En déambulant sur la toile [5]

En déambulant sur la toile, je continue de m’insurger contre les réformes que mon ministre de tutelle impose à la société tout entière, celles qui feront de tous les jeunes des imbéciles dociles. Enfin non, pas tous, les gosses de riches seront sauvés, triés sur le volet dès la maternelle : à lire dans Le Café Pédagogique. Dans le même temps, les gosses ordinaires, le tout-venant, la plèbe, auront de braves étudiants en guise de profs, mais pour fabriquer de l’imbécile docile, ce n’est pas bien grave (Bastamag). On peut dans la foulée continuer à s’étrangler de rage avec les effets pervers de la réforme du lycée, dont les lycéens eux-mêmes seront (et sont déjà) les premières victimes (Alternatives Economiques).
Après tout, si les gosses ne reçoivent plus d’éducation, ils pourront toujours jouer dans le bac à sable. Sauf que, BTP à donf’ oblige (et autres joyeusetés), le sable est aussi en voie de disparition (Usbek & Rica). Nos mouflets sont bien mal partis. Sauf si de mouflets il n’y a point. Un maire du Loiret, craignant que l’école de sa petite commune soit condamnée à fermer, envisage sérieusement de distribuer du Viagra à ses concitoyens, pour que la libido revenue, ils fassent plein de petits loupiots qui peupleront bientôt la communale. L’article de La Dépêche qui rapporte l’affaire rappelle, au passage, que, dans ce même département, un autre maire avait interdit à ses administrés de tomber malade, ceci afin de dénoncer les déserts médicaux.

Alfred de Richemont, Les Crêpes, 19e siècle, Palais des Beaux-Arts de Lille

Finissons sur une note un peu plus légère : 1,5 tonnes. C’est le poids d’un robot qui, autrefois œuvrait dans la construction automobile, et qui, aujourd’hui, fait de jolies crêpes bien fines pas bien loin de Rennes. À lire dans Le Monde. Kenavo.

Une petite phrase en passant [8]

– Alors ? pourquoi tu veux l’être, institutrice ?
– Pour faire chier les mômes, répondit Zazie. Ceux qu’auront mon âge dans dix ans, dans vingt ans, dans cinquante ans, dans cent ans, dans mille ans, toujours des gosses à emmerder.

Raymond Queneau, Zazie dans le métro , 1959

En déambulant sur la toile [2]

En déambulant sur la toile cette semaine, je bous de rage et de colère en voyant que les rumeurs millénaires poussent encore à la haine nos contemporains. Je veux ici parler des agressions récentes contre les Roms, sous le prétexte imbécile qu’ils enlèveraient des enfants. Il n’est pas inutile de faire l’historique des fantasmes qui entourent les « gens du voyage », comme on dit parfois. L’article du site Actuel moyen-âge s’y emploie fort bien.
Toujours au rayon grogne, j’insiste et je confirme : la réforme du lycée doit être pour le moins reportée, amendée et réellement discutée … avec les principaux intéressés ! Sur le sujet, Alternatives Economiques propose une excellente mise au point.
Déambuler sur la toile peut aussi, et c’est heureux, être plus léger et plus distrayant. On peut ainsi découvrir, via l’excellente émission Karambolage, l’origine du nom « Paname » pour Paris, ou se balader dans un marché d’Helsinki. Ce dernier reportage, visible sur le site d’Arte jusqu’au 17 avril, m’a fait d’autant plus plaisir que ce fut le premier endroit de cette ville que j’ai visité l’été dernier, lors des vacances en Finlande.

Vanha Kauppahalli – Vieille halle du marché d’Helsinki – Juillet 2018

Réforme du lycée, suite …

La réforme du lycée, et même de toute l’éducation en général, m’a mise dans la rue il y a peu de temps (piqûre de rappel). Cette réforme, bâclée, mise en œuvre en dépit du bon sens, fait presque l’unanimité contre elle. Et pourtant, Monsieur Blanquer enfonce le clou, insiste et s’obstine.
Lundi dernier, le CHSCT-MEN (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail du Ministère de l’Education Nationale) a, lui aussi, envoyé son coup de pelleteuse dans l’édifice bancal de cette réforme. Lisez plutôt cette info (transmise par le SNES) :
« Au vu de l’exposé présenté ce jour en séance plénière de l’instance, le CHSCT-MEN constate que les réformes du lycée général et du baccalauréat entrainent déjà une augmentation considérable des risques psychosociaux.
En conséquence, le CHSCT-MEN demande l’abandon de cette réforme. »

Un métier vidé de sens

Lorsque j’ai commencé le job de prof, au début des années 1990, je croyais sottement participer au grand œuvre visant à transformer les enfants en citoyens responsables, ouverts au monde mais pas aux fake news (à l’époque, on disait « désinformation »). Puis, de collège en lycée, et de réformes en réformes, cette ambition a été pour le moins écornée. Des programmes de plus en plus lourds à faire passer dans des classes de plus en plus chargées, dans un temps, lui, qui s’est réduit. Gavage des oies obligatoire, pour que le programme soit bouclé le jour J du bac. Pas de temps disponible pour amener les jeunes à penser par eux-mêmes, à se forger une culture, à prendre le temps de réfléchir. Il faut juste qu’ils emmagasinent du pré-mâché qu’ils oublieront dès l’épreuve passée. Cela me fait penser à un dessin de Fabrice Erre, que vous pouvez voir en cliquant ici

