Et pourtant, j’étais d’excellente humeur

Je vous promets qu’aujourd’hui j’étais de bon poil, optimiste et joyeuse, attendant — la chose est suffisamment rare pour être notée — le lundi avec impatience. Je déambulais entre les productions d’élèves de seconde, plus ou moins réussies mais souvent quand même plutôt bien ficelées, les questions des élèves de terminale, et les news du jour, tout cela fenêtre ouverte, bercée par le ronronnement d’une tondeuse au-loin. Bref, un joli jeudi de printemps, en short qui plus est.
Et patatras ! Mais qu’est-ce qui m’a pris de lire le Café Pédagogique ? D’accord, je le fais tous les jours, j’ai l’habitude. Mais ce matin, j’avais oublié. Et que lis-je ? des paroles de monsieur Blanquer. Et que dit-il ? ou plutôt qu’a-t-il dit hier à des députés ? qu’a-t-il répondu quand il lui fut demandé pourquoi les enseignants ne seraient pas testés, comme cela se fait ailleurs ? qu’a-t-il dit, hein ?

« Il n’y a pas pénurie de tests mais il ne faut pas les gâcher »

Voilà. Faut pas gâcher des tests sur des profs. Les profs, c’est pas grave. La marmite à marmots, c’est pas grave. Faut pas gâcher. Et il voudrait encore que nous lui fassions confiance ? Faut pas gâcher. Il a osé. Faut pas gâcher. Au-moins, c’est clair. Le tréfonds de sa pensée vaseuse, sa haine envers ceux qu’ils dirigent, tout est dit.

Back to school at home

Ce lundi est un lundi exceptionnel en cette période de confinement : il ne pleut pas. Du moins pas encore. Il fait même grand soleil et chaud.
Ce lundi est un lundi ordinaire néanmoins : comme mes collègues et comme pas mal d’enfants, je tente un retour vers la classe à la maison, les cours en ligne et tout ce grand fatras de la « continuité pédagogique », et comme tous les lundis, ça commence et ça continue avec ce message sur l’espace numérique de travail :

Tout va bien, donc. Le quartier entier ou presque est en télétravail et, grâce à cette belle journée estivale, je profite, via fenêtre ouverte, de toutes les conversations téléphoniques du voisinage. Cela constitue une aide à la concentration que chacun appréciera. Je soupçonne aussi quelques mouflets de n’avoir pas fait encore leur rentrée : les petites filles qui jouent au trampoline en hurlant depuis le milieu de la matinée montrent, si cela était encore nécessaire, que l’école à distance relève de la mission impossible. Mais comme retourner à l’école, la vraie, peut se refermer aisément en mode piège mortel, le problème est à ce jour insoluble.

Première photo des vacances

Vacances de printemps, zone A : ça commence ce soir. En ce qui me concerne, je suis même en vacances depuis un quart d’heure. Pas de temps à perdre ! Même en confinement, même dans un espace de libre parcours de 30 m2, même avec accès contrôlé à un espace d’ 1 km de rayon pour une promenade d’une heure par jour, même avec donc quelques contraintes partagées par bon nombre de mes contemporains, les vacances restent les vacances, et, à ce titre doivent être immortalisées par des photos quotidiennes, afin de montrer au monde entier comme je kiffe grave ce moment, un peu comme ces zozos dont le nombril tient lieu de cerveau, et qui balancent des selfies à tout va sur les réseaux sociaux à la mode, pour bien montrer comme ils ont de la chance, eux, de bronzer aux Seychelles pendant que de pauvres crétins fauchés triment pour faire les courses à Lidl. Bref, moi aussi je me la pète, parce-qu’il n’y a pas de raison d’être moins sotte que les autres, et je vous présente donc ma première photo des vacances de printemps 2020, garantie sans trucage :

Paysage vu de la fenêtre du 1er étage – Vacances de printemps : jour 1

Et oui, c’est la vie : il pleut !
Bonne continuation à tous.

Qu’est-ce qui a 8 pattes et qui marche la tête en bas ?

Pas de mauvais esprit les enfants : il ne s’agit pas du patron-président de la France et de sa rhétorique guerrière, pour la bonne raison que, nonobstant sa tendance à prendre parfois les problèmes à l’envers, notre bien aimé patron-président n’a pas 8 pattes. D’ailleurs, les patrons-présidents sont des humains comme les autres, ils n’ont pas des pattes mais des bras et des jambes. C’est donc forcément un tout autre animal qui déambule ainsi entre les fils qu’il a lui même tendus afin de saisir ses proies.
Morale du jour : quand le patron-président te met les nerfs en pelote, prend le temps d’observer les animaux autour de toi, cela évitera que ses fesses tu lui bottes.

