120 000 € du mètre carré, ça fait cher pour un squat

Et ça faire cher pour Berlin. Pauvre mais sexy, c’était vrai avant, en gros dans les années 2000, mais aujourd’hui ?
Cette somme rondelette, à multiplier par 1250 mètres carrés, correspond à la vente du Tacheles, cet ex-squat berlinois devenu haut lieu de la culture alternative, puis balade obligée pour touristes (dont j’ai fait partie, et avec plaisir).
L’immeuble avait été évacué manu militari en 2012, quelques mois après mon dernier passage dans cette ville, où j’avais pu constater que le combat mené par les derniers artistes était vain. Les banques avaient effectivement gagné (photo prise en avril 2012) :

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Le propriétaire du lieu depuis 1998, un groupe spécialisé dans l’immobilier de luxe, vient de revendre le bâtiment à un fonds d’investissement new-yorkais, qui envisage, sans grande originalité, d’y construire des appartements très chers qui brillent de partout, et des commerces. Et puis aussi un petit truc culturel parce-que bon, c’est quand même Berlin …

Source : site web du Nouvel Observateur, 25 septembre 2014

Collection # 264

De bonnes grosses méduses bien de chez nous
Ile d’Oléron, 20 septembre 2014

méduses

Une jeune anguille qui frétille

anguille Oléron -Château.JPGCela ne se voit certes pas à l’œil nu, mais l’anguillette qui frétille sur cette page vient de faire, à l’état larvaire, un voyage de 6 000 km. Nous savons tous que les voyages forment la jeunesse, mais celui-là est quand même exceptionnel.
Petit rappel des fondamentaux : une fois en âge de batifoler avec un anguille du sexe opposé, madame anguille quitte les eaux estuariennes de l’Europe pour se vautrer dans la fange opaque de la mer des Sargasses, cédant sans doute aux rumeurs des musiques tropicales. Elle y pond des œufs puis meurt (aspirée par le triangle des Bermudes ?).
Les œufs deviennent larves, le Gulf Stream fait le reste, se chargeant du transport de la troupe vers les estuaires européens. Le voyage dure environ cinq mois, pendant lesquelles la larve initiale devient alevin (la civelle de Loire, appelée pibale plus au sud). Puis l’alevin devient jeune poisson, une jeune anguille qui, comme ici, frétille au gré des marées dans un chenal du sud de l’île d’Oléron.

Images : Le Château d’Oléron, 20 septembre 2014

Pour en savoir plus : Encyclopédie Larousse en ligne

C’était pourtant une belle idée …

1En 2010, un projet un peu fou mais prometteur se met en place, celui d’une autoroute maritime reliant le nord de l’Espagne à l’estuaire de la Loire. On frôle le "zéro défaut" : écologiquement plus responsable que les routes terrestres, moins dangereux aussi.
Le navire assurant la liaison régulière entre les deux ports (Gijon dans les Asturies, et Montoir près de St-Nazaire) devait, en théorie, capter une partie du trafic entre la France et l’Espagne.
Le principe était simple : camions et chauffeurs montaient à bord du bateau et faisaient une grande partie du trajet bien peinards au gré des flots. Très vite, une clientèle espagnole et portugaise s’est saisie de l’aubaine, mais pas suffisamment pour que la ligne soit rentable sans aides publiques. Or, ces aides n’avaient pas pour vocation de durer plus de quatre ans. Les quatre ans sont passés.
Même si les utilisateurs ne tarissent pas d’éloges quant à cette autoroute maritime, le Norman Atlantic vient d’effectuer sa dernière traversée. La concurrence de la route, encore moins chère, a eu raison de cette superbe idée. Les usagers de l’autoroute A63, entre Bordeaux et l’Espagne, en savent quelque chose : les camions sont toujours là, cul à cul, en file indienne ininterrompue.

Source : Mer et Marine, 18 septembre 2014

Palmer est passé au bio

J’apprends la chose en feuilletant le Télérama de cette semaine : des châteaux bordelais se lancent dans le bio, plein de châteaux, c’est tout beau tout ce bio. Certes, sur le strict plan du vocabulaire, l’article ne trie que modérément le bon grain de l’ivraie, négligeant de faire le distingo entre bio et biodynamie, … passons …

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Donc Palmer, ce vignoble prestigieux de la commune de Margaux, dans le Médoc, l’archi bien noté chez l’insupportable Parker, l’autrefois plus soucieux de se la péter grave que de la bonne santé de sa grave, le sol caillouteux miraculeux dans lequel pousse la vigne, Palmer, disais-je, ne trouve plus scandaleux qu’il reste des herbes entre les pieds de vigne.
Et ça, c’est une vraie révolution. Enfin, les maîtres du lieu ont compris qu’un sol tout nu était trop vulnérable face aux intempéries, que la pluie, la bonne pluie d’orage sans laquelle l’Aquitaine n’aurait pas un tel charme, cette grosse flotte ravine, dégouline, entraîne tout sur son passage.
Cette mutation vers le bio résulte d’une prise de conscience quant à la nocivité des "saloperies, pesticides, fongicides" et s’appuie sur un vrai travail scientifique, notamment sur la composition des sols, ce qui devrait être le b-a-ba de toute production agricole. A partir de cartes pédologiques (la pédologie, jeune Padawan, est la science des sols), de photos aériennes, de cartes de l’alimentation en eau, etc, les exploitants du domaine ont pu choisir quelle herbe serait la plus adaptée à chaque parcelle.
L’affaire ne fut point facile à mener : pas simple d’imposer un changement des pratiques aux actionnaires qui craignent pour leurs pépettes. Le passage au bio a néanmoins pu se faire en 2010, et il était même déjà en marche en 2009 lorsque j’ai visité le domaine, or je n’ai aucun souvenir que la personne qui nous a reçus y ait fait allusion (la dégustation a lieu après la visite, n’accuse point mon alcoolémie, camarade).
Et voilà donc un prestigieux château qui peut montrer l’exemple aux autres, à ceux qui hésitent, un château où les oiseaux sont revenus et où la terre sent bon.

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Source : Télérama n° 3374, 10 septembre 2014

Photos : Château Palmer à Margaux, juillet 2009