Depuis des années, donc, les conditions d’enseignement se dégradent, et les gamins pataugent dans ce bourbier, avec une docilité qui me surprend. La fabrique de l’imbécile docile est en train de réussir sa mission. Et même si, en histoire-géographie du moins, les programmes ont une certaine ambition intellectuelle, je sais bien que, passé le moment plutôt intéressant en classe, les élèves ne retiennent finalement pas grand chose, mélangent tout car rien n’a été mis en place pour qu’ils puissent prendre du recul. On manque de temps, et c’est cruel.

Arrive Monsieur Blanquer et son école dite « de la confiance ». Faites-moi penser à chercher la définition du mot « confiance » dans un dico, j’ai comme un doute sur le sens réel de ce terme. Cette réforme touche notamment le lycée, avec son nouveau bac et ses 21 épreuves étalées sur deux ans. Pour amener nos enfants à faire autre chose que bachoter, c’est loupé ! Quant aux programmes … là encore, je reste sur ce que je connais : l’histoire-géo. Encore plus lourds avec encore moins de temps : air connu. Mais surtout des programmes sans ambition intellectuelle, qui ne permettront en aucun cas aux adolescents de devenir des adultes responsables dans une société qui se veut démocratique. Par contre nous aurons de bons petits exécutants, avec un petit vernis culturel qui fera sa petite illusion. Contre ce projet de société, les enseignants luttent avec les moyens du bord : 20/20 de moyenne à tous les élèves, démission des profs principaux, à l’occasion la manif, à l’ancienne, pour se faire entendre encore un peu.

Photos réalisées à Bordeaux le 19 mars 2019, lors de la manifestation interprofessionnelle lancée par la CGT et FO, et rejointe par des syndicats d’enseignants.

Une petite phrase en passant [7]

« L’Éducation nationale ne doit pas préparer les jeunes dont l’économie ou la société ont besoin. La finalité de l’éducation est de provoquer une métamorphose chez un être pour qu’il sorte de lui-même, surmonte sa peur de l’étranger, et rencontre le monde où il vit à travers le savoir.

Albert JACQUARD, « Moi, Albert Jacquard, ministre de l’Éducation, je décrète », L’Humanité, 22 mars 1999

Pause estivale

Et bien, oui, hier il n’y eut point de « photo de la semaine », et pourtant, le dimanche, c’est sacré, la photo de la semaine, bien plus que toutes les messes possibles et imaginables. Il n’y en aura pas non plus dimanche prochain, pas plus que de « collection » mercredi. Un coup de flemme ? Faut voir. Surtout un besoin de vacances, une nécessité de casser le rythme. Le bac se termine officiellement demain, il fait très chaud, et le lycée ferme le 20 juillet. D’ici là, tout est possible, tout est envisageable. Quant au blog, il se met en mode irrégulomadaire en fonction des envies, des balades, des articles des médias, etc.
Bon été à tous.

Paresse autorisée

En cette journée de lutte intense contre l’impérieuse nécessité de corriger les bacs blancs, je me permets de vous offrir ce brin de muguet de mon jardin, qui a fait du zèle en fleurissant il y a quinze jours. Ainsi, aujourd’hui, il fait comme moi : il paresse mollement, s’offre un jour de vacances en pleine semaine, ce qui s’apparente à une certaine forme de luxe.

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Ça piaille dans la brume

1p1070798-jpgC’est un vrai temps d’automne. Ou un temps à corriger des copies. Au choix. Ou les deux. Lever le nez vers la fenêtre revient à voir un paysage tellement triste qu’on le croirait en noir et blanc. Le ciel est gris sale et bas.
Lever le nez, est-ce bien raisonnable quand copies il y a ? Que faire quand au dehors on entend le cri des grues qui, pas folles, filent fissa vers un sud plus chaud ? La correctrice de base n’est ni sourde ni de bois, et l’appel des grues est le plus fort. La correctrice de base lève le nez, ouvre la fenêtre, trouve que ça pique un peu au niveau thermique, et surtout admire les oiseaux, dont les silhouettes apparaissent façon ombres chinoises. Je vous assure que les photos sont en couleurs. Et que les élèves de terminale ont bien du mal à comprendre le fonctionnement du FMI. Et si, demain, je leur parlais des oiseaux migrateurs, pour voir ? Peut-être cela leur donnerait-il des ailes ?

