Bande-son des petits matins dans les transports en commun (Mardi 20 septembre 2022)

Je suis prof mais je me soigne, La chansonnette

MARIANNE FAITHFULL
Broken English

Bande-son des petits matins dans les transports en commun (Mercredi 14 septembre 2022)

Je suis prof mais je me soigne, La chansonnette

THE POGUES
Wild Cats of Kilkenny

Petite annonce

Je suis prof mais je me soigne, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

L’ultime estran

Je suis prof mais je me soigne, La mer et ses poissons, Oléron-petipatapon, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Il fallut bien se résoudre au retour à la vie normale, revenir vers le lycée, comme tous les ans à la même date ou presque. Et, pour trouver force et courage, il y eut une ultime matinée de pêche à pied, à patauger dans la vase à la recherche des coques et palourdes.
Se souvenir qu’au fond de nous, aussi citadins que nous prétendons être, nous restons foncièrement des « culs salés ».

Pêche à pied sur l’île d’Oléron, fin août 2022

Salle des profs atomisée

Je suis prof mais je me soigne, La chansonnette, Le monde tel qu'il va, Un peu d'art dans un monde de brutes

Il arrive que les enseignants aient, entre eux et dans l’intimité de la salle des profs, d’autres sujets de conversation que les élèves. Entre la machine à café et les photocopieurs, il y a certes encore largement « ça serait quand même bien que la mère de Lucienne laisse sa fille se débrouiller seule » ou « t’as vu les progrès de Martine ? » ou « quelqu’un sait pourquoi Yvan est absent depuis huit jours ? ». Mais il y a surtout désormais « il est devenu incontrôlable, et c’est ce qui fait peur », « je ne sais pas comment parler de la menace nucléaire aux gamins », « je croyais vraiment qu’il s’arrêterait au Donbass », « a priori, ses bidasses, ce ne sont pas des flèches, c’est pas rassurant », etc. Bref, Poutine occupe nos conversations, monopolise nos récrés, et génère une angoisse sourde face à laquelle le covid semble une bien petite chose. Dans dix jours, on vire pourtant les masques. Cette perspective ne parvient même pas à nous réjouir.
Pour sourire quand même, nous pouvons toujours ré-écouter La java des bombes atomiques de Boris Vian :

Cette année, le printemps commence le 8 février

Je suis prof mais je me soigne, Nos amies les bêtes, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Dans une région où la migration des oiseaux signale les changements de saison, le passage, en milieu de journée, d’un grand groupe de grues cendrées dans le sens sud-nord, signifie sans aucun doute que les printemps est là. D’ailleurs j’ai déjeuné dehors et j’y ai même corrigé quelques copies. Celles-là, au-moins, quelles que soient les notes, sentiront la pâquerette et le mimosa.

Des grues cendrées au-dessus de Bordeaux, 8 février 2022

On attendait autre chose du ministère de l’éducation

Je suis prof mais je me soigne

Du ministre de l’éducation aujourd’hui, ou plutôt du premier ministre qui l’a mis sous tutelle, nous attendions, du moins dans le second degré (permettez-moi de ne parler que de ce que je connais), une annonce du report des épreuves écrites des enseignements de spécialité du bac (coefficient 16 pour chacune des deux épreuves), prévues aux 14 et 15 mars.
Mais nous savons par expérience qu’il ne faut rien attendre du ministère de l’éducation, rien d’autre que des douches froides. Les profs dûment douchés à répétition gardent quand même au fond d’eux un espoir. L’éternel optimisme d’un corps enseignant qui veut croire encore et encore qu’aucune génération ne doit être sacrifiée. C’est pour cela qu’aujourd’hui, jeudi 20 janvier, les syndicats avaient appelé à une journée d’actions. Les actions pouvant être des rassemblements pour les personnels disponibles ou des discussions, des affichages, voire des manifs, mais pas forcément de grève : un préavis de grève n’est pas un appel à la grève. Il serait bon que le ministère ne fasse pas semblant de ne pas connaître la différence entre les deux, et n’annonce pas, avec gloriole, qu’il n’y a eu que 2% de grévistes (chiffre en outre sous-estimé, puisque seuls les collègues commençant leur journée en 1ère heure sont comptabilisés, ce qui n’empêche pas les autres de voir leur salaire ponctionné de la journée perdue, bien sûr).

Colère mobilisatrice

Je suis prof mais je me soigne

Les organisations syndicales ont parlé de mobilisation historique, et, il faut le reconnaître, une grève pour l’école à laquelle, outre les profs bien sûr, se joignent les personnels de direction et d’inspection, ce n’est pas habituel. C’est dire à quel point la colère est grande face à ce ministre qui, en cinq ans, a mis l’école plus bas que terre, a achevé le travail de destruction méthodique commencé par ses prédécesseurs, a pris le covid pour prétexte pour dynamiter le peu de sens qu’il restait dans ce fatras nommé Education Nationale. Les annonces des changements de protocoles sanitaires, comme l’an dernier celles concernant les modifications des examens, ont été faites dans les médias, les dimanches, éventuellement même dans des articles payants. Les principaux intéressés (élèves, enseignants, parents) se sentent à juste titre pris pour des billes. L’objectif n’est clairement plus de permettre aux enfants et aux adolescents d’acquérir connaissances et compétences, mais de faire en sorte que leurs parents aient un moyen de garde gratuit pour pouvoir aller au boulot. Le délire blanquérien, mêlant programmes infaisables et consignes de « bienveillance » pour les évaluations, a achevé l’œuvre globale de ce ministre exceptionnel (Mélenchon y voit un « idiot utile », tant sa capacité à fédérer contre lui est forte).

