Apprivoisés

Je suis prof mais je me soigne

Il a fallu un peu de temps, avec cette classe de terminale (enseignement de spécialité) pour que les cours se passent bien. Septembre fut confus, houleux, hargneux. Les mômes étaient méfiants, j’étais tendue. Il n’y avait pas un cours sans clash ni coup de gueule, on perdait un temps fou. Puis octobre vit l’apaisement, nous commencions à faire connaissance les uns avec les autres, et à trouver que les gamins étaient des braves gamins et que la prof n’était pas une méchante prof. Pour tout dire, il ne s’agissait pas de faire connaissance, mais de se retrouver : ces loulous, je les connaissais presque tous, les ayant eu comme élèves il y a deux ans en seconde ou l’an passé en première. Et pas toujours avec de bons souvenirs, il faut le dire.
Au retour des vacances d’automne, le climat était clairement apaisé, serein, voire joyeux. Une forme de complicité se mettait en place, on pouvait même blaguer sans que Corinne entre dans une colère noire ou que Patricia sorte de la classe en braillant « personne ne me comprend, vous êtes nulle, vous m’en voulez depuis la seconde, d’abord ». Je passe sur Thomas, fixé à ses jeux sur smartphone comme la bernique sur son rocher, et Marius, qui dort en classe parce-que la nuit ça sert à autre chose. Tout cela est fini, sauf Marius qui pionce encore un peu, mais il fait le boulot demandé et il dit bonjour au-revoir et merci.
Nous nous sommes habitués les uns aux autres, comme apprivoisés. Et cela fait du bien, parce-qu’avec un bac les 14 et 15 mars, il ne s’agit plus de perdre du temps avec la discipline. Aujourd’hui, alors qu’un exercice de méthode était noté, les petiots ont fait fumer les cerveaux pour donner le meilleur d’eux-mêmes et certains ont même dit merci en partant à midi.

Petite précision : tous les prénoms ne cette note sont bien sûr des pseudonymes.

Nuit du matin

Je suis prof mais je me soigne, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Chaque année la même observation : quand octobre se pointe, l’air devient frais et les jours raccourcissent tellement vite que ça se voit. Plus question de dîner dehors, même en ne s’y prenant pas trop tard, non seulement parce-qu’il faut avoir recours à la lumière électrique, mais aussi parce-que la petite laine et les chaussettes ne suffisent plus. L’automne est donc bien là, même si, en ce jeudi 7 octobre 2021, l’après-midi fut franchement doux voire chaud. C’est surtout le matin que la chose est palpable : on sort le vêtement de mi-saison, et, pour aller au boulot, on se heurte à la nuit.

Pour aller au boulot, on se heurte à la nuit – Bordeaux, octobre 2021

Pré-rentrée ? validée

Je suis prof mais je me soigne, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Posons d’emblée une info importante : le sous-chef de mon bahut, depuis un an, est un ancien prof. Un vrai. Il connait les contraintes, les attentes, bref, il connait le métier. Et, cette année, non seulement il nous a concocté des emplois du temps conformes à nos vœux (en ce qui me concerne : jamais finir tard), mais il nous les a fait parvenir en avance de phase par mail. Ce qui fait que cette pré-rentrée ne fut pas parasitée par l’attente desdits emplois du temps (qui fait que nous n’écoutons rien des discours cheffesques) ni par le stress générée par cette attente (j’ai enfin bien dormi une veille de pré-rentrée, une première en presque trente ans !), ni par la digestion dudit emploi du temps puisqu’elle fut effectuée au week-end dernier (je pêchais alors la quantité de palourdes autorisée par la loi, m’offrant gratuitement une thalasso des doigts de la main gauche dans la vase salvatrice de l’île d’Oléron). Toutes les conditions étaient donc requises pour que la journée se passe fort bien, malgré l’ombre malveillante d’un Blanquer tapi dans l’ombre.
Puis vinrent les réjouissances, le « cocktail déjeunatoire », comme dit cheffe. Et vous savez de quoi nous avons parlé, avec les collègues ? de la Charente-Maritime. Intel a trouvé qu’il avait plu à Ronce-les-Bains, unetelle a déambulé entre Charron et Marans, une-autretelle a bronzé dans la presqu’île d’Arvert, sans parler de celles et ceux qui ont pataugé dans La Rochelle ou à Châtelaillon en même temps que moi. Une bonne journée, en somme, même s’il reste le plus dur à assurer : des cours solides face à de jeunes gens tout beaux tout frais. Bonne rentrée à tous et à bientôt sur nos ondes.

Des élèves avides de connaissances – Source : Image par 14995841 de Pixabay

Congés annuels

Je suis prof mais je me soigne, La mer et ses poissons

Dernier jour de classe pour les écoliers. Les collégiens et lycéens savourent la douceur des vacances depuis quelques jours, sauf pour les élèves de terminale qui ont appris ce matin même qu’ils faisaient partie des rares malchanceux devant se frotter à l’oral de rattrapage. Avant même la publication des résultats, la PQR n’a pas hésité à titrer sur la mort du bac et la dévalorisation globale du diplôme :

Si le bac en tant qu’examen national n’existe plus (ses majestés Blanquer et Covid ont fait ce qu’il fallait en ce sens), les élèves, eux, viennent bien de franchir un cap. Leur avenir dans le supérieur dira si l’obtention du diplôme était usurpée ou non. J’ai eu quelques surprises ce matin : untel qui, dans ma matière (un enseignement de spécialité, donc coefficient 16), a fini l’année avec 1/20 de moyenne et a eu le bac ; tel autre, plutôt sérieux et méritant, va au rattrapage. Mais la plupart des résultats ont confirmé les impressions de l’année.
Sur ce, même si l’année scolaire n’est pas tout à fait finie (clap de fin vendredi avec les délibérations des oraux de rattrapage), ce blog, comme chaque été, prend des congés. De ci de là je viendrai faire un petit coucou, mais rien de régulier. À la mer et ses poissons il faut désormais songer.

