What’s new ? [jeudi 4 mars 2010, 16 h 45]

Requiem pour une perche

Dans mes débuts de vie bloguesque, j’avais dressé un petit compte-rendu d’un film qui m’avait scotchée dans le fauteuil rouge de l’Utopia : Le cauchemar de Darwin. La perche du Nil, poisson arrivé dans le lac Victoria grâce aux mauvais soins de l’homme dans les années 1950, se retrouvait non seulement sur le banc du poissonnier, sa place habituelle, mais aussi au ban des groupes écolo de tout poil, qui voyaient en elle, à plus ou moins juste titre, la cause de tous les malheurs des riverains du lac. Il est vrai que l’introduction de l’animal a aboutit à la destruction d’espèces endémiques, et que sa pêche, quasi-miraculeuse, a attiré une population toujours plus nombreuse, à la recherche bien compréhensible d’un job un tant soit peu rémunérateur. S’ensuivit la classique pression sur les écosystèmes et, à terme, la pression sur les humains eux-mêmes.
Le film était sans nuance, l’effet immédiat : plus jamais de ce poisson dans mon assiette, et pas seulement parce-qu’il a fait beaucoup trop de kilomètres pour venir me titiller de ses arrêtes.
L’affaire rebondit aujourd’hui : de criminelle par destination, la perche du Nil devient victime. Un article du Monde pointe du doigt la baisse franche des effectifs de la perche dans le lac Victoria, en lien direct avec la surpêche. Il y aurait environ deux fois moins de poissons dans le lac aujourd’hui qu’en 2006, et les perches capturées sont près de deux fois plus petites qu’il y a trois ans. En clair, on pêche de plus en plus de juvéniles, qui n’ont pas eu le temps de se reproduire. La menace d’une disparition ou du moins d’une raréfaction dramatique de l’espèce dans le lac pèse donc à court terme, et de ce fait menace directement la survie des deux millions de personnes qui dépendent, directement ou non, de cette activité. Les autres espèces présentes dans le lac ne pourront pas supplanter la perche quand celle-ci aura disparu. Il est donc temps, après lui avoir cassé du sucre sur les écailles, de sauver la perche afin de sauver les habitants des trois pays riverains du lac. Trois Etats chargés de mener la barque : l’affaire ne sera pas simple …