De plus en plus d’Indiens, de moins en moins d’Indiennes

Il y a des certitudes, parfois, qui tombent. Des espoirs déçus. On pourrait s’attendre qu’avec la hausse moyenne du niveau de vie, une transition démographique en voie d’achèvement, une modernisation rapide du pays, des lois démocratiques, une éducation plus poussée des filles, on pourrait s’attendre, disais-je, à ce que les vieilles lunes tombent en désuétude ; pour faire court : que les couples Indiens cessent de vouloir des garçons à tout prix et qu’ils abandonnent l’avortement sélectif des filles.
Or, et c’est un article d’Aujourd’hui l’Inde qui met le doigt là où ça fait mal, c’est le contraire qui se produit. Non seulement l’avortement sélectif des fœtus filles reste pratiqué malgré son interdiction depuis près de vingt ans, mais de plus en plus de couples y ont recours. Les régions autrefois peu concernées par le phénomène sont gagnées aujourd’hui, un peu comme si c’était une mode. Ces avortements sélectifs sont liés à la vieille pratique de la dot, pas plus légale que les avortements qu’elle provoque : en effet, pour se marier, une fille doit apporter une dot. C’est cher. Son mariage la fait passer dans la famille de son époux : c’est elle qui soignera ses beaux-parents lorsqu’ils seront âgés. Double perte pour ses propres parents. Cette pratique de la dot se maintient malgré la loi.
On pourrait penser que le niveau d’éducation des femmes les amènerait à avoir plus de considération pour leur propre corps et pour leurs descendance. Or, c’est le contraire qui se produit. Les femmes d’aujourd’hui ont certes moins d’enfants que leurs mères, mais, et les deux phénomènes sont liés, elles mettent tout en œuvre pour n’avoir que des fils, et ce d’autant plus qu’elles vivent dans un milieu aisé (là où on peut graisser la patte du toubib peu scrupuleux qui se charge de l’ « opération »). L’interdiction de révéler le sexe du bébé lors de l’échographie du 5e mois ne dépasse quasiment jamais le stade de l’affichette : les radiologues crachent la valda moyennant finances.
L’Etat indien tente en vain de stopper le phénomène. La loi ne suffisant pas, il offre des primes aux couples qui ont des filles. Mais cela est valable dans les campagnes, et, de toute façon, les nénettes pétées de thunes des beaux quartiers n’ont que faire de l’aumône gouvernementale.
Au final, le sex ratio de l’Inde est de plus en plus déséquilibré. Les conséquences sont déjà désastreuses : le manque de femmes entraîne des violences. Pour trouver chaussure à leur pied, des hommes sont prêts à toutes les bassesses. Les enlèvements, les viols, voire la vente de femmes, sont de moins en moins rares. Quelques régions résistent un peu mieux à ce phénomène car ce sont les femmes qui sont propriétaires de la terre : sans elles, pas de transmission de patrimoine. Si ce système se généralisait, si la police avait les moyens réels de faire appliquer les lois, si les mentalités se débarrassaient du poids des traditions, si …, si … si … On mettrait le Taj Mahal en bouteille et on n’en parlerait plus !

Un fukushima, ça ne suffit pas

A 400 km au sud de Bombay, sur la côte occidentale de l’Inde, Areva a commencé la construction de la centrale de Jaitapur. Deux beaux réacteurs EPR tout neufs, alors que ce modèle n’a fait ses preuves nulle part puisque aucun réacteur de ce type n’est achevé. Mise en service prévu pour 2014. Du bon courant pour l’Inde qui se développe malgré la crise, de bonnes pépettes pour Areva. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes atomiques. Sauf que Fukushima est passé par là, et que le site choisi pour la centrale de Jaitapur ressemble beaucoup au site nippon.
L’Inde est le deuxième pays au monde exposé aux risques naturels. Si les inondations y tiennent la première marche sur le podium, les séismes arrivent juste derrière, et concernent le pays largement au-delà de la région hautement sismique qu’est l’Himalaya. La côte ouest est ainsi très vulnérable, et a, à plusieurs reprises, été touchée par des tremblements de terre d’inégale gravité. La Commission géologique de l’Inde a classé la région comme étant « à risque élevé ». 60 secousses y ont été relevées entre 1995 et 2005. Depuis les années 1990, trois séismes y ont dépassé la magnitude 5 de l’échelle de Richter. Un peu plus loin dans le temps, le séisme de 1967 y a provoqué la rupture d’un barrage.
A cette menace évidente, les autorités indiennes répondent que les réacteurs sont situés suffisamment loin de la ligne de faille : argument très discutable, la limite choisie par l’Inde étant 5 km ! L’installation se trouvant à proximité du littoral, le risque de tsunami doit aussi être envisagé, or les autorités indiennes et Areva font comme si Fukushima n’avait donné aucune leçon, niant avec une belle harmonie les risques réels. Les populations locales, déjà délogées de leurs maisons et de leurs exploitations agricoles pour construire la centrale, manifestent en vain : on ne va pas arrêter net la construction du plus grand complexe nucléaire du monde pour quelques zozos inquiets ! La police a reçu l’ordre d’exercer la plus grande fermeté, ce qu’elle accomplit avec un zèle exemplaire : 22 manifestants pacifiques ont été arrêtés et inculpés de crimes, j’ai bien dit de crimes. A cela s’ajoute la destruction programmée d’un milieu riche par sa biodiversité quasi-unique au monde. Une fois de plus, l’industrie nucléaire affiche le plus grand mépris pour les hommes.