Petit crabe sur l’estran un jour de pêche à la palourde

Mimil fait semblant de ne pas voir les fautes d’orthographe

Je suis prof mais je me soigne, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée, Un peu d'art dans un monde de brutes

Mimil, c’est le personnage à t-shirt rayé inventé et dessiné par Selor, un des graffeurs phares de Bordeaux. Et, aujourd’hui, il y avait bac : philo le matin, français l’après-midi. Huit heures de surveillance en tout : dire que j’en suis sortie un peu neuneu est un euphémisme, mais l’orage en cours devrait me remettre les idées d’aplomb.
Je pense à Mimil et au bac parce-qu’entre les deux, il y a un lien : l’orthographe. Soyons honnête, je n’ai pas lu les copies, mais, un peu par hasard, j’ai vu que la chose n’était pas totalement maîtrisée par tous les candidats, au même titre que le déchiffrage de l’heure sur une pendule à aiguilles (rare mais authentique ; je parle du déchiffrage par un candidat au bac, pas de la pendule).
Et puis j’ai aussi souvenir d’un resto où j’ai récemment déjeuné, et où les cartes et ardoises comportaient presque autant d’erreurs orthographiques et grammaticales que de mots. Tout cela nous ramène à notre Mimil, et à un dessin le représentant vu très récemment à Bordeaux, dans le quartier des Chartrons :

Un peu d’eau dans le vin

Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

L’eau dans le vin, ce n’est jamais bien : l’eau se met à puer et le vin prend un goût de pipi. Mais c’est l’expression consacrée pour dire que l’on renonce à une part de ses exigences, que l’on assouplit la règle, que l’on s’adapte à l’adversaire. L’adversaire, actuellement, est un virus. Mon cher ministre de tutelle a peut-être l’impression, depuis quelques jours, que l’adversaire est un groupe compact et motivé de lycéens prêts à bloquer leurs bahuts pour remettre à plat les épreuves de fin d’année. Mais l’adversaire, c’est bien d’abord et avant tout un virus.
Résumons : en plus de devoir subir une réforme bâclée et violente, nos poussins de terminales ont la scolarité hachée menu par un covid confinant. Préparer le bac dans ces conditions relève du défi, que les poussins tentent de relever parce-qu’ils sont vaillants, mais quand même. Alors ils couinent, ils grincent, ils râlent, ils défilent. Et monsieur Blanquer tente d’adoucir la brutalité du moment, à très très petite touche, pour sauver ce qui peut encore l’être de sa réforme informe.
Il annonce donc, pour l’épreuve de philo, que la note de celle-ci ne sera prise en compte que si elle est supérieure à celle du contrôle continu. Pour faire court, les marmots qui ont d’ores et déjà la moyenne peuvent se la couler douce, leur note est assurée. Les autres sont priés de se sortir les doigts du …
Pour le grand oral, qui porte sur les enseignements de spécialité, les candidats auront la possibilité d’utiliser leurs notes rédigées pendant les 20 mn de préparation de l’épreuve, ce qui était prohibée dans la mouture initiale dudit grand oral.
Bien sûr que cela va soulager nos jeunes, mais est-ce suffisant face à une année en morceaux ? Ils ne pourront pas non plus être interrogés sur les thèmes non vus dans l’année. C’est rassurant, mais est-ce un gage de réussite pour autant ? N’oublions pas que certains établissements, majoritairement privés, n’ont pas joué le jeu de l’enseignement hybride lors du deuxième confinement, et affirment aujourd’hui, dans les dossiers parcoursup, leur fierté à avoir gardé les classes entières, y compris au mépris de l’intérêt général. Quand mon petit cul préside, n’est-ce pas ? …
Alors, comment ces profs (du privé, mais pas que) qui ont boosté leurs élèves comme des chevaux de course, quitte à créer du cluster à tour de bras, jugeront-ils les élèves lambda, qui viennent des bahuts ordinaires ? Ne seront-ils pas tenté de savonner les planches des pauvrets qui n’auront pas étudié tous les thèmes du programmes ? Je ne fantasme pas, des profs du privés qui cartonnent des gosses du public, j’en ai croisés dans plusieurs jurys de bac.
Et même si mes élèves de terminale m’agacent un peu, je n’ai vraiment pas envie qu’ils se prennent une tôle parce-que les profs du jury auront, eux, préféré prendre le risque covid plutôt que d’accepter de ne pas finir les programmes. Parce-que mes poussins à moi ne sont pas des bêtes de concours nourris aux OGM mais des humains en construction, plein d’émotions et nourris bio.
Alors m’sieur Blanquer, avec tout le respect que je vous dois puisque vous êtes mon patron, ménagez nos enfants. Ils ont eu deux années en petits morceaux. Ils n’ont pas besoin qu’on en rajoute. L’aménagement n’est qu’un tout petit pansement sur une plaie géante. Ne pourriez-vous pas, m’sieur Blanquer, ajourner les épreuves pour cette année ?

À la recherche du courant d’air salvateur

Je suis prof mais je me soigne

La chose semble claire et entendue : une bonne ventilation disperse les aérosols vecteurs de covid, et donc limite considérablement la contamination par le fichu virus. La chose semble donc simple à mettre en place : il suffit de faire un bon courant d’air en attendant gentiment d’être éligible au vaccin. Calme et sérénité, repos de l’esprit : dans la salle où j’œuvre le lundi, il y a cinq fenêtres, qui forment un angle bien pratique pour jouer du courant d’air.
Sauf que, sur ces cinq fenêtres salvatrices, deux sont en ce jour fermées, condamnées, adieu courant d’air bien aimé. Elles ne sont pas fermées par étourderie ou négligence du prof qui me précède ou de l’agent chargé du ménage. Elles sont fermées parce-que les poignées ont été enlevées, délibérément ôtées sur un ordre hiérarchique, et non vandalisées. Voilà voilà.
Certes, il reste les autres fenêtres, nous n’avons pas fait cours dans un bocal étanche. Mais pour un jour de rentrée avec protocole sanitaire soi-disant renforcé, ça fait désordre.

