Collection # 380

Océan
Gironde et Charente-Maritime, hiver 2016-2017

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Le village de Bages

Sur la commune de Pauillac, dans le Médoc, il y avait autrefois un hameau viticole du nom de Bages. Au milieu des années 2000, le nouveau propriétaire de château Lynch-Bages se lance dans la restauration dudit hameau. C’est tout beau tout propre, avec un petit air « années 50 » et de jolis commerces. Un endroit reposant en ces temps agités, même si le côté artificiel façon décor pour film de Jean-Pierre Jeunet (période « Amélie Poulain »)  est un peu trop marqué.

Palmer est passé au bio

J’apprends la chose en feuilletant le Télérama de cette semaine : des châteaux bordelais se lancent dans le bio, plein de châteaux, c’est tout beau tout ce bio. Certes, sur le strict plan du vocabulaire, l’article ne trie que modérément le bon grain de l’ivraie, négligeant de faire le distingo entre bio et biodynamie, … passons …

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Donc Palmer, ce vignoble prestigieux de la commune de Margaux, dans le Médoc, l’archi bien noté chez l’insupportable Parker, l’autrefois plus soucieux de se la péter grave que de la bonne santé de sa grave, le sol caillouteux miraculeux dans lequel pousse la vigne, Palmer, disais-je, ne trouve plus scandaleux qu’il reste des herbes entre les pieds de vigne.
Et ça, c’est une vraie révolution. Enfin, les maîtres du lieu ont compris qu’un sol tout nu était trop vulnérable face aux intempéries, que la pluie, la bonne pluie d’orage sans laquelle l’Aquitaine n’aurait pas un tel charme, cette grosse flotte ravine, dégouline, entraîne tout sur son passage.
Cette mutation vers le bio résulte d’une prise de conscience quant à la nocivité des « saloperies, pesticides, fongicides » et s’appuie sur un vrai travail scientifique, notamment sur la composition des sols, ce qui devrait être le b-a-ba de toute production agricole. A partir de cartes pédologiques (la pédologie, jeune Padawan, est la science des sols), de photos aériennes, de cartes de l’alimentation en eau, etc, les exploitants du domaine ont pu choisir quelle herbe serait la plus adaptée à chaque parcelle.
L’affaire ne fut point facile à mener : pas simple d’imposer un changement des pratiques aux actionnaires qui craignent pour leurs pépettes. Le passage au bio a néanmoins pu se faire en 2010, et il était même déjà en marche en 2009 lorsque j’ai visité le domaine, or je n’ai aucun souvenir que la personne qui nous a reçus y ait fait allusion (la dégustation a lieu après la visite, n’accuse point mon alcoolémie, camarade).
Et voilà donc un prestigieux château qui peut montrer l’exemple aux autres, à ceux qui hésitent, un château où les oiseaux sont revenus et où la terre sent bon.

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Source : Télérama n° 3374, 10 septembre 2014

Photos : Château Palmer à Margaux, juillet 2009

La Chine et les vins de Bordeaux

loudenneP4120005La Chine n’est pas par tradition un pays de buveurs de vins. Il a donc fallu y ouvrir le marché, séduire, apprendre à la population à boire le divin breuvage autrement que cul-sec, et cela a marché, puisque la Chine est aujourd’hui le 5e pays consommateur de vin au monde. 10% des vins de Bordeaux sont aujourd’hui exportés vers la Chine, qui, par mode peut-être, semble attirée par les goûts occidentaux : le vin depuis les années 2000, le fromage aujourd’hui, la charcuterie demain (lire à ce sujet un article de La Voix du Nord sur la vente de fromages français en Chine, et un autre du Point sur la charcuterie).
Tous les vins ne plaisent pas à la clientèle chinoise : des traditions encore bien ancrées les freinent vis-à-vis des blancs, ceux-ci étant réellement de couleur jaune. Le blanc est la couleur du deuil, le jaune celle de la pornographie : des couleurs invendables. D’où une préférence marquée pour le vin rouge, couleur du bonheur, et plus encore pour les Bordeaux.
Du coup, des investisseurs chinois se sont lancés dans l’achat de vignobles en Gironde, n’hésitant pas à embaucher des œnologues réputés pour assurer une qualité optimale (et un prix de vente en rapport). Ces opérations sont aussi des opérations immobilières, les acheteurs chinois plaçant ainsi classiquement leurs yuans dans la pierre, mais s’offrant aussi une bâtisse de prestige pour épater la galerie, voire pour accueillir des touristes chinois dans le vrai luxe à la française. C’est un peu dans cet esprit qu’un industriel chinois, spécialisé dans les alcools, devrait devenir le nouveau propriétaire du Château Loudenne d’ici quelques jours : de très jolis vins issus de vignes plantées sur les bords de la Gironde, dans le Médoc, mais aussi une magnifique maison rose, voilà ce qui peut expliquer l’engouement chinois pour ce superbe domaine (photo ci-dessous).

