C’était dans le journal … le 9 novembre 1917

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C’était dans le journal … le 19 octobre 1917

On les a appelés les « profiteurs de guerre ». Quatre ans après la fin de celle-ci, en 1922, Anatole France, dans une lettre publiée dans L’Humanité, lançait « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels ». Il est vrai que certaines entreprises ont su fort bien croître et s’enrichir grâce au conflit : en France, Michelin a négocié la hausse du prix de ses pneumatiques en sachant très bien que l’armée française ne pouvait pas s’en passer. Renault a multiplié son chiffre d’affaires par quatre entre 1914 et 1918. Ça marche aussi en Allemagne : les seize plus grandes entreprises houillères et sidérurgiques ont multiplié leur chiffre d’affaires par huit pendant cette période.
Ça, ce sont les gros poissons. Mais il y a les plus modestes, les petits joueurs, ceux dont le nom ne deviendra jamais celui d’un grand groupe industriel européen. Les noms de Galandrin et Painsmay ne figurent pas au CAC 40. Et pourtant … Ces deux-là faisaient dans le charbon à Paris. Mme Galandrin était marchande, M. Painsmay était négociant. C’est La Croix qui cite leur nom, indiquant qu’ils « comparaitront prochainement devant le tribunal correctionnel » pour avoir « vendu du charbon à un prix manifestement supérieur aux cours ». Cliquez sur l’image pour voir l’article dans son contexte :

 

C’était dans le journal … le 30 septembre 1917

Il y a cent ans, les femmes étaient déjà (et le sont plus malheureusement encore aujourd’hui) victimes des stéréotypes masculins concernant leur corps. Une femme, une vraie, ne peut décemment « avoir une poitrine plate » sans se sentir profondément humiliée. Une femme, une vraie, ne doit pas  » avoir un visage de femme sur un corps d’homme ». Bref, une femme, une vraie, doit avoir de bons gros lolos, une poitrine qui jaillit du buste façon obus (et pas seulement parce-que c’est la guerre), elle doit posséder « une gorge ronde et belle ». Mais, comme le rappelle cette publicité publiée en quatrième page du Petit Journal, ce n’est pas donné à tout le monde. Il faut donc ruser, et payer : en échange d’ « un timbre à 15 centimes », les femmes intéressées par un gonflement mammaire recevront « tous les renseignements par retour du courrier ». La messe doit être dite « en trente jours » et la méthode est discrète : « elle peut facilement employer cette méthode dans l’intimité de son intérieur sans que ses amies les plus intimes s’en doutent ». Il ne s’agit pas, en effet, que quelques chipies aillent cafter la tricherie. Quant au contenu de la recette miracle, cela reste un mystère : c’est « la Providence », et elle seule, qui permit à l’auteur de la pub (de l’arnaque ?) de « développer [son] buste de 15 cm en 30 jours ».

C’était dans le journal … le 19 septembre 1917

illustrationC’est à la une, mais pas toute la une : il y a un peu de tout ce mercredi-là sur la première page du Figaro, à commencer par le compte-rendu de l’installation du gouvernement Painlevé en France. Mais au milieu de la page, il y a un chiffre : 1143. C’est le 1143e jour de guerre. Et on n’en voit pas le bout. Certes, les Américains sont entrés en piste, mais le bain de sang continue. Par exemple, la bataille de Passchendaele (connue sous le nom de 3e bataille d’Ypres), en Belgique, est commencée depuis fin juillet, et en plus des balles, il pleut des cordes. Les soldats se battent dans un champ de boue bien spongieux dès le début de la bataille et pendant la quasi-totalité de sa durée (la bataille s’achève fin novembre), certains même se noient (cliquez ici pour en savoir plus).
L’article du Figaro fait le point sur ce 1143e jour de guerre en citant uniquement les faits dans lesquels l’armée française est impliquée, et ne mettant en avant que les réussites françaises (n’oublions pas que la censure existe, pas question de démoraliser l’arrière), le tout sur un ton d’une très grande banalité : la guerre est devenue, sinon normale, du moins habituelle. « Cinq avions allemands ont été abattus », il y eut des « actions d’artillerie assez vives en Champagne », « l’ennemi » a été « rejeté après avoir subi des pertes sensibles ». Au final, « rien à signaler sur le reste du front ». Demain sera le 1144e jour de guerre.

C’était dans le journal … le 10 août 1917

La guerre fait faire des bonds gigantesques à l’industrie aéronautique. De nouveaux usages apparaissent (l’avion n’est donc plus seulement un largueur de bombes), qui trouveront rapidement un usage civil. Et donc, rapporte Excelsior, des Californiens sont, en cet été 1917, en train de tester l’ancêtre assez lointain du Canadair, c’est-à-dire l’avion-pompier. Néanmoins, il ne s’agit pas ici d’un bombardier d’eau mais d’un avion transportant les pompiers et leur matériel. Cliquez sur l’image pour la voir dans son contexte :

 

C’était dans le journal … le 13 juillet 1917

Dimanche dernier, des pluies diluviennes ont transformé les couloirs du métro parisien en piscine, faisant dire à certains twittos que Paris-Plage s’était surpassé cette année. Mais ce que craignent le plus les Parisiens, et à juste titre, c’est le débordement de la Seine.
Ce 13 juillet 1917, soit sept ans et demi après la gigantesque crue de 1910, le Sénat adopte enfin un plan de travaux visant à protéger la ville et ses habitants : il s’agit, grosso modo, de donner plus de place au fleuve, par « l’élargissement du bras de la Monnaie et l’approfondissement de la Seine entre Suresnes et Bougival », le tout devant coûter 67 millions de francs. L’article de L’Humanité rapportant ce projet évoque aussi d’autres travaux en aval ainsi que des « dérivations de la Marne », mais, au final, rien qui ne soit suffisamment efficace. D’ailleurs, la protection de Paris face aux crues de la Seine est toujours d’actualité un siècle après.

C’était dans le journal … le 22 juin 1917

La poudrerie de St-Médard-en-Jalles, près de Bordeaux, est une des plus vieilles entreprises françaises. Créée au XVIIe siècle sur les bords de la jalle de Blanquefort, rivière dont elle tirait son énergie, elle employait 1900 personnes à la veille de la Première guerre mondiale. Pendant cette guerre, son volume de production est multiplié par douze. Ce sont essentiellement des femmes qui y travaillent, et leur rôle est évidemment fondamental en temps de guerre : cette poudre dite « poudre B » (à base de nitrocellulose) est précieuse pour l’armée (source). Les ouvrières ont donc là un réel levier leur permettant de faire aboutir leurs revendications salariales, revendications pour lesquelles elles se mettent en grève en juin 1917. L’info ne fait pas la une des journaux nationaux, mais L’Humanité y consacre quand même un entrefilet en dernière page (cliquez sur l’image pour accéder au document entier et pour le lire plus facilement) :