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Echos locaux (mardi 3 mai 2016)

  • Qu’est-ce qui tient solidement grâce à 23 000 rivets, dont certains de « la taille d’un avant-bras », et qui emmagasine 500 km de câbles ? un indice : ça vole, et les ailes mesurent chacune 45 mètres de long. C’est l’Airbus A380, bien sûr : La Dépêche offre une piqûre de rappel concernant son montage.
  • Nord Eclair franchit la frontière et nous fait rencontrer les élèves d’un établissement scolaire belge. Ces derniers, un petit peu aidés par leurs professeurs, ont décidé de faire manger des légumes à leurs semblables. Et pour cela, ils ont mis au point des bonbons aux légumes frais. Cette invention a été récompensée par un prix de 750 €. Pour faire passer la pilule, il y a quand même un peu de fruit dans les bonbons aux légumes, les parfums proposés étant poire/concombre, tomate/orange, avocat/datte, … Preuve que ça plait : « On a fait tester à l’aveugle aux enfants et ils ont apprécié. On était déjà satisfaits qu’ils ne recrachent pas« .
  • Avez-vous entendu parler du cloclogate ? je découvre la chose en parcourant le site de L’Alsace : les éditions Bordas ont pondu un manuel scolaire destiné aux collégiens dans lequel l’électrocution est expliquée à travers un exemple certes parlant, mais de mauvais goût, puisqu’il s’agit de celle qui couta la vie au chanteur Claude François en 1978. Et comme j’ai, moi aussi, mauvais goût, je ne résiste pas à pointer du doigt l’exercice qui a déchainé les passions et obligé l’éditeur à faire machine arrière : cliquez ici.

 

Avis utile aux lycéens

Parce-que, comme tous mes collègues, je suis régulièrement confrontée à ces élèves qui pompent sans vergogne le premier lien déniché sur Google, je trouve intéressant ce message relayé par la page facebook des Cafés cartographiques, juste avant une carte du site La Géothèque, carte tout bien mais un peu compliquée quand même (en clair, si un lycéen la sort, soit il est un génie, soit il prend son prof pour un imbécile) :

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Une envie de farniente

Les camarades qui me suivent sur twitter le savent : j’étais jusqu’à aujourd’hui engluée dans une centaine de copies de bac blanc, la plus longue faisant quand même 18 pages ! De là une envie immodérée, dès que le temps (dans tous les sens du terme) le permettait, de jaillir de la maison façon diable hors de sa boite pour aller, ne serait-ce qu’un bref instant, compter les plumes des moineaux ou valider que le faucon crécerelle n’avait pas déserté son territoire habituel malgré la présence insistante et malodorante de pétarous chevauchés par des gugusses partageant un seul cerveau à six.
Mais aujourd’hui mesdames et messieurs, à 17 heures pétantes, je mis le point final et un 15/20 à la dernière copie, avec une seule envie : mettre le nez dehors.
Je rêverais presque, moi qui pourtant déteste rester des heures allongée sous le cagnard, je rêverais presque, disais-je, de profiter enfin du soleil, un peu comme les tortues de Floride qui se sont si bien adaptées au climat girondin :

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Et en plus, maintenant que les copies sont finies, j’ai le droit. Na !

Photo : agglomération bordelaise, mars 2016

Echos locaux (mardi 9 février 2016)

  • La Voix du Nord relate une expérience menée en Angleterre, consistant à mesurer le QI des chiens, notamment afin de savoir si ledit QI a un lien avec la santé du toutou. Les chiens choisis pour l’étude sont des border collies. L’expérience s’est déroulée dans un bâtiment construit pour l’occasion, et il fut notamment demandé aux chiens de trouver une gamelle bien cachée ou de sélectionner d’un seul coup d’œil la gamelle la plus pleine. Il parait que les chiens étaient ravis.
  • Le Patriote Beaujolais laisse tomber le jaja local pour rendre honneur à la mousse : la meilleure bière du monde serait une bière brassée dans l’Ain, plus précisément par la brasserie artisanale Rivière d’Ain.
  • Un sondage dans Le Maine Libre : « êtes-vous influencés par les médailles décernées aux meilleurs fabricants de rillettes ? »
  • imageLe Courrier du Pays de Retz s’intéresse à une expérience menée par un maître d’école de Rouans, dans le sud de la Loire-Atlantique : pour motiver sa classe, ce monsieur transforme ses élèves en Harry Potter. Les gamins apportent même leur baguette magique à l’école. Cerise sur le gâteau : voyage à Londres pour tout le monde.

Source de l’illustration : Flickr

Des cartes inutiles mais jolies quand même

Si on veut se repérer, un bon vieux googlemaps fait très bien l’affaire. On peut zoomer, prendre de la hauteur ou rester au ras du bitume, on sait où on est et où on va : c’est écrit sur la carte. Par contre, si la carte ressemble à ça… :

cartes

… on peut reconnaître l’île d’Oléron à gauche, Bordeaux au centre et le bassin d’Arcachon à droite. Mais pour se repérer, c’est une autre paire de manches. Quant à aller d’un point précis à un autre tout aussi précis, c’est mission impossible. Mais les images sont jolies. Elles viennent du site maps.stamen, qui transforme les bonnes vieilles cartes google en charmants dessins façon aquarelle. Ça ne sert à rien, c’est donc rigoureusement indispensable.

