Un incendie à Strasbourg bloque un lycée à Bordeaux

Il y a une vie en dehors de Bordeaux, Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Ce matin, comme tous les matins en semaine, je commence par m’informer de la météo (pour choisir entre le ciré ou le petit débardeur estival), puis du réseau de transports en commun (au cas où le tram aurait rencontré un éléphant sur la voie), et enfin je me connecte sur l’espace numérique de travail (ENT), commun à toute la région Nouvelle Aquitaine, joyeusement nommé « Lycée connecté ». Et rien. J’ai bien eu la météo et le tram, mais pour le boulot : nada. Page blanche, erreur 504 « bad gateway ». Dans le même temps, je lis qu’un data center d’OVH avait été en partie détruit par le feu à Strasbourg. Pas bien réveillée, je ne fais pas le rapprochement, et pourtant, j’aurais du : OVH héberge à peu près les deux-tiers des sites français, autant dire que les dommages collatéraux à l’incendie sont considérables. Parmi les sites bloqués, pour seulement quelques heures ou pour un temps beaucoup plus long, se trouvent le centre Pompidou et l’aéroport de Strasbourg. Et donc, l’ENT des lycées de Nouvelle Aquitaine. Ce qui m’a permis d’expliquer à mes pioupious de première le fonctionnement des sites internet, des hébergeurs, du cloud, tout ça tout ça, et pourquoi un incendie à Strasbourg perturbait un cours prévu à Bordeaux, cours qui reposait, coup de pas de chance, sur les manuels en ligne et autres ressources du fameux ENT. En milieu de journée, ledit ENT a d’ailleurs été plus précis dans son message :

Danser jusqu’à en mourir

Il y a une vie en dehors de Bordeaux, On ne va pas en faire toute une histoire

Dans un article publié hier sur le site du Monde (accès réservé aux abonnés), on apprend que la ville de Strasbourg a connu une « épidémie » très curieuse au début du XVIe siècle, rappelant les différents descriptifs de danses de St-Guy, proches des maladies de type « chorée ».
Le 14 juillet 1518, une femme se met à danser en pleine rue, puis, les jours qui suivent des dizaines de personnes de tout âge la rejoignent et bougent frénétiquement sur les places de la ville, parfois pendant plusieurs jours de suite, sans quasiment s’arrêter, malgré la fatigue et les pieds en sang : une véritable transe. Au plus fort de l’épisode, il y a jusqu’à 15 morts par jour, ce qui sème la panique sans pour autant freiner le phénomène, les danseurs fous étant de plus en plus nombreux.
Les autorités ne savent comment réagir, et décident de « soigner le mal par le mal », en accompagnant les danses par des orchestres. Evidemment sans succès : les danseurs continuent leur sarabande, sont de plus en plus nombreux, les décès se multiplient. Fin juillet, la municipalité fait machine arrière, les musiciens sont priés de remballer leurs instruments.
Cette drôle de maladie n’a pas existé qu’à Strasbourg : les historiens ont recensé une vingtaine de cas dans des régions variées entre le XIIIe et la fin du XVIe siècle. Des variantes ont été décrites à Madagascar en 1863, et, avant cela en Italie, où on aurait attribué la cause de la maladie à une piqûre de l’araignée tarentule (hypothèse non confirmée voire fantaisiste, mais qui a donné le nom « tarentelle » à une danse).
S’agit-il d’une vraie maladie, provoquée éventuellement par l’ergot de seigle, ou d’une scène d’hystérie collective, voire d’une crise mystique ? Nous sommes à une période où la croyance dans les châtiments divins est bien réelle. Strasbourg vient d’être frappée par des épisodes douloureux et mortifères (famines, épidémies) que certains esprits considèrent facilement comme des punitions divines. Le culte de St-Guy, à qui l’on attribue la guérison des maladies par la danse, fait le reste et peut expliquer ce délire.