—> A cliquer :

—> Illustration : les panaches de vapeur d’eau de la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne), vus d’avion en décembre 2011.

A funny guy

Concert de Trilok Gurtu – Rocher Palmer (Cenon) – 5 février 2011

Cinq types sur scène, orchestre cosmopolite mené par un percussionniste un peu fou et ultra doué, dont les mains s’agitent sur les tablas façon La Chose dans La Famille Addams. Jolie ambiance, détendue, avec pas mal d’humour, le chef de la bande disant de lui, avec un sourire jusqu’aux oreilles, « I’m a funny guy ».
Jolie soirée jazzy, où nous avons apprécié la flûte du saxophoniste, le talent de poly-instrumentiste du violoniste, ce dernier pouvant fort bien jouer du synthé de la main gauche et du melodica de la droite.
Le héros est tout de même Trilok Gurtu lui-même, très respectueux de son public, offrant vraiment sa musique et son inventivité. Pour faire simple, cet Indien de près de 60 balais, tape sur tout ce qui peut entrer en résonance, et n’hésite pas à jouer avec l’eau en plein milieu du spectacle. Le style du concert est à l’image de Trilok Gurtu : éclectique. Du jazz le plus classique aux percussions en solo hypnotiques, atteignant son paroxysme lorsque le maître, façon curé d’avant Vatican II, tourne le dos au public pour taper et agiter ses jouets, sans oublier la voix, instrument de percussion à part entière.
Pour avoir une petite idée de ce concert, cliquez ici et regardez cette vidéo tournée il y a moins d’un mois au Capitole à Toulouse (nous avons grosso modo assisté au même spectacle, la danseuse en moins).

What’s new ? [samedi 9 octobre 2010, 8 h 30]

  • Bengalore a été surnommée la Silicon Valley indienne. Compétences techniques reconnues, marché en expansion, coûts salariaux moindres qu’en Europe, et c’est la ruée pour les entreprises européennes : Airbus décolle dans le ciel indien (La Dépêche).
  • A l’occasion de l’attribution du Nobel de la Paix au dissident chinois Liu Xiaobo, Courrier International re-publie le texte intégral de la charte 08, par laquelle 300 personnalités chinoises demandaient l’établissement de la démocratie dans leur pays.
  • Quand un journal rencontre un autre journal … Les p’tits gars de Fluide Glacial ont passé une journée dans les locaux de L’Huma, et Léandri raconte le making-of (L’Humanité).

Finalement, la Nano, c’est une voiture normale

Résumé de l’histoire : le groupe industriel Tata Motors a mis au point et commercialise désormais une voiture de petite taille (d’où son nom), de petite motorisation (d’où son nom aussi) et peu équipée (d’où son nom toujours), destinée à la classe moyenne qui émerge actuellement en Inde. Une voiture low-cost pour un Européen moyen, mais une chouette aubaine pour les Indiens qui peuvent en profiter. Un peu comme lorsque Fiat a sorti sa 500, dans laquelle des familles italiennes entières se sont entassées, signe d’une ascension sociale évidente, et, accessoirement, c’était plus pratique pour visiter mère-grand le dimanche.
Low-cost, pour une voiture européenne, ça donne la Logan. Avec options, elle n’est plus low cost du tout. La même chose se produit avec la Nano, autrement plus basique que la Logan : quatre roues, un moteur, des freins, certes, mais guère plus. Finalement, la Trabant avait un certain charme à côté.
La Nano reste donc, normes de sécurité et exigences du consommateur obligent, un véhicule réservé au pays en développement où elle est née. Sauf que les Indiens eux-mêmes connaissent, du moins pour une part, une hausse suffisante de leur niveau de vie pour souhaiter mieux que ce gadget, sans pouvoir taper pour autant aux rayons Audi ou Mercedes. Dans un même ordre d’idée, si Tata Motors veut se lancer dans l’exportation de son joujou, il faut y apporter quelques améliorations substantielles. C’est ainsi qu’est née, paradoxalement nommée, la « Nano Deluxe », prête à bondir d’ici 2012. « Deluxe » en un seul mot ne veut pas forcément dire que luxe il y a, mais tout de même, les avancées sont sensibles, surtout en matière de sécurité : ABS, airbag. La mécanique elle-même la rapproche des ses frangines automobiles européennes ou nippones : boîte 5 vitesses, direction assistée. Bref, la Nano est en train de devenir une voiture, et non plus un original mais simpliste véhicule en plastique.

