Un nouvel appeau à bobos ?

Le plus vaste quartier de Bordeaux s’étend sur un ancien marécage au nord de la ville : c’est le quartier populaire de Bacalan. Enfin « populaire », faut voir. Une partie de ce quartier se situe de part et d’autres des Bassins à Flot, vieux site portuaire et industriel aujourd’hui en reconversion, comme on dit en jargon urbanistique quand on veut sortir les pauvres de la ville pour y mettre des riches.
Le bâtiment le plus symbolique de cette évolution est la Cité du Vin. Il se pourrait même que ce quartier, autrefois considéré comme mal famé, devienne tendance, « the place to be », un endroit que si t’y vas pas c’est que t’as rien compris. La boboïsation de Bordeaux est en marche y compris sur ses marges : en avril 2013 déjà, Sud-Ouest titrait « Et si Bacalan y perdait son âme ».
halles-P1160967.jpgIl y a pile deux semaines, un nouveau marché a été inauguré dans ce quartier, pile face à la Cité du Vin : ce sont les Halles de Bacalan, qui remportent un succès fou (55 000 visiteurs depuis l’ouverture, toujours selon Sud-Ouest). Ce n’est pourtant pas un immense marché : 23 étals seulement, mais plutôt du haut de gamme (et souvent avec prix en rapport). C’est classe, ça brille, c’est joliment présenté et ça doit même être très bon. Mais quel rapport avec le quartier popu d’origine ?

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La chansonnette [11]

Marc Ogeret
La Chanson de Craonne
1973

Dès les premiers mois, une fois qu’il est enfin évident que le conflit sera long, les soldats ne supportent plus la guerre, ou plus exactement les conditions dans lesquelles elle se déroule, les sacrifices qu’ils offrent à la patrie pour des résultats militaires inexistants. C’est le sentiment de se battre pour rien qui est à l’origine de contestations qui trouvent leur apogée dans les mutineries de 1917, mais qui s’expriment aussi dans les chansons, dont cette fameuse Chanson de Craonne, interprétée ici par Marc Ogeret en 1973 (vous pouvez en lire le texte ici et ici). Inutile de préciser que l’état-major appréciait fort peu ce genre de ritournelle. Il parait même qu’une récompense était promise à quiconque en dénoncerait l’auteur.
Il se trouve que je pense à cette chanson aujourd’hui, car d’après un titre de Sud-Ouest (je ne suis pas allée plus loin, n’étant pas abonnée), l’interprétation de cette œuvre lors des commémorations du 11 novembre, à Dolus d’Oléron (Charente-Maritime) a tourné à la polémique. Des anciens combattants (qui, de toute façon, ne sont plus ceux de la guerre de 14) n’ont apparemment pas apprécié ce moment, pourtant probablement fort, de la cérémonie. L’aspect antimilitariste, mais aussi défaitiste, voire désespéré, du texte, choquerait-il encore aujourd’hui ?