L’avenir de la ville est dans le cocottarium

C’est le nom qui a attiré mon attention, alors que je déambulais sur le site Novethic :  « cocottarium ». Mais qu’est-ce donc ? ce qui est sûr, c’est que c’est une idée qui a émergé dans le Val d’Oise et qui mérite de faire son chemin.
L’équation de départ est simple : les humains jettent chaque jour des déchets organiques, les épluchures de légumes par exemple. Les poules se régalent desdites épluchures. Vous me voyez venir ? on confie une poule à chaque humain, il se débarrasse à peu de frais de ses déchets et, en remerciement de ces si bons repas, la poule lui offre son œuf quotidien.
Mais, dans la vraie vie, ce n’est pas si simple : la poule ne vit pas en appartement, ni même dans un jardin exigu. Il faut donc que l’humain ait de la place pour construire son poulailler et y installer la poule (ou les poules) de manière satisfaisante pour elle(s) comme pour lui. D’où l’idée de jouer collectif.
La commune de Neuville-sur-Oise vient donc de créer un poulailler municipal, surnommé « cocottarium ». Les habitants sont invités à déposer leurs déchets organiques dans des collecteurs, ces déchets étant ensuite distribués aux poules. Les œufs sont vendus aux habitants et les excréments des poules sont donnés aux agriculteurs locaux qui s’en servent comme engrais. En échange de cet engrais bio, les agriculteurs donnent des paniers de légumes, afin qu’ils soient distribués aux habitants en difficulté, qui, en échange des paniers, participent à l’entretien des poulaillers. La boucle est bouclée.

Les cow-boys et les Indiens

L’histoire se passe dans le nord des Etats-Unis, plus précisément dans l’Etat du Dakota du Nord, où une tribu sioux se bat pour ce que, en France, nous appelons une ZAD : Zone à Défendre. Ce nord lointain est le point de départ d’un oléoduc devant acheminer du pétrole jusque dans l’Illinois, à 1900 km de là.
L’oléoduc est peut-être plus sûr que le train pour transporter le pétrole, mais le tuyau peut percer, c’est même assez inévitable sur une telle longueur, et tant pis pour la nappe phréatique, le riz sauvage qui pousse dans le coin et les aigles locaux.
La tribu sioux est furax contre ce gros tuyau de 76 cm de diamètre répondant au doux nom de « Dakota Access », d’autant plus que ledit tuyau doit passer sur une terre qui a été volé aux Sioux en 1958. A cela s’ajoute le fait que le tuyau passe sur des terres sacrées indiennes, notamment des lieux de sépulture. Dire qu’ils ont l’affaire en travers de la gorge est un euphémisme.
Outre les Sioux, 18 millions de personnes sont concernées par le passage de l’oléoduc, puisque celui-ci doit franchir une rivière qui serait fortement et durablement impactée en cas de fuite.
Dans l’espoir de faire cesser les travaux et de voir le projet abandonné, une pétition a été lancée : elle a, à ce jour, recueilli plus de 300 000 signatures. Des stars apportent aussi leur soutien, notamment Leonardo di Caprio : un joli nom et une jolie gueule, ça aide à médiatiser l’affaire. Les zadistes ont même reçu des soutiens venus d’Europe, d’Asie et d’Australie, mais cela n’a pas empêché les pelleteuses d’entrer en action sur les terres sacrées samedi dernier. Tout ça pour du pétrole. Les vigiles chargés de garder le chantier ont lâché les chiens contre les opposants au projet.
L’affaire a rebondi hier : les travaux sont suspendus à la demande des politiques. Les tribus sioux devraient être consultées. Dans l’immédiat, la vigilance reste néanmoins de mise.

Source : Reporterre

Le dernier numéro de Terra Eco

teJ’ai connu Terra Eco au temps où il s’appelait Terra Economica. Ça commence à faire un moment. Puis je me suis abonnée, j’ai lu ce magazine tous les mois, généralement en commençant par le billet de Bridget Kyoto : ce mois-ci, elle allume les écolos (mais surement pas écologistes) qui viennent d’intégrer le gouvernement.
Hier, ce journal né à Nantes il y a douze ans, a annoncé qu’il fermait boutique. Problèmes majeurs de trésorerie, malheureusement fréquents dans la presse réellement indépendante. Cette nouvelle me surprend peu (le journal avait lancé un appel aux dons il y a quelques mois), mais cela m’attriste.
Le dernier numéro paru est donc bien le dernier tout court. On y trouve notamment un long reportage sur la sécheresse qui sévit en Ethiopie dans l’indifférence la plus totale, ainsi qu’un portrait du maire de Grande-Synthe, qui met tout en œuvre pour accueillir des réfugiés, et enfin, au milieu d’autres très bons articles, un papier un peu décalé sur des lunettes en algues. Tout ce que l’on peut espérer, c’est que l’équipe de Terra Eco puisse rebondir.

Le compost collectif, c’est possible

A première vue, l’habitat sur dalle ne fait pas rêver. Le quartier Mériadeck, à Bordeaux, sorti de terre à la fin des années 1970, est on ne peut plus minéral. A chaque fois que j’y passe, je pense à Buffet froid, ce superbe film de Bertrand Blier tourné, si je me souviens bien, dans les tours inhumaines et vides de Beaugrenelle. Bref, du froid, du glacial, et avec un hypermarché à moins de 50 mètres, rien qui puisse faire rêver.

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Et pourtant, au pied d’un immeuble fraichement repeint de blanc (photo ci-dessus), il y a ça :

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De l’espoir donc. Les occupants de l’immeuble se sont unis pour réclamer et obtenir (sans trop de mal semble-t-il) des bacs à compost auprès de la mairie. Et ça marche. Tout le monde joue le jeu, et il y a même quelques plantes qui poussent à proximité des bacs :

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Source : une agréable discussion avec une habitante de l’immeuble

La forêt transformée en ferme

Comme tous les étés depuis maintenant au moins six ans, environ 400 chèvres et moutons sont invités à pâturer dans les bois communaux d’Andernos. C’est pour cela qu’hier, en entrant dans la forêt du Coulin, nous avons trouvé que ça sentait la ferme, l’animal laineux, la brebis et la biquette.
Selon les jours, les animaux ne paissent pas aux mêmes endroits. Hier, ovins et caprins étaient invités à se planquer dans le sous-bois, au bord du ruisseau local : le Cirès. Pas facile de les voir, mais qu’importe : les animaux semblaient ravis de leur sort.