Une araignée dans le petit jardin du grand confinement

Je n’irai pas à l’école le 11 mai

Ni le 12. Ni le 13. Ni le 14. Mais à quoi pense le patron Macron quand il envisage de rouvrir les écoles au tout début d’un déconfinement même pas sûr, ou en tout cas qui ne sera que partiel ? Pourquoi vouloir mettre en première ligne les personnels des écoles, des collèges et des lycées, les élèves (et donc leurs familles), sinon pour assurer le service de garderie permettant, selon les vœux du MEDEF, aux parents de retourner au boulot ? Parce-qu’il faut produire, faire des points de PIB ? Ce type de raisonnement est hors-sol, court-termiste et dangereux. Sauf à vouloir réengorger les hôpitaux et augmenter à l’infini le nombre de morts, tout ça pour quelques chiures de mouche de PIB !
On sait bien que tout ce qu’a dit le patron hier soir, c’est de la com’, du vent. M’sieur Blanquer parle finalement ce matin d’un retour pas pour tous (entendons bien : pas pour tous les enfants, les profs, c’est accessoire). L’école est clairement vue comme une garderie ; le blabla sur la nécessité d’aider les élèves en difficulté est une ficelle bien grosse pour masquer la réalité.
Je le dis tout net : si la position de l’exécutif ne varie pas d’un iota d’ici le 11 mai, je n’aurais aucun scrupule à exercer mon droit de retrait. Et c’est bien pour sauver ma peau que je ne replongerai pas illico dans la marmite à marmots.

Une autre fracture numérique

Je refuse désormais d’employer le terme de « continuité pédagogique » : la novlangue est juste bonne à bercer l’électeur macronien de la première heure et tous ceux qui sont très éloignés de la chose scolaire, et encore je doute qu’ils soient dupes. Par contre, je continue à envoyer cours, consignes et encouragements à mes élèves tous les jours, comme tous mes collègues, quoique ce cela nous en coûte et quels qu’en soient les retours.
Le job se fait donc, dans une artificialité chaque jour un peu plus palpable. Je repense à mon ministre de tutelle, qui, au doigt mouillé, estime que 5 à 8 % des élèves ont décroché. J’ignore comment a été élaboré ce chiffre mais, travaillant dans un bahut plutôt privilégié, j’ai l’impression que cette proportion est très en-deça de la réalité. Alors j’imagine ailleurs …
En gros, les mômes ont tenu sur la première semaine. Je passais plus de temps à lire leurs messages et à leur répondre qu’à ficeler les cours. Et puis la belle ardeur (je n’ose dire « enthousiasme ») s’est étiolée.
J’ai alors repensé à Monsieur Blanquer (d’ailleurs j’y pense trop, est-ce bien raisonnable ?), qui évoquait des problèmes de fracture numérique, constatant à juste titre que certaines familles n’étaient pas équipées pour recevoir internet correctement. Ceci n’est point faux : l’équipement des ménages en ordinateurs baisse (83 % en 2013, 76 % en 2019, c’est-à-dire le même pourcentage qu’en 2010). Sans parler des connexions internet très inégales d’un lieu à un autre (haut débit ou pas).
Et là, j’ai cessé de penser à Monsieur Blanquer (il ne faut jamais abuser des bonnes choses) pour repenser aux pratiques informatiques de mes élèves. Beaucoup d’entre eux et d’entre elles n’ont qu’une pratique récréative d’internet, et uniquement sur smartphone. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’ordinateur à la maison, mais simplement que l’ordi en question est considéré comme un objet ringard, scolaire, tout juste bon pour les vieux dont les doigts ne sont pas assez agiles pour réaliser des selfies en tirant la langue tout en les postant sur Insta avec un émoji plein de cœurs. Pour ceux et celles-là, si la famille a les moyens techniques et intellectuels de les aider dans ce travail scolaire bizarre désormais mis en place, ils vont s’y mettre, à l’ordi et à son clavier maudit. Mais les autres ? ceux pour qui l’ordi familial est lui aussi purement récréatif ou utilitaire (consultation du relevé de compte, réservation de billet d’avion, etc) ? ceux pour qui internet n’est pas un outil de travail ?
C’est là qu’il faut se souvenir qu’internet a été pensé par des intellos pour des intellos, c’est-à-dire pour des gens qui ont une pratique quotidienne de l’écrit, qui y sont à l’aise, qui savent chercher l’info dont ils ont besoin sans tomber dans tous les panneaux des fake news. Cette fracture numérique-là nécessite qu’une éducation aux médias et un enseignement de l’informatique vraiment très solides se mettent en place pour tous (enfants et adultes) dès que cela sera sanitairement possible. Quelque chose d’autrement plus ambitieux que ce qui se fait aujourd’hui dans les établissements scolaires, malgré la bonne volonté de tous les intervenants.

C’est lundi, le boulot en mode youpi

3e semaine de « continuité pédagogique », pour reprendre les termes voulus par mon ministère de tutelle. J’ai l’impression d’être dans le film Un jour sans fin, et je ne suis pas la seule. D’ailleurs, la connexion à l’espace numérique de travail est, elle aussi, en mode marmotte, comme la semaine dernière et comme la semaine d’avant. Mais la continuité est assurée, promis.

