Les cow-boys et les Indiens

L’histoire se passe dans le nord des Etats-Unis, plus précisément dans l’Etat du Dakota du Nord, où une tribu sioux se bat pour ce que, en France, nous appelons une ZAD : Zone à Défendre. Ce nord lointain est le point de départ d’un oléoduc devant acheminer du pétrole jusque dans l’Illinois, à 1900 km de là.
L’oléoduc est peut-être plus sûr que le train pour transporter le pétrole, mais le tuyau peut percer, c’est même assez inévitable sur une telle longueur, et tant pis pour la nappe phréatique, le riz sauvage qui pousse dans le coin et les aigles locaux.
La tribu sioux est furax contre ce gros tuyau de 76 cm de diamètre répondant au doux nom de « Dakota Access », d’autant plus que ledit tuyau doit passer sur une terre qui a été volé aux Sioux en 1958. A cela s’ajoute le fait que le tuyau passe sur des terres sacrées indiennes, notamment des lieux de sépulture. Dire qu’ils ont l’affaire en travers de la gorge est un euphémisme.
Outre les Sioux, 18 millions de personnes sont concernées par le passage de l’oléoduc, puisque celui-ci doit franchir une rivière qui serait fortement et durablement impactée en cas de fuite.
Dans l’espoir de faire cesser les travaux et de voir le projet abandonné, une pétition a été lancée : elle a, à ce jour, recueilli plus de 300 000 signatures. Des stars apportent aussi leur soutien, notamment Leonardo di Caprio : un joli nom et une jolie gueule, ça aide à médiatiser l’affaire. Les zadistes ont même reçu des soutiens venus d’Europe, d’Asie et d’Australie, mais cela n’a pas empêché les pelleteuses d’entrer en action sur les terres sacrées samedi dernier. Tout ça pour du pétrole. Les vigiles chargés de garder le chantier ont lâché les chiens contre les opposants au projet.
L’affaire a rebondi hier : les travaux sont suspendus à la demande des politiques. Les tribus sioux devraient être consultées. Dans l’immédiat, la vigilance reste néanmoins de mise.

Source : Reporterre

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Le dernier numéro de Terra Eco

teJ’ai connu Terra Eco au temps où il s’appelait Terra Economica. Ça commence à faire un moment. Puis je me suis abonnée, j’ai lu ce magazine tous les mois, généralement en commençant par le billet de Bridget Kyoto : ce mois-ci, elle allume les écolos (mais surement pas écologistes) qui viennent d’intégrer le gouvernement.
Hier, ce journal né à Nantes il y a douze ans, a annoncé qu’il fermait boutique. Problèmes majeurs de trésorerie, malheureusement fréquents dans la presse réellement indépendante. Cette nouvelle me surprend peu (le journal avait lancé un appel aux dons il y a quelques mois), mais cela m’attriste.
Le dernier numéro paru est donc bien le dernier tout court. On y trouve notamment un long reportage sur la sécheresse qui sévit en Ethiopie dans l’indifférence la plus totale, ainsi qu’un portrait du maire de Grande-Synthe, qui met tout en œuvre pour accueillir des réfugiés, et enfin, au milieu d’autres très bons articles, un papier un peu décalé sur des lunettes en algues. Tout ce que l’on peut espérer, c’est que l’équipe de Terra Eco puisse rebondir.

Le compost collectif, c’est possible

A première vue, l’habitat sur dalle ne fait pas rêver. Le quartier Mériadeck, à Bordeaux, sorti de terre à la fin des années 1970, est on ne peut plus minéral. A chaque fois que j’y passe, je pense à Buffet froid, ce superbe film de Bertrand Blier tourné, si je me souviens bien, dans les tours inhumaines et vides de Beaugrenelle. Bref, du froid, du glacial, et avec un hypermarché à moins de 50 mètres, rien qui puisse faire rêver.

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Et pourtant, au pied d’un immeuble fraichement repeint de blanc (photo ci-dessus), il y a ça :

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De l’espoir donc. Les occupants de l’immeuble se sont unis pour réclamer et obtenir (sans trop de mal semble-t-il) des bacs à compost auprès de la mairie. Et ça marche. Tout le monde joue le jeu, et il y a même quelques plantes qui poussent à proximité des bacs :

P1520572 Photos : août 2015
Source : une agréable discussion avec une habitante de l’immeuble

La forêt transformée en ferme

Comme tous les étés depuis maintenant au moins six ans, environ 400 chèvres et moutons sont invités à pâturer dans les bois communaux d’Andernos. C’est pour cela qu’hier, en entrant dans la forêt du Coulin, nous avons trouvé que ça sentait la ferme, l’animal laineux, la brebis et la biquette.
Selon les jours, les animaux ne paissent pas aux mêmes endroits. Hier, ovins et caprins étaient invités à se planquer dans le sous-bois, au bord du ruisseau local : le Cirès. Pas facile de les voir, mais qu’importe : les animaux semblaient ravis de leur sort.

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C’était pourtant une belle idée …

1En 2010, un projet un peu fou mais prometteur se met en place, celui d’une autoroute maritime reliant le nord de l’Espagne à l’estuaire de la Loire. On frôle le « zéro défaut » : écologiquement plus responsable que les routes terrestres, moins dangereux aussi.
Le navire assurant la liaison régulière entre les deux ports (Gijon dans les Asturies, et Montoir près de St-Nazaire) devait, en théorie, capter une partie du trafic entre la France et l’Espagne.
Le principe était simple : camions et chauffeurs montaient à bord du bateau et faisaient une grande partie du trajet bien peinards au gré des flots. Très vite, une clientèle espagnole et portugaise s’est saisie de l’aubaine, mais pas suffisamment pour que la ligne soit rentable sans aides publiques. Or, ces aides n’avaient pas pour vocation de durer plus de quatre ans. Les quatre ans sont passés.
Même si les utilisateurs ne tarissent pas d’éloges quant à cette autoroute maritime, le Norman Atlantic vient d’effectuer sa dernière traversée. La concurrence de la route, encore moins chère, a eu raison de cette superbe idée. Les usagers de l’autoroute A63, entre Bordeaux et l’Espagne, en savent quelque chose : les camions sont toujours là, cul à cul, en file indienne ininterrompue.