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C’était pourtant une belle idée …

1En 2010, un projet un peu fou mais prometteur se met en place, celui d’une autoroute maritime reliant le nord de l’Espagne à l’estuaire de la Loire. On frôle le « zéro défaut » : écologiquement plus responsable que les routes terrestres, moins dangereux aussi.
Le navire assurant la liaison régulière entre les deux ports (Gijon dans les Asturies, et Montoir près de St-Nazaire) devait, en théorie, capter une partie du trafic entre la France et l’Espagne.
Le principe était simple : camions et chauffeurs montaient à bord du bateau et faisaient une grande partie du trajet bien peinards au gré des flots. Très vite, une clientèle espagnole et portugaise s’est saisie de l’aubaine, mais pas suffisamment pour que la ligne soit rentable sans aides publiques. Or, ces aides n’avaient pas pour vocation de durer plus de quatre ans. Les quatre ans sont passés.
Même si les utilisateurs ne tarissent pas d’éloges quant à cette autoroute maritime, le Norman Atlantic vient d’effectuer sa dernière traversée. La concurrence de la route, encore moins chère, a eu raison de cette superbe idée. Les usagers de l’autoroute A63, entre Bordeaux et l’Espagne, en savent quelque chose : les camions sont toujours là, cul à cul, en file indienne ininterrompue.

Source : Mer et Marine, 18 septembre 2014

Palmer est passé au bio

J’apprends la chose en feuilletant le Télérama de cette semaine : des châteaux bordelais se lancent dans le bio, plein de châteaux, c’est tout beau tout ce bio. Certes, sur le strict plan du vocabulaire, l’article ne trie que modérément le bon grain de l’ivraie, négligeant de faire le distingo entre bio et biodynamie, … passons …

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Donc Palmer, ce vignoble prestigieux de la commune de Margaux, dans le Médoc, l’archi bien noté chez l’insupportable Parker, l’autrefois plus soucieux de se la péter grave que de la bonne santé de sa grave, le sol caillouteux miraculeux dans lequel pousse la vigne, Palmer, disais-je, ne trouve plus scandaleux qu’il reste des herbes entre les pieds de vigne.
Et ça, c’est une vraie révolution. Enfin, les maîtres du lieu ont compris qu’un sol tout nu était trop vulnérable face aux intempéries, que la pluie, la bonne pluie d’orage sans laquelle l’Aquitaine n’aurait pas un tel charme, cette grosse flotte ravine, dégouline, entraîne tout sur son passage.
Cette mutation vers le bio résulte d’une prise de conscience quant à la nocivité des « saloperies, pesticides, fongicides » et s’appuie sur un vrai travail scientifique, notamment sur la composition des sols, ce qui devrait être le b-a-ba de toute production agricole. A partir de cartes pédologiques (la pédologie, jeune Padawan, est la science des sols), de photos aériennes, de cartes de l’alimentation en eau, etc, les exploitants du domaine ont pu choisir quelle herbe serait la plus adaptée à chaque parcelle.
L’affaire ne fut point facile à mener : pas simple d’imposer un changement des pratiques aux actionnaires qui craignent pour leurs pépettes. Le passage au bio a néanmoins pu se faire en 2010, et il était même déjà en marche en 2009 lorsque j’ai visité le domaine, or je n’ai aucun souvenir que la personne qui nous a reçus y ait fait allusion (la dégustation a lieu après la visite, n’accuse point mon alcoolémie, camarade).
Et voilà donc un prestigieux château qui peut montrer l’exemple aux autres, à ceux qui hésitent, un château où les oiseaux sont revenus et où la terre sent bon.

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Source : Télérama n° 3374, 10 septembre 2014

Photos : Château Palmer à Margaux, juillet 2009

Faut pas prendre les bouseux pour des culs-terreux (et inversement)

affichePromised Land
Film de Gus Van Sant (2012)

Disons-le d’emblée : ce n’est pas le meilleur film de Gus Van Sant. Dotée d’une morale un peu gnangnan, avec un happy end attendu et trop américain pour conclure un grand film, Promised Land peut décevoir. Néanmoins, l’histoire qu’il raconte, et que servent fort bien Matt Damon, assez peu à l’aise dans ses pompes, et Frances McDormand, qui a la froideur et la distance de ceux pour qui « tout ceci n’est qu’un job », met le doigt sur un certain nombre de problématiques actuelles : l’environnement, la misère et ceux qui l’exploitent, la manipulation.
De quoi s’agit-il donc ? nos deux héros sont expédiés par une compagnie exploitant du gaz de schiste dans un bled paumé de Pennsylvanie, tellement paumé « qu’on se croirait dans le Kentucky ». Le but de leur mission est de convaincre, moyennant dollars, les habitants de la commune de leur céder des terres afin de réaliser les forages qui libèreront le gaz de schiste et feront couler l’or et la félicité aux pieds des habitants pour l’instant sans le sou.
Nos deux personnages pensent que la chose sera facile : des gens de la campagne, pas plus éveillés qu’un banc d’huîtres, et en plus suffisamment pauvres pour accepter le gain immédiat, du genre qui ne réfléchit pas plus loin que le bout du capot de son tracteur. Pour faire passer la pilule, ils s’habillent local, avec chemise à carreaux pour monsieur, et tentent de s’insérer dans ce microcosme rural qu’ils sous-estiment.
Mais le bât blesse vite. Un retraité de chez Boeing et d’autres habitants de la petite ville ont entendu parler de l’extraction du gaz de schiste, ils connaissent la fracturation hydraulique : et oui, Matt Damon et Frances Mc Dormand l’apprennent à leurs dépens, à la campagne aussi, on connait Google et on sait s’en servir. La plus grande crainte des deux héros est qu’un écolo quelconque fourre son nez dans cette affaire. Ecolo qui, bien sûr, ne manque pas d’arriver. Et là, un grand jeu de « qui manipule qui » se met en place. Même si sa conclusion est un peu téléphonée, cela reste un des meilleurs ressorts du film.
Au final : une fable avec une morale à la fin, jouée avec finesse. Et même si on sent bien que ce n’est pas du grand Gus Van Sant, on se laisse facilement emporter jusqu’à la 103e minute.

Rediffusion ce soir, à 20 h 50, sur Canal+ Décalé

En 1948, déjà …

Contrairement à ce que serinent les climato-sceptiques, le réchauffement climatique n’est pas une lubie d’écolos qui puent des pieds n’ayant rien trouvé de mieux pour imposer un retour forcé à la bougie. Le réchauffement climatique à l’échelle de la terre est observé depuis relativement longtemps, et toutes les mesures ont montré qu’il était directement lié à une augmentation des activités humaines émettrices de CO2, comme l’industrie et les transports. En 1948, un entrefilet de L’information géographique, revue de géographie essentiellement destinée aux enseignants, constate l’importance du réchauffement dans l’hémisphère nord (cliquez sur l’article pour l’agrandir) :

réchauffement

C’est un fameux deux-mâts …

Pendant une semaine et jusqu’à aujourd’hui le port de Bordeaux a accueilli un drôle de bateau, un voilier de 36 mètres de long, conçu pour affronter la banquise : le Tara.

