Roubaix, cité tauromachique

C’est une affiche dénichée par hasard qui a récemment attiré mon attention : cliquez ici pour voir de quoi il retourne.
Nous sommes à Roubaix à la toute fin du XIXe siècle, donc dans une région fort éloignée des traditions tauromachiques, celles-ci étant davantage l’apanage du sud du pays, en particulier d’une partie du sud-ouest. Mais à la fin du XIXe siècle, la mode est aux espagnolades, celle-ci dépassant le cadre folklorique un peu cucul de la paella dominicale et des castagnettes. Les Roubaisiens se prennent de passion pour le pack « Espagne » complet, donc avec corrida. C’est ainsi que des taureaux et des toréros guerroient dans un torodrome à partir de 1899, ledit torodrome ayant été construit tout exprès pour ce nouveau loisir, six ans après le début des premiers combats. Des toreros et matadors, et parmi les meilleurs, font le déplacement depuis l’Espagne pour assurer le spectacle devant une foule particulièrement nombreuse : le torodrome pouvait accueillir jusqu’à 10 000 spectateurs.
Néanmoins, ce passe-temps sanglant attira de vives critiques de la part d’une frange non négligeable de la population : en 1904, le torodrome est détruit, mais les combats continuent jusqu’à la veille de la Grande Guerre, la dernière lutte ayant lieu le lundi 15 juin 1914 dans le vélodrome de la ville.

Sources : Archives Départementales du Nord et Bibliothèque Numérique de Roubaix

Echos locaux (mardi 29 mars 2016)

  • Des œuvres du peintre bordelais Albert Marquet sont actuellement exposées au Musée d’art moderne de la ville de Paris. C’est un journal normand qui en parle (La Manche Libre).
  • La chalarose est un champignon très destructeur qui s’attaque aux frênes, à tel point que ceux-ci risquent purement et simplement de disparaître. Le champignon ravageur, parti du nord de l’Europe (premiers cas en Pologne et en Lituanie en 1992), est arrivé en France en 2008 (premier cas en Haute-Saône). Pour l’instant cantonné à un grand quart nord-est du pays, il poursuit sa progression vers le sud et l’ouest (Ouest-France).
  • Les réfugiés arrivent vaille que vaille de Syrie. Avec les beaux jours, on sait qu’ils vont être encore plus nombreux à fuir l’enfer absolu pour un autre enfer, celui imposé par les passeurs. Et pour quoi au bout du compte ? la Méditerranée comme tombeau, l’Europe comme muraille ?  Et quand tout cela est franchi, finalement, que l’Angleterre rêvée semble à portée de main, on tente le tout pour le tout, jusqu’à se cacher sous les essieux d’une remorque de camion. Et d’être écrasé (Nord Littoral). Quand on est prêt à prendre autant de risques pour sauver sa peau d’une guerre qui n’en finit pas, qu’on n’aille surtout pas me dire que c’est pour toucher les alloc’ ou pour se dorer la pilule sur le dos du contribuable, ça pourrait me mettre très en colère.

Pas touche à mon hortensia

pas touche à mon hortensiaL’affaire avait un peu (un tout petit peu) agité les médias au printemps 2013 : de jeunes (et moins jeunes) Bavarois voleraient des hortensias afin de les fumer. Personnellement, je n’ai rien fumé du tout, pas même la moquette : l’histoire est vraie, narrée par tout plein de sites web très sérieux, genre Nouvel Obs’.
L’affaire revient sur le tapis actuellement, et en France : c’est ce qu’on pouvait lire dans La Voix du Nord à la mi-janvier.
Dans quel but une telle fumette ? avoir les mêmes sensations qu’avec le cannabis, sans risquer de se faire choper la main dans le sac du dealer (mais risquer un coup de canne de mémé furax de voir ses fleurs saccagées, ça devrait quand même faire réfléchir). En effet, l’hortensia fait partie de ses plantes qui sont aussi des poisons, comme le laurier rose ou le muguet. A ceci près qu’avant la case « décès », l’hortensia fait voir des éléphants roses, même si c’est un hortensia bleu.
L’hortensia qui illustre cette note est celui de mon jardin, pris en photo au printemps 2012. C’est un petit jeune tout mignon, j’y tiens beaucoup. Sache ainsi, camarade junky qui se serait égaré ici, que les toxines présentes dans l’hortensia séché sont les mêmes que dans le zyklon-B, ce gaz létal qu’utilisaient les nazis dans les chambres à gaz. Il tue très vite. La mort est provoquée par étouffement. A bon entendeur …