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à cliquer :

Photos réalisées au Château Loudenne en avril 2008.

Pauillac, ce n’est pas que du vin

Je ne t’apprends rien, cher ami, cher lecteur, en te disant que Pauillac se situe dans le Médoc, haut lieu « qui se la pète » en matière de pinard à très cher la bouteille (ou pas). Ou alors, cher ami, cher lecteur, c’est que tu vis dans une grotte.
Soyons francs, à part traverser des kilomètres et des kilomètres de vignes, avant d’arriver à Pauillac, on ne voit rien. Et même une fois à bon port, c’est une bouteille qui accueille le marin et le passant, c’est dire à quel point le vin tient de la monomanie :


Donc que faire en ce lieu quand on n’a pas l’envie pinardière, parce-que vivre à Bordeaux n’est pas synonyme de dégustations quotidiennes ni de pochtronage systématique. On peut juste avoir envie de prendre l’air sur les bords de l’estuaire, ça change de la mer. Et ce jour-là, c’était samedi dernier, nous cherchions le soleil qui, le bougre, s’était réfugié au nord du 45e parallèle. D’où Pauillac, où une mouette posa pour la photo, histoire de nous souhaiter la bienvenue :


Les quais, classiques mais pas bien longs, font ressembler Pauillac à toutes les petites villes de l’estuaire de la Gironde :


Mais en marchant assez longtemps, parfois au bord de la route, nous arrivons à distinguer, derrière les hautes herbes, un bateau qui apporte ici-même les morceaux d’A380 afin de les décharger sur les barges afin qu’ils poursuivent leur route vers Toulouse, lieu du montage final :

Une idée dans le vent

Il est souvent reproché aux éoliennes de faire un boucan d’enfer et de faire moche dans le paysage. Pour le boucan, c’est peut-être vrai, mais les champs de moulins à vent que je connais sont loin de toute habitation. Quant à l’esthétique, je ne vois pas où est le problème, je trouve même que c’est plutôt joli. Moi qui ai l’habitude d’emprunter une des autoroutes les plus monotones du pays, l’A83 entre Niort et Nantes, je vous promets que les éoliennes font une jolie diversion dans un paysage où il n’y a rigoureusement rien à voir, sauf à considérer comme bouleversant d’originalité une usine de quadricycles à moteur (nom légal des voiturettes) ou une fabrique de brioches pâteuses.
Néanmoins, le vent ne donne son maximum qu’en mer, là où rien ne ralentit sa course, d’où les projets de parcs éoliens off-shore, plus complexes à mettre en œuvre techniquement mais plus productifs, notamment parce-que les pâles peuvent être beaucoup plus grandes que sur les éoliennes terrestres.
Une idée vient de germer sur la côte atlantique : celle d’un parc éolien off-shore au large du Médoc. Ce n’est qu’un balbutiement de début de projet, rien ne dit à ce jour que cela se fera, mais Sud-Ouest mesure déjà les avantages évidents d’une telle installation : pas de querelle de voisinage puisque pas de voisin, un vent plus régulier que sur terre, bref, des atouts bien connus, qui compensent le surcoût de l’opération par rapport à l’équivalent terrestre. L’article met aussi le doigt sur un impact en terme d’emplois : la fabrication des pales géantes pourrait constituer un débouché non négligeable pour certaines entreprises locales, comme EADS Astrium, toujours selon Sud-Ouest. Cette fabrication pourrait même se faire sur l’ancien site Ford de Blanquefort, préservant ainsi un nombre important d’emplois.
Le projet est encore embryonnaire et il faut rester prudent, néanmoins cette éventuelle implantation n’aurait que des avantages pour une région où l’électricité provient surtout du nucléaire : la centrale du Blayais a été récemment inspectée ; sans présenter de défaut majeur, certains manquements quant au respect de l’environnement ont été relevés.