Les derniers revirements et contre-ordres d’un protocole sanitaire qui n’en est même pas un a mis le feu aux poudres, d’abord dans le premier degré, puis dans les collèges et lycées. Les enseignants, qui bricolent avec les moyens du bord depuis des lustres, ont enfin fait entendre le ras-le-bol, l’usure, la fatigue extrême. Des salles qu’on ne peut pas aérer parce-que les fenêtres sont cassées et ne s’ouvrent plus, ça existe. Des profs malades non remplacés, ça existe et en plus ça se fait traiter d’absentéistes. Le matériel pour préparer les cours entièrement financés par les profs c’est la réalité (enfin presque : dans sa grande bonté, Blanquer nous offre une prime informatique de 150 € par an !). Vous en connaissez beaucoup des professions dans lesquelles les salariés payent pour travailler ? Dans le cadre sanitaire actuel, la règle veut que les salariés disposent de masques chirurgicaux (et pas des masques toxiques !) en quantité suffisante et de gel hydroalcoolique sur leur lieu de travail. Dans la trempette infernale que constitue une salle de classe non ventilée, c’est le moins que l’on peut attendre. Et bien, rien, des masques distribués au compte-goutte dans certains établissements, mais pour faire le boulot, on y va de nos propres deniers. Et je passe sur l’état de délabrement de nombreux bahuts (faux plafonds qui dégringolent, ordinateurs vieillissants qui mettent tellement longtemps à s’allumer qu’on a plus vite fait de faire l’appel sur nos smartphones — ça aussi, outil obligatoire pas du tout financé), la liste serait trop longue.

Que retenir de la mise sous tutelle de Blanquer par Castex ? c’est un début, mais cela ne suffit pas. Ce que l’on attendait hier, lors des manifestations, c’était la fin du mépris, des moyens réels, et surtout ça :

Photos réalisées lors de la manifestation pour l’école du 13 janvier 2022 à Bordeaux

Apprivoisés

Je suis prof mais je me soigne

Il a fallu un peu de temps, avec cette classe de terminale (enseignement de spécialité) pour que les cours se passent bien. Septembre fut confus, houleux, hargneux. Les mômes étaient méfiants, j’étais tendue. Il n’y avait pas un cours sans clash ni coup de gueule, on perdait un temps fou. Puis octobre vit l’apaisement, nous commencions à faire connaissance les uns avec les autres, et à trouver que les gamins étaient des braves gamins et que la prof n’était pas une méchante prof. Pour tout dire, il ne s’agissait pas de faire connaissance, mais de se retrouver : ces loulous, je les connaissais presque tous, les ayant eu comme élèves il y a deux ans en seconde ou l’an passé en première. Et pas toujours avec de bons souvenirs, il faut le dire.
Au retour des vacances d’automne, le climat était clairement apaisé, serein, voire joyeux. Une forme de complicité se mettait en place, on pouvait même blaguer sans que Corinne entre dans une colère noire ou que Patricia sorte de la classe en braillant « personne ne me comprend, vous êtes nulle, vous m’en voulez depuis la seconde, d’abord ». Je passe sur Thomas, fixé à ses jeux sur smartphone comme la bernique sur son rocher, et Marius, qui dort en classe parce-que la nuit ça sert à autre chose. Tout cela est fini, sauf Marius qui pionce encore un peu, mais il fait le boulot demandé et il dit bonjour au-revoir et merci.
Nous nous sommes habitués les uns aux autres, comme apprivoisés. Et cela fait du bien, parce-qu’avec un bac les 14 et 15 mars, il ne s’agit plus de perdre du temps avec la discipline. Aujourd’hui, alors qu’un exercice de méthode était noté, les petiots ont fait fumer les cerveaux pour donner le meilleur d’eux-mêmes et certains ont même dit merci en partant à midi.

Petite précision : tous les prénoms ne cette note sont bien sûr des pseudonymes.

Nuit du matin

Je suis prof mais je me soigne, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Chaque année la même observation : quand octobre se pointe, l’air devient frais et les jours raccourcissent tellement vite que ça se voit. Plus question de dîner dehors, même en ne s’y prenant pas trop tard, non seulement parce-qu’il faut avoir recours à la lumière électrique, mais aussi parce-que la petite laine et les chaussettes ne suffisent plus. L’automne est donc bien là, même si, en ce jeudi 7 octobre 2021, l’après-midi fut franchement doux voire chaud. C’est surtout le matin que la chose est palpable : on sort le vêtement de mi-saison, et, pour aller au boulot, on se heurte à la nuit.