Se mettre en mode « vacances »

La fin de trimestre fut rude au lycée. Comme d’hab’. L’hiver a oublié d’arriver. Pas comme d’hab’. Se mettre en mode « vacances » pourrait sembler aller de soi, mais seul le changement d’air, même bref, confirme cet état de fait : ce sont les vacances.
Le changement d’air fut donc, comme annoncé, bref… et aussi très printanier (18°C en plein après-midi). C’était hier, du côté de Tarbes. Sur la route, on voyait la plus belle montagne du monde, le Pic du Midi droit devant.
Aujourd’hui, à Bordeaux, il fait gris. Il est temps de songer à penser à Noël. Très bonnes fêtes à tous.

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Vers un bac en deux ans ?

L’idée était dans l’air et désormais la messe est dite : les élèves de l’enseignement général et technologique s’alignent sur leurs camarades de l’enseignement professionnel (et accessoirement sur les candidats libres au bac), puisque dès la session 2016 ils pourront, s’ils échouent au bac, conserver leurs notes supérieures à 10 et ne repasser l’année suivante que les matières auxquelles ils ont échoué.
Au premier abord, l’idée peut sembler séduisante, et pas seulement parce-que cette mesure garantit une certaine équité entre les différents types de bac. On peut ainsi se dire que les candidats sont pris pour ce qu’ils sont : des adultes. Que refaire une année complète n’a effectivement pas de sens et qu’il vaut mieux se focaliser sur les disciplines ayant posé problème. Cette mesure sera ainsi, je pense, très utile aux élèves assez faibles mais besogneux, qui n’arrivent pas, malgré leurs réels efforts, à tout mener de front dès la première année. À ce titre, et pour ces élèves-là, cette mesure me semble intéressante.
Sauf que, pour ces élèves-là mais aussi pour d’autres plus désinvoltes, la mesure peut se transformer en une autorisation de préparer le bac en deux ans. Ce n’est pas ainsi que l’on règlera le problème des places dans les lycées, bien au contraire. Il ne me parait pas absurde de penser, connaissant un certain nombre de loustics procrastinateurs en diable, que certains candidats s’offriront une année sabbatique sur les bancs de l’école (c’est chauffé en hiver et la cantine a fait des progrès), sauvant les meubles pour une ou deux matières, estimant qu’ils auront bien le temps (et, espérons, la maturité) d’avoir le bac l’année suivante. Disons-le d’emblée : c’est illusoire. Ces charmants bambins connaîtront un échec cuisant, tandis que leurs amis de la classe poursuivront l’aventure dans le supérieur.
L’échec est aussi ce qui guette les élèves qui loupent le plus fréquemment le bac, à savoir les décrocheurs. Peu motivés par la chose scolaire, ils peinent à venir à tous les cours, oublient que ceux-ci commencent le matin et ne s’achèvent pas dès le repas de midi avalé, négligent la prise de notes et l’étude des leçons. Sans parler de ceux, tout aussi fumistes que les précédents, qui font acte de présence mais n’ouvrent jamais ni classeur ni cahier une fois rentrés chez eux. Pour ceux-là, une deuxième année à la carte sera l’assurance de l’échec.
Dernière limite enfin à cette mesure qui, je le répète, peut avoir par ailleurs des aspects séduisants : les établissements scolaires auront-ils le droit (je l’espère, sinon ce serait un comble) et l’intelligence de dispenser les doublants des cours pour lesquels ils ont eu la moyenne au bac ? si ce n’est pas le cas, nous nous retrouverons avec des armées de touristes dans les classes, qui pourront bien devenir de charmants perturbateurs au fil du temps.

Avant de retourner au maille …

IMG_1214En patois de Bordeaux, le maille, c’est le taf, le boulot. Et, en ce mois de septembre qui ressemble à tous les autres mois de septembre, j’ai parfois l’impression d’être en plongée profonde.
Néanmoins, je me permets d’interrompre mon œuvre visant à éduquer les masses joyeuses, afin de signaler à la blogosphère la mise en ligne d’un minuscule lexique des mots de Bordeaux. On y apprend au passage que les mots « pignouf » et « feignasse » sont d’origine bordelaise. Gavé intéressant, non ?

