Hitchcock au pied de l’Acropole

Athènes n’est pas la mecque du street art comme est en train de le devenir Rome. Néanmoins, même si les grands noms en semblent absents, Athènes laisse parfois découvrir quelques jolies petites choses, comme ce panneau consacré à Hitchcock sur des tôles ondulées, à fort peu d’encablures de l’Acropole. Sur la partie gauche de l’œuvre, on reconnait Psychose … :

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Les Oiseaux au centre … :

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… et La mort aux trousses à droite :

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Faut pas prendre les bouseux pour des culs-terreux (et inversement)

affichePromised Land
Film de Gus Van Sant (2012)

Disons-le d’emblée : ce n’est pas le meilleur film de Gus Van Sant. Dotée d’une morale un peu gnangnan, avec un happy end attendu et trop américain pour conclure un grand film, Promised Land peut décevoir. Néanmoins, l’histoire qu’il raconte, et que servent fort bien Matt Damon, assez peu à l’aise dans ses pompes, et Frances McDormand, qui a la froideur et la distance de ceux pour qui « tout ceci n’est qu’un job », met le doigt sur un certain nombre de problématiques actuelles : l’environnement, la misère et ceux qui l’exploitent, la manipulation.
De quoi s’agit-il donc ? nos deux héros sont expédiés par une compagnie exploitant du gaz de schiste dans un bled paumé de Pennsylvanie, tellement paumé « qu’on se croirait dans le Kentucky ». Le but de leur mission est de convaincre, moyennant dollars, les habitants de la commune de leur céder des terres afin de réaliser les forages qui libèreront le gaz de schiste et feront couler l’or et la félicité aux pieds des habitants pour l’instant sans le sou.
Nos deux personnages pensent que la chose sera facile : des gens de la campagne, pas plus éveillés qu’un banc d’huîtres, et en plus suffisamment pauvres pour accepter le gain immédiat, du genre qui ne réfléchit pas plus loin que le bout du capot de son tracteur. Pour faire passer la pilule, ils s’habillent local, avec chemise à carreaux pour monsieur, et tentent de s’insérer dans ce microcosme rural qu’ils sous-estiment.
Mais le bât blesse vite. Un retraité de chez Boeing et d’autres habitants de la petite ville ont entendu parler de l’extraction du gaz de schiste, ils connaissent la fracturation hydraulique : et oui, Matt Damon et Frances Mc Dormand l’apprennent à leurs dépens, à la campagne aussi, on connait Google et on sait s’en servir. La plus grande crainte des deux héros est qu’un écolo quelconque fourre son nez dans cette affaire. Ecolo qui, bien sûr, ne manque pas d’arriver. Et là, un grand jeu de « qui manipule qui » se met en place. Même si sa conclusion est un peu téléphonée, cela reste un des meilleurs ressorts du film.
Au final : une fable avec une morale à la fin, jouée avec finesse. Et même si on sent bien que ce n’est pas du grand Gus Van Sant, on se laisse facilement emporter jusqu’à la 103e minute.

Rediffusion ce soir, à 20 h 50, sur Canal+ Décalé

La fillette et la bicyclette

WADJDA
Film de Haifaa Al-Mansour

l'afficheL’histoire de cette femme saoudienne qui parvient à tourner un film, et en plus à le réussir, a suffisamment fait le buzz pour que le cinéma Utopia de Bordeaux soit obligé de programmer Wadjda dans une salle beaucoup grande que celle qui était initialement prévue. Ce succès est pleinement justifié tant ce film est subtil, optimiste et même franchement drôle, abordant avec une grande délicatesse toute l’hypocrisie de la dictature saoudienne et les conditions de vie délirantes imposées aux femmes.
Wadjda est donc une mouflette d’une douzaine d’années, une pré-ado en baskets n’ayant pas la langue dans sa poche. Elle s’oppose avec naïveté à la société machiste dans laquelle elle vit, sans comprendre pourquoi c’est une honte d’être une femme dans ce pays-là. Fuir devant les hommes, devoir se cacher, ne pas oser ce que font les hommes. Parmi ces actes typiquement masculins, il y a le vélo. Les filles n’y ont pas droit : c’est impudique et ça rend stérile. Or Wadjda est amie avec le jeune Abdallah, un minot de son âge ou un poil plus jeune, beau comme un cœur. Et Abdallah a un vélo, avec des rubans accrochés au guidon et qui volent dans le vent. Wadjda aimerait faire la course avec Abdallah. C’est son objectif, celui pour lequel elle est prête à tout.
Wadjda est un film sur l’enfance, sur une certaine forme d’insouciance. La gamine découvre à ses dépens qu’il n’est pas toujours bon de dire la vérité aux adultes. C’est aussi un film féministe, ce qui transparait nettement dans les relations qu’elle a avec sa mère, en particulier à la fin du film. Celle-ci est confrontée au quotidien à la brutalité légale des hommes, du chauffeur qui lui parle comme à un chien, à son mari qui convole en justes deuxièmes noces. C’est là toute la force de ce film : nous faire toucher du doigt la réalité de cette société ultra-religieuse, tout en nous faisant sourire et même rire (les scènes dans lesquelles Wadjda négocie pour acheter le vélo interdit ou pour se procurer la somme nécessaire sont à se tordre de rire).