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Le Tara n’est plus tout jeune. Imaginé par Jean-Louis ETIENNE à la fin des années 1980 et mis à l’eau en 1989, il a exploré les régions polaires jusqu’en 1996 sous le nom d’Antarctica. Je me souviens avoir vu ce navire, alors à la fin de sa première carrière, dans le port de Camaret (Finistère) en juillet 1996 :

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Ce voilier, tout en alu, a aujourd’hui sur sa coque les traces de ses aventures :

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Lors de son premier voyage, il a croisé la Terre de Feu, la Patagonie et les rivages de l’Antarctique, tout ça à la force de ses voiles, hissées sur deux mâts rigoureusement identiques hauts de 27 mètres. Il a hiverné au Spitzberg, équipage à bord, de septembre 1995 à 1996. Cela fut techniquement rendu possible par la forme de sa coque (que les glaces ne peuvent ni briser ni broyer ni chavirer) et par la grande qualité de l’isolation qui permet à l’habitacle de garder une température de 18°C quand il fait -40°C dehors. Grâce à sa quille rétractable, il a pu se faufiler dans des eaux peu profondes, toujours à des fins scientifiques.

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Après 1996, c’est le navigateur Peter BLAKE qui racheta le bateau, là encore à des fins d’explorations scientifiques, et le renomma Seamaster. Cette histoire s’acheva tragiquement par l’assassinat de BLAKE sur l’Amazone en 2001. En 2003, le bateau fut racheté et changea à nouveau de nom pour devenir le Tara actuel, mais sa fonction reste la même : l’exploration scientifique.

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De septembre 2006 à janvier 2008, Tara a ainsi dérivé dans les régions arctiques, entre 72° et 80° de latitude nord. L’équipage a pris des mesures de l’atmosphère, de la banquise et de l’océan jusqu’à de très grandes profondeurs, notamment afin d’étudier le réchauffement climatique. Il a mesuré, in situ, l’ampleur de la fonte des glaces arctiques, qui ont connu un recul exceptionnel dans l’été 2007. De 2009 à 2012, Tara a parcouru tous les océans pour mesurer le piégeage du CO2 par le plancton à l’aide d’un matériel très sophistiqué. Tout cela fait de ce bateau un outil précieux pour mieux appréhender les profonds changements climatiques qui résultent des activités humaines, loin des fariboles oiseuses des climato-sceptiques en mal de reconnaissance médiatique.

Un jardin dans le parc

Le Bois Rivière est un joli petit parc de 4 hectares, à cheval entre le quartier prout-prout-ma-chère du Jardin Public et la cité du Grand Parc. Depuis le printemps 2011, des jardins partagés y ont été aménagés et confiés aux bons soins des riverains désireux de cultiver leurs choux et leurs tomates, ceux-ci recevant les conseils de professionnels réunis en association. Ces jardins portent le nom de « Carrés de cultures ».

2 photosLe respect de l’environnement est bien sûr la règle, sinon à quoi bon faire pousser ses salades si c’est pour qu’elles contiennent autant de pesticides que celles du supermarché ? Les jardiniers amateurs sont invités à économiser l’eau et à fabriquer leur propre compost. Certes, à cette saison, le jardin produit peu, mais on voit tout de même blettes, laitues, choux sortir de terre, et puis aussi des fleurs pour la couleur.

3 photos—> à cliquer :

La place de l’herbe de la pampa, c’est … la pampa !

La pampa est un paysage typique de l’Argentine. Un petit air d’Amérique latine, de voyage, d’exotisme. C’est peut-être cela qui a motivé, et qui motive encore, celles et ceux qui plantent des herbes de la pampa dans leur jardin. Et puis il parait que ça fait joli, les grands plumeaux blancs qui peuvent grimper à quatre mètres. La seule plante (en dehors des arbres) pouvant atteindre une telle hauteur sur l’île d’Oléron devrait être la rose trémière, et rien d’autre. En effet, les patrons de campings (et ce n’est pas ce qui manque sur l’île), les particuliers, les municipalités elles-mêmes pendant un temps, ont vu un bon moyen de faire de la déco dans cette plante tape-à-l’œil et peu onéreuse (des plants entre 3 et 14 € sont en vente sur le net).
Et la plante s’est plu. Elle a aimé aussi bien les zones humides des marécages que les zones plus sableuses. Elle a donc essaimé et est aujourd’hui une menace pour la biodiversité de l’île. Elle appauvrit les pâturages, entre en concurrence avec des espèces végétales locales. Tout arracher relève de la gageure pure et simple, indépendamment même du coût exorbitant de l’entreprise. La Communauté de Commune de l’île d’Oléron a édité une plaquette, disponible en pdf, mettant en garde les habitants  afin qu’ils limitent la progression de leurs propres herbes de la pampa (par arrachage des jeunes plants) et surtout qu’ils n’en plantent pas de nouvelles.

Le réchauffement climatique, ça pue !

Il y a quelques semaines, nous constations ici-même que le réchauffement climatique faisait du bruit : souvenez-vous de ces cigales heureuses en Gironde, bien loin de leur région d’origine. Une autre bestiole, originaire de régions plus chaudes voire tropicales, s’est bien adaptée à notre climat océanique : il s’agit de la punaise verte, qui met le bazar dans les légumes de nos jardins et empapaoute les maraîchers depuis une bonne vingtaine d’années. J’apprends au passage, en papillonnant sur le site Terre Vivante, que la punaise et la cigale sont plus ou moins cousines. L’une couine, l’autre pue. Que le premier qui n’a jamais eu l’organe olfactif bousculé après avoir malencontreusement écrasé une punaise me jette une boule puante. Virtuellement : j’ai l’odorat délicat. Donc la punaise verte, de la grande famille de punaises des bois, peut être uniformément verte. D’où son nom. Mais, en fonction des étapes de sa mue, elle peut aussi être assez jolie (pour les voir de plus près, téléportez-vous à l’annexe) :

Plus jeune, elle est à la fois plus terne, plus triste, et bien sûr plus petite, mais il s’agit bien de la même bestiole :

Avant de faire fortune dans nos contrées tempérées, la punaise verte a surtout sévi, disais-je plus haut, sous les tropiques. Elle y ravage fréquemment riz et soja. Mais, en milieu tempéré, elle s’adapte très bien au régime « ratatouille », picorant aubergines et tomates sans autre forme de procès. Son odeur pestilentielle fait fuir les éventuels prédateurs, excepté une vague petite guêpe noire qui pondrait ses œufs dans ceux de la punaise. Pour le reste … l’industrie phytosanitaire semble un peu perdue. En un sens, c’est heureux : il y a assez de produits toxiques comme ça autour de nous. Si elles font trop de dégâts, il vaut encore mieux les empêcher d’agir en posant des filets de protection au-dessus des plantes.