Photo : Bordeaux, quartier Ste-Croix, il y a quelques jours

Bientôt la retraite

Promis juré, je ne devais pas céder au marronnier du moment, je m’étais interdit de parler de la rentrée. Revenant d’une semaine de vraie vacances, j’envisageais d’alimenter modestement ces pages par quelques images du sud de la France.
Mais bim ! ce matin j’ai appris grâce à une jeune padawan (1) mignonne dans sa naïveté d’ex-étudiante, que ma retraite approchait à grand pas. A moi donc les joies des vacances hors congés scolaires et les cueillettes de champignons en semaine. Avec un coefficient de marée de 114 aujourd’hui, j’ai même envisagé de filer illico titiller la palourde, c’est dire si la jeune dame fut convaincante.
Comment en suis-je arrivée à une telle conclusion ? j’explique de mes doigts gourds tapotant sur un macintosh mal maitrisé. Forcément mal maitrisé vu mon grand âge.
J’entre donc dans l’antre professorale assez tôt ce matin, fonce sur un ordi et l’allume, histoire de vérifier que de vilains lutins n’avaient pas sabordé le réseau pendant l’été. Puis je sors le téléphone pour rédiger un SMS (toujours avec les mêmes doigts gourds et patauds, en tirant la langue comme un enfant qui s’applique pour écrire en cursive).
Et là, la jeune padawan constate : « il n’y a donc pas que les jeunes qui s’y connaissent en informatique ».
Sache donc, chère collègue, que savoir envoyer un SMS et allumer un ordinateur ne montre en rien une maitrise quelconque de l’informatique. Si toi-même tu en es là, prends des leçons et vite : ce sont tes outils de travail. C’était la leçon de morale de la vieille qui, effectivement, jouait déjà du mac alors que tu n’étais même pas née.
Fin de la parenthèse « boulot ». Nous pouvons tous reprendre une vie normale. Si vous êtes sages, mercredi il y aura flamants roses.
Bises à tous et … bonne rentrée !

(1) padawan = prof stagiaire

Le printemps est la saison du tourisme scolaire

Grèce / AthènesEn France, en Grèce, partout : dès que les beaux jours arrivent, les mômes, poussés par leurs profs et par un curieux instinct, jaillissent hors des classes et, telle une envolée de moineaux (ou pire : d’étourneaux) déferlent sur les hauts lieux de notre belle culture.
Contrairement à ce que montre la photo ci-contre, les élèves grecs ne sont que très rarement déguisés en « manif pour tous » : les filles en rose Barbie et les garçons en schtroumpff, c’est même rarissime. Les plus jeunes écoutent le maître ou le guide (ah … ces petits de 4-5 ans ébahis face aux œuvres du musée de l’Acropole …), les pré-ados ont des téléphones portables et s’en servent, les plus grands … comment dire en restant polie …
Les plus grands jaillissent des bus façon volcan éruptif : ça fait du bruit, ça en met partout, ça bouscule, c’est usant. Des hurlements à n’en plus finir, des gosses qui se coursent dans des sites périlleux (on a droit à combien de pertes, dans les écoles grecques ?), que les profs ne parviennent pas à canaliser même en usant et abusant du sifflet. Oui camarade, et peut-être collègue, tu as bien entendu : les profs rameutent leurs troupes au sifflet. En vain mais au sifflet. Mes tympans en vibrent encore.

Voilà pourquoi j’ai fait grève et pourquoi je ne suis pas allée manifester

Les profs, ça râle tout le temps. D’ailleurs c’est pour ça que c’est prof. Et puis c’est toujours en grève : à 100€ de perdu les jours de grève, c’est logique, le prof n’est pas vénal, il fait son job pour l’amour de l’art. Il supporte tes lardons mal dégrossis (je pense à certains élèves de 2de) et il encourage tes bachoteurs stressés pour l’amour de l’art. La préparation des cours, les rencontres avec toi, cher parent d’élève, les réunions prévues juste 48 h à l’avance, les conseils de classe, les corrections de copies, tout ça c’est du bonheur, du gratuit, du loisir. Pour 18-19 h face à des jeunes gens avides d’apprendre … ou pas !
Alors oui, aujourd’hui j’ai tiré ma flemme : lever à 7 h 45 au lieu de 6 h, petit-déj’ tranquille, tout ça pour perdre 100€ de salaire à la fin du mois, pour uniquement 4 heures de cours. Car pour une seule heure de cours manquée, c’est toute la journée plus les primes et congés en proportion qui sautent. Pour réclamer quoi ? la fin de l’austérité. Parce-que mon salaire baisse. Oui. A travail égal, je gagne moins aujourd’hui qu’à la rentrée de septembre. Certifiée en milieu de carrière pourtant.
Mais je n’ai pas manifesté. Non pas par manque de conviction, loin de là. Mais hier il a fallu rattraper,  en après-midi, les cours d’un jour férié imposé : le 15 mai, pour que les veinards qui sont aux 35 heures puissent emmener la marmaille à la mer en faisant le pont. À  un mois du bac, c’est suicidaire. Mais bon. Et cette journée de mercredi m’a eu la peau. Voilà. Aujourd’hui, j’ai récupéré. Et j’ai préparé aussi des cours pour la semaine prochaine, parce-que faut pas déconner : bosser gratis, c’est addictif.

C’était dans le journal … le 24 février 1915

Le 24 février 1915, en dernière page, Le Petit Parisien retranscrit la demande solennelle des enseignants, qui veulent être traités comme les autres hommes de France, à savoir bons pour la guerre, prêts au combat, devant comme les autres en découdre face à l’ennemi.