C’est la rentrée

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne

À quoi reconnait-on une rentrée scolaire lorsque l’enseignement se fait « en distanciel » ? Allez, c’est facile, on n’est plus surpris. La seule nouveauté, c’est le petit message d’explication, qui a changé depuis le début du mois, histoire de pimenter un peu le quotidien :

Toujours plus haut

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Promenons-nous dans les bois, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée, Un peu d'art dans un monde de brutes

10 km de rayon autour du nid. Pour des vacances imposées, c’est limité. 10 km de libre parcours, avec parcs et jardins ouverts, c’est toujours mieux que la punition XXL du printemps 2020. Il faut toujours voir le moins mauvais côté des choses.
C’est ainsi qu’aujourd’hui, respectant à la lettre l’ordonnance ministérielle, mes baskets m’ont trainée jusqu’au Bois du Bouscat, un joli espace forestier en bordure d’hippodrome. Et là, au milieu des chênes, les pieds dans le marécage, il y a de très grandes échelles blanches. Des échelles qui incitent à voir le monde d’en haut, à prendre du recul à défaut d’avoir le dessus. L’optimisme tient à peu de choses, finalement.

Rien que des bons souvenirs !

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne

Ah ! les joies du travail « en distanciel » (ce mot est toujours aussi laid) ! et que je te bidouille un cours compréhensible par des marmots, et que je demande aux dits marmots de déposer leur boulot là où il faut (la démo a été re-re-re-refaite en classe dans la vraie vie la semaine dernière), et que je m’apprête à poster cours et consignes, et que, et que, et que … patatras, comme l’an dernier dans la même situation, l’espace numérique de travail envoie un joli message :

En avril, ne te déconfine pas d’un fil

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

L’impression, une fois encore, d’être plongée sans mon plein gré dans le film Un jour sans fin. Avril 2020 : à la niche. Avril 2021 : à la niche aussi, la sidération en moins. L’impression de revivre du déjà vécu, avec pas mal de fatigue et d’amertume.
Je reste convaincue que si tout le monde avait bien joué le jeu de la distanciation physique et du masque, nous n’en serions pas là. C’est peut-être réac’, peut-être une réaction de vieille conne, et pourtant … il y a peu, j’entendais sur Inter le monsieur qui a mis au point la solution hydro-alcoolique, dont la formule est dans le domaine public parce-qu’il en a voulu ainsi.

Ce monsieur, de nationalité suisse je crois, mais peu importe, ce monsieur, disais-je, expliquait fort bien à quel point les gestes dits « barrières » étaient indispensables et suffisants pour limiter la propagation des virus. Il a bien dit « suffisants ». Voilà voilà. Et dans le tram les masques sont sous le nez. Au lycée, c’est carrément, depuis deux jours, le bal des mal masqués. Nous sommes vivants parce-que nous avons survécu.
Quatre semaines hors de la trempette, c’est toujours ça de gagné, mais ce sont quatre semaines perdues pour la vraie vie, pour la famille, les amis, la forêt, l’océan. L’impression d’un immense gâchis parce-que trop de mes contemporains jouent perso, parce-que le civisme, le respect, oserais-je dire le bon sens, sont parfois perçus comme des signes de faiblesse. Désolée si ce discours semble ringard, mais j’en ai marre, vraiment marre, de me fader des hordes de « moi je » à longueur de journée.

C’est reparti pour un tour

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

Le patron a dit « à la niche tu seras », mais pour Pâques faut voir (le patron est catho, ne l’oublions pas).
Le patron a dit « ta niche a 10 km de rayon », c’est bon, c’est dix fois plus qu’en 2020, les maths, c’est stimulant. Et puis j’aime pas les niches, alors savoir que ladite niche peut quand même me mener aux piscines à grenouilles du jardin botanique, ça soulage un peu.
Le patron a dit, « l’école en distanciel la semaine prochaine, et après, deux semaines de vacances pour tous les marmots ». J’avoue que j’apprécie, car la marmaille mi-masquée voire pas masquée du tout d’aujourd’hui a mis une certaine pression sur le corps enseignant que je suis. Sans parler des attitudes désagréables de ces fichus élèves de terminales qui ne font plus rien d’autre que bavasser pendant les cours depuis que parcoursup c’est fini. Ne plus voir les loulous pendant un temps un peu long fera du bien, et surtout évitera la covid-party entre deux récrés. Mais, « en même temps » (pour citer le patron-président), faut planifier en un clin d’œil le cours « en distanciel ». C’est que les parents, plus encore que leurs choupinets, attendent « la continuité pédagogique » de leur fils ou de leur fille, faut pas rigoler avec ça. Mais si, rigolons un peu, quand même. Lors de la mise en demi-jauge, en novembre, les gamins se sont retrouvés à la maison un jour sur deux avec du travail à faire. Les parents, du moins les moins éveillés d’entre eux (la minorité usante), n’avaient pas saisi que si leur loupiot était à la maison, cela ne voulait pas dire que son prof l’était aussi, celui-ci étant en cours avec l’autre moitié de la classe dudit loupiot. Et je me souviens qu’une maman a demandé où trouver la « continuité pédagogique » de sa fille, parce-que sur son Pronote à elle, ce n’était pas clair.
Le patron n’a pas dit comment répondre aux questions des gamins demain.
Le patron n’a pas dit (où alors j’ai lu le compte-rendu du Monde trop vite) si les profs seraient tous vaccinés avant la reprise effective des cours, avec des vrais élèves devant leurs vrais profs dans de vraies salles de classe vraiment trop petites.

