C’était dans le journal … le 19 septembre 1917

illustrationC’est à la une, mais pas toute la une : il y a un peu de tout ce mercredi-là sur la première page du Figaro, à commencer par le compte-rendu de l’installation du gouvernement Painlevé en France. Mais au milieu de la page, il y a un chiffre : 1143. C’est le 1143e jour de guerre. Et on n’en voit pas le bout. Certes, les Américains sont entrés en piste, mais le bain de sang continue. Par exemple, la bataille de Passchendaele (connue sous le nom de 3e bataille d’Ypres), en Belgique, est commencée depuis fin juillet, et en plus des balles, il pleut des cordes. Les soldats se battent dans un champ de boue bien spongieux dès le début de la bataille et pendant la quasi-totalité de sa durée (la bataille s’achève fin novembre), certains même se noient (cliquez ici pour en savoir plus).
L’article du Figaro fait le point sur ce 1143e jour de guerre en citant uniquement les faits dans lesquels l’armée française est impliquée, et ne mettant en avant que les réussites françaises (n’oublions pas que la censure existe, pas question de démoraliser l’arrière), le tout sur un ton d’une très grande banalité : la guerre est devenue, sinon normale, du moins habituelle. « Cinq avions allemands ont été abattus », il y eut des « actions d’artillerie assez vives en Champagne », « l’ennemi » a été « rejeté après avoir subi des pertes sensibles ». Au final, « rien à signaler sur le reste du front ». Demain sera le 1144e jour de guerre.

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Echos locaux (mardi 3 mai 2016)

  • Qu’est-ce qui tient solidement grâce à 23 000 rivets, dont certains de « la taille d’un avant-bras », et qui emmagasine 500 km de câbles ? un indice : ça vole, et les ailes mesurent chacune 45 mètres de long. C’est l’Airbus A380, bien sûr : La Dépêche offre une piqûre de rappel concernant son montage.
  • Nord Eclair franchit la frontière et nous fait rencontrer les élèves d’un établissement scolaire belge. Ces derniers, un petit peu aidés par leurs professeurs, ont décidé de faire manger des légumes à leurs semblables. Et pour cela, ils ont mis au point des bonbons aux légumes frais. Cette invention a été récompensée par un prix de 750 €. Pour faire passer la pilule, il y a quand même un peu de fruit dans les bonbons aux légumes, les parfums proposés étant poire/concombre, tomate/orange, avocat/datte, … Preuve que ça plait : « On a fait tester à l’aveugle aux enfants et ils ont apprécié. On était déjà satisfaits qu’ils ne recrachent pas« .
  • Avez-vous entendu parler du cloclogate ? je découvre la chose en parcourant le site de L’Alsace : les éditions Bordas ont pondu un manuel scolaire destiné aux collégiens dans lequel l’électrocution est expliquée à travers un exemple certes parlant, mais de mauvais goût, puisqu’il s’agit de celle qui couta la vie au chanteur Claude François en 1978. Et comme j’ai, moi aussi, mauvais goût, je ne résiste pas à pointer du doigt l’exercice qui a déchainé les passions et obligé l’éditeur à faire machine arrière : cliquez ici.

 

C’était dans le journal … le 30 mars 1916

Première guerre mondiale, suite. À proximité immédiate des zones de front, les civils sont particulièrement touchés. L’Humanité titre ainsi « Une affreuse misère règne en Belgique ».
Cet article nous apprend notamment que « la faim y sévit à l’état endémique », même « chez les gens fortunés », qui ne disposent plus que du quart de la ration à laquelle ils étaient habitués avant la guerre. Les classes moyenne et populaire, elles, souffrent « des angoisses de la famine ». Du coup, les ouvriers sous-alimentés ne peuvent plus fournir les mêmes efforts au travail, la productivité s’en ressent.
Pourquoi une telle pénurie ? Déjà, avant la guerre, la Belgique n’était pas autosuffisante sur le plan alimentaire. Le site de la RTBF signale qu’un tiers des denrées alimentaires devaient être importées avant 1914. La guerre n’arrange évidemment pas les choses, et le pays reçoit, rien que pour l’année 1916, 50 000 tonnes de froment en provenance des Etats-Unis et du Canada. Mais c’est bien la guerre elle-même qui crée la famine. L’Humanité n’y va pas par quatre chemins pour désigner le coupable : « La Germanie exerce sur cette pauvre Belgique, qu’elle a pillée, saccagée et inondée de sang, une succion formidable et continue. C’est l’araignée se jetant sur la mouche prise dans sa toile pour la vider. » Les soldats allemands sont comparés à des « cambrioleurs » qui empêchent les paysans de faire leur travail : « La semaine passée, trois cents chevaux de trait quittaient Namur pour l’Allemagne ». Des arbres, fruitiers ou non, sont arrachés.
Alors comment tenir malgré tout ? en se « rabattant sur la viande de chien et de chat », qui se vend désormais comme n’importe quelle autre viande, mais à un prix beaucoup plus bas. Il parait même que la viande de chien aurait un peu le goût de celle du mouton. Rien n’est perdu sur ces bêtes : le gras du chien est transformé en saindoux et remplace le beurre.

C’était dans le journal … le 21 décembre 1915

La première utilisation de gaz de combat remonte à avril 1915 : l’armée allemande envoie du gaz moutarde, aussi appelé ypérite, sur le champ de bataille proche d’Ypres en Belgique. Ce gaz attaque les voies respiratoires et, s’il ne tue pas à tous les coups, il provoque une énorme panique chez les soldats.
Très vite, l’armée française se lance à son tour dans l’utilisation de ce type d’arme, mais élabore aussi des moyens de protection à l’efficacité discutable : ce sont les premiers masques à gaz. Pour le grand public, il faut néanmoins en affirmer l’efficacité totale, ce que fait L’Homme libre le 21 décembre 1915, en relatant une attaque chimique ayant à nouveau eu lieu à Ypres deux jours plus tôt : « Nos moyens de préservation contre les gaz asphyxiants ont prouvé leur efficacité ». Ces moyens sont pourtant encore bien modestes, ce sont de simples cagoules en tissu. Mais des progrès ont lieu, et dès le mois de février 1916, des masques à gaz plus efficaces, garnis d’une sorte de toile cirée, permettent de réellement bloquer une grande partie des gaz qui arrivent dans le nez des poilus.

What’s new ? [mardi 13 avril 2010, 18 h 00]

  • Le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles consacre une expo à un très grand artiste bien plus moderne dans son style que bien d’autres nés après lui : El Greco, dont les œuvres, pourtant de la fin du XVIe et du tout début du XVIIe siècle, annoncent les grands mouvements picturaux contemporains. El Greco, maître de l’art espagnol : portfolio (Libé). L’image qui illustre cette note est bien sûr la reproduction d’un de ses tableaux.
  • Le graffiti n’est pas qu’une contestation systématique de l’ordre établi, et peut inversement servir un Etat : au Vénézuéla, le street art au service de la propagande politique (ArtClair).
  • La cuisine, tout le monde s’y met, c’est fun et c’est tendance, mais ça cache peut-être quelque chose : retour vers le fourneau (Les Inrocks).