—> Source : Esther OYARZUN, Bientôt la Nano Deluxe, version chic de la voiture du pauvre, Aujourd’hui l’Inde, 7 septembre 2010.

What’s new ? [vendredi 4 juin 2010, 19 h 30]

Une arme en sauce

La force d’un piment se mesure de manière objective depuis 1912, date à laquelle un pharmacologue de Detroit a mis au point une technique permettant de diluer le piment afin d’en déterminer la teneur en capsaïcine, molécule rigolote et qui pique : l’échelle de Colville, du nom du pharmacologue en question, était née. C’est ainsi que l’on peut dire sans se tromper que le piment d’Espelette, mon chouchou, pique vingt fois moins que celui de Cayenne. Le piment le plus fort au monde, le Bhut Jolokia, est tout simplement immangeable : il est 25 fois plus fort que le Cayenne. A ce stade, ce n’est plus un condiment, c’est une arme : c’est bien ainsi que l’armée indienne le conçoit. La semaine dernière, dans sa rubrique « Insolites », Courrier International rapportait ainsi que ce piment était désormais utilisé pour la fabrication de grenades lacrymogènes dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

What’s new ? [jeudi 25 mars 2010, 10 h 55]

  • La prostitution est-elle un métier comme les autres ? les réponses gouvernementales successives sont manifestement négatives, ce qui provoque la colère des personnes concernées : les prostituées manifestent contre les lois pénalisant le racolage (Les Inrocks).
  • Pas facile de vouloir s’informer sans raquer : LeMonde.fr tente le tout-payant pour les articles du journal papier (Rue 89). C’est simple : si mon abonnement de pauvre (6€ par mois ; à ce jour, rien n’est annoncé sur le site au sujet d’une éventuelle modification de cet abonnement en particulier) ne me permet plus de lire Le Monde, je me tire, et l’ancêtre de ce blog disparait du même coup. La carte bleue a ses limites.
  • Une querelle qui s’achève par la disparition de l’objet convoité ; un îlot ridiculement petit et inhabité était disputé entre le Bangladesh et l’Inde, il vient d’être englouti par les vagues : une île disparaît dans la baie du Bengale (20 minutes).

—> Illustration : Henri de TOULOUSE-LAUTREC, Une femme de maison blonde, fin XIXe siècle

What’s new ? [mardi 23 mars 2010, 10 h 50]

What’s new ? [mardi 23 février 2010, 13 h 30]

  • Un bon gros dodo, ça met en pleine forme ! Faire la sieste doperait les capacités mentales, selon une étude américaine à laquelle le Nouvel Obs consacre un article.
  • Un rapport de l’ONU vient d’être publié, pointant du doigts la hausse vertigineuse de la quantité de déchets électroniques qui se dirigent chaque année vers la Chine, l’Inde, et d’autres pays en développement qui acceptent de trier à la main métaux lourds et autres matières premières ayant permis à nos téléphones portables d’être démodés après le 5e coup de fil ! Les déchets électroniques, une montagne insurmontable ? (Le Monde).
  • Portrait du dernier né des pays d’Europe : Kosovo, cinq mythes à démonter (CaféBabel).

—> Illustration : Andrew WYETH, Daydream, fin des années 1970.

What’s new ? [Mardi 19 janvier 2010, 19 h 20]

A quoi tient l’augmentation des prix des denrées alimentaires ?