Message affiché sur la page d’accueil de l’espace numérique de travail des académies de Nouvelle Aquitaine

Continuité pédagogique et épuisement

D’une naïveté incroyable, j’ai imaginé, pendant un temps fort bref, que cette interruption scolaire apporterait un certain répit dans le rythme de travail, que bosser 45 à 50 heures par semaine, avec les nouveaux programmes de lycée, permettrait au moins de finir le job, et pas d’en laisser une partie sur le carreau. Que nenni. Il faut non seulement réécrire ce qui était déjà prêt pour que les enfants y pigent quelque chose, mais aussi trouver des activités adaptées au moment présent, sans perdre de vue la préparation d’un hypothétique bac, auquel notre ministre tient comme le chat tient à sa souris.
Sincèrement, je pensais trouver en ce temps de confinement un certain apaisement, une baisse de rythme salutaire, et tout, au contraire, s’accélère. Les élèves, polis et charmants au demeurant, prenant des nouvelles à chaque message, envoient leurs travaux sous toutes les formes et sur tous les supports possibles et imaginables (le RGPD compatible relève d’un défi quasi-impossible à faire respecter), quand ils ne se sont pas perdus préalablement en chemin, demandant un envoi personnel de la fiche de cours sur leur adresse perso. Ou quand ils demandent des précisions ou de l’aide le dimanche et s’étonnent le lundi matin que l’aide n’ait pas été apportée dans la minute qui a suivi l’envoi. 150 cours individuels à assurer ? mission impossible. Et pourtant, ils sont gentils, ces gosses, aimables, agréables à lire même parfois. Même souvent. Mais le nombre rend la partie injouable. Sans parler de ceux que l’on a perdus, pour des raisons techniques, sociales, que sais-je. Insatisfaction inévitable en période exceptionnelle. Et monsieur Blanquer dit que tout va bien, que l’on gère. Forcément, on gère, puisque rien n’était prêt en amont. Et puis c’est pas bien grave si ça patauge un peu : la télé est sur le coup, ça va être magique.
Alors demain, comme aujourd’hui, je vais essayer, comme tous mes collègues, de me dépêtrer de cette toile d’araignée qu’est l’éducation à distance, avec un planning tendu comme un string, et des mails qui arrivent à la pelle et de partout, auxquels il faut répondre, parce-que les enfants n’ont pas à être les victimes des errances et des incohérences gouvernementales.

Une toile d’araignée à contre-jour dans le petit jardin du grand confinement

Faire la queue pour aller bosser

Entendons-nous bien, je ne me suis pas téléportée vers un espace hors-confinement et je ne me retrouve pas sottement coincée dans un embouteillage, respirant à plein poumon des gaz d’échappement, et devant supporter l’impatience de mes contemporains, qui se manifeste invariablement par des coups de klaxon rageurs, voire des « avance, mais avance ! » véhéments.
Que nenni. Je souhaite juste envoyer à mes petits lapins de première leur cours pour cet après-midi, avec des jolis documents sélectionnés avec amour et des consignes écrites en bleu. Et ce n’est pas possible. Il faut faire la queue sur l’ENT comme sur le périph’ parisien un vendredi à 18 heures. Et si on instaurait un système de ticket comme à la sécu ? « le numéro 67 est autorisé à déposer ses documents ». Je regarde mon ticket : j’ai le numéro 419. Je vais jouer aux Lego en regardant régulièrement le message qui apparait sur l’écran :

Continuité pédagogique et limites informatiques

Mon ministre de tutelle l’a affirmé : il y aura continuité pédagogique, tout est prêt. Oui mais. Sauf que. Faut voir. Ça dépend.
Ayant ramé toute la journée (et puis celle d’hier aussi) pour envoyer des fichiers pas bien lourds à mes petits lapins qui attendaient leurs cours et consignes avec impatience (mais si, mais si, avec impatience, vous savez bien que l’espoir fait vivre, même le prof naïf derrière son vieux Mac), je tente une offensive vespérale et même quasiment nocturne pour leur filer les cours de demain, tout en voulant, sur le même support, répondre à des messages de collègues. Voici la réponse :

Si demain, au saut du lit, l’ENT (espace numérique de travail) continue de patachoner, je vais jouer aux Lego ou écouter Barbara. Ou les deux. Pour Barbara, c’est sur Arte que ça se passe et c’est un pur bonheur (à visionner jusqu’au 28 mars).

