Une course sur la Gironde

De retour de Blaye, par la jolie route de corniche, l’œil se perdant au ras de l’eau sur une Gironde à marée montante, papamaman, monkeum et moi vîmes de jolis voiliers qui remontaient vers la Dordogne. Il s’agissait d’une course, dont la 2e manche avait lieu aujourd’hui : la Cavernière, organisée par un club nautique, était partie de Bourg le matin même.

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Pauillac, ce n’est pas que du vin

Je ne t’apprends rien, cher ami, cher lecteur, en te disant que Pauillac se situe dans le Médoc, haut lieu « qui se la pète » en matière de pinard à très cher la bouteille (ou pas). Ou alors, cher ami, cher lecteur, c’est que tu vis dans une grotte.
Soyons francs, à part traverser des kilomètres et des kilomètres de vignes, avant d’arriver à Pauillac, on ne voit rien. Et même une fois à bon port, c’est une bouteille qui accueille le marin et le passant, c’est dire à quel point le vin tient de la monomanie :


Donc que faire en ce lieu quand on n’a pas l’envie pinardière, parce-que vivre à Bordeaux n’est pas synonyme de dégustations quotidiennes ni de pochtronage systématique. On peut juste avoir envie de prendre l’air sur les bords de l’estuaire, ça change de la mer. Et ce jour-là, c’était samedi dernier, nous cherchions le soleil qui, le bougre, s’était réfugié au nord du 45e parallèle. D’où Pauillac, où une mouette posa pour la photo, histoire de nous souhaiter la bienvenue :


Les quais, classiques mais pas bien longs, font ressembler Pauillac à toutes les petites villes de l’estuaire de la Gironde :


Mais en marchant assez longtemps, parfois au bord de la route, nous arrivons à distinguer, derrière les hautes herbes, un bateau qui apporte ici-même les morceaux d’A380 afin de les décharger sur les barges afin qu’ils poursuivent leur route vers Toulouse, lieu du montage final :

Un port à un kilomètre du rivage

Mortagne-sur-Gironde, dans le sud du département de la Charente-Maritime, est, comme son nom l’indique, une commune qui s’étend jusqu’à l’estuaire de la Gironde, à un endroit où celui-ci est particulièrement large (plus de 12 km je crois). La commune est répartie sur deux sites : le village proprement dit sur une colline, puis le port. Ce dernier est relié à l’estuaire par un chenal de plus d’un kilomètre, difficile (impossible ?) à longer à pied.


Le port lui-même se subdivise en deux parties, séparées par une écluse, derrière laquelle on voit une ancienne minoterie.


Un bassin à flot est réservé à la plaisance. Il peut accueillir jusqu’à 200 bateaux, ceux-ci ne devant toutefois pas excéder une longueur de 19 mètres, ce qui n’est déjà pas si mal pour faire des ronds dans l’eau. Jusqu’en 1914, ce bassin fut réservé à la marine de guerre, puis servit de port de commerce et de point de départ pour la pêche à Terre-Neuve jusqu’au déclenchement de la IIe Guerre mondiale.


La partie du port aménagée dans le chenal est largement occupée par la plaisance mais aussi, dans une moindre mesure, par la pêche. Quatorze pêcheurs accostaient régulièrement à Mortagne il y a moins de 30 ans, ils sont nettement moins nombreux aujourd’hui. Les minuscules embarcations rapportent essentiellement des pibales (alevins d’anguilles, ailleurs appelés civelles) et des maigres, ces derniers étant vendus à la criée de La Cotinière (île d’Oléron) et non à celle de Royan, comme les autres espèces pêchées dans l’estuaire par les équipages des différents ports.