Tomates et salades sur le tarmac

Suite de la balade à Tempelhof. Outre une aire de jeux extraordinaire, cet ancien aéroport comporte aussi des jardins collectifs, où chacun bricole son petit pré carré avec des matériaux de récup’, suivant en-cela le mouvement des décroissants, très influent à Berlin. Les bases sont mises en commun : récupérateur d’eau de pluie, semences, compost. Mais chacun peut aménager son bout de jardin comme bon lui semble, y mettre des chaises ou des rideaux, transformer une fenêtre en serre ou faire garder ses carottes par un faux chien.

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La récup’, c’est de l’art

Francis VIGUERA
Bruges (Gironde), Espace Treulon, jusqu’au 7 avril

Une expo qui s’inscrit dans la semaine du développement durable, et dont le vernissage a eu lieu hier soir. L’artiste, Francis Viguera, est un Aquitain modeste et talentueux. Né en Dordogne, ayant enseigné l’art au Pays Basque, il vit et travaille aujourd’hui à Bordeaux. Toute son œuvre repose sur la réutilisation d’emballages de toutes sortes. La transformation est souvent spectaculaire, et il faut vraiment s’approcher pour distinguer les matériaux d’origine. Comme le rappelait fort justement Mme le maire lors de son discours, Francis Viguera nous montre ainsi qu’un objet, quel qu’il soit, peut avoir plusieurs vies. On est là, aussi, face aux excès de notre société de consommation, qui jette autant qu’elle achète.
Mais les œuvres présentées vont plus loin : les thèmes peuvent être religieux (une tour de Babel sur laquelle des mots apparaissent de manière différente selon l’angle dans lequel on se place, comme sur bon nombre d’autres sculptures de Viguera, mais aussi un sublime Veau d’Or), animaliers (nous avons tous craqué sur la girafe, l’éléphant en vieille malle métallique n’est pas mal non plus) ou politiques (un magnifique ensemble de portraits de dictateurs déchus). Dans le parc Treulon, la seule œuvre que je me suis autorisée à photographier m’était déjà familière : il s’agit du Jardin d’Eden (ou Eden Turbo II), déjà vu en 2009 au Jardin botanique de la Bastide à Bordeaux. Là encore retour  sur un thème religieux, avec, au milieu du jardin en bidons d’huile, Adam et Eve en bois :

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—> A cliquer : le site web de Francis Viguera

Un fukushima, ça ne suffit pas

A 400 km au sud de Bombay, sur la côte occidentale de l’Inde, Areva a commencé la construction de la centrale de Jaitapur. Deux beaux réacteurs EPR tout neufs, alors que ce modèle n’a fait ses preuves nulle part puisque aucun réacteur de ce type n’est achevé. Mise en service prévu pour 2014. Du bon courant pour l’Inde qui se développe malgré la crise, de bonnes pépettes pour Areva. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes atomiques. Sauf que Fukushima est passé par là, et que le site choisi pour la centrale de Jaitapur ressemble beaucoup au site nippon.
L’Inde est le deuxième pays au monde exposé aux risques naturels. Si les inondations y tiennent la première marche sur le podium, les séismes arrivent juste derrière, et concernent le pays largement au-delà de la région hautement sismique qu’est l’Himalaya. La côte ouest est ainsi très vulnérable, et a, à plusieurs reprises, été touchée par des tremblements de terre d’inégale gravité. La Commission géologique de l’Inde a classé la région comme étant « à risque élevé ». 60 secousses y ont été relevées entre 1995 et 2005. Depuis les années 1990, trois séismes y ont dépassé la magnitude 5 de l’échelle de Richter. Un peu plus loin dans le temps, le séisme de 1967 y a provoqué la rupture d’un barrage.
A cette menace évidente, les autorités indiennes répondent que les réacteurs sont situés suffisamment loin de la ligne de faille : argument très discutable, la limite choisie par l’Inde étant 5 km ! L’installation se trouvant à proximité du littoral, le risque de tsunami doit aussi être envisagé, or les autorités indiennes et Areva font comme si Fukushima n’avait donné aucune leçon, niant avec une belle harmonie les risques réels. Les populations locales, déjà délogées de leurs maisons et de leurs exploitations agricoles pour construire la centrale, manifestent en vain : on ne va pas arrêter net la construction du plus grand complexe nucléaire du monde pour quelques zozos inquiets ! La police a reçu l’ordre d’exercer la plus grande fermeté, ce qu’elle accomplit avec un zèle exemplaire : 22 manifestants pacifiques ont été arrêtés et inculpés de crimes, j’ai bien dit de crimes. A cela s’ajoute la destruction programmée d’un milieu riche par sa biodiversité quasi-unique au monde. Une fois de plus, l’industrie nucléaire affiche le plus grand mépris pour les hommes.


—> A cliquer :

—> Illustration : les panaches de vapeur d’eau de la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne), vus d’avion en décembre 2011.

L’indépendance énergétique de la France ? du pipeau !

