Collection # 227

Zoologie
Redon, décembre 2013

animaux

Les couleurs de l’usine

Suite de la balade à Redon, plus précisément entre le port (un bassin artificiel entre la Vilaine et le canal de Nantes à Brest) et la Vilaine elle-même. A la pointe de ce qui forme une sorte d’île se trouve une friche industrielle, pour partie occupée après importants travaux par un cinéma et par le musée de la batellerie (localisation), mais l’essentiel du site tombe en ruine et est devenu le terrain de jeu de tagueurs et graffeurs de bon niveau :

usineP1410756

Au XIXe siècle, un certain monsieur GARNIER installa à cet endroit l’usine qui porte son nom. Chez Garnier, qui employa jusqu’à 10% de la population redonaise, on fabriquait du matériel agricole : hache-paille, pressoir à pommes,  etc. L’usine sortit sa première moissoneuse-batteuse en 1937. Après la IIe Guerre mondiale, l’usine étend ses activités et s’unit avec une fonderie locale pour établir des filiales jusqu’en Indre-et-Loire. La prospérité semble immuable, et l’usine Garnier exporte ses machines jusqu’en Afrique du Nord et en Amérique Latine. Elle s’agrandit même au début des années 1960, mais sans suffisamment moderniser les procédés de fabrication ni palier la vétusté des machine. Dès la fin des années 1960, les usines Garnier n’innovent plus et semblent se reposer sur leurs lauriers : le dépôt de bilan intervient en 1970. Les tentatives de redressement restent vaines, et l’usine ferme définitivement en 1980.

à cliquer :

De la Louisiane à la Bretagne, il n’y a qu’un fil

Street art à Redon, Ille-et-Vilaine. Le bâtiment, qui abrite aujourd’hui le musée de la batellerie, est une ancienne usine. Sur trois de ses côtés, des artistes, des vrais, ont laissé leur marque. Parmi les œuvres se trouve une carte, un beau planisphère un peu à l’ancienne, du moins de loin :

entier P1410777

vertical  P1410779En s’approchant, on remarque que ce que l’on pouvait prendre pour des mers ou des lacs est en fait un ensemble de colombes de la paix peintes aux couleurs de l’eau (ou du ciel ?).
Une jeune femme peu vêtue étend son linge sur un fil, mais le linge dessine lui aussi les fameuses colombes, et sur le fil, des gens marchent en direction de l’océan, cap à l’ouest.

détail 1 P1410778

détail 2 P1410781

D’autres personnes, plus nombreuses, marchent aussi sur le fil, cette fois au départ de l’Amérique. Deux noms sur la carte : Louisiana et Bretagne.

fil P1410781Les couleurs, très douces, inspirent autant le calme et la paix que les dessins choisis. C’est une fresque apaisante, douce, intelligente, pile ce qu’il faut pour commencer l’année.

Le héros du port

C’est un valeureux combattant de l’US Army. Un costaud assez malin portant le numéro matricule ST 732 :

L’Attis est un remorqueur. Enfin, « était ». Vaut mieux en parler au passé, car, depuis le temps que je le connais (en gros, la première moitié des années 1990), il ne fait que s’abîmer chaque jour un peu plus. Il a perdu une bonne partie de ses couleurs, la rouille lui a rogné les flancs et le reste. L’Attis devient inexorablement épave, même si une affiche aux couleurs de la France raconte son histoire et son sauvetage annoncé, en clair sa mise au repos (qui ressemble à une mise au rebut, c’est ce que ça doit coûter  bonbon de refaire naviguer un rafiot pareil) dans le port de Redon (Ille-et-Vilaine) que les autochtones nomment simplement « le bassin » (ce port est en fait un petit bras de Vilaine canalisée, qui rejoint là le Canal de Nantes à Brest, c’est très joli, vous devriez y faire un tour).

Un héros, disais-je en titre de cette note : ce remorqueur, sorti des chantiers navals de Houston en 1944, a participé au débarquement de Normandie, en particulier à la construction du port artificiel d’Arromanches avec 67 autres remorqueurs dans son genre. C’est bizarrement en Belgique qu’il a été cédé à la France en 1950 ; un internaute a même retrouvé son acte de francisation (cliquez ici). Il prend alors le nom de « Furet » et part faire son boulot de remorqueur en Algérie, alors sous domination française. Il est revendu quelques années plus tard et prend le nom qui est le sien aujourd’hui (Attis). Gagné par la limite d’âge, il est mis à la retraite en 1992 et promis à la destruction, mais un amoureux de la mer a décidé de le sauver et l’a planqué dans ce port de Bretagne sud.

Balade réalisée le 2 janvier 2010.