Combat syndical sur le parvis de l’église

1er mai P1400726A proximité des églises se trouvent souvent d’autres monuments religieux, des cimetières, des monuments aux morts. La présence d’un monument commémorant les luttes syndicales, c’est plus rare.
Et pourtant, cela existe dans les Landes, dans la commune de St-Paul-les-Dax. C’est un monument modeste, une simple plaque fixée sur des rondins de bois. Il se situe sur la place d’une très jolie église médiévale, dont j’aurais peut-être l’occasion de parler si je parviens à venir à bout des copies empilées sur mon bureau, mais ceci est une autre histoire.
L’histoire dont il est ici en revanche question est celle des luttes ouvrières qui ont abouti, entre autres, à la reconnaissance officielle d’un jour légalement chômé, à savoir le 1er mai. En 1991, des organisations syndicales ont ainsi, par ce simple monument, commémoré le 100e anniversaire du 1er mai 1891, qui a finit dans un bain de sang à Fourmies, dans le Nord. Fourmies est alors une ville ouvrière, les 37 filatures de la commune employant une main d’œuvre nombreuse. C’est une ville moderne : tramway, deux lignes de chemin de fer, plusieurs groupes scolaires, téléphone, …
Le 1er mai 1891, à Fourmies, les ouvriers manifestent calmement. L’armée charge, équipée de beaux fusils tout neufs (les Lebel, qui seront aussi employés en 1914). La fusillade fait 10 morts, dont 8 mineurs (la majorité était alors fixée à 21 ans). Peu de temps après, Jean Jaurès lui-même se rend sur place pour rendre hommage aux fusillés. La fusillade de Fourmies apparaît comme un des événements fondateurs du mouvement ouvrier en France.

1er mai P1400725

C’était dans le journal … le 26 novembre 1913

cafusAlors que les mines du Nord et du Pas-de-Calais produisent les deux tiers du charbon français à la veille de la Grande Guerre, un mouvement de grève éclate en 1913. Lors de la reprise du travail, le quotidien L’Humanité consacre un article aux femmes qui travaillent dans les mines : les cafus (carte postale ci-contre).
Le terme « cafus » désigne la toile avec laquelle les femmes protègent leurs cheveux des poussière de charbon. Depuis qu’elles n’ont plus le droit de descendre au fond de la mine, les femmes effectuent des travaux en surface, qui n’en sont pas pour autant beaucoup moins pénibles.
L’article de L’Humanité décrit dans un premier temps les tâches qu’effectuent les cafus : « ce sont des femmes de peine », qui transportent des sacs de charbon et qui trient le charbon de la vulgaire terre qui y est naturellement mêlée, et ce dès l’âge de 13 ans, qui marquait à l’époque la fin de la scolarité obligatoire. S’ensuit une description de la mine façon Zola, avec des détails très précis ; d’ailleurs, dès son titre, l’article évoque Germinal, rappelant notamment que l’espérance de vie de ces femmes est brève tant les travaux sont durs : « Beaucoup meurent vers la trentaine. Mais leurs petites sœurs sont là qui les remplacent ».
Le travail doit aller vite, sans perte de temps, car la rémunération se fait « à la tâche » : 60 centimes par wagon de houille vidé. La journée effective de travail dure 10 heures, auxquelles s’ajoutent une pause le matin et une à midi. Au final, les cafus les plus efficaces peuvent espérer empocher 2 francs par jour. N’étant regroupées dans aucun syndicat, « elles doivent […] accepter toutes les conditions de travail que leur impose leur employeur ».
Ces femmes ne choisissent pas ce métier : il n’y en a pas d’autre dans la région, c’est tout. Et puis il y a beaucoup de bouches à nourrir dans les familles.
L’article est, on l’a compris, très sombre. Et pourtant, ijournall insiste aussi sur la gaieté de ces très jeunes femmes, leur souci de la coquetterie malgré le charbon qui noircit tout et s’infiltre. Le rire, le jeu même, ponctuent tant bien que mal les journées dès que « leurs surveillants — auxquels les gros bâtons qu’ils portent donnent des allures de garde-chiourme — tournaient le dos ».