Pour aller au boulot, on se heurte à la nuit – Bordeaux, octobre 2021

Pré-rentrée ? validée

Je suis prof mais je me soigne, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Posons d’emblée une info importante : le sous-chef de mon bahut, depuis un an, est un ancien prof. Un vrai. Il connait les contraintes, les attentes, bref, il connait le métier. Et, cette année, non seulement il nous a concocté des emplois du temps conformes à nos vœux (en ce qui me concerne : jamais finir tard), mais il nous les a fait parvenir en avance de phase par mail. Ce qui fait que cette pré-rentrée ne fut pas parasitée par l’attente desdits emplois du temps (qui fait que nous n’écoutons rien des discours cheffesques) ni par le stress générée par cette attente (j’ai enfin bien dormi une veille de pré-rentrée, une première en presque trente ans !), ni par la digestion dudit emploi du temps puisqu’elle fut effectuée au week-end dernier (je pêchais alors la quantité de palourdes autorisée par la loi, m’offrant gratuitement une thalasso des doigts de la main gauche dans la vase salvatrice de l’île d’Oléron). Toutes les conditions étaient donc requises pour que la journée se passe fort bien, malgré l’ombre malveillante d’un Blanquer tapi dans l’ombre.
Puis vinrent les réjouissances, le « cocktail déjeunatoire », comme dit cheffe. Et vous savez de quoi nous avons parlé, avec les collègues ? de la Charente-Maritime. Intel a trouvé qu’il avait plu à Ronce-les-Bains, unetelle a déambulé entre Charron et Marans, une-autretelle a bronzé dans la presqu’île d’Arvert, sans parler de celles et ceux qui ont pataugé dans La Rochelle ou à Châtelaillon en même temps que moi. Une bonne journée, en somme, même s’il reste le plus dur à assurer : des cours solides face à de jeunes gens tout beaux tout frais. Bonne rentrée à tous et à bientôt sur nos ondes.

Des élèves avides de connaissances – Source : Image par 14995841 de Pixabay

Congés annuels

Je suis prof mais je me soigne, La mer et ses poissons

Dernier jour de classe pour les écoliers. Les collégiens et lycéens savourent la douceur des vacances depuis quelques jours, sauf pour les élèves de terminale qui ont appris ce matin même qu’ils faisaient partie des rares malchanceux devant se frotter à l’oral de rattrapage. Avant même la publication des résultats, la PQR n’a pas hésité à titrer sur la mort du bac et la dévalorisation globale du diplôme :

Si le bac en tant qu’examen national n’existe plus (ses majestés Blanquer et Covid ont fait ce qu’il fallait en ce sens), les élèves, eux, viennent bien de franchir un cap. Leur avenir dans le supérieur dira si l’obtention du diplôme était usurpée ou non. J’ai eu quelques surprises ce matin : untel qui, dans ma matière (un enseignement de spécialité, donc coefficient 16), a fini l’année avec 1/20 de moyenne et a eu le bac ; tel autre, plutôt sérieux et méritant, va au rattrapage. Mais la plupart des résultats ont confirmé les impressions de l’année.
Sur ce, même si l’année scolaire n’est pas tout à fait finie (clap de fin vendredi avec les délibérations des oraux de rattrapage), ce blog, comme chaque été, prend des congés. De ci de là je viendrai faire un petit coucou, mais rien de régulier. À la mer et ses poissons il faut désormais songer.

Petit crabe sur l’estran un jour de pêche à la palourde

Mimil fait semblant de ne pas voir les fautes d’orthographe

Je suis prof mais je me soigne, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée, Un peu d'art dans un monde de brutes

Mimil, c’est le personnage à t-shirt rayé inventé et dessiné par Selor, un des graffeurs phares de Bordeaux. Et, aujourd’hui, il y avait bac : philo le matin, français l’après-midi. Huit heures de surveillance en tout : dire que j’en suis sortie un peu neuneu est un euphémisme, mais l’orage en cours devrait me remettre les idées d’aplomb.
Je pense à Mimil et au bac parce-qu’entre les deux, il y a un lien : l’orthographe. Soyons honnête, je n’ai pas lu les copies, mais, un peu par hasard, j’ai vu que la chose n’était pas totalement maîtrisée par tous les candidats, au même titre que le déchiffrage de l’heure sur une pendule à aiguilles (rare mais authentique ; je parle du déchiffrage par un candidat au bac, pas de la pendule).
Et puis j’ai aussi souvenir d’un resto où j’ai récemment déjeuné, et où les cartes et ardoises comportaient presque autant d’erreurs orthographiques et grammaticales que de mots. Tout cela nous ramène à notre Mimil, et à un dessin le représentant vu très récemment à Bordeaux, dans le quartier des Chartrons :