Une petite phrase en passant

« Les enseignants font partie des très rares professions à qui l’employeur ne fournit pas les outils de travail indispensables à l’exercice de leur métier. Chacune et chacun doit, s’il veut effectuer correctement les tâches qui lui sont imposées, se procurer personnellement un ordinateur, une imprimante et un scanner…
C’est un peu comme si les employés d’un chantier devaient acheter leurs pelles et leurs pioches! Au moment où l’on évoque la nécessaire revalorisation du corps enseignant, voilà un point qui n’est pas nécessairement de détail. »


Philippe Meirieu, « Écoles fermées aux élèves : les leçons du virus (et quelques pistes pour les parents) », site web The Conversation, 15 mars 2020


La journée "je ne sais pas"

— Madame, vous pensez que ça va durer longtemps la fermeture du lycée ?
— Je ne sais pas.
— Madame, vous croyez que le bac va être annulé ?
— Je ne sais pas.
— Madame, vous croyez qu’il y a des gens qui l’ont, le coronavirus, dans le lycée ?
— Pas à ma connaissance.
Et oui, il fallait bien varier le registre de vocabulaire. Sortir du « je ne sais pas » pour dire la même chose avec d’autres mots. Jamais je n’ai autant été dans l’incertitude face à mes élèves, or nous savons tous à quel point celle-ci est génératrice d’angoisse, chez les jeunes comme chez les adultes.
Bien sûr beaucoup de ces jeunes sautaient de joie, voyant dans ce temps à venir des vacances infinies. Mais pas tous. La continuité pédagogique voulue par le ministère aura ses limites, forcément, mais nous ferons de notre mieux (quoique dans l’improvisation la plus totale) pour que les enfants et les ados ne décrochent pas totalement de la chose scolaire.
Un temps incertain s’ouvre devant nous, une sorte d’aventure finalement, un moment dont les enfants d’aujourd’hui parleront à leurs propres enfants demain : « tu ne peux pas te rendre compte, Théodore-Marcel, mais en 2020, les écoles ont toutes été fermées d’un coup, du jour au lendemain ! ». Une jeune fille d’à peine seize ans me demandait ce matin si le coronavirus et la fermeture des écoles seraient, plus tard, dans les livres d’histoire. Je lui ai répondu « je ne sais pas ».

La chansonnette

SHEILA
L’école est finie
1963

Si un jour on m’avait dit que je collerais du Sheila dans ce blog, quoique ayant fait bien pire parfois, je ne l’aurais pas cru. Mais ce jour est arrivé, preuve qu’il ne faut jurer de rien.
Aujourd’hui, après une demi-semaine de labeur agréable (ce sont des choses qui arrivent), je lis par hasard (et par atavisme bretonnant majeur) que dix nouvelles personnes étaient coronavirées du côté de Rennes, autant dire dans mon biotope (car, cher blogonaute, si tu as bien suivi les épisodes précédents, tu sais que la taulière est un chouia bretonne). Et que ces dix personnes sont aussi des enseignants. Damned. Le coronavirage est proche : les petits nous transmettent le bouzin sans autre forme de procès. Ça craint. Voire ça daille, comme on dit en bon bordelais.
Le patron prend des mesures radicales, en lien ou non avec cette info des dix profs confinés que je viens de citer : les écoles sont fermées à partir de lundi. L’école est provisoirement finie. Elle se fera à distance. Ou pas. D’où Sheila.

Mais que fait donc la cigogne ?

Nous pourrions croire qu’en cette toute fin de février 2020, comme tout un chacun je me pose la question d’un éventuel coronovirage. Ou coronovirement, allez savoir, bref que je cède à la panique ambiante face à un virus venu de loin là-bas dans le grand Orient lointain. On pourrait tout aussi bien supputer que la correction des copies (un bon gros kilo au bas mot) et que la préparation des cours pour mes petits lapins occupent totalement mon esprit et me font suer sang et eau, stylo en pogne et ordi en piste. Que nenni. Je reste mentalement figée sur ce que j’ai vu sur l’île d’Oléron la semaine dernière et m’interroge : mais que fait donc la cigogne ?

Une cigogne sur l’île d’Oléron – Février 2020

Une chose est sûre, elle est de retour. De migration ou du village d’à côté (car certaines cigognes ne migrent pas). Elle a réinvesti son nid de l’année passée, jusque là rien de bizarre. Mais a-t-elle commencé à couver ?

Une cigogne sur l’île d’Oléron – Février 2020

Cela je l’ignore. Normalement, la chose ne commence qu’en mars. Mais tout est en avance cette année. Nous avons même dégusté nos premières asperges ce soir. Notre producteur était sur le marché, car lesdites asperges avaient trois semaines d’avance. Alors pourquoi pas les cigognes ?