Tu la craches, ta boulette ?

Je suis prof mais je me soigne, Nos amies les bêtes, Promenons-nous dans les bois, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Un jardin en cette fin de semaine. Une corneille avec un truc dans le bec. Un gros truc :

Mais de quoi s’agit-il ? de loin, je pense à une noix, tout en trouvant ladite noix fort balaise et vaguement minérale. Mais je reste sur mon idée de noix, confondant mollement corneille et écureuil. C’est la fin de semaine, les terminales ont été chiants comme la pluie, j’ai des excuses.
Mais en zoomant mieux, en insistant avec attention, en me penchant sur le sujet, je constate que ce que la corneille tient en son bec n’a rien à voir avec le fromage du maître corbeau de La Fontaine. La corneille n’est pas un corbeau, et toute confusion avec ce que l’un ou l’autre tient en son bec est permise. Mais comme les terminales ont été bavards comme des pies, j’ai comme un flou et le mélange mammifère / oiseau ne me choque pas outre mesure.
Après déambulation sur la toile, et oubliant ces sales gosses de terminales, il s’avère que la corneille tient probablement en son bec une boulette de réjection :

Une boulette de quoi ? de ré-jec-tion. Un truc que l’on rejette, comme le souvenir de ces marmots en pré-bac qui pourrissent l’ambiance. Et surtout comme d’autres oiseaux. Les corneilles avalent des choses improbables et indigestes, des carapaces d’insectes par exemple. Et les corneilles, comme d’autres oiseaux, recrachent ces choses immangeables par le bec. Ce qui me surprend, c’est que cette corneille de jardin a gardé sa boulette longtemps dans son bec et s’est même envolée avec, sans s’en débarrasser en chemin.

Photos réalisées en Gironde en mars 2021

C’était il y a un an

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

C’était il y a un an et c’était un vendredi 13. C’est bien la peine de se battre contre les superstitions … C’était un vendredi 13 et, la veille au matin, mon bien aimé ministre de tutelle avait affirmé que les écoles ne fermeraient pas. Mais à l’époque les profs n’étaient pas encore des Jedis, et ce fameux jeudi 12 mars, en soirée, le patron président a décrété la fermeture des écoles, collèges, lycées et universités pour le lundi suivant et jusqu’à nouvel ordre. Alors le vendredi 13 a eu une drôle d’allure. J’ai vu toutes mes classes sauf une, ce sont les hasards de l’emploi du temps. Le soir, je suis rentrée tard car les conseils de classe parfois s’éternisent, surtout face à l’incertitude.
Le confinement nous pendait au nez. Le lendemain j’ai vu la mer pour une dernière fois avant très longtemps et, ce samedi 14, j’aurais du assister à un concert d’Alain Souchon. Concert annulé, reporté, puis reporté encore pour le mois de mai de cette année.
Quelques temps plus tard, j’ai aussi loupé le spectacle de Brigitte Fontaine, reporté lui aussi. Ces deux-là, Alain et Brigitte, je les écoute souvent. Spectacles vivants, cinémas, restos, expos nous manquent terriblement.
C’était il y a un an et je pensais naïvement que le confinement ne durerait pas si longtemps, que c’était un mauvais moment à passer mais que ça passerait vite, que c’était une expérience comme une autre. Que l’été venu tout serait plié, oublié. Je pensais, je supputais, j’espérais, j’avais tout faux. C’est bête d’être foncièrement optimiste, parfois.
Aujourd’hui, un an après, nous nous apprêtons sans enthousiasme et avec crainte à accueillir à nouveau tous les élèves du lycée en même temps, la vaccination patachonne et en plus il pleut. Mais je viens de voir sur Arte un joli documentaire sur Sting, et ce retour aux années 80 a quelque chose de fort apaisant.
Et puis les premières asperges arrivent sur les marchés, les huîtres du bassin d’Arcachon sont à nouveau autorisées à la consommation (après un mois de pause pour cause d’eau pas propre), les oiseaux déambulent, c’est la grive qui me réveille le matin, et les arbres font de jolis fleurs dans les jardins. Tout va bien, nous sommes vivants.

Un incendie à Strasbourg bloque un lycée à Bordeaux

Il y a une vie en dehors de Bordeaux, Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Ce matin, comme tous les matins en semaine, je commence par m’informer de la météo (pour choisir entre le ciré ou le petit débardeur estival), puis du réseau de transports en commun (au cas où le tram aurait rencontré un éléphant sur la voie), et enfin je me connecte sur l’espace numérique de travail (ENT), commun à toute la région Nouvelle Aquitaine, joyeusement nommé « Lycée connecté ». Et rien. J’ai bien eu la météo et le tram, mais pour le boulot : nada. Page blanche, erreur 504 « bad gateway ». Dans le même temps, je lis qu’un data center d’OVH avait été en partie détruit par le feu à Strasbourg. Pas bien réveillée, je ne fais pas le rapprochement, et pourtant, j’aurais du : OVH héberge à peu près les deux-tiers des sites français, autant dire que les dommages collatéraux à l’incendie sont considérables. Parmi les sites bloqués, pour seulement quelques heures ou pour un temps beaucoup plus long, se trouvent le centre Pompidou et l’aéroport de Strasbourg. Et donc, l’ENT des lycées de Nouvelle Aquitaine. Ce qui m’a permis d’expliquer à mes pioupious de première le fonctionnement des sites internet, des hébergeurs, du cloud, tout ça tout ça, et pourquoi un incendie à Strasbourg perturbait un cours prévu à Bordeaux, cours qui reposait, coup de pas de chance, sur les manuels en ligne et autres ressources du fameux ENT. En milieu de journée, ledit ENT a d’ailleurs été plus précis dans son message :

Un chouia d’humour à deux balles

Je suis prof mais je me soigne, Oléron-petipatapon, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée, Un peu d'art dans un monde de brutes

