Sur les traces du plus vieil alcool de France [3]

Et la mondialisation dans tout ça ?

armagnacP1340919Le spiritueux français le plus exporté est de loin le cognac. C’est d’ailleurs lui qui a fixé les règles, en imposant l’étiquetage so british des bouteilles (VSOP, XO, …). Et pourtant, l’armagnac est bien lui aussi un produit de la mondialisation. La vigne a été introduite dans le sud-ouest par les Romains dans l’Antiquité, tandis que les Celtes apportaient la technique du tonneau. Au moyen-âge, les Arabes ont apporté la technique de l’alambic, ce qui permet d’affirmer que l’armagnac est le plus vieil alcool de France.
Et aujourd’hui ? Grâce à une simplification de l’étiquetage, qui aide à la lisibilité des bouteilles (cliquez-ici), et grâce à une vraie politique régionale de mise en valeur du produit à l’export, les ventes d’armagnac à l’étranger ont augmenté de plus de 30% entre 2011 et 2012. Pendant très longtemps, plus de la moitié de l’armagnac était consommé en France. Actuellement, environ 58% de la production est vendue à l’étranger. L’exportation d’armagnac reste certes 72 fois plus faible que celle de cognac, mais l’eau-de-vie gasconne séduit une vaste clientèle dans les pays dits émergents, comme la Russie ou la Chine, ainsi que sur le continent américain. La Chine est aujourd’hui le armagnacP1340909premier pays importateur d’armagnac, devant la Grande-Bretagne. En Chine, l’armagnac est à la mode et tend à supplanter l’alcool de riz, trop traditionnel aux yeux d’une clientèle branchée voulant « faire occidental » pour se croire dans l’air du temps.

à cliquer :

  • un article du Parisien paru en octobre 2012
  • un article de La Dépêche paru en novembre 2012
  • un article de Sud-Ouest paru en février 2013

Fin

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Sur les traces du plus vieil alcool de France [2]

Terroirs et cépages

Le vignoble de l’Armagnac coïncide à peu de choses près au département du Gers, et se découpe en trois terroirs distincts (carte) : le Bas-Armagnac (à l’ouest, autour de Éauze et Nogaro) et le Ténarèze (au centre, autour de Condom) sont les plus vieux terroirs de l’Armagnac. Au XIXe siècle, la partie orientale du département, ainsi que sa bande méridionale (autour de Marciac, Auch, Lectoure), ont été mises en culture sous l’appellation Haut-Armagnac.

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L’armagnac est produit à partir de quatre cépages principaux : Ugni Blanc, Colombard, Folle Blanche et Baco Blanc. Certains producteurs ajoutent à ce mélange de base d’autres cépages, en proportions plus faibles, comme le Jurançon Blanc. Ce sont tous des raisins blancs, traditionnellement récoltés en octobre, et dont le degré alcoolique est faible.

  • L’Ugni Blanc, originaire d’Italie, se retrouve sous d’autres noms dans d’autres vignobles français : il est ainsi connu sous le nom de « rossola bianca » en Corse. Travaillé seul, il produit un vin acide, mais après distillation, on lui prête les traditionnels goûts de banane que j’ai tant de mal à dénicher lors des dégustations.
  • Le Colombard est d’origine charentaise. En Vendée, il est connu sous le nom de « bon blanc ». Il entre dans la composition de certains pineaux des Charentes, mais les producteurs de cognac le trouvent moins raffiné que l’ugni blanc ou la folle blanche. C’est un raisin facile à vivre, je veux dire par là qu’il est peu sensible à certains parasites. Seul, il donne un vin agréable, frais pour l’été, bref : un vin de soif.
  • La Folle Blanche porte le nom de « gros plant » en pays nantais. Dit comme ça, ça ne donne vraiment pas envie de goûter, le gros plant étant le plus bas de gamme des vins blancs de Loire, un truc sans finesse, sans goût, très acide, qui récure l’estomac.  C’est un cépage très productif, mais aussi très sensible au vent et à certaines maladies classiques de la vigne. Paradoxalement, alors que le vin qu’il produit oscille entre l’insipide et le franchement désagréable, l’eau-de-vie qui en sort après distillation est généralement de très bonne qualité.
  • Le Baco Blanc est un pur produit de l’industrie agro-alimentaire, mais dans la version balbutiante de celle-ci : il a en effet été élaboré à la fin du XIXe siècle par François BACO. C’est un croisement entre la Folle Blanche et le Noah, cépage d’origine américaine aujourd’hui interdit en France. Il est très sensible au phylloxera, au mildiou, voire à l’oïdium. Il ne sert qu’à la production de l’armagnac.

La vinification s’étend d’octobre à mars, période à laquelle la distillation commence. L’alambic armagnacais, tel qu’il est utilisé de nos jours, a été élaboré et breveté au début du XIXe siècle. Il chauffe le vin en continu. A la différence de l’alambic utilisé pour le cognac, il n’y a pas de double chauffe.

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L’eau-de-vie qui en sort est transparente comme l’eau la plus pure, avec un degré d’alccol pouvant monter jusqu’à 72°. Les cépages sont distillés l’un après l’autre, puis l’eau de vie est placée pendant un temps dans d’immenses cuves de bois, avant d’être mise en barriques.

