moins de tram = ?

Chronique du grand confinement, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Le nouveau confinement, allégé par rapport au premier, a pour conséquence qu’un nombre significatif de mes contemporains (dont moi-même) se rendent sur leur lieu de travail chaque jour. Il nous est donc nécessaire de bénéficier des transports en commun avec la même fréquence et donc aux mêmes horaires qu’en temps normal, puisque les heures d’embauche, elles, ne bougent pas.
Comme d’autres de mes contemporains, ainsi désormais qu’une partie des lycéens, ne prennent plus lesdits transports en commun tous les jours puisqu’ils télétravaillent, trams et bus deviennent nettement plus covid-compatibles : on y a un peu plus de place, c’est tout bon pour la distenciation sociale. Rien que de bonheur.
Sauf que, je lis aujourd’hui dans Sud-Ouest, que TBM, le réseau de transport en commun de Bordeaux, confié depuis longtemps à l’entreprise privée Kéolis, va réduire son offre dès jeudi. Offre réduite en soirée, mais aussi, pour les trams, en journée, même si c’est dans une moindre mesure. C’est donc le retour annoncé des trams bondés aux heures de pointe. Je regrette déjà l’heureux temps où les trams se suivaient à la queue leu leu …

Trams à la queue leu-leu à la station Quinconces (Bordeaux), octobre 2020

Rectificatif (12 novembre) : L’article de Sud-Ouest laissait penser que même en journée la fréquence de passage des trams serait revue, du-moins sur certaines portions de lignes. Dans les faits, il n’en est rien. Le réseau circule normalement en journée ; le carrosse ne s’est donc pas transformé en citrouille.

Ne pas pouvoir voyager n’interdit pas de regarder les avions

Chronique du grand confinement, Le monde tel qu'il va

Clap de fin sur la journée de boulot. Un petit tour sur Flightradar24.com pour le plaisir, peut-être tordu, de regarder la trajectoire des avions. De belles routes bien droites, comme ce Lisbonne / Amsterdam :

Une boucle qui m’interroge pour le Charles-de-Gaulle / Bordeaux :

Et surtout, les ronds dans le ciel, les zigs et les zags d’un A400M en essai au départ de Toulouse :

Une impression de normalité

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Comme tous les lundis, j’ai émergé un peu après le journal d’Inter de 6 h, et j’ai consacré la matinée à préparer des cours pour la semaine. Ayant un emploi du temps (presque) tout pourri, je n’ai pas trop le choix. La hiérarchie avait convié, protocole sanitaire oblige, les seuls collègues ayant cours ce matin pour l’hommage à Samuel Paty. Je n’ai donc pas assisté à ce temps pourtant important. Plongée dans les théories de Clausewitz sur la guerre (il n’y a rien que du joyeux dans le programme de spé de terminale), j’ai sorti de mon esprit ce confinement saison 2, encore plus insupportable que le premier, car largement lié à l’incurie profonde de ceux qui nous gouvernent.
Puis, après déjeuner, j’ai enfourché le vélo pour écouter les exposés de gentils poussins de première. Rien que du normal. Pas un policier. Pas un militaire aux abords de l’établissement. Rien que du comme avant.
Juste une nouveauté, une seule : une nouvelle petite série dans les programmes courts d’Arte. Ça s’intitule « De Gaulle à la plage » et, ce soir, le grand Charles portait des tongs pour la première fois (à voir en cliquant ici). Quelle aventure …

Tout est normal : De Gaulle porte des tongs ! (capture d’écran Arte)