La semaine est finie, enfin, et, une fois encore, quelle semaine ! l’impression d’avoir mené deux vies parallèles, de n’avoir jamais touché terre. Le temps de rien, le stress des parents qui nous insultent et nous roulent dans la boue, parce-qu’ils en ont marre d’avoir leurs gosses à la maison un jour sur deux, que le covid c’est pas si grave, tout le monde sait bien que les profs sont des Jedis. Tellement Jedi que, parfois, je me sens tentée par le côté obscur de la force, mais la séance rigolote de cet après-midi, avec 18 élèves de première qui ont fait la même chose que leurs camarades « en distanciel » (que ce mot est laid …), validant à la seconde près les résultats de chacun sur pronote, … la séance rigolote, disais-je, a un peu remis les pendules à l’heure et les mouflets ont trimé fort bien et sans rechigner. Néanmoins, cette consolation n’a pas eu raison de la fatigue globale, et l’avachissement vespéral dans le canapé s’est accompagné d’un petit tour dans quelques photos d’Oléron relativement récentes, notamment ces deux-ci, prises dans le port du Château, en mode jeu de mot et humour à deux balles, et ça fait du bien :

7 mn avec Mme Arnica

Je suis prof mais je me soigne, Un peu d'art dans un monde de brutes

Fin de semaine, et quelle semaine ! Entre les dernières évaluations (des oraux dans toutes les classes, ce qui demande un chouia de concentration) et la paperasse de fin de trimestre (des bulletins, des bulletins, encore des bulletins, et autres fiches diverses pleines de cases à cocher), sans parler des cours à préparer, je constate que la semaine de 35 heures ressemble clairement à un temps partiel. Bref, une pause s’impose, et je déambule sur Youtube pour lâcher un peu la pression, rayon vieilleries qui font encore tellement rire. Je tombe ainsi sur Pierre Dac et Francis Blanche, du temps tellement d’avant que je n’étais même pas née, et m’esclaffe comme une gamine devant un numéro de clown face à Madame Arnica. Même si ce sketch est archi connu, c’est un régal.

Déclic grève

Je suis prof mais je me soigne

La grève ne sert sans doute plus à grand chose, du moins dans l’Education Nationale. On cesse le turbin un jour, les mômes sautent de joie en se croyant en vacances, puis on reprend le lendemain, sans avoir ému les foules et encore moins les politiques qui nous foutent dans la merde dirigent. Et pourtant, la grève, demain je la ferai. Parce-qu’elle est portée par une intersyndicale, et que ce n’est pas si courant ? Oui, mais pas que. Surtout parce-que les revendications ont du sens : il ne s’agit pas seulement des salaires, dont la revalorisation ne touche qu’environ un tiers des personnels (et on ne rattrape même pas ce qu’on a perdu !), mais il s’agit surtout des conditions de travail. Les dotations horaires des établissements viennent d’arriver, et elles augmentent la pression et les tensions à un moment où, crise sanitaire oblige, il faudrait que l’on puisse pleinement se consacrer aux enfants qui nous sont confiés. Or, si le nombre d’élèves augmente dans le secondaire, le nombre de postes de profs diminue. En clair, nous allons tous avoir pléthore d’heures supplémentaires et des classes surchargées, ce qui ne permet pas de bien se consacrer à chaque élève, à un moment particulièrement crucial. Ça c’est pour le fond, qui suffit à me mettre en colère, en grève et en manif (quoique, vue la fatigue cumulée, ce dernier point ne soit pas encore tranché).
Mais la goutte d’eau, car goutte d’eau il y eut pour faire déborder les chutes du Niagara, fut transmise ce matin même par le Café Pédagogique : monsieur Blanquer, ministre de l’Education, n’a pas utilisé la totalité du budget dont disposait son ministère. Il pouvait, alléger les classes, respecter nos services en créant des postes, voire nous augmenter un chouia, et rien. 200 millions de brouzouf qui nous passent sous le nez parce-que notre patron veut faire le beau devant le sien, de patron. Qui, d’ailleurs, ne lui en a peut-être même pas tant demandé. Parce-qu’on n’a, à ma connaissance, jamais vu un ministre chercher autant à nuire à ses fonctionnaires. Même Allègre n’avait pas réussi à faire pire.

200 millions de brouzouf qui nous passent sous le nez

Masque sous le nez, t’es pas beau à regarder

Je suis prof mais je me soigne

Marre, marre, re-re-marre et archi-marre des masques mal portés, des museaux à l’air dans le tram ou au lycée, quelque soit l’âge ou le genre. Ras-le-bol de la déferlante covidesque en partie liée au grand je m’enfoutisme de certains de mes contemporains.
Aujourd’hui, au lycée, j’ai craqué, j’ai changé l’argumentaire pour que les petiots de 16 ans soient correctement camouflés. Puisque, pour deux d’entre eux (sur un groupe de 18, ce n’est donc pas, heureusement, le gros des troupes), l’idée même de porter correctement ce satané morceau de tissu ressemble à une forme de viol, j’ai abandonné l’argument sanitaire qui les touche à peu près autant que le black friday pour un militant de la décroissance. Je suis passé à l’ado compatible : « le masque sous le nez, c’est moche, on ne voit que les narines, regardez-vous ». Et les loulous se sont mirés dans leurs smartphones en mode selfie. Les masques restèrent correctement positionnés jusqu’à la récré. Non mais !

Faire une pause

Je suis prof mais je me soigne

Ils nous regardent avec des grands yeux vides, ils luttent contre le sommeil, mais ils tiennent jusqu’au bout, sauf les deux ou trois qui ont entendu dire que l’école c’était pas obligatoire jeudi et vendredi. Je ne reviendrai pas sur la com’ Blanquer, ça ne serait pas dans l’esprit de Noël, et puis je dirais des gros mots et ce serait fort laid.
La salle des profs, pareillement amorphe quoique sous caféine, compte les heures et les copies qu’il reste à corriger avant le changement d’année.
Ce soir, dans le tram, j’écoute « Dans la salle du bar tabac de la rue des Martyrs », et je trouve que François Hadji-Lazaro sied bien à ma fatigue du moment. Demain il fera jour et ce sera le premier jour des vacances.