Quand les produits alimentaires voient leurs prix flamber, les populations les plus fragiles n’ont plus les moyens d’acheter à manger, et c’est l’émeute, comme cela s’est produit dans une trentaine de pays en 2008.
De manière simple, pour ne pas dire simpliste, la hausse des prix peut-être liée à un banal déséquilibre de l’offre et de la demande ou à la spéculation ou les deux. On peut ainsi constater aujourd’hui ce qui se passe pour le riz [article dans Effets de terre, 8 décembre 2009] : hausse précoce des importations par les Philippines, pour des raisons « naturelles » (impact des typhons) et politiques (on assure l’approvisionnement de la population juste avant une échéance électorale importante) ; baisse des exportations de la part de l’Inde pour limiter les importations de blé. Résultat : plus de demande, moins d’offre, et c’est parti pour une flambée annoncée.
Plus amusant et moins inquiétant, car cela ne touche pas un aliment de base au même titre qu’une céréale : le prix de l’ail a été multiplié par 40 en Chine. Non pas pour des raisons économiques, politiques ou climatiques, mais parce-que la croyance populaire y voit un excellent moyen de se prémunir de la grippe A [article dans L’Express, 10 décembre 2009].

C’est un âne ? alors on l’envoie à l’armée

Le baudet du Poitou est sexy comme un hippie qui ne se serait pas brossé les cheveux depuis les années 70. Cela le rend peut ragoutant aux yeux des Indiens qui viennent pourtant d’en embaucher trois à des fins militaires, mais qui ont illico tondu la toison fort velue des bestiaux. Le baudet du Poitou est par ailleurs un animal sympathique et robuste, c’est en cela qu’il peut être fort utile dans un cadre de Défense Nationale très éloigné des armes et engins hautement sophistiqués qui sortent de nos usines.
Mais qu’est-ce que des baudets poitevins peuvent bien apporter à une armée indienne par ailleurs fort moderne ? A la frontière toujours chaude avec la Chine, l’Inde a disposé 10 000 charmantes mules aux longs cils et à la croupe aguichante. Si. Et nos baudets ont pour mission de faire crac-crac avec les futures mères de la relève qu’il faut bien assurer : 360 juments autrichiennes, ce qui fait 120 femelles par âne. Y’a du boulôt, les gars ! Qu’on ne dise plus que les ânes rechignent à travailler !

Source : Sylvain COTTIN, Des ânes-soldats du Poitou en Inde, Sud-Ouest, 25 novembre 2009.

Illustration : un baudet du Poitou broutant l’herbe tendre de la citadelle du Château d’Oléron en juillet 2008.

What’s new ? [jeudi 12 novembre 2009, 16 h 50]

  • -0 copyJ’aimerais qu’on m’explique pourquoi l’Etat a acheté 30 millions de doses de vaccin de plus qu’il n’y a d’habitants dans le pays et a mis en place tout ce système éminemment complexe de centres de vaccination et de bons de vaccination envoyés par la poste, si, au bout du compte, il est très difficile de se faire faire les fameuses injections : Bachelot veut-elle vraiment que je me vaccine contre la grippe ? (Rue89).
  • Il rockait avec une jeune fille blonde au début des années 80, tous deux formaient le duo Elli et Jacno, et j’aimais bien même si je trouvais que ça ne volait pas très haut. Jacno est mort il y a quelques jours, à 52 ans ; c’est pas vieux, 52 ans (Les Inrocks, qui mettent en ligne des vidéos dont celle du tube « Le téléphone », si vous avez plus de 20 30 40 ans, ça va vous rappeler des souvenirs).
  • La concurrence est rude ! Renault va lancer en Inde une voiture à bas prix … moins chère que la Nano ? (Aujourd’hui l’Inde).

—> Illustration : Jan STEEN, Le docteur et sa patiente (détail), XVIIe siècle.

What’s new ? [lundi 5 octobre 2009, 22 h 00]

  • Le réchauffement climatique accentue les phénomènes extrêmes, l’Inde en est un triste exemple ce mois-ci : confrontée à la pire sécheresse depuis 1972 pour une partie du pays, tandis que les inondations dans le sud font au moins 172 morts (dans les deux cas : Aujourd’hui l’Inde).
  • Il y a des moments (fréquents, j’avoue) où j’aimerai être à Berlin. Cette fête avec la troupe poétique de Royal de Luxe, vue il y a deux jours sur Arte, m’a fait rêver : les Géants à Berlin, comme si vous y étiez (Presse-Océan, avec une petite vidéo en prime).
  • Redim-0De superbes photos pour finir, parmi celles que Slate publie presque quotidiennement et qui sont l’œuvre de l’agence Magnum. Aujourd’hui, l’album nous emmène tous à l’école. 24 clichés de tous temps et en tous lieux. J’ai un faible pour l’image n°8 : Le Roy Ladurie et Duby qui cogitent, la tête dans les mains. Deux très grands maîtres. Je m’incline et vous souhaite la bonne nuit. Bye !