Errances valentiniennes

Ils ont 15 ou 16 ans. Ils entrent en classe alors qu’il fait encore nuit, il est à peine huit heures du mat’, et ils se chamaillent, pour, au final, me demander mon avis, parce-que la prof, elle, elle sait, elle va trancher. « Madame, la saint-valentin, c’est bien juste un truc commercial ? hein, madame ? ». Et là, je sens que l’exercice de cartographie risque de démarrer un poil plus tard que prévu.
En soirée, à l’heure des courses un peu inévitables, je vois avec effroi des fraises. Oui, des fraises, en février, en zone tempérée de l’hémisphère nord. Des fraises dans une boite en plastique en forme de cœur. Dites, les gens, vous n’avez pas l’impression que c’est du grand n’importe quoi ? du bazar bien commercial à deux balles, histoire de verrouiller le consommateur lambda dans l’illusion que l’amour passe par la dépense imbécile ? L’élève de matin avait raison, mais il n’a pas fini sa carte, il a dessiné des cœurs sur son cahier.
Petite note optimiste : une fleuriste bordelaise a décidé de ne pas vendre de roses pour la saint-valentin, notamment parce-qu’elles viennent de trop loin, au profit de fleurs locales et de saison. Merci madame (à lire dans Sud-Ouest si vous êtes abonné).

Un cadenas-cœur accroché sur une rambarde des quais de Bordeaux – Février 2020

En temps normal

En temps normal, les forces de police ne se mobilisent pas devant un lycée lors d’un examen. Et pourtant …. (exemple à Nantes).
En temps normal, les chefs d’établissement ne contrôlent pas les réseaux sociaux que fréquentent leurs élèves. Et pourtant … (exemple à La Rochelle).
En temps normal, des lycéens ne se retrouvent pas enfermés dans leur lycée pour passer un examen pour lequel ils n’ont pas reçu de convocation, accessoirement au mépris de toutes les règles de sécurité. Et pourtant… (exemple à Bordeaux).
En temps normal, un gouvernement responsable sortirait du déni et mettrait fin à la crise qui parasite le nouveau bac autrement que par des menaces et des violences. En temps normal, le ministre de l’éducation sortirait de sa tanière pour s’exprimer, revenir en arrière, voire, démissionner.
Mais le temps normal n’est pas le temps présent.

Des élèves manifestent contre la réforme du lycée à Nantes – Source : France 3 (capture d’écran YouTube)

0,1 %

C’est le ministre qui l’a dit. Il ne peut pas se tromper : il est ministre, lui. Et moi, pauvre cloche, je ne suis qu’un grain de poussière. Cela me rappelle une chanson d’Higelin, mais ce n’est pas le sujet. Quoique …
Donc, pour reprendre la leçon à son début, m’sieur Blanquer a dit que 99,9 % des profs kiffaient sa réforme du lycée. Je n’avais que 5 de coeff au bac en maths quand j’étais jeune, forcément c’est trop peu, mais quand même, je crois bien que ça veut dire que 0,1 % seulement sont contre.

Ouh les vilains ! D’ailleurs, m’sieur le ministre n’y est pas allé par quatre chemins : les vilains sont des radicalisés incompétents et antidémocratiques. Même que c’est sur France-Inter qu’il l’a dit. J’aime bien Inter, c’est ma radio depuis le berceau, alors ça me touche, forcément.

Ça me touche d’autant plus que je fais partie de ce 0,1 %. Ces quelques péquenots qui déambulent dans les rues auprès de quelques malheureux manifestants, histoire de prendre l’air par une belle journée d’hiver. Une brêle, un non-événement, que dalle, nada. 0,1 % multiplié par tout plein de gens, ça fait combien au final, sur la place de la Victoire ? victoire, victoire … cela viendra … il faut y croire : 15 et 22 mars, élections municipales en mode « Macron dégage ».

Les photos qui illustrent cette note ont été prises aujourd’hui même à Bordeaux

Bourdon hivernal

Il est 21 h 30, le blue monday tire à sa fin. Et c’est tant mieux, car si on en croit les esprits chagrins et les charlatans en embuscade, le troisième lundi de janvier serait le jour le plus triste de l’année. Ça se pourrait même que ça soit un peu vrai : l’ambiance était moins joyeuse que d’habitude ce soir à l’AMAP. Cela dit, ce lundi est surtout un lundi tout court, ce qui suffit à démoraliser le travailleur lambda surtout quand son ministre de tutelle a décidé de l’user jusqu’à l’os. Et le blue monday, comme le rappelle notamment La Dépêche, est surtout une « vaste supercherie ».
Par contre, le bourdon hivernal, ce n’est pas du pipeau. Ça tangue, ça tombe des feuilles, ça se rattrape comme ça peut aux brindilles, c’est tout engourdi tout maladroit. Le bourdon en hiver ferait mieux de retourner dormir en attendant des jours meilleurs.

Un bourdon au jardin public de Bordeaux en janvier 2020

Encore plus unis qu’au premier jour

Monsieur Philippe a voulu jouer la division entre les jeunes blancs-becs et les vieux cons : jeunes blancs-becs et vieux cons ont fait cause et caisse commune aujourd’hui dans mon lycée, puis ont voté la grève à l’unanimité pour mardi. Nous battrons donc à nouveau le pavé, puisque nous ne disposons pas de camions ou de tracteurs pour bloquer les routes et les dépôts de carburants. Nos élèves et leurs parents seront gentiment prévenus : mardi, c’est lycée mort. Jeunes blancs-becs et vieux cons ne se laisseront pas abattre comme des pigeons.