Traités de Westphalie, youpi !

Je suis prof mais je me soigne

Disons-le tout net, la journée avait moyennement bien commencé. Déjà il pleuvait, format grosse averse, et même avec le ciré (le jaune, oui, le vrai, faut pas tricher avec la pluie), j’avais la guibole humide et le pas accéléré pour aller taffer. Sur le trajet se trouve un collège, un brave collège avec des collégiens, bien tassés sur les trottoirs dans l’attente de l’ouverture du lieu scolaire. Des mouflets et des minots qui courent, qui braillent, qui font des moulinets avec leurs trottinettes, même que, ce matin, j’ai bien failli en recevoir une sur le museau. Et puis il y a celles et ceux qui viennent en vélo. Au moins, il faut les créditer de cela, ces marmots ne sont pas tous amenés en SUV à la porte de leur collège, ils fournissent quelques efforts physiques et ne chouinent pas sous la pluie. Ça flotte pourtant dru, et la visibilité s’en ressent, mais à pied ce n’est pas bien gênant. Sauf lorsque une gamine fonce littéralement sur moi avec son vélo, hurlant de rire en apercevant ses copines. Je l’esquive, certes, mais râle un « faites un peu attention » qui plonge la marmaille dans un grand rire, une marmaillotte gloussant, avec un aplomb dont les élèves de 5e et 4e ont le secret (je le sais, j’ai testé en début de carrière) : « Si vous n’aimez pas les enfants, faut pas venir ici ».
Alors je le dis tout net, avoir du expliquer ensuite, à des lycéens encore un peu ensommeillés, les subtilités des traités de Westphalie (1648), m’a procuré un immense sentiment de bien être. Enfin je retrouvais ma zone de confort, face à mes choupinets à moi, qui prenaient des notes et trouvaient la guerre de Trente Ans tour à fait digne d’intérêt. Et pourtant, au premier abord, les bastons du XVIIe siècle ne semblaient pas faciles à vendre.

Et si, subitement, j’aimais le foot ?

Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

Pas trop fan de sport en général. Sauf les courses océaniques à la voile. Sauf le hand quand ce sont des nénettes qui jouent, même que c’est tellement beau qu’on dirait du hip hop. Sauf le rugby, parce-que ça me rappelle tous les albums d’Astérix que j’ai lu quand j’étais petite. Mais le foot, je n’accroche pas. Un sport de manchot, puisque l’usage de la mimine est prohibée. Un sport de chochotte puisque parfois, un joueur à peine effleuré, tombe sur le gazon en pleurant sa mère. Et puis des scores ridicules : 90 mn pour voir trois buts, c’est long, mais c’est long …
Pas fan, donc, mais là l’histoire s’en mêle, et aussi la géopolitique, ma marotte à moi que je kiffe, même que je l’enseigne à tous pleins de choupinets de mon lycée. Je ne fais même que ça. Privilège du grand âge qui fait que mes collègues ont cédé à mon caprice de n’enseigner que la spécialité histoire-géographie-géopolitique-sciences-politiques dans le cycle terminal.

Il se trouve que, par un événement tragique (la mort de Diego Maradona), la géopolitique et le sport sont bel et bien unis. Cette victoire contre l’Angleterre, en 1986, d’un coup de main (main de Dieu avait dit Diego) zappée par l’arbitre, puis d’un drible de dingue, avait apporté à l’Argentine la vengeance bienvenue de la défaite dans la guerre des Malouines quatre ans plus tôt. Si la guerre, selon Clausewitz, est la poursuite de la politique par d’autres moyens, le sport, et ce n’est pas nouveau, est aussi un moyen de faire la guerre. Sans entrainer des millions de morts, et ce n’est pas rien.
Pour bien comprendre la géopolitique de Maradona, je vous propose d’écouter Pascal Boniface :

Un jour sans fin

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne

Le premier confinement m’avait, comme à bon nombre de mes contemporains, donné l’impression de plonger pour de vrai dans le film de Bill Murray, sorti en 1993. Certes, point de marmotte, mais la répétition ad libitum d’un temps qui s’étire avait fini par avoir raison de ma patience, et je me souviens, au premier jour du pré-déconfinement, avoir jailli en bord de Garonne comme un diable sortant de sa boite, et je ne vous parle même pas du retour à l’océan …

Ce deuxième confinement est un peu différent : 50 à 60 h de boulot par semaine, en étant sur site plus d’un tiers du temps, font que je n’ai pas le temps de me sentir confinée. Et puis, rejoindre le lycée tous les jours et en revenir, c’est déjà un moyen de prendre l’air et de voir deux ou trois arbres au passage. Cette impression du Jour sans fin tient plutôt aux cours eux-mêmes. J’ai deux classes par niveau. Ces classes étant coupées en deux pour les raisons sanitaires que nous connaissons, je ne fais plus deux fois le même cours, mais quatre. Car il est hors de question de larguer dans la jungle de la complexité du monde des jeunots de 16-17 ans. Il faut leur expliquer, puis, ensuite, bien sûr, leur donner de quoi nourrir leur réflexion à la maison (la fameuse continuité pédagogique assénée par mon ministère adoré). Pas de problème a priori, autre qu’organisationnel (j’ai l’impression de vivre dans mon agenda, ça me réveille la nuit), sauf que, quand le cours du moment porte sur les attentats de 2015, la lourdeur s’installe. Une forme de morosité, d’infinie tristesse. Quatre fois le souvenir de ces moments-là, ce qui, dans le contexte actuel (mon collègue Samuel a été assassiné il y a à peine plus d’un mois), alourdit, outre la charge de travail, la charge mentale.
Le week-end arrive. Je vais me changer les idées en bidouillant le cours sur la Russie de Poutine …

Relever les casiers, puis recommencer

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne

Les pêcheurs partent en mer poser des casiers. Pour les retrouver, ils les signalent par des petits drapeaux. Le lendemain, ils partent voir si les casiers sont pleins, si les homards sont entrés dans les cages. Et ils rentrent au port, avec le butin et les petits drapeaux.
Face à mes élèves, qui alternent cours en classe et travail à la maison, c’est un peu pareil. Les choupinets déposent leurs travaux dans des casiers. Virtuels, mais casiers quand même. Et parfois dans des casiers pas prévus (messagerie, ou autre). Et je tourne en rond dans l’océan numérique pour relever tous mes casiers afin de n’en oublier aucun.