Un peu d’eau dans le vin

Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

L’eau dans le vin, ce n’est jamais bien : l’eau se met à puer et le vin prend un goût de pipi. Mais c’est l’expression consacrée pour dire que l’on renonce à une part de ses exigences, que l’on assouplit la règle, que l’on s’adapte à l’adversaire. L’adversaire, actuellement, est un virus. Mon cher ministre de tutelle a peut-être l’impression, depuis quelques jours, que l’adversaire est un groupe compact et motivé de lycéens prêts à bloquer leurs bahuts pour remettre à plat les épreuves de fin d’année. Mais l’adversaire, c’est bien d’abord et avant tout un virus.
Résumons : en plus de devoir subir une réforme bâclée et violente, nos poussins de terminales ont la scolarité hachée menu par un covid confinant. Préparer le bac dans ces conditions relève du défi, que les poussins tentent de relever parce-qu’ils sont vaillants, mais quand même. Alors ils couinent, ils grincent, ils râlent, ils défilent. Et monsieur Blanquer tente d’adoucir la brutalité du moment, à très très petite touche, pour sauver ce qui peut encore l’être de sa réforme informe.
Il annonce donc, pour l’épreuve de philo, que la note de celle-ci ne sera prise en compte que si elle est supérieure à celle du contrôle continu. Pour faire court, les marmots qui ont d’ores et déjà la moyenne peuvent se la couler douce, leur note est assurée. Les autres sont priés de se sortir les doigts du …
Pour le grand oral, qui porte sur les enseignements de spécialité, les candidats auront la possibilité d’utiliser leurs notes rédigées pendant les 20 mn de préparation de l’épreuve, ce qui était prohibée dans la mouture initiale dudit grand oral.
Bien sûr que cela va soulager nos jeunes, mais est-ce suffisant face à une année en morceaux ? Ils ne pourront pas non plus être interrogés sur les thèmes non vus dans l’année. C’est rassurant, mais est-ce un gage de réussite pour autant ? N’oublions pas que certains établissements, majoritairement privés, n’ont pas joué le jeu de l’enseignement hybride lors du deuxième confinement, et affirment aujourd’hui, dans les dossiers parcoursup, leur fierté à avoir gardé les classes entières, y compris au mépris de l’intérêt général. Quand mon petit cul préside, n’est-ce pas ? …
Alors, comment ces profs (du privé, mais pas que) qui ont boosté leurs élèves comme des chevaux de course, quitte à créer du cluster à tour de bras, jugeront-ils les élèves lambda, qui viennent des bahuts ordinaires ? Ne seront-ils pas tenté de savonner les planches des pauvrets qui n’auront pas étudié tous les thèmes du programmes ? Je ne fantasme pas, des profs du privés qui cartonnent des gosses du public, j’en ai croisés dans plusieurs jurys de bac.
Et même si mes élèves de terminale m’agacent un peu, je n’ai vraiment pas envie qu’ils se prennent une tôle parce-que les profs du jury auront, eux, préféré prendre le risque covid plutôt que d’accepter de ne pas finir les programmes. Parce-que mes poussins à moi ne sont pas des bêtes de concours nourris aux OGM mais des humains en construction, plein d’émotions et nourris bio.
Alors m’sieur Blanquer, avec tout le respect que je vous dois puisque vous êtes mon patron, ménagez nos enfants. Ils ont eu deux années en petits morceaux. Ils n’ont pas besoin qu’on en rajoute. L’aménagement n’est qu’un tout petit pansement sur une plaie géante. Ne pourriez-vous pas, m’sieur Blanquer, ajourner les épreuves pour cette année ?

À la recherche du courant d’air salvateur

Je suis prof mais je me soigne

La chose semble claire et entendue : une bonne ventilation disperse les aérosols vecteurs de covid, et donc limite considérablement la contamination par le fichu virus. La chose semble donc simple à mettre en place : il suffit de faire un bon courant d’air en attendant gentiment d’être éligible au vaccin. Calme et sérénité, repos de l’esprit : dans la salle où j’œuvre le lundi, il y a cinq fenêtres, qui forment un angle bien pratique pour jouer du courant d’air.
Sauf que, sur ces cinq fenêtres salvatrices, deux sont en ce jour fermées, condamnées, adieu courant d’air bien aimé. Elles ne sont pas fermées par étourderie ou négligence du prof qui me précède ou de l’agent chargé du ménage. Elles sont fermées parce-que les poignées ont été enlevées, délibérément ôtées sur un ordre hiérarchique, et non vandalisées. Voilà voilà.
Certes, il reste les autres fenêtres, nous n’avons pas fait cours dans un bocal étanche. Mais pour un jour de rentrée avec protocole sanitaire soi-disant renforcé, ça fait désordre.

C’est la rentrée

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne

À quoi reconnait-on une rentrée scolaire lorsque l’enseignement se fait « en distanciel » ? Allez, c’est facile, on n’est plus surpris. La seule nouveauté, c’est le petit message d’explication, qui a changé depuis le début du mois, histoire de pimenter un peu le quotidien :

Toujours plus haut

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Promenons-nous dans les bois, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée, Un peu d'art dans un monde de brutes

10 km de rayon autour du nid. Pour des vacances imposées, c’est limité. 10 km de libre parcours, avec parcs et jardins ouverts, c’est toujours mieux que la punition XXL du printemps 2020. Il faut toujours voir le moins mauvais côté des choses.
C’est ainsi qu’aujourd’hui, respectant à la lettre l’ordonnance ministérielle, mes baskets m’ont trainée jusqu’au Bois du Bouscat, un joli espace forestier en bordure d’hippodrome. Et là, au milieu des chênes, les pieds dans le marécage, il y a de très grandes échelles blanches. Des échelles qui incitent à voir le monde d’en haut, à prendre du recul à défaut d’avoir le dessus. L’optimisme tient à peu de choses, finalement.