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En effet, un député socialiste de la Drôme, Jules NADI, qui deviendra maire de Romans-sur-Isère après la guerre, vient de proposer que les instituteurs et les maîtres du secondaire et du supérieur puisse ne pas partir à la guerre, du moins pas au jour J défini par leur grade et leur âge, bénéficiant en cela d’un sursis. Ce sursis sera d’ailleurs appliqué pour d’autres professions en 1915, des ouvriers ayant des compétences particulières (tourneurs, fraiseurs, etc) quittant temporairement la caserne et la tranchée pour l’usine ou pour la mine.
Les enseignants signataires de l’appel à monsieur NADI « entendent faire leur devoir de soldats ». Ils craignent que l’opinion publique leur reproche « une attitude qu’ils n’ont point » et estiment que, quant il faut quitter les élèves, « l’administration peut trouver des intérimaires ». La défense de la patrie avant tout !

Navigation et divagation en temps réel

J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien si je vous ai déjà dit deux mots d’un site que j’apprécie beaucoup : marinetraffic.com. Ce site montre, quasiment en temps réel, la position d’un très grand nombre de bateaux navigant sur notre planète. En pointant sur l’icône d’un bateau, on peut en général connaître son nom et sa destination. Celle-ci pouvant être fort intéressante … (capture d’écran réalisée aujourd’hui même vers 14 h 40) :

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Cela me fait penser à la remarque d’un de mes élèves qui, observant une carte bourrée de flèches dans tous les sens, a dit : « ça part de rien et ça va nulle part ».
Puisque je dévie sur le boulot : c’est bac blanc cette semaine. Normalement élèves sages, concentrés, cerveaux qui fument, doigts endoloris par les pages d’écriture. Normalement. Parce-que parfois, le quidam ose interroger le surveillant de salle, quelle inconscience ! une jeune fille m’a ainsi demandé : « madame, ça se dit tabouisme ? ». La prof, interloquée, n’osa point twitter mais en fut démangée.

Une petite éclaircie

Marcel a bien pu refuser de quitter sa casquette, Bichette a bien pu faire un gros dodo pendant le cours, Esmeralda a bien pu mordre (oui, mordre, à 17 ans et demi) Bozo (qui tentait de lui mettre une tarte), il a bien pu pleuvoir une partie de la nuit et de la matinée, peu importe. Quand l’éclaircie fut venue, que le petit soleil se mit à me chauffer les omoplates, j’ai vu ça :

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Alors Marcel peut bien rester le plus impoli des petits garçons de 15 ans, Bichette peut bien pioncer façon Belle au bois dormant, Esmerlada et Bozo peuvent bien s’étriper, je m’en moque. Monsieur martin sur sa branche effaçait toutes les petites merdouilles du lundi, d’un coup de baguette magique. Celle qui réveillera Bichette ? mais non, c’est vrai, dans le conte, c’est un prince qui réveille l’endormie … faut que je révise mes classiques.

Hommage à Fabienne Terral-Calmès

Ni vous ni moi ne connaissions cette Fabienne-là. Elle avait 34 ans, elle était maîtresse d’école à Albi, dans le Tarn. C’est joli Albi, on se dit que la vie doit y être douce.
Ce matin, dernier jour de classe, aurait du être un moment aussi agréable que les berges du Tarn en ce début d’été. Les enfants, heureux des vacances si proches, n’auraient sans doute pas chanté, car trop ringard, « les cahiers au feu la maîtresse au milieu », sans penser à mal bien sûr. Joyeux, quoi.
Il n’y eut certes aucun feu : l’arme blanche tue sans bruit. Une maman a poignardé Fabienne, l’a tuée net en ce jour d’été.
En allant au boulot le matin, bien peu sont ceux qui pensent ne pas en revenir, qu’il y a un risque. Les pompiers peut-être, les convoyeurs de fonds, les policiers. Mais les enseignants non. Non pas que l’école soit exempte de violence, le métier d’enseignant y étant même, selon une étude dont les médias se sont fait l’écho hier, particulièrement exposé. Mais ce sont le plus souvent des violences verbales, des insultes, pas des mises à mort de sang froid.
La dame qui a tué était, dit-on, déséquilibrée, bonne pour la psychiatrie. Je regrette, pour Fabienne et ses proches, qu’elle n’ait pas été diagnostiquée et traitée plus tôt. Je suis aussi de tout cœur avec les enfants, ses élèves, qui ont vu leur maîtresse s’effondrer sous leurs yeux.