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C’est le bois de chêne qui donne sa couleur à l’armagnac, celui-ci se teintant avec le temps.

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Les mélanges entre cépages sont faits au moment de la mise en bouteille. Une fois celle-ci effectuée, l’eau-de-vie ne vieillit plus et peut être conservée très longtemps, sous réserve de garder les bouteilles debout afin que l’alcool ne soit pas en interaction avec le liège du bouchon.

—> Source : www.armagnac.org

à suivre

Sur les traces du plus vieil alcool de France [1]

Plantons le décor : le château de Laubade

L’armagnac est réputé « plus vieil alcool de France », or ce n’est pas le plus vendu, et il lui a fallu pomper des stratégies marketing à son cadet le cognac pour sortir de l’ombre gasconne.
Avant d’aborder cet aspect historique, plantons le décor. Pour faire de l’armagnac, il faut une vigne, une distillerie, et la terre du sud-ouest. Nous sommes ici dans l’appellation « bas-armagnac », au sud de Nogaro, sur la commune de Sorbets :

La distillerie est celle du château de Laubade. Avant toute description technique et toute dégustation, c’est la maison qui attire le regard, par son côté totalement atypique tant elle s’inspire des villas des stations balnéaires du XIXe siècle. Cette bâtisse a été construite à la demande d’un parlementaire gersois, Jospeh NOULENS, qui fut ministre de la guerre en 1913 puis de l’agriculture en 1914, avant d’être envoyé comme ambassadeur de France en Russie, pile au moment de la révolution bolchévique :

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L’exploitation a été créée bien avant, en 1870, d’où un 140e anniversaire tonitruant en 2010, qui a donné lieu à une fête pluvieuse mais fête heureuse, du moins si l’on en croit La République des Pyrénées, et à l’installation de 140 bouteilles façon œuvre d’art :

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En 1974, le domaine a été racheté par la famille LESGOURGUES, d’origine landaise, et qui avait fait fortune dans le négoce des semences. C’est toujours cette famille qui en est propriétaire aujourd’hui. Le domaine s’étend sur 230 ha, dont 105 de vignes, celles-ci donnant sur un des plus beau paysage du monde : les Pyrénées.

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à suivre

Collection # 183

Coup d’œil sur Condom
Département du Gers, février 2013

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Une étoile

Le nouveau classement « Michelin » vient de sortir et, outre les chefs, qui sont quand même les premiers concernés, les gourmands peuvent aussi valider que leur resto chouchou n’a pas été déclassé. Ou l’a été. Ou vient d’être promu. Autant l’avouer tout de suite, je fréquente peu l’étoilé « Michelin », ma carte bleue étant convulsivement prise de malaise en consultant les prix. Mais il y a des heureux hasards, des circonstances particulières, qui font que l’étoile est croisée un beau samedi de février, quelque part dans le département du Gers.
Samedi donc, nous avons déjeuné à La Table des Cordeliers, à Condom. Le jeune chef, Eric SAMPIETRO, nous a accueilli dans une belle bâtisse en pierre :

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La déco est sobre, douce, avec ces vieux meubles qui donnent leur chaleur aux vieilles demeures, comme ici cette gigantesque armoire devant laquelle nous fut offert l’apéritif :

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Dès l’apéro, le ton fut donné : le repas s’articulait totalement autour de la truffe, thème du mois à La Table des Cordeliers (qui propose par ailleurs bien d’autres jolies choses, à des prix suffisamment variés pour envisager une deuxième visite). Nous avons ainsi apprécié un vin pétillant parfumé à la truffe, accompagné de sandwiches au beurre de truffe et de macarons à la truffe aussi, d’une surprenante couleur grise. Puis vint le repas proprement dit, servi dans une chapelle du XIIIe siècle … :

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… dont les vitraux apportent une lumière très particulière :

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Avec des vins locaux, produits par un vigneron venu lui-même nous les présenter (Domaine de Mirail, près de Lectoure), nous avons dans un premier temps assisté à la préparation d’un risotto à la … à la … à la … oui, à la truffe, et au parmesan aussi :

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Vinrent ensuite les st-jacques crues en gaspacho, toujours avec de la truffe, et accompagnées d’un entremet aux topinambour. La truffe ne s’absenta pas davantage du pigeon tout juste rosé, un délice. Même le dessert fut truffé, le champignon accompagnant des profiteroles :

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Au final, un endroit sublime. L’accueil est simple, le service attentif mais non pesant. Le sud ouest comme on l’aime, sans esbroufe ni arnaque.

What’s new ? [mardi 2 février 2010, 18 h 55]

  • Un signe de ponctuation né en 1962, mais dont personne ne se sert : l’interrobang ?! mais c’est quoi ce truc ? De quoi nous laisser exclarrogatifs ! (Rue 89).
  • J’en ai goûté au week-end dernier, et c’est très bon. Je me faisais tout un monde de cette panse de brebis farcie qui fait le délice des Ecossais, et j’avais tort. Me voici ainsi ravie d’en savoir un peu plus et de choper même la recette : la nuit du Haggis (CaféBabel).
  • En 1310, il fut écrit que ce breuvage guérissait tout : l’armagnac, déjà sept siècles de qualité (La Dépêche).