Source : Mer et Marine, 18 septembre 2014

Palmer est passé au bio

J’apprends la chose en feuilletant le Télérama de cette semaine : des châteaux bordelais se lancent dans le bio, plein de châteaux, c’est tout beau tout ce bio. Certes, sur le strict plan du vocabulaire, l’article ne trie que modérément le bon grain de l’ivraie, négligeant de faire le distingo entre bio et biodynamie, … passons …

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Donc Palmer, ce vignoble prestigieux de la commune de Margaux, dans le Médoc, l’archi bien noté chez l’insupportable Parker, l’autrefois plus soucieux de se la péter grave que de la bonne santé de sa grave, le sol caillouteux miraculeux dans lequel pousse la vigne, Palmer, disais-je, ne trouve plus scandaleux qu’il reste des herbes entre les pieds de vigne.
Et ça, c’est une vraie révolution. Enfin, les maîtres du lieu ont compris qu’un sol tout nu était trop vulnérable face aux intempéries, que la pluie, la bonne pluie d’orage sans laquelle l’Aquitaine n’aurait pas un tel charme, cette grosse flotte ravine, dégouline, entraîne tout sur son passage.
Cette mutation vers le bio résulte d’une prise de conscience quant à la nocivité des « saloperies, pesticides, fongicides » et s’appuie sur un vrai travail scientifique, notamment sur la composition des sols, ce qui devrait être le b-a-ba de toute production agricole. A partir de cartes pédologiques (la pédologie, jeune Padawan, est la science des sols), de photos aériennes, de cartes de l’alimentation en eau, etc, les exploitants du domaine ont pu choisir quelle herbe serait la plus adaptée à chaque parcelle.
L’affaire ne fut point facile à mener : pas simple d’imposer un changement des pratiques aux actionnaires qui craignent pour leurs pépettes. Le passage au bio a néanmoins pu se faire en 2010, et il était même déjà en marche en 2009 lorsque j’ai visité le domaine, or je n’ai aucun souvenir que la personne qui nous a reçus y ait fait allusion (la dégustation a lieu après la visite, n’accuse point mon alcoolémie, camarade).
Et voilà donc un prestigieux château qui peut montrer l’exemple aux autres, à ceux qui hésitent, un château où les oiseaux sont revenus et où la terre sent bon.

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Source : Télérama n° 3374, 10 septembre 2014

Photos : Château Palmer à Margaux, juillet 2009

Faut pas prendre les bouseux pour des culs-terreux (et inversement)

affichePromised Land
Film de Gus Van Sant (2012)

Disons-le d’emblée : ce n’est pas le meilleur film de Gus Van Sant. Dotée d’une morale un peu gnangnan, avec un happy end attendu et trop américain pour conclure un grand film, Promised Land peut décevoir. Néanmoins, l’histoire qu’il raconte, et que servent fort bien Matt Damon, assez peu à l’aise dans ses pompes, et Frances McDormand, qui a la froideur et la distance de ceux pour qui « tout ceci n’est qu’un job », met le doigt sur un certain nombre de problématiques actuelles : l’environnement, la misère et ceux qui l’exploitent, la manipulation.
De quoi s’agit-il donc ? nos deux héros sont expédiés par une compagnie exploitant du gaz de schiste dans un bled paumé de Pennsylvanie, tellement paumé « qu’on se croirait dans le Kentucky ». Le but de leur mission est de convaincre, moyennant dollars, les habitants de la commune de leur céder des terres afin de réaliser les forages qui libèreront le gaz de schiste et feront couler l’or et la félicité aux pieds des habitants pour l’instant sans le sou.
Nos deux personnages pensent que la chose sera facile : des gens de la campagne, pas plus éveillés qu’un banc d’huîtres, et en plus suffisamment pauvres pour accepter le gain immédiat, du genre qui ne réfléchit pas plus loin que le bout du capot de son tracteur. Pour faire passer la pilule, ils s’habillent local, avec chemise à carreaux pour monsieur, et tentent de s’insérer dans ce microcosme rural qu’ils sous-estiment.
Mais le bât blesse vite. Un retraité de chez Boeing et d’autres habitants de la petite ville ont entendu parler de l’extraction du gaz de schiste, ils connaissent la fracturation hydraulique : et oui, Matt Damon et Frances Mc Dormand l’apprennent à leurs dépens, à la campagne aussi, on connait Google et on sait s’en servir. La plus grande crainte des deux héros est qu’un écolo quelconque fourre son nez dans cette affaire. Ecolo qui, bien sûr, ne manque pas d’arriver. Et là, un grand jeu de « qui manipule qui » se met en place. Même si sa conclusion est un peu téléphonée, cela reste un des meilleurs ressorts du film.
Au final : une fable avec une morale à la fin, jouée avec finesse. Et même si on sent bien que ce n’est pas du grand Gus Van Sant, on se laisse facilement emporter jusqu’à la 103e minute.

Rediffusion ce soir, à 20 h 50, sur Canal+ Décalé