Perliculture

Le collier de perles, c’est parfois le susucre au chienchien, la mini-récompense offerte au correcteur de copies. Quand la perle s’insinue dans un travail par ailleurs correct, ce n’est pas bien grave. Je pense ainsi au candidat qui a donné comme définition de l’autarcie le verbe « s’autodébrouiller ». Il avait pigé, finalement, et il a chopé 11/12 à sa compo. Mais dans la plupart des cas, la perle trahit une réelle incompétence, ce qui est gênant quand on prétend obtenir le sésame qui ouvre la porte de l’enseignement supérieur.
Reprenons donc tout ça, perles mignonnes et bourdes plus gênantes, maintenant que je suis venue à bout d’un paquet moins gros que les autres années. Série ES, donc coefficient 5 au bac, ce qui n’est pas rien. Ce qui pourrait laisser espérer qu’un vrai travail de fond a été effectué par les candidats. Après tout, l’espoir fait vivre …
Cette année, le sujet était pile dans les clous des instructions officielles : le choix entre deux compositions d’histoire qui reprenaient des intitulés de chapitre et un croquis de géographie forcément réalisé en cours, puisque figurant sur la liste des sept croquis obligatoires. Un élève normalement sérieux, ayant étudié ses leçons, ne pouvait que réussir.
Les compositions portaient sur le projet d’une Europe politique depuis 1948 (5% seulement des copies que j’ai eu l’honneur de corriger) et sur la Chine et le monde depuis 1949 (donc toutes les autres). Le croquis de géo devaient mettre en évidence les dynamiques territoriales du Brésil.
Commençons par la géo : c’est la première fois que je vois autant de copies dans lesquelles les candidats ont carrément modifié le sujet, traitant par exemple de la population du Brésil. Beaucoup de candidats n’ont pas fait le croquis, où alors se sont contentés d’indiquer un élément de légende et un seul, bien souvent la forêt amazonienne délicatement coloriée en vert. Voici une belle méthode pour perdre d’emblée 7 ou 8 points !
Le collier de perles n’est pas très fourni. J’ai bien repéré deux localisations bizarres : l’apparition d’un Bilbao sur la carte et Manaus transformé en Paname. Et puis il y eut un élément de légende un peu curieux, annonçant des exportations « vers l’ENA ». Je me permets de supposer que le candidat a pensé à l’ALENA.

En histoire : comme je le disais précédemment, le sujet sur l’Europe n’a pas séduit grand monde. Cette pauvre vieille Europe est décidément bien peu glamour … Une seule perle au collier, donc (l’orthographe a été respectée, comme dans toutes les perles citées) : « En 1948, à Bruxelle, s’ouvre le congrès de La Haye ».

Le gros morceau, avec des perles de toutes les couleurs, fut donc collecté dans les copies traitant de la Chine. Le problème numéro un est lié à l’insuffisante maîtrise de la langue française. Cela peut donner des choses de ce style : « La cohexistance pacifacatrice avec l’URSS contraint à réchauffer les tensions avec les Etats-Unis ». Le Grand Bond en avant devient souvent « le grand bon en avant », un « bon » façon « coupon » et non synonyme de « saut ».  Les contresens et les absurdités deviennent la norme dans certaines copies : « le nationalisme, lui, est à l’ONU ». Cela peut ne pas manquer de poésie (sans pour autant avoir du sens, mais c’est un autre problème) : « la guerre civile qui chevauche le pays ».
La deuxième catégorie de bourdes montre une réelle méconnaissance du cours, celui-ci ayant manifestement été ingurgité à la dernière minute. L’histoire du monde s’en trouve totalement bouleversée : « La Chine se dote de la puissance nucléaire avec les bombes d’Hiroshima Nagasaki » ou « La Chine est sous un régime autoritaire communiste depuis toujours ». La phrase « Des accords ping-pong sont passés entre la Chine et les Etats-Unis » n’est pas mal non plus. Puis-je me permettre de suggérer au candidat de revoir le film Forrest Gump, dont plusieurs scènes illustrent de manière fort compréhensible la diplomatie du ping-pong ?
Pour finir, et nous en resterons là pour aujourd’hui (il faut préparer l’oral, et je m’attends à avoir pas mal de clients !), j’ai remarqué une montée en puissance du langage familier, dont voici un petit exemple : « Mao va remarqué que […] l’ancien dirigeant n’avait pas fait correctement son boulot ». Il se trouve que le candidat non plus n’avait pas fait le sien …

156En conclusion, je suis plus dépitée et déçue qu’amusée. Il y a là une mise en lumière d’incompétences, liées pour la plupart à un réel manque de travail, ce que j’ai constaté chez mes élèves (qui n’ont sans doute pas fait mieux). La paresse s’affiche. Combien de fois cette année ai-je entendu Norbert ou Pétronille justifier leur refus de travailler par des « non mais là je suis trop fatigué(e) » ou des « ah non là j’ai trop la flemme » ?

Cédons au marronier du moment : le bac

« […] Il n’échappe à personne que la machine baccalauréat grince de plus en plus et menace de s’effondrer. Certains s’en réjouissent ; d’autres — dont nous sommes — s’en affligent.
    
Voici une série d’anomalies contre lesquelles proteste le personnel enseignant des lycées et collèges. Mais, le mal est ailleurs aussi : il est principalement dans les programmes pléthoriques, les classes trop nombreuses, l’anarchie des classes secondaires. […]
Une même épreuve […] est tantôt trop difficile, tantôt — ce qui est désavantageux pour les bons candidats — trop facile […]. Il est grave que, parfois, les sujets soient, ici ou là, parvenus avant l’examen à la connaissance de quelques candidats : dans telle académie à l’une des deux sessions, il a fallu les changer à la dernière minute. […] Il y a souvent de grandes différences dans l’appréciation des copies pour une même épreuve. Ainsi, en français, les copies assez bonnes quant au fond, mais émaillées de fautes de langue et d’orthographe, tel examinateur les notera bas, tel autre y mettra la moyenne. […] »

Extrait d’un article paru dans L’Ouest-Eclair le 26 décembre 1929

Sale gosse !

