C’était dans le journal … le 15 mars 1917

La guerre a pour effet bien connu le ralentissement du commerce. Les importations de canne à sucre étant fortement ralenties, des raffineries doivent fermer. Il faut donc se serrer la ceinture sur le sucre : une carte de rationnement spécialement dédiée à ce produit est mise en place à la fin du mois de février 1917 (modèle ici).
Rebondissant sur cette instauration de la « carte de sucre », Le Siècle rapporte une anecdote dont les fondements me semblent fantaisistes : il s’agit du sucre « à la mode de Bretagne ». Il est ainsi mentionné une coutume peu ragoutante (et probablement fausse, mais les journaux parisiens aiment se gausser des mœurs des terres exotiques) : lorsque le sucre manque dans les maisons bretonnes, on en pend un morceau au bout d’un fil, au-dessus de la table. Lorsque l’on veut sucrer un met quelconque, on lèche le sucre puis on le passe à son voisin. Bon appétit !

 

C’était dans le journal … le 10 janvier 1917

Bien que la presse soit libre en France depuis 1881, les temps de guerre ont vu cette liberté se restreindre fortement, et les ciseaux d’Anastasie reprendre du service. Dans les journaux, pendant la Première Guerre Mondiale, il était donc fréquent de voir un rectangle blanc là où un article déplaisant aurait du prendre place. Plus rares sont les articles censurés seulement en partie, dont on ne peut donc lire que des bribes aseptisées. C’était néanmoins le cas en dernière page de L’Humanité le mercredi 10 janvier 1917 :

 

C’était dans le journal … le 13 décembre 1916

Si les forces de l’Entente ont pu gagner la Première Guerre mondiale, c’est, notamment (mais pas exclusivement, ça va de soi) parce-que Anglais et Français disposaient de renforts humains conséquents auprès de leurs colonies. Les Français firent ainsi venir quelques 300 000 soldats du Maghreb et 180 000 d’Afrique subsaharienne, comme le rapportait le site France 24 en septembre 2015. Ces soldats étaient majoritairement musulmans. Comment alors concilier liberté religieuse et présence au front ?
La question s’est posée dès le début de la guerre : les soldats concernés ont pu bénéficier d’un peu de répit pendant les fêtes religieuses. Lors du ramadan 1915, qui eut lieu en été, les soldats purent adapter leur prise de repas aux conventions religieuses, mais sans toutefois être autorisés rompre le jeûne par un appel à la prière. Dans un même ordre d’idée, les soldats musulmans (en l’occurrence, ici, marocains) pouvaient aménager des lieux de convivialité, comme le montre L’Excelsior du 13/12/2016 :

 

C’était dans le journal … le 8 novembre 1916

Il y a un siècle, la situation politique étatsunienne était identique à celle d’aujourd’hui : les citoyens étaient appelés aux urnes pour désigner leur président, par un mode complexe que rappelle Le Petit Journal.
En 1916, les élections ont donc eu lieu le mardi 7 novembre. La partie s’avère serrée entre le républicain Hughes, que L’Echo de Paris donne gagnant (tout en employant le conditionnel) et le démocrate Wilson, qui, au final, sortira vainqueur, mais d’assez peu. Le Petit Parisien, lui, se contente juste de rappeler que les Américains ont voté :

 

Ce que les Américains font aussi là, maintenant, aujourd’hui, 8 novembre 2016. Et ce serait de bon ton qu’ils ne fassent pas n’importe quoi. Car si Madame Clinton n’est peut-être pas ce qui peut arriver de mieux à ce pays, il est certain que Monsieur Trump est ce qui lui arriverait de pire.

C’était dans le journal … le 18 août 1916

Ne serait-ce point une sorte de dopage ? Cette idée d’ingurgiter une potion réalisée à partir de « sang vivant, provenant de jeunes chevaux sains et reposés » a un petit quelque chose qui, s’il y avait eu Jeux Olympiques cette année-là (mais il y avait guerre, c’était un autre sport !), on eut pu suspecter du louche voire de la triche. Comme ce ne fut pas le cas, les hommes de 1916 qui n’étaient pas en train de se faire zigouiller ou mutiler sur le champ de bataille, pouvaient céder aux sirènes publicitaires du Petit Parisien, et craquer pour une bonne cure de Globéol, qui « décuple la résistance de l’organisme et prolonge la vie ».

C’était dans le journal … le 30 mars 1916

Première guerre mondiale, suite. À proximité immédiate des zones de front, les civils sont particulièrement touchés. L’Humanité titre ainsi « Une affreuse misère règne en Belgique ».
Cet article nous apprend notamment que « la faim y sévit à l’état endémique », même « chez les gens fortunés », qui ne disposent plus que du quart de la ration à laquelle ils étaient habitués avant la guerre. Les classes moyenne et populaire, elles, souffrent « des angoisses de la famine ». Du coup, les ouvriers sous-alimentés ne peuvent plus fournir les mêmes efforts au travail, la productivité s’en ressent.
Pourquoi une telle pénurie ? Déjà, avant la guerre, la Belgique n’était pas autosuffisante sur le plan alimentaire. Le site de la RTBF signale qu’un tiers des denrées alimentaires devaient être importées avant 1914. La guerre n’arrange évidemment pas les choses, et le pays reçoit, rien que pour l’année 1916, 50 000 tonnes de froment en provenance des Etats-Unis et du Canada. Mais c’est bien la guerre elle-même qui crée la famine. L’Humanité n’y va pas par quatre chemins pour désigner le coupable : « La Germanie exerce sur cette pauvre Belgique, qu’elle a pillée, saccagée et inondée de sang, une succion formidable et continue. C’est l’araignée se jetant sur la mouche prise dans sa toile pour la vider. » Les soldats allemands sont comparés à des « cambrioleurs » qui empêchent les paysans de faire leur travail : « La semaine passée, trois cents chevaux de trait quittaient Namur pour l’Allemagne ». Des arbres, fruitiers ou non, sont arrachés.
Alors comment tenir malgré tout ? en se « rabattant sur la viande de chien et de chat », qui se vend désormais comme n’importe quelle autre viande, mais à un prix beaucoup plus bas. Il parait même que la viande de chien aurait un peu le goût de celle du mouton. Rien n’est perdu sur ces bêtes : le gras du chien est transformé en saindoux et remplace le beurre.

C’était dans le journal … le 30 janvier 1916

En 1915, des dirigeables (les « zeppelin ») allemands ont en vain tenté de bombarder Paris. Le 29 janvier 1916, l’un d’eux réussit son coup, bombardant le XXe arrondissement. Dès le lendemain, la presse rend compte de l’affaire. L’Humanité rapporte ainsi que « deux arbres furent déracinés » face au numéro 84 du boulevard de Belleville, qu’une autre bombe, tombée au 88 de la rue Ménilmontant aurait fait « plusieurs blessés », et que « la plus violente explosion se produisit rue Haxo » : l’immeuble a été détruit (photo).
L’Intransigeant dresse un bilan plus précis : 19 bombes ont été larguées, faisant 23 morts et 29 blessés, le tout dans un temps relativement bref (40 mn entre le début de l’alerte et la dernière bombe). Ce journal insiste sur le lourd bilan humain, rappelant que les bombes sont tombées sur « un quartier assez populeux », dont les maisons n’ont pas la robustesse des immeubles en pierres de taille des beaux quartiers. L’Intransigeant publie, en fin d’article, la liste nominative des morts : la plus jeune avait 18 mois, c’était une fillette prénommée Andrée. Six victimes n’étaient toujours pas identifiées au moment du bouclage du journal.