Gaz de schiste : le combat n’est pas encore gagné

Je me permets de penser que tout le monde a compris à quel point l’exploitation du gaz de schiste était dangereuse. Pas le temps de revenir sur la technique de la fracturation hydraulique, qui ne fait pas couler que de l’encre. La petite victoire récemment obtenue ne doit pas être la branchette qui masque la forêt : certes, trois permis majeurs et symboliques ont été abrogés (dont le permis de Nant, en plein Larzac), mais il en reste 61 sur le sol français métropolitain, qu’il faut aussi annuler. Ce n’est donc pas un hasard si Yves COCHET a parlé, à propos de l’abrogation des trois permis les plus médiatiques, de « coup politique », ni si Jean-Marc AYRAULT a réclamé, comme bien d’autres politiques, l’interdiction totale de la prospection. En effet, on sait très bien que si celle-ci s’avère positive, les intérêts financiers en jeux seront trop forts face à une opposition politique pour empêcher l’exploitation. Il suffira de faire miroiter quelques créations d’emplois (là aussi, poudre aux yeux) pour que l’affaire soit pliée.
Parmi les 61 permis toujours d’actualité, deux permis importants se trouvent dans la région de Valenciennes et en Picardie. Certes, la technique de la fracturation hydraulique est théoriquement interdite, mais, à ce jour, les groupes pétroliers détenteurs des permis n’ont pas proposé d’autre technique. Dans le Valenciennois, cette technique mettrait pourtant en péril 80% de l’eau potable fournie à la population.
En Aquitaine, même refrain. Le plus vaste permis de France n’a pas été abrogé, lui : c’est celui de Beaumont-sur-Lomagne (plus de 10 000 km2), qui touche la partie Est du Lot-et-Garonne. La région est aussi touchée par un projet espagnol. Le gouvernement espagnol voit dans ce gaz non-conventionnel un moyen de régler certains problèmes financiers liés à la crise : par ici les pépettes, l’argent n’a pas d’odeur ! Cette prospection doit avoir lieu de l’autre côté des Pyrénées, au Pays Basque, afin de permettre une mise en exploitation dès 2012. Il faut dire que la réserve semble prometteuse : 5 fois la consommation annuelle de l’Espagne tout entière. Mais à quel prix pour les hommes qui vivent sur place ?

—> Sources :

What’s new ? [jeudi 9 septembre 2010, 8 h 40]

  • La ville a besoin de l’agriculture, et la disparition des zones maraîchères urbaines pose de réels problèmes : environnementaux, bien sûr, mais aussi d’approvisionnement, car la demande en légumes ne faiblit pas, au contraire. D’où l’intérêt de ce court article de La Voix du Nord, qui part de l’exemple de la région lilloise : les agriculteurs entrepreneurs, gardiens de la ruralité dans l’urbain.
  • Si les zozios étaient plus gros, on pourrait penser à un remake toulousain du film d’Hitchcock, mais ils sont juste nombreux et font caca partout : les étourneaux envahissent la ville rose (La Dépêche).
  • Connaissez-vous le phragmite aquatique ? c’est un minuscule oiseau migrateur, mais c’est surtout une espèce menacée (banal …), qui a l’habitude de se poser dans le superbe marais de Brière, près de Saint-Nazaire : un petit volatile à protéger (Presse-Océan).

—> Illustration : bidouillage d’après le tableau de Jan VAN KESSEL, L’arbre aux oiseaux, 17e siècle.