Le mur tombé du ciel [3]

Tout en haut de la fresque nantaise de Royal de Luxe se trouve un monument aujourd’hui disparu : le Pont Transbordeur.

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Mis en service en 1903, ce pont faisait franchir la Loire aux passagers par une nacelle. Gros succès pour le lancement : près de 25 000 passagers le premier jour. Avec dix rotations par heure, le pont transbordeur a transporté plus de 270 000 piétons dans sa première année. Dans les années 1950, devenu moins rentable car concurrencé par la voiture, le pont est arrêté puis démoli.
Mais la fresque de Royal de Luxe ne montre pas que le pont. Un détail retient l’attention :

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Il s’agit d’un homme en train de plonger. Cet homme était connu sous le nom de Willy Wolf. Il s’agit apparemment d’un immigré polonais, qui a tenté d’avoir son heure de gloire de manière assez dramatique. Se prétendant meilleur plongeur du monde (et il ne s’agit pas là de corvée de vaisselle), Willy Wolf, devant les caméras de la Gaumont, a tenté l’impossible en 1925 : il se suspend à un trapèze du haut du pont, après s’être entouré de bandelettes enflammées. Ce n’est pas un suicide mais un spectacle, du moins le croit-il lorsqu’il s’élance dans la Loire. Son corps y a été retrouvé six jours plus tard.

à cliquer :

Un serpent au nez de chien

Le Nez-de-Chien est une pointe en mer, ou plutôt en estuaire, situé sur la commune de St-Brévin, au débouché du pont qui franchit la Loire au niveau de St-Nazaire (localisation). C’est une plage étroite par marée haute (et cet après-midi là, elle était haute, et le coefficient élevé), où l’estuaire n’hésite pas à jouer avec les vagues : il y avait des rafales de près de 100 km/h.
Dans de telles conditions, voir émerger un animal des flots fougueux n’est pas chose aisée, et pourtant il est là. L’animal en question est un serpent d’aluminium de 130 mètres de long, imaginé et réalisé par le sculpteur chinois HUANG YONG PING en 2012. La forme du serpent rappelle plus ou moins celle du pont de St-Nazaire tout proche, mais pour s’en convaincre, il faudra revenir à marée basse.

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La maison n’a pas coulé

Lors de la première édition d’Estuaire, en 2007, la « Maison dans la Loire » de Jean-Luc COURCOULT était tombée à l’eau au sens propre du terme. Située en aval de son actuelle position, les courants de l’estuaire n’en avait fait qu’une bouchée. Le créateur, qui est aussi à l’origine de la compagnie Royal de Luxe, n’a pas lâché l’affaire. Cinq ans plus tard, sa maison est enfin envasée au niveau de la commune de Couëron :

Aussi bizarre que cela puisse paraître, cette maison fait désormais partie du paysage comme si elle avait toujours été là, comme s’il était naturel qu’une maison découvre son rez-de-chaussée selon le va-et-vient des marées. Bien sûr, elle penche, mais cela ne gêne en rien mouettes et goëlands. Tout semble normal, jusqu’aux fenêtres entrouvertes.

Extraits d’Estuaire [6] : ce qui a évolué depuis 2007

ESTUAIRE 2007 – 2009 – 2011 / De Nantes à Saint-Nazaire (jusqu’au 16 août)
Biennale d’art contemporain

Aujourd’hui la note sera brève : un week-end sympa qui m’attend, pas trop le temps de détailler, mais cela n’a pas une grande importance puisque j’aurai tout loisir de revenir sur les deux lieux présentés aujourd’hui.
Sur le site du Carnet, EDF ambitionna autrefois de bâtir une centrale nucléaire et commença même certains aménagements avant même d’avoir l’autorisation. Au final, une chaîne humaine de 30 km eut raison des vélléités atomiques, et le site est resté vierge. Depuis 2007, il se nomme ICI, pour Instant Carnet Island. Un ensemble hétéroclite d’habitats provisoires, suspendus dans les arbres ou pas. J’ai eu un faible pour la chambre « Arche de Noé », qui a les pilotis dans l’eau à marée haute.

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A Paimbœuf, le Jardin des Etoiles grandit et fait participer tout le village, en particulier les enfants. L’ensemble est assez ludique, un peu foutraque, et sacrément utile : les légumes du potager sont livrés à l’épicerie sociale locale.

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Bye ! Bon week-end à tous.

Extraits d’Estuaire [5] : la maison sur la cheminée

ESTUAIRE 2007 – 2009 – 2011 / De Nantes à Saint-Nazaire (jusqu’au 16 août)
Biennale d’art contemporain

Lors de l’édition 2007, Tatzu NISHI s’était attaqué à la fontaîne de la place Royale à Nantes, la transformant en chambre d’hôtel parfaitement opérationnelle pour 60€ la nuit (cliquez ici). Cette année, l’artiste a puisé son inspiration dans les cheminées de la centrale électrique de Cordemais, en rive droite de l’estuaire. Ces cheminées, par leur verticalité et leur hauteur (la plus grande est presque aussi haute que la Tour Eiffel), contrastent avec la platitude monotone du paysage. Un peu à l’écart des tas de charbon qui alimentent la centrale, Tatzu NISHI a ainsi construit sa Villa Cheminée : la tour n’est pas si haute que ça, mais elle reprend le motif décorant celles de la centrale.