Un nouveau départ

American graffitis, Il y a une vie en dehors de Bordeaux, Je suis prof mais je me soigne

Il y a même en fait plusieurs nouveaux départs : les États-Unis sans Trump (mais pas sans trumpisme, car le ver est trop dans le fruit pour que l’intoxication cesse par magie), les lycées avec deux fois moins d’élèves (mais cela ne règle pas le problème des collèges), et puis enfin les grues qui migrent en masse vers le sud serein. Ceci étant, le nouveau départ qui m’interpelle ce soir est celui du Vendée Globe, dont les marins se sont élancés à huis-clos aujourd’hui à 13 h 02. Il est 21 h 20, je m’apprête à suivre la course avec la même attention que lors des éditions précédentes, et nos marins en sont là :

Une journée entière avec Donald Trump

American graffitis, Je suis prof mais je me soigne

Avec les élèves de spé de première, nous abordons actuellement la question de la puissance, sa définition, ses modalités, et puis, concrètement, dans la vraie vie, ça veut dire quoi. Pour résumer, face aux mômes, je finis toujours par dire « je suis puissant.e si je fais ce que je veux quand je veux où je veux et avec qui je veux ». Basique, mais pas si réducteur que ça, et surtout plus rigolo que la définition de Max Weber (qui est néanmoins celle qu’ils et elles notent dans leurs cahiers et surlignent en jaune fluo, à savoir, pour résumer : l’art de faire triompher sa volonté, peu importe les moyens). Et donc, forcément, arrive Mister Trump et la puissance US, surtout aujourd’hui, D-day des élections présidentielles. Le bonhomme fait ce qu’il veut, avec option « menteur comme un arracheur de dent », et il est en passe, ce sordide personnage, de doubler la mise, de rempiler, comme le fit en son temps Bush junior, qui pourtant, n’avait point inventé la poudre (et qui n’avait surtout pas envisager de contester le résultat des élections).
Aujourd’hui, au lycée, les élèves étaient pendus à leurs alertes de smartphones, guettant toutes les 30 secondes des infos sur les résultats : « Mais madame, c’est important, le monde entier en dépend ».
Ces enfants, masqués jusqu’aux yeux, parce-que le retour du confinement leur a mis sévèrement le pression sur le respect des règles sanitaires, mais enfants quand même, avec encore, à 8 heures ce matin, les yeux tout gonflés de sommeil et une doudou-nostalgie presque palpable, ces petits loulous avaient bien compris que, quand les États-Unis éternuent, la terre entière finit grippée. Ils ont 16 ans, on perçoit encore leurs bobines de bébés en les regardant, et ils ont déjà mal au monde. Ce n’était pas chose aisée que de les consoler : nous, ici, en Europe, ne sommes pas responsables de ce qui se passe en Amérique, même si nous en subissons les conséquences. Allez remplir vos gourdes et buvez un grand coup d’eau … Courage, les petits …

Bilan provisoire des dépouillements des bulletins de vote aux États-Unis (4/11/20, 16 h)

Une impression de normalité

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Un peu d'art dans un monde de brutes

Comme tous les lundis, j’ai émergé un peu après le journal d’Inter de 6 h, et j’ai consacré la matinée à préparer des cours pour la semaine. Ayant un emploi du temps (presque) tout pourri, je n’ai pas trop le choix. La hiérarchie avait convié, protocole sanitaire oblige, les seuls collègues ayant cours ce matin pour l’hommage à Samuel Paty. Je n’ai donc pas assisté à ce temps pourtant important. Plongée dans les théories de Clausewitz sur la guerre (il n’y a rien que du joyeux dans le programme de spé de terminale), j’ai sorti de mon esprit ce confinement saison 2, encore plus insupportable que le premier, car largement lié à l’incurie profonde de ceux qui nous gouvernent.
Puis, après déjeuner, j’ai enfourché le vélo pour écouter les exposés de gentils poussins de première. Rien que du normal. Pas un policier. Pas un militaire aux abords de l’établissement. Rien que du comme avant.
Juste une nouveauté, une seule : une nouvelle petite série dans les programmes courts d’Arte. Ça s’intitule « De Gaulle à la plage » et, ce soir, le grand Charles portait des tongs pour la première fois (à voir en cliquant ici). Quelle aventure …

Tout est normal : De Gaulle porte des tongs ! (capture d’écran Arte)