Le lieu attire les touristes. On y trouve la quasi-totalité des restaurants de la commune et un gigantesque parking réservé aux camping-cars. Néanmoins, la circulation est sévèrement réglementée :


—> A cliquer :

Le mystère du mirage (ou l’inverse)

On a cru qu’il s’agissait de phares des îles de la Gironde. Avec effet de mirage qui fait voir double. On a accusé la centrale nucléaire du Blayais toute proche, et même les chocolatines du petit déjeuner, que la boulangère aurait droguées, va savoir. Balade matinale et champêtre sur les berges de l’estuaire de la Gironde, en rive droite et à l’extrême nord du département de la Gironde, presque en Charente-Maritime, en regardant vers le sud. On voit ça, on n’y comprend rien, on force le zoom ; si quelqu’un a une piste … :

Des vins qui gagnent à être connus

Jusqu’à une date très récente (en gros aujourd’hui même avant 16 h), je prenais les vins de Blaye, au mieux pour des vins qui se laissent boire mais qui ne laissent que peu de traces dans la mémoire, au pire pour de vagues piquettes, le plus souvent pour des vins quelconques, sans âme ni intérêt.
Arrive là-dessus la fête annuelle fort bien nommée du « Printemps des vins de Blaye », dans une chaleur digne d’un mois de juillet. Les vins sont présentés par les vignerons eux-mêmes, dans différents lieux de la citadelle, notamment dans une salle de l’ancien couvent des Minimes (photo). Et là, surprise totale. Par ce temps vraiment très chaud, je ne me suis pas sentie d’attaque pour goûter les rouges, mais mon cher et tendre a craqué sur un pur merlot (ce qui est finalement assez peu courant), tandis qu’un blanc bio me faisait sentir ses arômes de bananes. Entre autres. Nous n’avons bien sûr pas tout goûté, c’est impossible et idiot (que devient le palais après trop de goûts divers ?), mais cela nous a suffisamment donné envie de revenir dans la région, directement dans les châteaux, histoire de refaire les niveaux de notre humble cave avec de jolies bouteilles toutes neuves.

De plus en plus de maigres en Angleterre

Le maigre est un merveilleux poisson gras (donc bon pour la santé), qui grogne sous l’eau la nuit (c’est ainsi que les pêcheurs le repèrent), et qui fait nos délices au four avec du vin blanc sur un doux lit d’oignons, ou simplement poché comme le merlu avec un petit beurre citronné. Le maigre est un poisson fréquent dans l’estuaire de la Gironde, ainsi qu’au large des côtes charentaises : le premier maigre que j’ai goûté venait du port de La Cotinière, sur l’île d’Oléron. Mais au rythme auquel le climat se réchauffe, il se pourrait bien qu’il faille aller plus au nord pour pêcher du maigre, notamment au large des côtes anglaises, tandis que des poissons quasi-tropicaux viennent désormais se faire prendre dans les filets des pêcheurs girondins et charentais, qui parfois restent pantois devant une drôle de bébête qu’ils n’ont pas l’habitude de trouver là voire qu’ils ne connaissent pas.

Petit catalogue de ces nouveaux poissons, qui migrent vers le nord au fur à mesure que la température des eaux de surface monte. En dehors des délicieux poulpes, de quelques soles du Sénégal et de l’excellent saint-pierre, ces poissons ne se mangent pas :

  • la baliste, surnommée « poisson cochon » en Espagne car c’est, tout comme le maigre, un poisson grogneur. Ça mord et ça ne se mange même pas.
  • des requins jusque là inexistants sur nos côtes, comme le requin-marteau.
  • la volumineuse sériole (son poids peut atteindre 100 kg), qui intéresse les pêcheurs sportifs car la bestiole sait se défendre, mais qui embête bien le marin sur son chalutier, parce-qu’il a plus urgent à faire que se battre avec un tel monstre.

A l’inverse, des animaux fréquents ici tendent à frayer plus au nord : on voit ainsi migrer le fameux maigre dont je parlais au début, mais aussi les langoustines qui étaient encore si abondantes du côté de Ré et Oléron il y a une dizaine d’années, et même les anchois, qui ont quasiment disparu, ou les bars, qui passent carrément dans la Manche et dans la Mer du Nord. Le réchauffement climatique, dans le cas de ces disparitions de poissons, n’est qu’un élément d’explication parmi d’autres : la surpêche et la pollution ont bien sûr une responsabilité importante dans cette histoire.

—> Source : Jean-Denis RENARD, La boussole des poissons indique le nord, Sud-Ouest, 1er décembre 2009.

—> Illustration : L’eau, d’ARCIMBOLDO (milieu du XVIe siècle).