Rien que des bons souvenirs !

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne

Ah ! les joies du travail « en distanciel » (ce mot est toujours aussi laid) ! et que je te bidouille un cours compréhensible par des marmots, et que je demande aux dits marmots de déposer leur boulot là où il faut (la démo a été re-re-re-refaite en classe dans la vraie vie la semaine dernière), et que je m’apprête à poster cours et consignes, et que, et que, et que … patatras, comme l’an dernier dans la même situation, l’espace numérique de travail envoie un joli message :

En avril, ne te déconfine pas d’un fil

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

L’impression, une fois encore, d’être plongée sans mon plein gré dans le film Un jour sans fin. Avril 2020 : à la niche. Avril 2021 : à la niche aussi, la sidération en moins. L’impression de revivre du déjà vécu, avec pas mal de fatigue et d’amertume.
Je reste convaincue que si tout le monde avait bien joué le jeu de la distanciation physique et du masque, nous n’en serions pas là. C’est peut-être réac’, peut-être une réaction de vieille conne, et pourtant … il y a peu, j’entendais sur Inter le monsieur qui a mis au point la solution hydro-alcoolique, dont la formule est dans le domaine public parce-qu’il en a voulu ainsi.

Ce monsieur, de nationalité suisse je crois, mais peu importe, ce monsieur, disais-je, expliquait fort bien à quel point les gestes dits « barrières » étaient indispensables et suffisants pour limiter la propagation des virus. Il a bien dit « suffisants ». Voilà voilà. Et dans le tram les masques sont sous le nez. Au lycée, c’est carrément, depuis deux jours, le bal des mal masqués. Nous sommes vivants parce-que nous avons survécu.
Quatre semaines hors de la trempette, c’est toujours ça de gagné, mais ce sont quatre semaines perdues pour la vraie vie, pour la famille, les amis, la forêt, l’océan. L’impression d’un immense gâchis parce-que trop de mes contemporains jouent perso, parce-que le civisme, le respect, oserais-je dire le bon sens, sont parfois perçus comme des signes de faiblesse. Désolée si ce discours semble ringard, mais j’en ai marre, vraiment marre, de me fader des hordes de « moi je » à longueur de journée.

C’est reparti pour un tour

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

Le patron a dit « à la niche tu seras », mais pour Pâques faut voir (le patron est catho, ne l’oublions pas).
Le patron a dit « ta niche a 10 km de rayon », c’est bon, c’est dix fois plus qu’en 2020, les maths, c’est stimulant. Et puis j’aime pas les niches, alors savoir que ladite niche peut quand même me mener aux piscines à grenouilles du jardin botanique, ça soulage un peu.
Le patron a dit, « l’école en distanciel la semaine prochaine, et après, deux semaines de vacances pour tous les marmots ». J’avoue que j’apprécie, car la marmaille mi-masquée voire pas masquée du tout d’aujourd’hui a mis une certaine pression sur le corps enseignant que je suis. Sans parler des attitudes désagréables de ces fichus élèves de terminales qui ne font plus rien d’autre que bavasser pendant les cours depuis que parcoursup c’est fini. Ne plus voir les loulous pendant un temps un peu long fera du bien, et surtout évitera la covid-party entre deux récrés. Mais, « en même temps » (pour citer le patron-président), faut planifier en un clin d’œil le cours « en distanciel ». C’est que les parents, plus encore que leurs choupinets, attendent « la continuité pédagogique » de leur fils ou de leur fille, faut pas rigoler avec ça. Mais si, rigolons un peu, quand même. Lors de la mise en demi-jauge, en novembre, les gamins se sont retrouvés à la maison un jour sur deux avec du travail à faire. Les parents, du moins les moins éveillés d’entre eux (la minorité usante), n’avaient pas saisi que si leur loupiot était à la maison, cela ne voulait pas dire que son prof l’était aussi, celui-ci étant en cours avec l’autre moitié de la classe dudit loupiot. Et je me souviens qu’une maman a demandé où trouver la « continuité pédagogique » de sa fille, parce-que sur son Pronote à elle, ce n’était pas clair.
Le patron n’a pas dit comment répondre aux questions des gamins demain.
Le patron n’a pas dit (où alors j’ai lu le compte-rendu du Monde trop vite) si les profs seraient tous vaccinés avant la reprise effective des cours, avec des vrais élèves devant leurs vrais profs dans de vraies salles de classe vraiment trop petites.

Tu la craches, ta boulette ?