étourneauxP1360396Vous en avez surement croisé, de ces enfants exigeants, qui monopolisent constamment l’attention ? non ? alors faites prof, comme job, et vous allez comprendre ! Des râleurs habitués à être le centre du monde, il y en a entre dix et vingt par classe. Des accros aux biens matériels, des estomacs sur patte !
On pourrait penser que cette attitude est typiquement humaine, il n’en est rien. Regardez l’air arrogant et même hargneux de ce jeune étourneau réclamant pitance auprès du parent qui l’accompagne dans ses premiers ébats hors du nid. De quoi a-t-il l’air, ce roquet à plumes ? Ah, il avait l’air moins fier, quand il a fallu voler : tangage au décollage, et récupération de la première brindille venue pour ne pas se racler sottement le bec sur les gravillons. Il leur faudrait une bonne guerre, tiens !

Photo réalisée aujourd »hui même à Bordeaux

De l’usage d’internet dans la préparation des cours

Me voilà pleine d’ardeur et de courage, ordinateur en piste, afin de chercher une image ad hoc sur le thème de la Renaissance (conjoint à son contemporain l’Humanisme), dans le but d’évaluer les compétences de mes loupiots de seconde, qui ont sué sang et eau sur Rabelais et Leonard de Vinci. Pour faire court, je mijote une interro dans la grande marmite des évaluations trimestrielles, et tape niaisement « humanisme renaissance » dans GoogleImage, au cas où l’inspiration jaillirait. Voilà un des résultats de cette banale requête, avouons qu’elle s’accorde peu avec les savoirs scolaires exigés par le Ministère :

image

Intermède juste avant la nuit

C’est une journée studieuse, cumulant les heures collées à l’ordi pour régler une bonne fois pour toutes et pour les terminales la question de la politique étrangère des Etats-Unis. Une journée où, à deux doigts de mettre le point final à la présidence de Reagan, on se dit qu’il serait bon de voir le soleil avant que celui ci ne se couche. Et hop, direction les quais et le nouveau pont Baba, dont les essais de levage ont commencé. Mais là, le tablier central était en position basse, des ouvriers bossaient encore sur le chantier :

soir P1330403Et puis le ciel est devenu orange, et je me suis retournée pour l’avoir bien dans l’œil :

soir P1330412Enfin il fut rouge vif, rendant presque jolis les ordinairement moches flèches de l’église des Chartrons :

soir P1330416Alors ce fut la nuit et les Etats-Unis gagnèrent la guerre froide par abandon de l’adversaire.

—> à cliquer : une autre photo du même style à l’annexe.

C’est pas gagné !

Les grandes surfaces commencent à installer le rayon « Noël ». L’enfer des chocolats en boites moches, des décos même plus « made in China » parce-que le « made in China » devient trop cher, et surtout des jouets. Avec les bons vieux stéréotypes : poupées et poussettes pour les filles, voitures et jeux de construction pour leurs frangins. Désespérément banal.
Plus grave, les stéréotypes sexistes d’un autre temps sont officiellement enseignés aux enfants de l’école primaire, du moins ceux dont les instits se fient un peu trop aux conseils mis sur internet par le Ministère.
Je découvre ainsi par hasard qu’il existe un Dictionnaire des Ecoliers, dont la seule lecture donne le sentiment que la machine à remonter le temps existe bel et bien et qu’elle nous a ramenés au milieu du XXe siècle.
Le mot « femme » est ainsi défini de la manière suivante : « C’est une maman, une mamie ou une jeune fille. Elle peut porter des bijoux, des jupes et des robes. Elle a de la poitrine ». Voila voila. Toute définition devant s’accompagner d’un exemple, celui qui est choisi ne manque pas non plus de sel : « Miss France est la plus belle femme de France ». C’est la grande gigasse emperlousée porteuse de grands chapeaux qui a du dicter la phrase. Cela dit, l’exemple destiné aux plus grands (CE2, CM1 et CM2) vaut aussi son pesant d’après guerre : « Cette femme va souvent acheter son pain dans la boulangerie de ce village ». Pour nos marmousets urbains, c’est sûr que c’est l’exemple le plus parlant ! Quant au mot « fille », par lequel je voulais poursuivre mon instructive balade, le dico n’en propose aucune définition !

Mise à jour (6 novembre) : l’info, hier, a fait le buzz et mis le bazar. Hier soir, le Ministère a fermé le site. Info à lire sur Rue89. Intéressant tout de même d’apprendre que ces définitions étant en fait celles d’enfants. Belle image bien ringarde que leur transmettent leurs familles !