Je parle bien sûr ici uniquement de la production d’électricité ; pour les transports, le sous-sol français ne contenant que trois gouttes de pétrole en Ile de France et deux en Aquitaine, l’idée même d’indépendance énergétique n’effleure personne.
Dans les années 1960, et plus encore après le choc pétrolier de 1973, nos gouvernants se lancent tête baissée dans le « tout nucléaire ». En 1975, l’électricité française est ainsi produite, pour un peu plus de la moitié, dans des centrales nucléaires. L’uranium est alors extrait localement, en particulier sur les marges du Massif Central et en Vendée. Mais l’autre moitié de l’électricité est largement produite dans des centrales thermiques classiques, à partir du charbon (que la France cessera de produire en 1984), du gaz (le gisement de Lacq est alors tout à fait exploitable et exploité) et du pétrole (quasiment totalement importé). Indépendance énergétique ? bof.
2001 : fermeture de la dernière mine d’uranium française, en Haute-Vienne. La France doit donc importer de quoi alimenter ses centrales si elle veut continuer à produire plus des trois quarts de son électricité via le nucléaire. Et c’est parti pour les grands voyages, qui apportent le minerai du Niger, du Canada ou d’Australie. Et oui, d’Australie ; ça fait un sacré bout de chemin, mais cette île-continent détient près du quart des réserves mondiales d’uranium. Mais ce n’est pas grave, on ne va pas remettre en cause des choix énergétiques pour autant. Après tout, au milieu des années 1970, il n’était pas rare d’entendre des spécialistes (mais spécialistes de quoi ? on se le demande …) envisager sereinement une production électrique à 85% basée sur le nucléaire pour l’an 2000, avec pas moins de 200 centrales sur le territoire (info reprise notamment par la Revue de Géographie de Lyon en 1975). Indépendance énergétique ? que nenni.
Et aujourd’hui ? centrales vieillissantes, arrêts de tranches à répétition. Dans un pays où l’électricité, pas assez chère pour le consommateur, est gaspillée (la mode du chauffage électrique est une totale aberration), la France doit importer du courant en hiver. Problème bébête : l’électricité ne se stocke pas et voyage mal. Faut faire venir les kilowatts du voisinage proche. Va donc pour l’Allemagne. Oui mais l’Allemagne, plus fine que la France sur ce coup-là, met à l’arrêt ses centrales les plus obsolètes, avant l’arrêt complet et programmé de la totalité du parc. Du coup, si l’Allemagne pourra subvenir à ses besoins cet hiver, elle ne pourra pas filer de courant aux copines. On risque la panne, ou du moins des coupures à répétition. C’est l’utilisation du nucléaire qui nous ramènera à la bougie, et non son arrêt raisonné. Indépendance énergétique ? et ta sœur ?
Quant aux médias qui, ne se contentant pas de nous informer de la pénurie qui s’annonce, montrent du doigt le vilain voisin germain, ils font de la désinformation. C’est malhonnête et dangereux que d’accuser les autres d’être responsables de ses propres erreurs.

Gaz de schiste : le combat n’est pas encore gagné

Je me permets de penser que tout le monde a compris à quel point l’exploitation du gaz de schiste était dangereuse. Pas le temps de revenir sur la technique de la fracturation hydraulique, qui ne fait pas couler que de l’encre. La petite victoire récemment obtenue ne doit pas être la branchette qui masque la forêt : certes, trois permis majeurs et symboliques ont été abrogés (dont le permis de Nant, en plein Larzac), mais il en reste 61 sur le sol français métropolitain, qu’il faut aussi annuler. Ce n’est donc pas un hasard si Yves COCHET a parlé, à propos de l’abrogation des trois permis les plus médiatiques, de « coup politique », ni si Jean-Marc AYRAULT a réclamé, comme bien d’autres politiques, l’interdiction totale de la prospection. En effet, on sait très bien que si celle-ci s’avère positive, les intérêts financiers en jeux seront trop forts face à une opposition politique pour empêcher l’exploitation. Il suffira de faire miroiter quelques créations d’emplois (là aussi, poudre aux yeux) pour que l’affaire soit pliée.
Parmi les 61 permis toujours d’actualité, deux permis importants se trouvent dans la région de Valenciennes et en Picardie. Certes, la technique de la fracturation hydraulique est théoriquement interdite, mais, à ce jour, les groupes pétroliers détenteurs des permis n’ont pas proposé d’autre technique. Dans le Valenciennois, cette technique mettrait pourtant en péril 80% de l’eau potable fournie à la population.
En Aquitaine, même refrain. Le plus vaste permis de France n’a pas été abrogé, lui : c’est celui de Beaumont-sur-Lomagne (plus de 10 000 km2), qui touche la partie Est du Lot-et-Garonne. La région est aussi touchée par un projet espagnol. Le gouvernement espagnol voit dans ce gaz non-conventionnel un moyen de régler certains problèmes financiers liés à la crise : par ici les pépettes, l’argent n’a pas d’odeur ! Cette prospection doit avoir lieu de l’autre côté des Pyrénées, au Pays Basque, afin de permettre une mise en exploitation dès 2012. Il faut dire que la réserve semble prometteuse : 5 fois la consommation annuelle de l’Espagne tout entière. Mais à quel prix pour les hommes qui vivent sur place ?

—> Sources :

Vivre sur l’eau

De loin, j’ai cru qu’il s’agissait d’un morceau d’Evento, cette biennale d’art contemporain qui a commencé jeudi soir à Bordeaux. Mais non, rien à voir. La maison avec jardin qui flotte sur la Garonne, à la hauteur du quartier St-Michel, relève certes d’une expérience, mais pas artistique. Le collectif ICI C’EST AILLEURS soutient là un drôle de projet, visant à démontrer qu’en ces temps de densification de l’espace urbain, il n’est peut-être pas sot d’envisager d’utiliser les fleuves et les rivières. Après tout, cela se fait bien ailleurs, en particulier en Asie, pourquoi pas ici. La maison totalement autonome est sur zone avec ses habitants depuis le 4 octobre. Ces derniers pêchent, accueillent les éventuels visiteurs (c’est prévu tout les après-midis, départ du bateau devant la maison éco-citoyenne), poupougnent les animaux de la ferme (volaille, mouton, chèvre), jardinent … L’énergie est bien sûr apportée par le vent et la lumière.

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Rectificatif (11/10/2011) : la chose était bien montée, et même si certains éléments semblaient artificiels et faisaient douter de la véracité du projet écolo, rien n’indiquait l’entourloupe. En effet, il s’agit d’une performance théâtrale pour Evento, ce que révéla Sud-Ouest ce week-end.

Darwin à la caserne

Retour sur une balade de juillet, tout simplement à Bordeaux, en rive droite. Un immense espace, largement tagué (parfois fort bien) et en partie squatté. Des bâtiments tout en longueur, abandonnés depuis le début des années 2000, et qui devraient se transformer en logements et bureaux un de ces jours. Pour l’instant, c’est un peu la jungle.
Il s’agit d’une immense friche comprenant à la fois un ancien dépôt SNCF et une caserne, la caserne Niel, qui a connu son heure de gloire après la guerre de 1870, en accueillant notamment le 18e régiment du Train et de l’Artillerie. Sous l’Occupation, les bâtiments, réquisitionnés par l’armée nazie, servirent de logements aux prisonniers espagnols chargés de construire la base sous-marine de Bordeaux.
Et l’avenir ? le projet, porté par la Communauté Urbaine de Bordeaux, se nomme Darwin. Idée d’un écoquartier, que j’espère moins attrape-couillon que celui du Lac (le quartier Ginko, une erreur et une horreur). 30 hectares de friches à transformer en logements (plus de 2 000), commerces, bureaux, services, le tout en partie alimenté en électricité par 700 m2 de panneaux photovoltaïques. On y espère la création de 250 emplois. Affaire à suivre …

