Des palourdes à l’apéro

accueil P1450671Une petite gourmandise facile à préparer, à réaliser toutefois un peu à l’avance pour que l’ensemble soit bien frais : par les temps chauds qui courent, ça s’impose.
Il s’agit donc de réaliser une petite coupelle apéritive pour 2-3 personnes à base de palourdes fraîches. Si vous n’avez pas la possibilité de les pêcher vous-mêmes, vous pouvez les remplacer par des coques, c’est tout aussi bon quoique plus salé. Les coques d’élevage sont en général à un prix nettement plus abordable que les palourdes, hors de prix pour ce genre de préparation. Il est enfin tout à fait envisageable de réaliser cette recette avec des moules d’assez petite taille.

Sur le plan de travail, il faut :

une trentaine de palourdes fraîches (disons trois douzaines et n’en parlons plus)
une grosse tomate bien mûre ayant du goût (une vraie cœur de bœuf de jardin, c’est l’idéal)
un filet d’huile d’olive
une gousse d’ail
des herbes fraîches (j’ai personnellement choisi dans le jardin serpolet, basilic, origan et ciboulette)
un peu de poivre du moulin
un tout petit peu de vin blanc sec

Procédons, procédons …

  • Cuire les palourdes à feu vif (sur plaque à induction, cliquez sur "booster") à couvert, avec le vin blanc. Remuez en cours de cuisson, mais ne quittez pas la cuisine : dès que les palourdes sont ouvertes, c’est cuit, et ça va très très vite. Il faut immédiatement les retirer du feu, sinon elles deviennent caoutchouteuses. Laissez-les refroidir dans la casserole, il est inutile de se brûler les doigts pour rien.

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  • Pendant que les bébêtes refroidissent, préparez la sauce :
    • pelez et dégermez l’ail puis écrasez la gousse au presse-ail
    • ciselez les herbes
    • pelez la tomate et coupez-la en petits morceaux
    • faites revenir doucement l’ail dans l’huile
    • ajoutez la tomate et les herbes
    • poivrez mais ne salez pas : le jus des coquillages s’en chargera
    • laissez mijoter doucement, il faut que la tomate se transforme presque en coulis
    • ajoutez le jus rendu par les coquillages, mélangez et réservez
  • Décoquillez les palourdes et plongez-les dans la sauce dès que celle-ci est tiède voire froide (une sauce trop chaude les recuiraient, ce serait dommage)
  • Réservez au frais jusqu’à l’heure H. Servez avec un bon vin blanc sec de votre choix (le cépage sémillon peut faire des merveilles si le vigneron connaît son boulot).

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Monsieur Caterpillar va à la pêche

Nous voici donc sur l’estran vaseux-sableux de l’île d’Oléron. Marée basse, coefficient supérieur à 100 : un piège à gogo du feu de dieu (car à cet endroit, camarade, on réalise aussi de très belles pêches avec des coeff ridicules, inférieurs à 50, mais le baignassout’ ne sait pas tout ça). Il y a du monde, mais pas trop : c’est dur de s’arracher de la grasse matinée pour aller se salir les doigts dans la vase. Et pourtant quel plaisir, non seulement de revenir avec un petit panier de coques et palourdes de taille acceptable (c’est-à-dire égale ou supérieure à la maille : 3 cm pour les coques, 4 pour les palourdes), mais aussi de fouiller la vase, de deviner au toucher à quelle bébête correspondaient les deux petits trous dans le sable ou la vase, mais encore de regarder toute la faune vivant dans ce milieu si particulier, des crabes bien sûr, puis des minuscules crevettes, des anémones, des pas identifiés mais jolis quand même.
Globalement, la leçon est maîtrisée : les pêcheurs amateurs y vont à la main, parfois avec un petit outil pour ne pas se faire mal, mais rien de bien offensif. Mais il y a toujours, malgré les conseils donnés notamment par l’association IODDE, des bourrins, des lourdauds, des plus forts que les autres qui labourent la vasière façon agriculture industrielle. Je les surnomme "caterpillar", du nom des engins de chantier, mais "massey-fergusson", ça doit marcher aussi. Et là, samedi, il y en avait un, bien décidé à ne pas lâcher sa bêche avant d’avoir labourer, et donc stériliser son hectare :

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Quel plaisir y trouvait-il ? je l’ignore. Aucun sans doute tant la tâche était mécanique et sans charme. Un coup de bêche bien profond, et il y va vite fait de la main pour choper la palourde, la seule, rescapée d’un mètre carré de binage façon motoculteur. Tout ça pour ça ? Ne se sent-il pas un peu sot, seul stakhanoviste au milieu des gens venus juste se faire plaisir ?

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C’était dans le journal … le 10 juillet 1914

screenshot_03L’achèvement du Canal de Panama est l’occasion, pour Le Petit Parisien qui l’annonce en une, de publier un article hautement patriotique pour ne pas dire franchouillard.
Dès les premières lignes, l’article évoque le "génie français", que les "chefs des Etats, les rois, les empereurs, tous les maîtres du monde" seront invités à constater et à honorer comme il se doit lors de l’inauguration officielle, prévue pour la fin de l’hiver 1915, alors que des navires empruntent déjà le canal. Mais ce sont les Etats-Unis qui invitent, et la France n’y aura pas, déplore Le Petit Parisien, de traitement de faveur, alors qu’elles mériterait "tous les honneurs".
L’article évoque longuement les personnalités de Ferdinand de Lesseps, décédé 20 ans plus tôt , et de son fils Charles, "un vieillard aujourd’hui", concepteurs dudit canal, et, pour ce qui concerne Ferdinand, du canal de Suez à la fin du XIXe siècle. Les allusions au scandale politico-financier de Panama émaillent l’article de bout en bout. Il faut dire que la famille de Lesseps y a plus que trempé, ayant généreusement versé des dessous de table à la presse pour qu’elle étouffe le gouffre financier qu’était le percement du canal, autrement plus complexe techniquement que celui de Suez. Charles de Lesseps n’en est pas moins considéré, comme son père, comme un "grand Français", encore "vert" malgré son grand âge (74 ans). Il répond à l’interview du journaliste, qui tourne exclusivement autour du fameux scandale. Rien donc sur le formidable raccourcissement des distances qu’apporta ce canal, c’est-à-dire ce que nos yeux d’aujourd’hui voient comme l’essentiel.