Girouette, pirouette, cacahuète, cul par-dessus tête

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne

Il faut, dit le ministre, prendre le temps de rendre un vrai hommage à Samuel Paty. Il faut, dit le ministre, que les professeurs préparent ledit hommage, et donc il faut, dit toujours le ministre, décaler la rentrée de lundi de deux heures. Pour une fois, j’apprécie ce que dit le ministre en l’en remercie.
Il faut, dit le ministre, respecter le protocole sanitaire et tout bâcler en 10 minutes, lecture de la lettre de Jaurès et minute de silence incluses. Je me disais bien, aussi, … qu’un hommage dans la cour, tous ensemble, c’était pas à la hauteur du ministre.
Il faut, dit le ministre, renforcer le protocole sanitaire, éviter le brassage des élèves. Le ministre écoute enfin les toubibs, c’est bien.
Ce à quoi nos chefs répondent en coupant les classes en deux. En le disant aux élèves mais pas aux profs, qui le découvrent donc par leurs élèves, gentils choupinets qui inondent les boites mail de leurs enseignants pendant les vacances, quel que soit le sujet, messages auxquels il m’arrive parfois de répondre (« Roselyne-Sophie, je vous l’ai dit en cours : vous n’avez pas besoin d’apporter votre manuel lundi », « Auguste-Patrick, les notes qui sont sur pronote sont bien pour le 1er trimestre », etc). Cela dit, sur ce coup-là, ils ont fonctionné en lanceurs d’alerte, je les en remercie.
Puis on apprend, la veille de la rentrée (donc aujourd’hui) que le nouvel emploi du temps finalement ne sera pas mis en place. Enfin pas tout de suite. Peut-être mardi. Ou mercredi. Ou pas du tout. Tout cela après avoir passé le week-end à replanifier et réécrire tous les cours, mais comme nous sommes confinés, nous n’avons que ça à faire. C’est vrai, quoi, faudrait quand même pas qu’on s’ennuie !
On apprend aussi que le temps pour Samuel Paty sera respecté, mais c’est une décision locale, prise par la hiérarchie de mon bahut (décision que j’apprécie), sachant que cette initiative peut être remise en cause par le ministre, on ne sait jamais. Demain il fera jour…
Et donc, demain, ce sera l’improvisation totale. Par chance, je n’ai cours que l’après-midi.
Petit gag pour finir : notre hiérarchie a omis de mentionner, sur les attestions permettant de circuler, la totalité des adresses des différents sites du bahut (car celui-ci est grand et éparpillé). Camarade policier, attestation et moi, nous voilà !
À part ça, tout va bien. Nous avons cueilli les dernières feuilles du basilic du jardin et les avons dégustées avec des pâtes et un filet d’huile d’olive, c’était excellent. Il ne faut pas négliger les petits bonheurs de la vie, confinement ou pas.

La colère de la Madeleine

Chronique du grand confinement, Le monde tel qu'il va

Cette histoire des magasins dits essentiels, et qui donc restent ouverts, tandis que les petits commerces sont confinés, cela m’exaspère. À peu près autant que tous ces pignoufs qui ont rejeté le masque (sauf pour éviter la prune à 135 €) et qui, aujourd’hui, nous offrent une seconde vague en cadeau d’Halloween. Et cette exaspération, je la partage avec Lola Semonin, nom de scène « Madeleine Proust » :

Je suis un playmobil vivant (et un peu vénère)

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

Quand j’étais mouflette, j’adorais les playmobil. Je leur faisais vivre des aventures incroyables dans des constructions en légo, c’est dire comme c’était moderne le vingtième siècle. Et puis, quand j’en avais marre, je détruisais la construction en légo et je rangeais les playmobil dans leur boite. Ou plutôt je les laissais en vrac, parce-que s’ils étaient trop bien rangés, je risquais de les oublier. Et pour jouer, c’est gênant.
En tant que citoyenne d’une brave démocratie, et surtout en tant que fonctionnaire de l’État qui porte cette démocratie, je me sens actuellement mi-playmobil mi-légo, jouet aux mains d’incompétents incapables d’assumer leurs errements et leurs erreurs, sinon en remettant tous les joujoux dans la boîte parce-qu’ils ont perdu la partie. La remise des joujoux dans la boite, en langage adulte, ça s’appelle le confinement. Néanmoins, certains playmobil continueront de jouer car il faut que la garderie nationale soit ouverte pour que les parents puissent travailler. Ce sont des playmobil qui ont de la chance : ils jouent avec des enfants. Petits veinards !
Hier soir, lors de la conférence de presse du gouvernement, monsieur Blanquer a ainsi clairement dit aux proviseurs des lycées qu’ils étaient libres d’organiser la rentrée du 2 novembre comme bon leur semblait pour que leurs playmobil puissent bien travailler, sachant qu’il faut à la fois respecter le protocole sanitaire et rendre hommage à Samuel Paty.
Monsieur le Ministre laisse donc à ses sous-fifres le plaisir de gérer la merde semée par sa réforme du lycée. Car, si, lorsqu’il l’a pondue, le risque covid n’existait pas, celui, plus pédagogique, du brassage infini d’élèves de toutes les classes d’un même niveau était bien pointé. Il en a fait fi mais ne semble point fort marri, puisque c’est sur le terrain qu’il faut gérer l’embrouille du brassage et des contaminations potentielles, tout cela avec des masques dont la toxicité supposée donne plus envie de les jeter que de les porter.
Nous voilà donc dans un certain embarras, sans aucune info officielle du ministère, ni du rectorat, ni du lycée. Mais quand même, mes collègues et moi-même apprenons par des élèves que les emplois du temps ont été modifiés. Nous sommes vendredi en fin d’après-midi, le week-end commence, et, confinés ou pas, nous sommes en droit de finir de profiter de la fin de nos vacances (pour corriger les copies en souffrance ou finir de préparer des cours, mais faut pas le dire trop fort), et nous n’avons aucune info officielle. Ni non plus les attestations qui nous permettront de venir légalement au boulot lundi, confinement oblige. Je vous promets que si je prends une prune en allant au taf, je démissionne. Ou je prends ma retraite, même si je n’en ai pas l’âge.