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Un jardin en cette fin de semaine. Une corneille avec un truc dans le bec. Un gros truc :

Mais de quoi s’agit-il ? de loin, je pense à une noix, tout en trouvant ladite noix fort balaise et vaguement minérale. Mais je reste sur mon idée de noix, confondant mollement corneille et écureuil. C’est la fin de semaine, les terminales ont été chiants comme la pluie, j’ai des excuses.
Mais en zoomant mieux, en insistant avec attention, en me penchant sur le sujet, je constate que ce que la corneille tient en son bec n’a rien à voir avec le fromage du maître corbeau de La Fontaine. La corneille n’est pas un corbeau, et toute confusion avec ce que l’un ou l’autre tient en son bec est permise. Mais comme les terminales ont été bavards comme des pies, j’ai comme un flou et le mélange mammifère / oiseau ne me choque pas outre mesure.
Après déambulation sur la toile, et oubliant ces sales gosses de terminales, il s’avère que la corneille tient probablement en son bec une boulette de réjection :

Une boulette de quoi ? de ré-jec-tion. Un truc que l’on rejette, comme le souvenir de ces marmots en pré-bac qui pourrissent l’ambiance. Et surtout comme d’autres oiseaux. Les corneilles avalent des choses improbables et indigestes, des carapaces d’insectes par exemple. Et les corneilles, comme d’autres oiseaux, recrachent ces choses immangeables par le bec. Ce qui me surprend, c’est que cette corneille de jardin a gardé sa boulette longtemps dans son bec et s’est même envolée avec, sans s’en débarrasser en chemin.

Photos réalisées en Gironde en mars 2021

C’était il y a un an

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C’était il y a un an et c’était un vendredi 13. C’est bien la peine de se battre contre les superstitions … C’était un vendredi 13 et, la veille au matin, mon bien aimé ministre de tutelle avait affirmé que les écoles ne fermeraient pas. Mais à l’époque les profs n’étaient pas encore des Jedis, et ce fameux jeudi 12 mars, en soirée, le patron président a décrété la fermeture des écoles, collèges, lycées et universités pour le lundi suivant et jusqu’à nouvel ordre. Alors le vendredi 13 a eu une drôle d’allure. J’ai vu toutes mes classes sauf une, ce sont les hasards de l’emploi du temps. Le soir, je suis rentrée tard car les conseils de classe parfois s’éternisent, surtout face à l’incertitude.
Le confinement nous pendait au nez. Le lendemain j’ai vu la mer pour une dernière fois avant très longtemps et, ce samedi 14, j’aurais du assister à un concert d’Alain Souchon. Concert annulé, reporté, puis reporté encore pour le mois de mai de cette année.
Quelques temps plus tard, j’ai aussi loupé le spectacle de Brigitte Fontaine, reporté lui aussi. Ces deux-là, Alain et Brigitte, je les écoute souvent. Spectacles vivants, cinémas, restos, expos nous manquent terriblement.
C’était il y a un an et je pensais naïvement que le confinement ne durerait pas si longtemps, que c’était un mauvais moment à passer mais que ça passerait vite, que c’était une expérience comme une autre. Que l’été venu tout serait plié, oublié. Je pensais, je supputais, j’espérais, j’avais tout faux. C’est bête d’être foncièrement optimiste, parfois.
Aujourd’hui, un an après, nous nous apprêtons sans enthousiasme et avec crainte à accueillir à nouveau tous les élèves du lycée en même temps, la vaccination patachonne et en plus il pleut. Mais je viens de voir sur Arte un joli documentaire sur Sting, et ce retour aux années 80 a quelque chose de fort apaisant.
Et puis les premières asperges arrivent sur les marchés, les huîtres du bassin d’Arcachon sont à nouveau autorisées à la consommation (après un mois de pause pour cause d’eau pas propre), les oiseaux déambulent, c’est la grive qui me réveille le matin, et les arbres font de jolis fleurs dans les jardins. Tout va bien, nous sommes vivants.

Un incendie à Strasbourg bloque un lycée à Bordeaux

Il y a une vie en dehors de Bordeaux, Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Ce matin, comme tous les matins en semaine, je commence par m’informer de la météo (pour choisir entre le ciré ou le petit débardeur estival), puis du réseau de transports en commun (au cas où le tram aurait rencontré un éléphant sur la voie), et enfin je me connecte sur l’espace numérique de travail (ENT), commun à toute la région Nouvelle Aquitaine, joyeusement nommé « Lycée connecté ». Et rien. J’ai bien eu la météo et le tram, mais pour le boulot : nada. Page blanche, erreur 504 « bad gateway ». Dans le même temps, je lis qu’un data center d’OVH avait été en partie détruit par le feu à Strasbourg. Pas bien réveillée, je ne fais pas le rapprochement, et pourtant, j’aurais du : OVH héberge à peu près les deux-tiers des sites français, autant dire que les dommages collatéraux à l’incendie sont considérables. Parmi les sites bloqués, pour seulement quelques heures ou pour un temps beaucoup plus long, se trouvent le centre Pompidou et l’aéroport de Strasbourg. Et donc, l’ENT des lycées de Nouvelle Aquitaine. Ce qui m’a permis d’expliquer à mes pioupious de première le fonctionnement des sites internet, des hébergeurs, du cloud, tout ça tout ça, et pourquoi un incendie à Strasbourg perturbait un cours prévu à Bordeaux, cours qui reposait, coup de pas de chance, sur les manuels en ligne et autres ressources du fameux ENT. En milieu de journée, ledit ENT a d’ailleurs été plus précis dans son message :