Le tram de Bordeaux un jour de manif

En déambulant sur la toile

En déambulant sur la toile tandis que 70 copies à la graphie incertaine piaffent sur mon bureau, je me dis qu’avoir des super-pouvoirs serait quand même une super solution pour ne pas dépasser les 50 heures de travail hebdo : mais à la question « serait-il possible de devenir Batman ? », Slate répond « non ». La messe est dite, je sors le stylo et j’y retourne. Cela dit, Batman pour corriger des copies … je doute …
Je tente alors l’humour en mode bloc de l’Est du temps de la guerre froide, pensant que quelques blagues favoriseront mes compétences en paléographie lycéenne du début du XXIe siècle (à lire sur le site de Libé). Mais si cela me distrait, cela ne corrige pas les copies pour autant. Tentons alors le loisir, la musique, les jolis mots, bref la poésie, avec cette retransmission du concert de Jacques Brel à Knokke-le-Zoute en 1963, disponible sur Arte jusqu’au 21 novembre.
Mais pendant que j’attends Madeleine et le tram 33, les copies ne se corrigent pas. Il ne reste plus qu’une solution, boire une bonne bière, à la moule, soyons fou, et de Charente-Maritime bien sûr (France-Bleu). Les copies ne seront pas plus corrigées, mais ma bonne humeur sera assurée.

Aux antipodes

Dans la série « ça ne sert à rien, donc c’est rigoureusement indispensable », je voudrais aujourd’hui évoquer ici deux sites web qui nous emmènent aux antipodes : l’un pour voir où l’on atterrit (et bien souvent où l’on amerrit !), l’autre pour savoir le temps qu’il y fait.
Le premier est antipodemap. Je l’ai testé avec Bordeaux, et je me suis retrouvée dans l’eau, à quelques encablures de la Nouvelle-Zélande :

Je tente alors Brest, mais ce n’est toujours pas assez à l’ouest pour que je dégringole ailleurs que dans la flotte. Dernier essai avec Madrid, et là, c’est gagné, je suis bel et bien en Nouvelle-Zélande :

C’est là qu’intervient ma deuxième pépite inutile mais rigolote quand même : antiweather. Car il me semble fort intéressant, voire indispensable, de savoir comment m’habiller dans la campagne néozélandaise aux antipodes de Madrid. La météo, la voici :

Antipodes obligent, il fait nuit dans le district de Tararua, en Nouvelle-Zélande. La nuit est même un peu fraiche, il y a des nuages, on nous parle de légère pluie. Au passage, je constate qu’il fait 31° à Madrid, qu’il y a aussi des nuages, et qu’accessoirement on nous donne la météo de la veille !
Il fait meilleur à Bordeaux, le ciel est bleu. Je crois bien que je vais y rester, même si demain c’est la rentrée. Très bonne fin d’été à tous.

En déambulant sur la toile

En déambulant sur la toile ces derniers temps, je m’installe mollement sur le site du Monde : d’une part pour visualiser la dislocation de l’URSS, d’autre part pour apprendre que la raie manta est un animal social.
Préparant un cours sur la forêt amazonienne qui part en fumée (histoire de bien titiller le potentiel anxieux de la jeune génération dès la rentrée), je tombe sur une interview de la philosophe Joëlle Zask, qui s’intéresse aux mégafeux et fait part de ses réflexions à Usbek&Rica.
Restons dans le sérieux, en nous égarant sur le terrain de la géopolitique (désormais enseignée aux élèves de 1ère qui le veulent bien, comme quoi bloguer et bosser, ça fait une rime riche) : puisque Mister Trump veut acheter le Groenland (et il n’est ni le seul ni le premier), Eric Le Boucher, pour Slate, demande à ce que la France récupère les îles anglo-normandes. L’article, sous des abords facétieux, ne manque pas d’intérêt et livre de vraies bonnes infos sur ces petits îlots tout proche du Cotentin.

En déambulant sur la toile

En déambulant sur la toile en ces temps où je tente de reprendre le taf, je grognonne en découvrant un article du Café Pédagogique du 26 juillet, concernant les nouvelles modalités d’évaluation pour le baccalauréat : l’usine à gaz est sortie des fondations, elle va entrer en service, et devinez qui va aller au charbon ?
Je pourrais cesser de râler, après tout c’est l’été. Mais les gosses du quartier font du bruit, ils couvrent mon Vivaldi du soir (un qui arrache, avec Nigel Kennedy à l’archet), et je me dis qu’il serait temps qu’ils fassent dodo. Indépendamment de ça, je frôle la consternation en lisant un article d’Usbek & Rika sur les centres commerciaux géants, ces fameux « malls » où même des touristes viennent circuler, car, comme le dit la journaliste Rinny Grimaud, « notre manière de concevoir le tourisme en tant qu’Européens n’a rien à voir avec celle de la majeure partie du globe : aller à la rencontre de l’autre, découvrir une culture, circuler à pied… Le tourisme de bobo n’est pas du tout majoritaire. J’ai découvert l’existence de cette énorme masse de touristes qui se déplacent d’un pays à l’autre, en partie pour faire du shopping, et qui ne supporte pas d’avoir à marcher.  » Décidément, en ce 13 août au soir, on dirait que ça va mal.
Et ça n’allait pas mieux avant : Libé retrace l’histoire d’un mouflet qui, avec sa famille, avait fui le franquisme pendant la guerre civile, et qui s’est retrouvé dans les camps français. Ignoble.
Une lueur de bonheur ? Bien sûr. Avec deux sites consacrés à l’histoire de la Bretagne, que je parcours avec délectation : Becedia et En Envor.