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Un petit côté « village d’Astérix »

3000 maisons briéronnes sont couvertes de chaume, ce qui représente environ 60% des couvertures de ce type en France. La plupart des ces maisons sont anciennes et souvent petites, mais pas toutes : la couverture chaume, c’est tendance, même si les tiges de roseau ne viennent plus du marais de Brière mais sont importées.
Esthétiquement, cela rompt avec les traditionnelles ardoises de la région. Le toit est plus épais (environ 30-35 cm d’épaisseur), plus « dodu », on dirait un peu les toits du village d’Astérix.
Bien que plus onéreux qu’un toit classique, le toit de chaume semble n’avoir que des avantages : excellent isolant thermique (donc bien noté côté développement durable), pas plus propice aux incendies qu’un autre toit (la preuve : les assureurs ne semblent pas majorer les contrats), parfaitement étanche, répulsif vis-à-vis des animaux qui seraient tentés d’y faire leur nid.
Par contre, en plus du coût de départ, il y a aussi un entretien plus important que sur les ardoises ou les tuiles (tous les trois ans minimum), d’autant plus que le chaume s’amoindrit au fil du temps. Au final, si elle est bien entretenue, la toiture en chaume dure à peu près aussi longtemps qu’une toiture classique.

L’opposition au nucléaire en France ? ça ne date pas de Fukushima !

Avant Fukushima, c’est tout juste si j’osais affirmer mon opposition à l’énergie nucléaire, surtout comme source d’énergie quasi-unique, choix politique d’un Etat hyper-centralisé. Il est clair que les événements japonais récents apportent, sinon de l’eau à mon moulin, du moins quelques arguments supplémentaires contre « le moyen le plus dangereux de faire bouillir de l’eau » (Bernard LAPONCHE, interview publiée par Télérama il y a un mois).
En feuilletant virtuellement un numéro de la Revue d’Histoire de 2007, je tombe sur un article expliquant le rôle des scientifiques, en particulier des physiciens, dans la contestation envers cette source d’énergie.
Pour faire court, cette opposition s’est manifesté dès la mise en place du programme nucléaire civil français, en gros sous la présidence de Georges POMPIDOU, celui-là même qui voulait moderniser la France en adaptant la ville à la voiture ! La fée écologie ne l’avait pas touché de sa baguette, mais, en ces fins de Trente Glorieuses (que l’on imaginait alors éternelles), seul le progrès semblait gage de bonheur à la plupart des citoyens. Je me souviens d’ailleurs que, quelques années plus tard, une pub ventait une boisson au goût d’orange à base d’une poudre qu’il fallait diluer dans de l’eau : le naturel, le bio, n’étaient pas encore dans les esprits ; pour être heureux, il fallait être moderne (voir la pub pour Tang, 1978). Mais je m’égare.
Revenons à notre opposition au nucléaire dans les seventies. Les premiers articles anti-nuclaires sont parus dans Charlie-Hebdo (et son ancêtre Hara-Kiri Hebdo), premier journal publiant régulièrement des articles écologistes. Les premières manifestations contre les centrales ont eu lieu à Bugey et Fessenheim en 1971, oui, Fessenheim, devant cette même vieille centrale qui vient d’obtenir le droit de tourner pendant encore dix ans. Très tôt, les scientifiques et les journalistes mettent le doigt là où ça fait mal : la question des déchets. C’est ainsi que le grand public apprend qu’il y a des fissures dans des futs contenant de la matière radioactive stockés à Saclay, sans pour autant que cela amène les Français à contester le choix énergétique fait par le pays (les deux-tiers des Français trouvent cette énergie for-mi-dable au début des années 70). Finalement, ce sont surtout les riverains des centrales qui s’inquiètent et qui le font savoir : les premières vraies manifs ont lieu en Alsace, à la fois à cause de la présence de Fessenheim, mais aussi grâce à la proximité de l’Allemagne, qui a plusieurs longueurs d’avance en matière de protection de l’environnement.
Le choc pétrolier de 1973 donne au gouvernement une sorte de légitimité pour sa course en avant vers le tout nucléaire : le dernier premier ministre de POMPIDOU, Pierre MESSMER, projette la construction de 170 centrales d’ici l’an 2000, et ce sans le moindre débat parlementaire. Certes, les 170 centrales ne se feront pas, non pas par crainte d’un accident, mais tout simplement parce-qu’il n’y en a pas besoin. Une trentaine de physiciens s’opposent à ce programme, mais qui écoute vraiment les scientifiques ? Ils sont rejoints par d’autres scientifiques, forment le Groupe des 400, signent une pétition, mais cela n’aboutit à rien, le peuple suit comme un seul homme, à quelques exceptions près. Paradoxalement, c’est dans la presse étrangère que l’opposition des scientifiques français rencontre le plus d’écho, notamment dans le Times dès 1975.
Le Groupe des 400 s’oppose non seulement au nucléaire pour lui-même, mais plus encore à tout le secret qui l’entoure en France, et n’hésite pas à parler de « propagande officielle » pour décrire la manière utilisée par les gouvernements pour faire passer la pilule. Souvenons-nous, dans un même ordre d’idée, d’une assez récente pub pour Areva, qui faisait passer le monde sous énergie nucléaire pour un monde de Bisounours (voir la pub Areva de 2004). En clair : contester le nucléaire, ce n’est pas une marotte post-Fukushima, ça s’inscrit dans une histoire qui est celle du nucléaire civil en France, et que l’on tait autant que faire se peut pour continuer à rester le pays au monde qui dépend le plus de l’uranium pour cuire ses nouilles. Tu parles d’un record !

—> Illustration : la centrale nucléaire du Blayais en juin 2011.

Forêt, marécage et plage [4]

Lorsqu’on sort de la forêt et que l’on se retrouve sur la plage, une légère brume et un petit air frais nous attendent. Le paysage est ouaté, les lumières très douces, ce qui n’empêche pas certaines pratiques sportives à cette heure de basse mer. Nous apprécions au passage qu’aucun sport mécanique, donc bruyant et polluant, ne se soit emparé du lieu.

Il y a moins de pêcheurs que la veille, mais il est vrai que, le soleil jouant à cache-cache, les conditions de trempette sont plus délicates. Cela dit, un tel sport vaut le coup : nous avons vu, samedi, un pêcheur remonter un bar faisant largement la maille (c’est-à-dire la taille réglementaire pour pouvoir être pêché, en l’occurrence 36 cm pour cette espèce). Les cavaliers, sur le haut de la dune, ont tout de même l’air plus détendu.