Un chouia d’humour à deux balles

Je suis prof mais je me soigne, Oléron-petipatapon, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée, Un peu d'art dans un monde de brutes

La semaine est finie, enfin, et, une fois encore, quelle semaine ! l’impression d’avoir mené deux vies parallèles, de n’avoir jamais touché terre. Le temps de rien, le stress des parents qui nous insultent et nous roulent dans la boue, parce-qu’ils en ont marre d’avoir leurs gosses à la maison un jour sur deux, que le covid c’est pas si grave, tout le monde sait bien que les profs sont des Jedis. Tellement Jedi que, parfois, je me sens tentée par le côté obscur de la force, mais la séance rigolote de cet après-midi, avec 18 élèves de première qui ont fait la même chose que leurs camarades « en distanciel » (que ce mot est laid …), validant à la seconde près les résultats de chacun sur pronote, … la séance rigolote, disais-je, a un peu remis les pendules à l’heure et les mouflets ont trimé fort bien et sans rechigner. Néanmoins, cette consolation n’a pas eu raison de la fatigue globale, et l’avachissement vespéral dans le canapé s’est accompagné d’un petit tour dans quelques photos d’Oléron relativement récentes, notamment ces deux-ci, prises dans le port du Château, en mode jeu de mot et humour à deux balles, et ça fait du bien :

7 mn avec Mme Arnica

Je suis prof mais je me soigne, Un peu d'art dans un monde de brutes

Fin de semaine, et quelle semaine ! Entre les dernières évaluations (des oraux dans toutes les classes, ce qui demande un chouia de concentration) et la paperasse de fin de trimestre (des bulletins, des bulletins, encore des bulletins, et autres fiches diverses pleines de cases à cocher), sans parler des cours à préparer, je constate que la semaine de 35 heures ressemble clairement à un temps partiel. Bref, une pause s’impose, et je déambule sur Youtube pour lâcher un peu la pression, rayon vieilleries qui font encore tellement rire. Je tombe ainsi sur Pierre Dac et Francis Blanche, du temps tellement d’avant que je n’étais même pas née, et m’esclaffe comme une gamine devant un numéro de clown face à Madame Arnica. Même si ce sketch est archi connu, c’est un régal.

Déclic grève

Je suis prof mais je me soigne

La grève ne sert sans doute plus à grand chose, du moins dans l’Education Nationale. On cesse le turbin un jour, les mômes sautent de joie en se croyant en vacances, puis on reprend le lendemain, sans avoir ému les foules et encore moins les politiques qui nous foutent dans la merde dirigent. Et pourtant, la grève, demain je la ferai. Parce-qu’elle est portée par une intersyndicale, et que ce n’est pas si courant ? Oui, mais pas que. Surtout parce-que les revendications ont du sens : il ne s’agit pas seulement des salaires, dont la revalorisation ne touche qu’environ un tiers des personnels (et on ne rattrape même pas ce qu’on a perdu !), mais il s’agit surtout des conditions de travail. Les dotations horaires des établissements viennent d’arriver, et elles augmentent la pression et les tensions à un moment où, crise sanitaire oblige, il faudrait que l’on puisse pleinement se consacrer aux enfants qui nous sont confiés. Or, si le nombre d’élèves augmente dans le secondaire, le nombre de postes de profs diminue. En clair, nous allons tous avoir pléthore d’heures supplémentaires et des classes surchargées, ce qui ne permet pas de bien se consacrer à chaque élève, à un moment particulièrement crucial. Ça c’est pour le fond, qui suffit à me mettre en colère, en grève et en manif (quoique, vue la fatigue cumulée, ce dernier point ne soit pas encore tranché).
Mais la goutte d’eau, car goutte d’eau il y eut pour faire déborder les chutes du Niagara, fut transmise ce matin même par le Café Pédagogique : monsieur Blanquer, ministre de l’Education, n’a pas utilisé la totalité du budget dont disposait son ministère. Il pouvait, alléger les classes, respecter nos services en créant des postes, voire nous augmenter un chouia, et rien. 200 millions de brouzouf qui nous passent sous le nez parce-que notre patron veut faire le beau devant le sien, de patron. Qui, d’ailleurs, ne lui en a peut-être même pas tant demandé. Parce-qu’on n’a, à ma connaissance, jamais vu un ministre chercher autant à nuire à ses fonctionnaires. Même Allègre n’avait pas réussi à faire pire.

200 millions de brouzouf qui nous passent sous le nez

Masque sous le nez, t’es pas beau à regarder

Je suis prof mais je me soigne

Marre, marre, re-re-marre et archi-marre des masques mal portés, des museaux à l’air dans le tram ou au lycée, quelque soit l’âge ou le genre. Ras-le-bol de la déferlante covidesque en partie liée au grand je m’enfoutisme de certains de mes contemporains.
Aujourd’hui, au lycée, j’ai craqué, j’ai changé l’argumentaire pour que les petiots de 16 ans soient correctement camouflés. Puisque, pour deux d’entre eux (sur un groupe de 18, ce n’est donc pas, heureusement, le gros des troupes), l’idée même de porter correctement ce satané morceau de tissu ressemble à une forme de viol, j’ai abandonné l’argument sanitaire qui les touche à peu près autant que le black friday pour un militant de la décroissance. Je suis passé à l’ado compatible : « le masque sous le nez, c’est moche, on ne voit que les narines, regardez-vous ». Et les loulous se sont mirés dans leurs smartphones en mode selfie. Les masques restèrent correctement positionnés jusqu’à la récré. Non mais !