Une carte de Bretagne en VO

En déambulant sur la toile

En déambulant sur la toile en ce début de mois d’août, je ne perds pas de vue la superficialité qui sied si bien à l’été, et je me souviens qu’il existe, depuis 2007 dans le Médoc, un championnat du monde de lancer de tongs (Sud-Ouest).
Je reste en Gironde mais retrouve un minimum de sérieux en lisant, sur le site du Point, une tribune de Xavier Planty, copropriétaire d’un premier cru classé de Sauternes et défenseur du vin bio. Il montre, et c’est d’ailleurs le titre de l’article, que « l’agroécologie sauvera les vins de Bordeaux », en rappelant au passage « le bon sens paysan », qui doit permettre aux viticulteurs de se « désintoxiquer des pesticides ».
Je reviens à des préoccupations plus légères et plus estivales en me posant sur le site de l’INA, où j’apprends que la mode du short pour homme n’a que 50 ans. Le micro-trottoir tourné dans les rues de Strasbourg est fort distrayant.

Je passe enfin beaucoup de temps à m’intéresser à l’histoire des médias (préparation des cours pour la rentrée oblige), et je visite une expo virtuelle de la BNF (La Presse à la une) puis découvre un site web consacré aux « Radios au temps de la TSF ». J’avoue prendre un réel plaisir à découvrir les multiples pépites que recèlent ces deux sites, oubliant presque qu’il s’agit quand même un peu de boulot.

  • Illustration : Norman Rockwell, « Le nouveau récepteur de télévision », 1949

En déambulant sur la toile

En déambulant sur la toile, je continue de m’insurger contre les réformes que mon ministre de tutelle impose à la société tout entière, celles qui feront de tous les jeunes des imbéciles dociles. Enfin non, pas tous, les gosses de riches seront sauvés, triés sur le volet dès la maternelle : à lire dans Le Café Pédagogique. Dans le même temps, les gosses ordinaires, le tout-venant, la plèbe, auront de braves étudiants en guise de profs, mais pour fabriquer de l’imbécile docile, ce n’est pas bien grave (Bastamag). On peut dans la foulée continuer à s’étrangler de rage avec les effets pervers de la réforme du lycée, dont les lycéens eux-mêmes seront (et sont déjà) les premières victimes (Alternatives Economiques).
Après tout, si les gosses ne reçoivent plus d’éducation, ils pourront toujours jouer dans le bac à sable. Sauf que, BTP à donf’ oblige (et autres joyeusetés), le sable est aussi en voie de disparition (Usbek & Rica). Nos mouflets sont bien mal partis. Sauf si de mouflets il n’y a point. Un maire du Loiret, craignant que l’école de sa petite commune soit condamnée à fermer, envisage sérieusement de distribuer du Viagra à ses concitoyens, pour que la libido revenue, ils fassent plein de petits loupiots qui peupleront bientôt la communale. L’article de La Dépêche qui rapporte l’affaire rappelle, au passage, que, dans ce même département, un autre maire avait interdit à ses administrés de tomber malade, ceci afin de dénoncer les déserts médicaux.

Alfred de Richemont, Les Crêpes, 19e siècle, Palais des Beaux-Arts de Lille

Finissons sur une note un peu plus légère : 1,5 tonnes. C’est le poids d’un robot qui, autrefois œuvrait dans la construction automobile, et qui, aujourd’hui, fait de jolies crêpes bien fines pas bien loin de Rennes. À lire dans Le Monde. Kenavo.

Une petite phrase en passant

– Alors ? pourquoi tu veux l’être, institutrice ?
– Pour faire chier les mômes, répondit Zazie. Ceux qu’auront mon âge dans dix ans, dans vingt ans, dans cinquante ans, dans cent ans, dans mille ans, toujours des gosses à emmerder.