Il n’y a pas foule sur cette plage. En dehors de l’accès traditionnel, cette Grande Plage de St-Trojan ne peut servir de zone de bronzette qu’après une longue marche à pied, dans le sable sous le cagnard ou en sous-bois (mais dans le sable aussi). Cela décourage souvent le baigneur ordinaire, qui veut vite vite poser sa serviette et sa bouée canard, sans crapahuter dans la forêt pas très profonde où on entend le coucou. Si, vers le sud, on distingue un nombre non négligeable d’humains dans leur version « en balade », c’est uniquement parce-qu’ils sont à proximité du petit train de St-Trojan, un vieux truc très sympa, qui bringuebale sur de vrais rails, et qui, depuis l’été dernier, fait tourner ses moteurs avec l’huile récupérée dans les restos de l’île. C’est pas écolo, ça ?

(à suivre)

What’s new ? [mercredi 6 avril 2011, 18 h 55]

  • L’éolien off-shore n’est ni un gadget ni une nuisance, pas davantage une lubie de baba-cool complaisamment mise à mal par les quelques pro-nucléaires qui restent, mais une solution d’avenir qui mérite d’atteindre l’âge adulte : la filière industrielle s’ancre à Brest (Le Télégramme), terre à la fois ventée et sans (trop) de nucléaire (mais un peu quand même : la centrale de Brennilis n’est toujours pas démantelée).
  • Baisse du pouvoir d’achat (air connu) : le café, le petit plaisir qui va devenir un grand luxe (Rue 89).
  • Il y a quand même deux ou trois petites choses qui s’améliorent dans ce Japon tsunamisé, notamment du côte de l’industrie des loisirs. Ça n’empêchera jamais la centrale de Fukushima de faire pipi dans la mer, mais ça rapportera des sous et ça amusera les enfants : la réouverture de Disneyland Tokyo très fortement attendue (Aujourd’hui le Japon), même s’il va encore falloir attendre un peu, probablement quelques semaines.

—> Illustration de la première info : des éoliennes bien terrestres, photographiées l’été dernier dans la vallée du Rhône, depuis l’autoroute A7, pas bien loin de la centrale nucléaire du Tricastin.

Et au milieu coule une jalle [2]

La balade est courte, mais on s’arrête souvent, d’abord pour voir les bébêtes les plus nombreuses de la réserve : les ragondins. Nuisibles et invasifs, ils peuvent à ce titre être chassés, sauf justement dans ce haut-lieu sans tir à balle réelle. Après tout, ce n’est pas sa faute, au ragondin, si ses arrières grands-parents ont été importés en Europe il y a longtemps pour fabriquer du manteau de fourrure low cost !
Puisqu’on parle de low cost, je rebondis sur les avions du même prix, qui, aussi bizarre que cela puisse paraître, ont un lien avec la Jalle Noire. Il y a quelques mois, l’aéroport de Mérignac s’est agrandi en ouvrant un terminal spécialement dédié aux compagnies à bas coût. Le trafic aérien a augmenté, Les résidus d’hydrocarbures, les huiles, les particules des pneumatiques, bref, toutes ces saletés qui se retrouvent sur le tarmac, s’évacuent grâce aux pluies et dégringolent dans la Jalle Noire, qui les absorbe comme elle peut. Avec l’augmentation du nombre d’avions sur l’aéroport, la pollution de la jalle risque d’atteindre assez vite un seuil critique, chose qui fut dénoncée en son temps par les  militants verts de Bruges. Si la jalle est polluée, la réserve l’est aussi, ce qui, à terme, risque de mettre en péril  tout un réseau de minuscules ruisseaux et d’étangs peu profonds où nagent des anguilles, des brochets, et même une espèce particulière de lamproie.

Pour vraiment voir d’autres animaux que le ragondin, il faut se planquer dans les trois affuts spécialement créés pour l’observation. Un boucan d’enfer sur l’étang et les îlots qui le parsèment, celui des centaines voire des milliers d’oiseaux qui y nichent ou simplement y passent.

On peut ainsi voir des hérons, des sarcelles, des cigognes, diverses espèces de bécassines, etc. Selon la saison, les bruits et les animaux visibles changent. Au week-end dernier, il était ainsi trop tôt pour voir les couleuvres ou les grenouilles. Plus difficile à voir parce-que plus farouches, il y a aussi des visons et des loutres.

Un espace un peu magique, à deux pas pourtant de la fureur urbaine. Un espace qu’il est évidemment indispensable de préserver de l’avidité imbéciles des promoteurs cupides.

Et au milieu coule une jalle [1]

Balade dans la réserve naturelle du marais de Bruges, 5 février 2011

Commençons par corriger une erreur largement répandue, y compris dans la frange la mieux informée de la population : Bruges, c’est en France, et même en Gironde, au nord de Bordeaux. Rien à voir avec une obscure bourgade flamande transformée en attrape-touristes. Faut pas tout mélanger. Bruges, le vrai, abrite une des rares (la seule ?) réserves naturelles françaises en zone urbaine. Nous sommes ici aux portes de Bordeaux, sur un couloir aérien menant directement à l’aéroport de Mérignac, à deux pas de la rocade,rien de bien naturel là-dedans a priori. Bref, c’est là.

La réserve est le résultat d’un sauvetage : la proximité de Bordeaux, l’urbanisation galopante, font de ce lieu vide d’humains un pôle d’intérêt majeur pour les promoteurs de tout poil. Il ne reste donc de vraiment naturel qu’un espace restreint, mais, gageons qu’avec l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle municipalité rose et verte, on puisse être tranquille pour un bon moment. Ce que peuvent en voir librement les visiteurs, du samedi au mercredi, n’est qu’une infime part d’un espace qui a donc déjà pris des claques dans les décennies (voire les siècles) passées, autant dire que la balade n’est pas bien longue et se résume à un chemin d’1,3 km de long, sur lequel ont été installés des affuts d’observation.