Faire une pause

Je suis prof mais je me soigne

Ils nous regardent avec des grands yeux vides, ils luttent contre le sommeil, mais ils tiennent jusqu’au bout, sauf les deux ou trois qui ont entendu dire que l’école c’était pas obligatoire jeudi et vendredi. Je ne reviendrai pas sur la com’ Blanquer, ça ne serait pas dans l’esprit de Noël, et puis je dirais des gros mots et ce serait fort laid.
La salle des profs, pareillement amorphe quoique sous caféine, compte les heures et les copies qu’il reste à corriger avant le changement d’année.
Ce soir, dans le tram, j’écoute « Dans la salle du bar tabac de la rue des Martyrs », et je trouve que François Hadji-Lazaro sied bien à ma fatigue du moment. Demain il fera jour et ce sera le premier jour des vacances.

Traités de Westphalie, youpi !

Je suis prof mais je me soigne

Disons-le tout net, la journée avait moyennement bien commencé. Déjà il pleuvait, format grosse averse, et même avec le ciré (le jaune, oui, le vrai, faut pas tricher avec la pluie), j’avais la guibole humide et le pas accéléré pour aller taffer. Sur le trajet se trouve un collège, un brave collège avec des collégiens, bien tassés sur les trottoirs dans l’attente de l’ouverture du lieu scolaire. Des mouflets et des minots qui courent, qui braillent, qui font des moulinets avec leurs trottinettes, même que, ce matin, j’ai bien failli en recevoir une sur le museau. Et puis il y a celles et ceux qui viennent en vélo. Au moins, il faut les créditer de cela, ces marmots ne sont pas tous amenés en SUV à la porte de leur collège, ils fournissent quelques efforts physiques et ne chouinent pas sous la pluie. Ça flotte pourtant dru, et la visibilité s’en ressent, mais à pied ce n’est pas bien gênant. Sauf lorsque une gamine fonce littéralement sur moi avec son vélo, hurlant de rire en apercevant ses copines. Je l’esquive, certes, mais râle un « faites un peu attention » qui plonge la marmaille dans un grand rire, une marmaillotte gloussant, avec un aplomb dont les élèves de 5e et 4e ont le secret (je le sais, j’ai testé en début de carrière) : « Si vous n’aimez pas les enfants, faut pas venir ici ».
Alors je le dis tout net, avoir du expliquer ensuite, à des lycéens encore un peu ensommeillés, les subtilités des traités de Westphalie (1648), m’a procuré un immense sentiment de bien être. Enfin je retrouvais ma zone de confort, face à mes choupinets à moi, qui prenaient des notes et trouvaient la guerre de Trente Ans tour à fait digne d’intérêt. Et pourtant, au premier abord, les bastons du XVIIe siècle ne semblaient pas faciles à vendre.

Et si, subitement, j’aimais le foot ?

Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

Pas trop fan de sport en général. Sauf les courses océaniques à la voile. Sauf le hand quand ce sont des nénettes qui jouent, même que c’est tellement beau qu’on dirait du hip hop. Sauf le rugby, parce-que ça me rappelle tous les albums d’Astérix que j’ai lu quand j’étais petite. Mais le foot, je n’accroche pas. Un sport de manchot, puisque l’usage de la mimine est prohibée. Un sport de chochotte puisque parfois, un joueur à peine effleuré, tombe sur le gazon en pleurant sa mère. Et puis des scores ridicules : 90 mn pour voir trois buts, c’est long, mais c’est long …
Pas fan, donc, mais là l’histoire s’en mêle, et aussi la géopolitique, ma marotte à moi que je kiffe, même que je l’enseigne à tous pleins de choupinets de mon lycée. Je ne fais même que ça. Privilège du grand âge qui fait que mes collègues ont cédé à mon caprice de n’enseigner que la spécialité histoire-géographie-géopolitique-sciences-politiques dans le cycle terminal.

Il se trouve que, par un événement tragique (la mort de Diego Maradona), la géopolitique et le sport sont bel et bien unis. Cette victoire contre l’Angleterre, en 1986, d’un coup de main (main de Dieu avait dit Diego) zappée par l’arbitre, puis d’un drible de dingue, avait apporté à l’Argentine la vengeance bienvenue de la défaite dans la guerre des Malouines quatre ans plus tôt. Si la guerre, selon Clausewitz, est la poursuite de la politique par d’autres moyens, le sport, et ce n’est pas nouveau, est aussi un moyen de faire la guerre. Sans entrainer des millions de morts, et ce n’est pas rien.
Pour bien comprendre la géopolitique de Maradona, je vous propose d’écouter Pascal Boniface :