Site web du Monde – 30 octobre 2020

Retour à la case départ

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

Nous avons tenu, serré les dents lors du premier confinement, puis libéré les énergies dans l’été. Retour au boulot. Au lycée, c’est simple : tous les marmots ensemble, classes blindées, protocole sanitaire en mode clown. Mais nous sommes vivants.
Vivants, mais reconfinés et, forcément, fort déconfis. Tristes de ce retour à la case départ. Certains de mes contemporains réattaquent l’A6 par la face nord et stockent, comme au bon vieux temps, pâtes et PQ. On nous annonce un week-end ensoleillé. Il me reste trois paquets de copies à corriger. Vues les circonstances, ce pauvre blog malmené va à nouveau faire une pause sur les photos du lundi (rubrique « photo de la semaine ») et du mercredi (rubrique « collection ») par manque de munitions. Portez vous bien et à bientôt sur nos lignes …

Une chansonnette

Chronique du déconfinement, Chronique du grand confinement, La chansonnette, Le monde tel qu'il va

Pierre Perret
Les confinis

En v’là du (very) big mac, en v’là

Chronique du déconfinement, Tambouille

J’ai entendu dire, par Ouest-France et par ailleurs, que le déconfinement, chez certains de mes contemporains, avait provoqué une ruée vers une enseigne de fast food reconnaissable à son grand « M » majuscule jaune. Il parait même que ces mêmes contemporains ont patienté des heures pour accéder au graal des graals, qu’en ce lieu il est habituel de nommer « Big Mac ». Tant d’efforts pour quelque chose, camarade blogonaute mon ami, qu’il est possible de faire chez soi, en suivant la recette de maman Maïté. Et là, c’est vraiment très big :

Un océan confiné ?

Chronique du déconfinement, La mer et ses poissons, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

L’océan Atlantique, dans le golfe de Gascogne, bien souvent s’abat et cogne sur le sable, façon avion qui aurait oublié de sortir le train d’atterrissage avant d’effleurer le tarmac. L’océan, en Gironde, dans les Landes et ailleurs, fabrique de la vague et du rouleau à la chaîne, le fordisme au service du surf. Car le plaisir que procurent toutes ces vagues, aussi dangereuses soient-elles, ce sont d’abord les surfeurs qui en profitent. Surtout au printemps (le baigneur attend surtout que la température de l’eau se réchauffe).
Mais là, en cette toute fin de mai sur la presqu’île du Cap Ferret, il faut se rendre à l’évidence : l’océan reste timide, comme encore confiné, sage comme une image. Et le surfeur déconfit attend la vaguelette pour, quand même, tenter de se faire un petit peu plaisir, lui qui a tant milité pour la réouverture des plages dans ce fameux mode dynamique qui s’impose actuellement.

Des surfeurs attendent la vague sur une plage de Lège-Cap-Ferret, fin mai 2020

Une petite phrase en passant

Chronique du déconfinement, Le monde tel qu'il va, Une petite phrase en passant

« Les piétons sont au fondement de l’urbanité. Ce sont eux qui animent la ville et la rendent plus sûre. Ce sont eux, aussi, les plus vertueux : vraiment aucune nuisance. Ils doivent être au sommet de la hiérarchie des modes de déplacement et le vélo ne vient qu’après, puis les transports publics et enfin la voiture. »

Frédéric HÉRAN (économiste des transports), lemonde.fr, 20 mai 2020

De l’inutilité du radio-réveil

Chronique du déconfinement, Nos amies les bêtes

Chant de la grive musicienne = debout !
Coassement des grenouilles = dodo