Girouette, pirouette, cacahuète, cul par-dessus tête

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne

Il faut, dit le ministre, prendre le temps de rendre un vrai hommage à Samuel Paty. Il faut, dit le ministre, que les professeurs préparent ledit hommage, et donc il faut, dit toujours le ministre, décaler la rentrée de lundi de deux heures. Pour une fois, j’apprécie ce que dit le ministre en l’en remercie.
Il faut, dit le ministre, respecter le protocole sanitaire et tout bâcler en 10 minutes, lecture de la lettre de Jaurès et minute de silence incluses. Je me disais bien, aussi, … qu’un hommage dans la cour, tous ensemble, c’était pas à la hauteur du ministre.
Il faut, dit le ministre, renforcer le protocole sanitaire, éviter le brassage des élèves. Le ministre écoute enfin les toubibs, c’est bien.
Ce à quoi nos chefs répondent en coupant les classes en deux. En le disant aux élèves mais pas aux profs, qui le découvrent donc par leurs élèves, gentils choupinets qui inondent les boites mail de leurs enseignants pendant les vacances, quel que soit le sujet, messages auxquels il m’arrive parfois de répondre (« Roselyne-Sophie, je vous l’ai dit en cours : vous n’avez pas besoin d’apporter votre manuel lundi », « Auguste-Patrick, les notes qui sont sur pronote sont bien pour le 1er trimestre », etc). Cela dit, sur ce coup-là, ils ont fonctionné en lanceurs d’alerte, je les en remercie.
Puis on apprend, la veille de la rentrée (donc aujourd’hui) que le nouvel emploi du temps finalement ne sera pas mis en place. Enfin pas tout de suite. Peut-être mardi. Ou mercredi. Ou pas du tout. Tout cela après avoir passé le week-end à replanifier et réécrire tous les cours, mais comme nous sommes confinés, nous n’avons que ça à faire. C’est vrai, quoi, faudrait quand même pas qu’on s’ennuie !
On apprend aussi que le temps pour Samuel Paty sera respecté, mais c’est une décision locale, prise par la hiérarchie de mon bahut (décision que j’apprécie), sachant que cette initiative peut être remise en cause par le ministre, on ne sait jamais. Demain il fera jour…
Et donc, demain, ce sera l’improvisation totale. Par chance, je n’ai cours que l’après-midi.
Petit gag pour finir : notre hiérarchie a omis de mentionner, sur les attestions permettant de circuler, la totalité des adresses des différents sites du bahut (car celui-ci est grand et éparpillé). Camarade policier, attestation et moi, nous voilà !
À part ça, tout va bien. Nous avons cueilli les dernières feuilles du basilic du jardin et les avons dégustées avec des pâtes et un filet d’huile d’olive, c’était excellent. Il ne faut pas négliger les petits bonheurs de la vie, confinement ou pas.

Je suis un playmobil vivant (et un peu vénère)

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

Quand j’étais mouflette, j’adorais les playmobil. Je leur faisais vivre des aventures incroyables dans des constructions en légo, c’est dire comme c’était moderne le vingtième siècle. Et puis, quand j’en avais marre, je détruisais la construction en légo et je rangeais les playmobil dans leur boite. Ou plutôt je les laissais en vrac, parce-que s’ils étaient trop bien rangés, je risquais de les oublier. Et pour jouer, c’est gênant.
En tant que citoyenne d’une brave démocratie, et surtout en tant que fonctionnaire de l’État qui porte cette démocratie, je me sens actuellement mi-playmobil mi-légo, jouet aux mains d’incompétents incapables d’assumer leurs errements et leurs erreurs, sinon en remettant tous les joujoux dans la boîte parce-qu’ils ont perdu la partie. La remise des joujoux dans la boite, en langage adulte, ça s’appelle le confinement. Néanmoins, certains playmobil continueront de jouer car il faut que la garderie nationale soit ouverte pour que les parents puissent travailler. Ce sont des playmobil qui ont de la chance : ils jouent avec des enfants. Petits veinards !
Hier soir, lors de la conférence de presse du gouvernement, monsieur Blanquer a ainsi clairement dit aux proviseurs des lycées qu’ils étaient libres d’organiser la rentrée du 2 novembre comme bon leur semblait pour que leurs playmobil puissent bien travailler, sachant qu’il faut à la fois respecter le protocole sanitaire et rendre hommage à Samuel Paty.
Monsieur le Ministre laisse donc à ses sous-fifres le plaisir de gérer la merde semée par sa réforme du lycée. Car, si, lorsqu’il l’a pondue, le risque covid n’existait pas, celui, plus pédagogique, du brassage infini d’élèves de toutes les classes d’un même niveau était bien pointé. Il en a fait fi mais ne semble point fort marri, puisque c’est sur le terrain qu’il faut gérer l’embrouille du brassage et des contaminations potentielles, tout cela avec des masques dont la toxicité supposée donne plus envie de les jeter que de les porter.
Nous voilà donc dans un certain embarras, sans aucune info officielle du ministère, ni du rectorat, ni du lycée. Mais quand même, mes collègues et moi-même apprenons par des élèves que les emplois du temps ont été modifiés. Nous sommes vendredi en fin d’après-midi, le week-end commence, et, confinés ou pas, nous sommes en droit de finir de profiter de la fin de nos vacances (pour corriger les copies en souffrance ou finir de préparer des cours, mais faut pas le dire trop fort), et nous n’avons aucune info officielle. Ni non plus les attestations qui nous permettront de venir légalement au boulot lundi, confinement oblige. Je vous promets que si je prends une prune en allant au taf, je démissionne. Ou je prends ma retraite, même si je n’en ai pas l’âge.

Site web du Monde – 30 octobre 2020

Retour à la case départ

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

Nous avons tenu, serré les dents lors du premier confinement, puis libéré les énergies dans l’été. Retour au boulot. Au lycée, c’est simple : tous les marmots ensemble, classes blindées, protocole sanitaire en mode clown. Mais nous sommes vivants.
Vivants, mais reconfinés et, forcément, fort déconfis. Tristes de ce retour à la case départ. Certains de mes contemporains réattaquent l’A6 par la face nord et stockent, comme au bon vieux temps, pâtes et PQ. On nous annonce un week-end ensoleillé. Il me reste trois paquets de copies à corriger. Vues les circonstances, ce pauvre blog malmené va à nouveau faire une pause sur les photos du lundi (rubrique « photo de la semaine ») et du mercredi (rubrique « collection ») par manque de munitions. Portez vous bien et à bientôt sur nos lignes …