C’était dans le journal le 12 novembre 1918

Fin de la série « C’était dans le journal il y a 100 ans »

C’était dans le journal le 6 novembre 1918

Cette guerre touche à sa fin, mais on meurt encore sur les champs de bataille : les Alliés, bénéficiant grandement du renfort américain, repoussent l’armée allemande et récupèrent des armes dans la foulée (51 canons sur la rive ouest de la Meuse, comme le signale Excelsior en page 3). Les empires ottoman et austro-hongrois ont capitulé, isolant une Allemagne où gronde la Révolution. C’est le refus de combattre des marins de Kiel qui lance le grand chambardement. Celui-ci est imminent, et précipitera la fin du conflit.
Cette fin prochaine des combats est illustrée, toujours dans Excelsior (page 4) par un dessin de Lucien Métivet :

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C’était dans le journal … le 4 avril 1918

Hier soir, au dîner, on a fait risotto. C’est bon le risotto, et ce n’est pas nouveau : déjà, pendant la Première Guerre mondiale, et même hors d’Italie, on appréciait cette manière de consommer le riz. J’en ai d’ailleurs trouvé une recette à la dernière page de L’Intransigeant, un rizotto (avec un « z ») à la mode de Parme :

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Certes, le riz est ordinaire, mais le principe est grosso modo celui que j’emploie encore aujourd’hui, du moins au départ, préférant toutefois le bouillon à la simple eau chaude. Mais, en temps de guerre, on faisait avec ce que l’on avait.
C’est le mode de cuisson qui m’a étonnée : il est question d’une caisse norvégienne, dont j’apprends en trainant sur Wikipédia qu’elle s’appelle aussi « marmite » norvégienne, quoique n’ayant pas forcément la forme d’une marmite, et n’étant peut-être même pas d’origine norvégienne. Mais qu’importe. C’est le principe, très ancien, qui est intéressant, car il est fort bien adapté à la pénurie de charbon, banale pendant la guerre, qui incite la ménagère à faire quelques économies d’énergie.
La fameuse caisse, ou marmite, est un récipient isotherme dans lequel on place la casserole bien chaude. Une fois hermétiquement fermée, la caisse permet de poursuivre la cuisson sans dépenser davantage d’énergie. C’est un très vieux système, qui a néanmoins été remis au gout du jour assez récemment, notamment par des ONG soucieuses de limiter la consommation d’énergie. On peut, en outre, la fabriquer soi-même : méthode et mode d’emploi en cliquant ici.

C’était dans le journal … le 25 janvier 1918

Les difficultés d’approvisionnement obligent le gouvernement a organisé le rationnement du pain. À partir du 1er mars, une carte unique, valable pour le pain et pour tout autre produit qui serait rationné, va être distribuée dans toute la France.  C’est ce qu’explique Le Matin. Chaque carte est personnelle : y figurent les coordonnées de son titulaire et la catégorie à laquelle il appartient (la catégorie B correspond ainsi aux enfants de 3 à 7 ans). Le quotidien livre aussi le mode d’emploi de la carte et des coupons détachables qu’elle comporte, et reproduit surtout la photo d’une de ces cartes :

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C’était dans le journal … le 9 novembre 1917

C’était dans le journal … le 19 octobre 1917

On les a appelés les « profiteurs de guerre ». Quatre ans après la fin de celle-ci, en 1922, Anatole France, dans une lettre publiée dans L’Humanité, lançait « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels ». Il est vrai que certaines entreprises ont su fort bien croître et s’enrichir grâce au conflit : en France, Michelin a négocié la hausse du prix de ses pneumatiques en sachant très bien que l’armée française ne pouvait pas s’en passer. Renault a multiplié son chiffre d’affaires par quatre entre 1914 et 1918. Ça marche aussi en Allemagne : les seize plus grandes entreprises houillères et sidérurgiques ont multiplié leur chiffre d’affaires par huit pendant cette période.
Ça, ce sont les gros poissons. Mais il y a les plus modestes, les petits joueurs, ceux dont le nom ne deviendra jamais celui d’un grand groupe industriel européen. Les noms de Galandrin et Painsmay ne figurent pas au CAC 40. Et pourtant … Ces deux-là faisaient dans le charbon à Paris. Mme Galandrin était marchande, M. Painsmay était négociant. C’est La Croix qui cite leur nom, indiquant qu’ils « comparaitront prochainement devant le tribunal correctionnel » pour avoir « vendu du charbon à un prix manifestement supérieur aux cours ». Cliquez sur l’image pour voir l’article dans son contexte :