Pour conclure, voici la bande-annonce du film :

 

Le défi des graffeurs

GIMME THE LOOT
Film d’Adam LEON

l'afficheSofia et Malcolm sont deux potes, deux graffeurs qui laissent leurs marques à la bombe sur les murs en hauteur de New York City, du street art comme j’aime. Partenaires, comme ils se décrivent eux-mêmes, ils se lancent un défi après avoir été écœurés de constater que leur œuvre avait été taguée par des minables tout juste bons à tracer des virgules de merde. Pour réussir ce défi, il leur faut graisser la patte à un gardien de stade, et ils n’ont que quelques heures pour trouver le blé.
Le film file vite, peut-être caméra sur l’épaule, dans les rues du Bronx, du Queens et de Manhattan, avec leurs habitants et leurs habitudes. Petite galerie de portraits au passage, qui nous montre que nos deux loustics, malgré la bonne volonté qu’ils y mettent, ne seront jamais ni des truands ni des méchants. D’où le désespoir de Malcolm, amoureux au premier regard, qui se laisse embobiner par une bourgeoise apprentie pétasse et néanmoins adepte de certains produits végétaux que la police fédérale réprouve.
Le film, tourné avec peu de dollars mais un enthousiasme contagieux, nous offre 1 h 20 de balade dans New York ainsi qu’une jolie histoire, avec de l’amitié et des chaussures de sport.

Le grain de sable dans l’engrenage

We want sex equality
Film de Nigel COLE

1968. Il fait chaud en Angleterre ce printemps-là. Dans l’atelier de sellerie d’une gigantesque usine Ford, les nénettes (seules femmes de l’usine) ôtent la chemise et bossent en soutif pour pallier l’effet de la chaleur. Rien de sexy là-dedans, mais leur atelier est, comme le dit un acteur du film, un « taudis ». Pas d’autre mot. Mais quoi, on va pas se battre pour des nanas. Pourtant, sans elle, la Ford Cortina, alors produit phare de la marque, n’aura ni siège ni garniture de portière. Autant dire que la production peut s’arrêter net.
Une poignée d’ouvrières, donc, menées par Rita O’Grady (interprétée par Sally Hawkins, jolie bouille et faux airs d’Ariane Ascaride dans Marius et Jeannette), prennent conscience de l’inégalité des salaires hommes / femmes, à une époque où, s’il est enfin envisageable qu’une femme soit ministre, il semble incongru qu’elle puisse réclamer davantage qu’être bien traitée par son mari, faut déjà qu’elle s’estime fort privilégiée s’il ne la bat pas.
Ce combat, qui aurait pu donner un film larmoyant et lourdaud, aboutit à une jolie comédie, au rythme soutenu, sans trahir un seul instant le propos initial. L’interprétation sans fausse note, jusque dans les seconds, troisièmes rôles et au-delà (les assistants de la ministre sont ainsi un poème à eux seuls !), permet à la fois de passer un excellent moment de cinéma, et de prendre conscience de la nécessité du combat féministe. En effet, si les lois européennes accordent aux femmes les mêmes salaires que les hommes, on sait bien que le combat réel est loin d’être gagné.

Franges, bandeau et nattes

True Grit (film de Joel et Ethan COEN)

Il y eut autrefois un True Grit avec John Wayne, même histoire mais autre manière de la raconter, je ne l’ai pas vu : je n’aime pas les westerns, enfin pas trop, enfin ça dépend. Par contre, les films des frères Coen ne m’ont pas à ce jour déçue, et une fois de plus la magie a opéré.
Les franges, ce sont celles de la tenue folklorique d’un Texas ranger interprété par Matt Damon, décidément capable de tout jouer, y compris un type un peu lourdaud et franchement chauvin, préférant son Texas natal à toute autre contrée au monde, et dont ici le personnage répond au nom de LaBoeuf, ce qui donne un délectable « Lebif » en VO. Le bandeau, c’est celui qui couvre l’œil du personnage interprété par Jeff Bridges, pochard de compétition, hargneux dès qu’il s’agit de mettre la main et le flingue sur un dangereux criminel moyennant un nombre significatif de dollars. Ces dollars sont en l’occurrence fournie par une gamine de 14 ans, désirant à tout prix venger la mort de son père : les nattes, ce sont les siennes. Une tchatche d’enfer, à tel point que quiconque négociant avec elle est sûr d’y laisser des plumes. Les deux mecs manient les flingues, elle manie la rhétorique, et parvient à accompagner les deux loustics dans la quête de l’assassin du papa, même si elle est encore en âge de recevoir une bonne fessée quand elle désobéit.
Au final, un vrai grand film d’aventure, avec les paysages de l’Arkansas, les rebondissements à la Indiana Jones (Spielberg n’est pas producteur de True Grit pour rien), les plans en plongée magnifiquement maîtrisés. Une histoire qui tient en haleine jusqu’au bout, de l’ours à cheval jusqu’au feu de bois en pleine nuit tandis que nos deux héros racontent leurs souvenirs de la guerre de Sécession, au moins ça dépayse !