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Clin d’œil : sur la fausse cheminée se trouve une petite maison des Bidochon (relisez au passage l’album Maison, sucrée maison de Binet), dans le pur style des années 70. Kitsh, drôle et franchement agréable à regarder.

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Extraits d’Estuaire [4] : ce que je ne peux pas montrer

ESTUAIRE 2007 – 2009 – 2011 / De Nantes à Saint-Nazaire (jusqu’au 16 août)
Biennale d’art contemporain

Il n’est pas toujours aisé de réaliser quelques photos des œuvres : soit parce-que c’est interdit, soit parce-que c’est techniquement peu évident.
Dans la première catégorie, nous avons les œuvres de Paola PIVI, exposées dans ce lieu mythique qu’est le Grand Café de Saint-Nazaire : un espace immense, qui a gardé le charme suranné des bistrots d’antan, et surtout un lieu de mémoire, cet illustre troquet ayant été tenu par le père d’Aristide Briand. Mais revenons à Paola PIVI, artiste italienne vivant en Alaska : si les œuvres exposées au rez-de-chaussée m’ont peu touchée, il en va tout autrement pour celles de l’étage. Tout d’abord un immense dessin façon BD, montrant l’intérieur d’un avion retourné, prétexte à diverses scènes très drôles (le pilote qui lance des avions en papier, les amoureux qui se marient, etc.) ; et surtout I wish I’m fish, œuvre vidéo hypnotique : sur chaque siège de l’avion il y a un bocal avec son poisson rouge. On suit le « voyage » des poissons du décollage jusqu’au moment ou l’avion se stabilise, se positionnant à l’horizontal en atteignant sa vitesse de croisière. Photo interdite, certes, mais il en trainait quand même une sur le net : cliquez ici.
Autre lieu exceptionnel pour l’art : les bases sous-marines, parce-que là, au-moins, on ne risque pas d’avoir de lumières parasites. Celle de Saint-Nazaire, par son immensité, permet ainsi de présenter un nombre notable d’œuvres, mais aussi un musée des paquebots assez rigolo, des salles de spectacles, etc. Dans la salle LIFE (Lieu International des Formes Emergentes), le cinéaste Anthony McCALL présente une œuvre dans laquelle le spectateur entre et se déplace : The vertical works. La salle est noire mais sans obstacle. On marche, lentement, sans bien savoir où on va. Il y a, de-ci de-là, des faisceaux lumineux qui, du plafond, dessinent des formes au sol. Ces faisceaux sont en fait des projecteurs de cinéma plus vrais que nature, qui éclairent ainsi les spectateurs qui s’en rapprochent. On joue avec la lumière, on est dans l’œuvre, c’est assez extraordinaire (de toutes les œuvres de cette année, c’est celle que j’ai préféré), mais mes photos n’ayant rien donné, je vous propose de cliquez ici pour avoir une très vague idée de cette œuvre qui ne se montre pas mais qui se vit.

Extraits d’Estuaire [3] : ce que j’ai aimé revoir

ESTUAIRE 2007 – 2009 – 2011 / De Nantes à Saint-Nazaire (jusqu’au 16 août)
Biennale d’art contemporain

Il y eut d’abord, aperçus seulement, les anneaux de Buren qui désormais font partie du paysage nantais. Cette œuvre, installée lors de la première édition d’Estuaire, est une œuvre pérenne, destinée à rester en place ad vitam æternam. Chaque commune riveraine de l’estuaire de la Loire doit ainsi avoir la sienne d’ici 2011. Il y eut ensuite le jet d’eau rigolo, installé à Couëron, et dont j’ai laissé une photo ce matin dans la Boîte à images : le jet d’eau ne se met en marche que lorsqu’un quidam pose son honorable postérieur sur un petit banc au bord de l’eau. Un joggueur passait par là, fit une pause, et s’assit sous les applaudissements du public. Un quart d’heure de gloire, disait Andy Warhol …
Il y eut surtout, à Saint-Nazaire, les triangles de Felice VARINI, tracés en rouge et a priori en vrac sur les bâtiments du port, mais qui, selon un angle qu’il faut trouver, forment un dessin : ludique et poétique, je ne m’en lasse pas.

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Il y eut enfin, au niveau de l’écluse amont du canal de la Martinière, le bateau mou d’Erwin WURM, qui n’aurait du rester que le temps d’un été et auquel les riverains se sont tellement attachés qu’il reste là définitivement.

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