Raymond Queneau, Zazie dans le métro , 1959

En déambulant sur la toile [2]

En déambulant sur la toile cette semaine, je bous de rage et de colère en voyant que les rumeurs millénaires poussent encore à la haine nos contemporains. Je veux ici parler des agressions récentes contre les Roms, sous le prétexte imbécile qu’ils enlèveraient des enfants. Il n’est pas inutile de faire l’historique des fantasmes qui entourent les « gens du voyage », comme on dit parfois. L’article du site Actuel moyen-âge s’y emploie fort bien.
Toujours au rayon grogne, j’insiste et je confirme : la réforme du lycée doit être pour le moins reportée, amendée et réellement discutée … avec les principaux intéressés ! Sur le sujet, Alternatives Economiques propose une excellente mise au point.
Déambuler sur la toile peut aussi, et c’est heureux, être plus léger et plus distrayant. On peut ainsi découvrir, via l’excellente émission Karambolage, l’origine du nom « Paname » pour Paris, ou se balader dans un marché d’Helsinki. Ce dernier reportage, visible sur le site d’Arte jusqu’au 17 avril, m’a fait d’autant plus plaisir que ce fut le premier endroit de cette ville que j’ai visité l’été dernier, lors des vacances en Finlande.

Vanha Kauppahalli – Vieille halle du marché d’Helsinki – Juillet 2018

Réforme du lycée, suite …

La réforme du lycée, et même de toute l’éducation en général, m’a mise dans la rue il y a peu de temps (piqûre de rappel). Cette réforme, bâclée, mise en œuvre en dépit du bon sens, fait presque l’unanimité contre elle. Et pourtant, Monsieur Blanquer enfonce le clou, insiste et s’obstine.
Lundi dernier, le CHSCT-MEN (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail du Ministère de l’Education Nationale) a, lui aussi, envoyé son coup de pelleteuse dans l’édifice bancal de cette réforme. Lisez plutôt cette info (transmise par le SNES) :
« Au vu de l’exposé présenté ce jour en séance plénière de l’instance, le CHSCT-MEN constate que les réformes du lycée général et du baccalauréat entrainent déjà une augmentation considérable des risques psychosociaux.
En conséquence, le CHSCT-MEN demande l’abandon de cette réforme. »

Un métier vidé de sens

Lorsque j’ai commencé le job de prof, au début des années 1990, je croyais sottement participer au grand œuvre visant à transformer les enfants en citoyens responsables, ouverts au monde mais pas aux fake news (à l’époque, on disait « désinformation »). Puis, de collège en lycée, et de réformes en réformes, cette ambition a été pour le moins écornée. Des programmes de plus en plus lourds à faire passer dans des classes de plus en plus chargées, dans un temps, lui, qui s’est réduit. Gavage des oies obligatoire, pour que le programme soit bouclé le jour J du bac. Pas de temps disponible pour amener les jeunes à penser par eux-mêmes, à se forger une culture, à prendre le temps de réfléchir. Il faut juste qu’ils emmagasinent du pré-mâché qu’ils oublieront dès l’épreuve passée. Cela me fait penser à un dessin de Fabrice Erre, que vous pouvez voir en cliquant ici

Depuis des années, donc, les conditions d’enseignement se dégradent, et les gamins pataugent dans ce bourbier, avec une docilité qui me surprend. La fabrique de l’imbécile docile est en train de réussir sa mission. Et même si, en histoire-géographie du moins, les programmes ont une certaine ambition intellectuelle, je sais bien que, passé le moment plutôt intéressant en classe, les élèves ne retiennent finalement pas grand chose, mélangent tout car rien n’a été mis en place pour qu’ils puissent prendre du recul. On manque de temps, et c’est cruel.

Arrive Monsieur Blanquer et son école dite « de la confiance ». Faites-moi penser à chercher la définition du mot « confiance » dans un dico, j’ai comme un doute sur le sens réel de ce terme. Cette réforme touche notamment le lycée, avec son nouveau bac et ses 21 épreuves étalées sur deux ans. Pour amener nos enfants à faire autre chose que bachoter, c’est loupé ! Quant aux programmes … là encore, je reste sur ce que je connais : l’histoire-géo. Encore plus lourds avec encore moins de temps : air connu. Mais surtout des programmes sans ambition intellectuelle, qui ne permettront en aucun cas aux adolescents de devenir des adultes responsables dans une société qui se veut démocratique. Par contre nous aurons de bons petits exécutants, avec un petit vernis culturel qui fera sa petite illusion. Contre ce projet de société, les enseignants luttent avec les moyens du bord : 20/20 de moyenne à tous les élèves, démission des profs principaux, à l’occasion la manif, à l’ancienne, pour se faire entendre encore un peu.

Photos réalisées à Bordeaux le 19 mars 2019, lors de la manifestation interprofessionnelle lancée par la CGT et FO, et rejointe par des syndicats d’enseignants.

Une petite phrase en passant

« L’Éducation nationale ne doit pas préparer les jeunes dont l’économie ou la société ont besoin. La finalité de l’éducation est de provoquer une métamorphose chez un être pour qu’il sorte de lui-même, surmonte sa peur de l’étranger, et rencontre le monde où il vit à travers le savoir.

Albert JACQUARD, « Moi, Albert Jacquard, ministre de l’Éducation, je décrète », L’Humanité, 22 mars 1999