Comme s’il avait neigé

Comme partout en France depuis quelques jours, un froid glacial et perçant s’est abattu sur la Charente-Maritime. Un beau froid sec, sans le moindre flocon de neige. Et pourtant, Sud-Ouest a récemment montré de biens jolies photos de paysages quasi-enneigés, du moins en apparence : sur l’île de Ré, puis sur une des plages de Fouras.
Sur l’île d’Oléron, les chenaux sont plus ou moins pris par la glace, et la douve qui entoure la citadelle du Château d’Oléron l’est aussi. Au plus près du rivage, là où la pente est très douce, la mer a légèrement gelé (il suffit de -2°C pour cela), et ce phénomène, identique à celui qui forme les banquises, donne l’impression qu’il a neigé sur le sable, or il n’en est rien : c’est juste la marée qui a apporté la glace sur la plage.

Carte postale [2]

Jouons un peu … en remontant au XXe siècle. J’ai ressorti du placard des photos argentiques, du temps où on ne pouvait pas raisonnablement faire plus de 36 photos le même jour (sauf à vouloir y laisser un SMIC) et où il fallait attendre au moins 48 heures avant de voir le résultat.
Profitons donc de cette deuxième carte postale pour faire un petit jeu. Cette photo date du printemps 1994. Où a-t-elle été prise ?

photoLa réponse : île de Ré

L’Afrique a coulé au large de l’île de Ré

Pt Parisien 13:1« L’Afrique », c’est le Titanic français : un joli paquebot dont l’histoire s’achève tragiquement, à ceci près que la tragédie de L’Afrique a été beaucoup moins médiatisée et est aujourd’hui beaucoup moins connue que celle du Titanic. Ce naufrage a récemment fait l’objet d’un documentaire réalisé par Michel PITIOT (Mémoires de l’Afrique, 2012), mais je n’ai pas eu l’occasion de le voir.
L’Afrique est un paquebot de 119 m de long, transportant aussi bien des passagers que des marchandises entre Bordeaux et Dakar. Ce navire a par ailleurs été utilisé pour amener des soldats coloniaux en France lors de la Première Guerre mondiale. Il est sorti d’un chantier anglais en 1907, et, lors de son naufrage en janvier 1920, il est commandé par Antoine LE DÛ, un marin expérimenté qui navigue depuis plus de 25 ans.
Le 9 janvier 1920 en début de soirée, L’Afrique quitte le port de Bordeaux avec 599 personnes à bord, dont 135 membres d’équipage et 192 tirailleurs sénégalais (les chiffres exacts n’ont été connus que bien après le naufrage). Les passagers, trop nombreux par rapport à la capacité d’accueil du bateau, s’entassent dans les cabines. Les conditions météo sont très médiocres, ce qui n’a rien de surprenant en plein hiver, et surtout le bateau connaît des problèmes techniques avant même sa sortie de l’estuaire de la Gironde.
Pt Parisien 14:1Le bateau quitte l’estuaire de la Gironde le 10 janvier. La mer est formée, et les problèmes techniques ne sont pas résolus : de l’eau s’infiltre dans la cale, obligeant le commandant à réduire la vitesse de son navire. Conséquence de négligences dans l’entretien du bateau, les pompes se bouchent et ne peuvent plus remplir leur fonction. Dans la nuit, la mer se creuse, il fait un froid de loup, beaucoup de passagers ont le mal de mer. On leur donne des médicaments, qui ont pour effet de les sonner et donc de les rendre peu réactifs face aux événements.
Constatant son impuissance face aux avaries, le commandant décide de faire route vers La Pallice, où il compte mette navire et passagers à l’abri. La manœuvre ne se déroule pas comme prévu : le bateau ne parvient pas à virer. Le 11 janvier au matin, L’Afrique demande de l’aide. Les remorqueurs de la Marine Nationale chargés de l’opération ne dépassent pas l’île d’Aix : ce ne sont pas des remorqueurs de haute-mer. Seul un autre paquebot, Le Ceylan, parvient à s’approcher de L’Afrique, mais il échoue dans sa tentative de le prendre en remorque. Les moteurs de L’Afrique tombent en panne les uns après les autres, le navire est balloté au gré des courants et des vagues.
Dans la nuit du 12 au 13 janvier, le navire dérive entre l’île de Ré et Les Sables d’Olonne. Le commandant ordonne l’évacuation du bateau et fait mettre les canots de sauvetage à l’eau. Tandis que l’équipage s’embarque, les passagers prient. Oui, prient. Il y a à bord 17 missionnaires, qui confondent sauvetage et salut. Je rappelle que, grâce aux petits médicaments qui font planer en ôtant le mal de mer et aussi peut-être en raison du manque de sommeil, les passagers ne sont pas d’une grande lucidité. L’Afrique coule en quelques minutes sur le coup de 3 heures du matin.
Pt Journal 13:1Le bilan est lourd : 34 hommes seulement réchappent du naufrage (aucune femme, or il y avait des familles entières à bord), dont 33 membres d’équipage. Cette catastrophe sert néanmoins de leçon puisqu’elle permet de mettre en place l’organisation des secours dès 1920 : quatre remorqueurs de haute-mer sont dès lors en permanence prêts à partir depuis Brest, Saint-Nazaire, Le Verdon et Marseille, cette organisation restant à peu près en place jusqu’au début de la Deuxième Guerre mondiale.