Un marais, comme son nom l’indique, c’est plein de flotte. Celle-ci est inhérente à l’Aquitaine (qui n’a pas volé son nom) et, ici, provient de la Jalle Noire. Une jalle, en patois médocain, c’est un cours d’eau. Cette jalle-ci prend sa source du côté de Saint-Jean-d’Illac (en gros à mi-chemin entre Bordeaux et Andernos) et se jette dans la Garonne au nord de Bordeaux. Arrivée sur la réserve, elle est vaguement domestiquée par une écluse qui en règle le débit :

A gauche de la photo ci-dessus se trouve une exploitation agricole, en l’occurrence un élevage bovin bio dont les bêtes paissent sur la réserve :

La balade proprement dite passe devant une très vieille maison (il parait que c’est la plus veille de la commune) et surtout devant deux magnifiques arbres :

La virée peut alors commencer, le long du chemin bien droit …

(à suivre)

What’s new ? [jeudi 20 janvier 2011, 16 h 50]

  • Des œuvres d’art comme on ne les a jamais vues, triturées par photoshop selon une technique qui me dépasse encore largement : Van Gogh dans ses moindre détails (Libé). L’image qui illustre cette note n’a bien sûr pas été bidouillée, mais c’est bien un peu du Van Gogh quand même.
  • Nan mais ça va pas ! jeter son bébé en l’air, le rattraper au vol soi-disant pour le rendre plus fort ! C’est en Russie que se répand ce dangereux yoga où les bébés sont secoués (Slate). Même YouTube a viré la vidéo tant elle était violente. Pas la peine de s’étonner en constatant que le taux de mortalité infantile en Russie ne parvient à passer sous la barre des 10‰ (pour info, il est à peine supérieur à 3‰ en France).
  • Gaz de schiste : front du refus (La Dépêche). Les projets d’exploitation de ce gaz naturel stocké dans les interstices de la roche, et donc difficile à récupérer, sauf à utiliser énormément d’eau et des produits toxiques, éventuellement issus des hydrocarbures, ces projets, donc, touchent tout le sud du pays, bien au-delà du Larzac d’où est partie la fronde.

Bronzer sur le bourrier

C’est la plus belle plage de l’île d’Oléron, la plus grande et la plus dangereuse aussi :

La plus dangereuse ? rouleaux puissants, courants piégeux, baïnes, ça c’est pour la baignade. Je parle ici de la plage, le sable fin, la zone de bronzette en été et de balade en hiver. Depuis quelques mois, le risque de s’y faire gros bobo s’est intensifié à cause de la multiplication de ce genre d’objets, qui semblent jaillir du sol au fur et à mesure qu’on les ramasse :

Le vacancier serait-il salisson à ce point ? ni plus ni moins qu’ailleurs. Ce qui jaillit sous nos petons à la peau tendre est là depuis très longtemps. C’est l’érosion, accélérée par la tempête Xynthia (qui du coup a acéléré le dossier de dépollution, au point mort depuis des lunes), qui met à jour ce qu’il y a sous la plage : une énorme décharge, alimentée en déchets ménagers jusque dans les années 1980. En langue locale, on disait le bourrier, et on y lâchait les saletés sans autre forme de procès. Le sable recouvrit le tout, puis la dune repartit dans l’autre sens, et nous voilà au cœur du problème : je ne sais pas si sous les pavés il y a toujours des plages, mais je sais que sous la plage il y a des poubelles. Depuis novembre dernier, les 15 000 tonnes de déchets enfouis sont désormais l’objet de toutes les attentions. On vire le sable, on trie, on tamise. Quatre mois de travaux au bas mot pour la rondelette somme de 1 200 000 €, sans parler du coût du réaménagement du site, à réaliser impérativement avant l’été.

Le port de La Cotinière [2]

Le port de pêche de La Cotinière, en ces temps de crise, tire fort bien son épingle du jeu. Selon le guide qui nous a permis de visiter le port et la criée, et dont je parlais hier, le port de La Cotinière serait aujourd’hui le 6e port de France (en volume et en valeur de poissons et crustacés vendus à la criée), après avoir été il y a peu seulement 9e, non pas parce-qu’il pêche de plus en plus (les volumes sont stables) mais parce-que les ports plus spécialisés dégringolent dans le classement.
En effet, La Cotinière n’est plus spécialisée dans un type de pêche, comme autrefois la sardine. D’autre part, le choix de la qualité et de la préservation de la ressource est pour beaucoup de ce classement : des bateaux de taille modeste (le plus grand chalutier ne mesure que 23 m de long, rien à voir avec le bateau-usine croisé à St-Malo à l’automne), qui, pour la plupart, partent pour la journée et reviennent livrer le poisson frais dans l’après-midi ; la mise au point de filets qui ne prennent que les animaux adultes et laissent en mer les juvéniles ; davantage de filets, de lignes (pour le bar, on n’a pas trouvé mieux), et de casiers (homards dits « bretons » mais pêchés entre Ré et Oléron, araignées, etc) que de chaluts pélagiques, ces derniers écrasant les poissons et empêchant de vraiment les sélectionner.

Lorsque la pêche est finie, les bateaux font littéralement la course pour rentrer au port : le premier arrivé est le premier déchargé, et son poisson est présenté en premier aux mareyeurs, donc il a plus de chance d’être bien vendu qu’un produit de même qualité arrivé plus tard, quand les acheteurs ont, si je puis dire, fini leurs courses.
Le port est moderne : les caisses ne sont plus déchargées à la main comme autrefois mais par des grues. La manœuvre se fait avec précision, sans précipitation, afin de pas abîmer le poisson ni son rangement dans les caisses (une présentation soignée permet souvent de mieux le vendre).

—> À lire :

  • un récent article de Sud-Ouest qui fait le point sur les trois ports de pêche de Charente-Maritime, montrant bien la position de leader (et de loin) de La Cotinière face à La Rochelle et Royan (qui a pourtant aussi fait le choix de pêcher d’abord des espèces nobles.

(à suivre)

Ils ont boudé « La Boudeuse »

« La Boudeuse » est un trois-mâts goëlette sorti d’un chantier naval néerlandais en 1916. D’abord navire de commerce, il devient navire-école sous pavillon suédois après la Deuxième Guerre mondiale. Il devient français en 2003, sous le commandement de Patrice FRANCESCHI, qui, après travaux importants réalisés à Camaret puis un tour du monde, se lance dans un projet mal ficelé mais qui peut faire rêver : en 2009, « La Boudeuse » quitte Fécamp pour une mission de trois ans nommée « Terre-Océan », lancée par le ministre de l’écologie d’alors, Jean-Louis BORLOO.

Le navire doit sillonner mers, océans et même estuaires (son faible tirant d’eau le lui permet) dans le cadre du Grenelle de la mer. Pour ce faire, il a besoin d’environ un million d’euros par an, budget impossible à boucler., les engagements de l’Etat étant purement verbaux et surtout très flous. Le 1er juin 2010, la mission s’est arrêtée, au grand regret de son capitaine. Désormais, le navire est amarré à Nantes, où il est possible de le visiter jusqu’au 31 décembre.

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