à cliquer :

illustrations :

  • extraits des unes du Petit Parisien et du Petit Journal des 13 et 14 janvier 1920

What’s new ? [mercredi 29 septembre 2010, 15 h 00]

  • La terre a tremblé. Sur Oléron-petitpatapon, et puis aussi un peu sur l’île de Ré, secousse ressentie jusque dans le Maine-et-Loire. Rien de grave, même pas peur, même pas mal. Juste un moyen de rappeler que géologiquement les îles charentaises se trouvent à l’extrême sud du Massif Armoricain, et que donc l’activité sismique, sans faire la une des journaux, n’y est pas nulle : séisme modéré près de l’île d’Oléron, pas de dégâts (Le Parisien).
  • Tableau de la France moyenne : ils vivent avec 1 580€ par mois (Rue89).
  • C’est un phénomène de balancement des courants marins bien connu, qui amène tantôt la sécheresse tantôt trop de pluie. Quand El Niño cesse d’agir, La Niña noie le nord de l’Amérique latine (La Croix), d’où glissement de terrain meurtrier au Mexique et en Colombie.

What’s new ? [lundi 30 août 2010, 14 h 00]

What’s new ? [jeudi 19 août 2010, 8 h 20]

  • Les désagréments de la vie quotidienne dans une ville touristique, en l’occurrence espagnole : Au secours, les touristes reviennent (article un peu caricatural mais très drôle, dans CaféBabel).
  • Progrès technique ? Rouler sans conduire (Slate).
  • Premier festival de jazz qui démarre sous de bons auspices : L’île de Ré hantée par Nougaro (Le Monde). A écouter : la chanson Ile de Ré (avec la souris, descendez vers le bas de la fenêtre et cliquez sur une flèche désignant la version du titre que vous voulez écouter).

—> Illustration : des touristes à New York, emballés sous plastique parce-que quelques gouttes de pluie commencent à tomber.

Le double-phare encore debout, mais le sémaphore …

Les suites de la tempête Xynthia n’en finissent pas de tirer à la ligne dans Sud-Ouest, qui, du coup, parle presque un peu moins de foot. Aujourd’hui, c’est le sémaphore de l’île de Ré qui est à l’honneur (lien vers l’article), sémaphore pour lequel il faut se « bouger le cul », je me permets ainsi de rétablir la citation d’origine, le journaliste ayant préféré, pour « la bonne moralité », remplacer la désignation commune du fessier par le trop mignon « popotin », c’est normal, y’a des enfants qui lisent le journal.
Trêve d’exégèse à deux balles, venons-en aux faits : nous avions donc, avant la satanée tempête, un phare qui menaçait de partir à l’eau, celui de l’île d’Aix (ancienne note sur le sujet). Une semaine après la tempête, il était encore debout sur ses deux pattes (puisque c’est un double phare), on voyait très bien tout ça depuis la plage des Saumonards sur l’île d’Oléron :

Par contre, le sémaphore de Ré tangue et vacille. La dune proche a reculé de 10 mètres dans la nuit du 27 au 28 février, fragilisant les bases de l’édifice déjà fort ancien (construction datant du milieu du XIXe siècle).  Le maire de la commune où se trouve le sémaphore craint que le bâtiment dégringole dans l’océan aux prochaines grandes marées de l’équinoxe de printemps (coefficients supérieurs à 100 du 29 mars au 1er avril). Et donc, plein d’énergie, il a obtenu des services de l’Etat un enrochement express de la dune, qui devrait être effectuer prochainement. Sous peu. Bientôt. Enfin, un jour.