 

C’était dans le journal … le 30 septembre 1917

Il y a cent ans, les femmes étaient déjà (et le sont plus malheureusement encore aujourd’hui) victimes des stéréotypes masculins concernant leur corps. Une femme, une vraie, ne peut décemment « avoir une poitrine plate » sans se sentir profondément humiliée. Une femme, une vraie, ne doit pas  » avoir un visage de femme sur un corps d’homme ». Bref, une femme, une vraie, doit avoir de bons gros lolos, une poitrine qui jaillit du buste façon obus (et pas seulement parce-que c’est la guerre), elle doit posséder « une gorge ronde et belle ». Mais, comme le rappelle cette publicité publiée en quatrième page du Petit Journal, ce n’est pas donné à tout le monde. Il faut donc ruser, et payer : en échange d’ « un timbre à 15 centimes », les femmes intéressées par un gonflement mammaire recevront « tous les renseignements par retour du courrier ». La messe doit être dite « en trente jours » et la méthode est discrète : « elle peut facilement employer cette méthode dans l’intimité de son intérieur sans que ses amies les plus intimes s’en doutent ». Il ne s’agit pas, en effet, que quelques chipies aillent cafter la tricherie. Quant au contenu de la recette miracle, cela reste un mystère : c’est « la Providence », et elle seule, qui permit à l’auteur de la pub (de l’arnaque ?) de « développer [son] buste de 15 cm en 30 jours ».

C’était dans le journal … le 19 septembre 1917

illustrationC’est à la une, mais pas toute la une : il y a un peu de tout ce mercredi-là sur la première page du Figaro, à commencer par le compte-rendu de l’installation du gouvernement Painlevé en France. Mais au milieu de la page, il y a un chiffre : 1143. C’est le 1143e jour de guerre. Et on n’en voit pas le bout. Certes, les Américains sont entrés en piste, mais le bain de sang continue. Par exemple, la bataille de Passchendaele (connue sous le nom de 3e bataille d’Ypres), en Belgique, est commencée depuis fin juillet, et en plus des balles, il pleut des cordes. Les soldats se battent dans un champ de boue bien spongieux dès le début de la bataille et pendant la quasi-totalité de sa durée (la bataille s’achève fin novembre), certains même se noient (cliquez ici pour en savoir plus).
L’article du Figaro fait le point sur ce 1143e jour de guerre en citant uniquement les faits dans lesquels l’armée française est impliquée, et ne mettant en avant que les réussites françaises (n’oublions pas que la censure existe, pas question de démoraliser l’arrière), le tout sur un ton d’une très grande banalité : la guerre est devenue, sinon normale, du moins habituelle. « Cinq avions allemands ont été abattus », il y eut des « actions d’artillerie assez vives en Champagne », « l’ennemi » a été « rejeté après avoir subi des pertes sensibles ». Au final, « rien à signaler sur le reste du front ». Demain sera le 1144e jour de guerre.

C’était dans le journal … le 10 août 1917

La guerre fait faire des bonds gigantesques à l’industrie aéronautique. De nouveaux usages apparaissent (l’avion n’est donc plus seulement un largueur de bombes), qui trouveront rapidement un usage civil. Et donc, rapporte Excelsior, des Californiens sont, en cet été 1917, en train de tester l’ancêtre assez lointain du Canadair, c’est-à-dire l’avion-pompier. Néanmoins, il ne s’agit pas ici d’un bombardier d’eau mais d’un avion transportant les pompiers et leur matériel. Cliquez sur l’image pour la voir dans son contexte :

 

C’était dans le journal … le 13 juillet 1917

Dimanche dernier, des pluies diluviennes ont transformé les couloirs du métro parisien en piscine, faisant dire à certains twittos que Paris-Plage s’était surpassé cette année. Mais ce que craignent le plus les Parisiens, et à juste titre, c’est le débordement de la Seine.
Ce 13 juillet 1917, soit sept ans et demi après la gigantesque crue de 1910, le Sénat adopte enfin un plan de travaux visant à protéger la ville et ses habitants : il s’agit, grosso modo, de donner plus de place au fleuve, par « l’élargissement du bras de la Monnaie et l’approfondissement de la Seine entre Suresnes et Bougival », le tout devant coûter 67 millions de francs. L’article de L’Humanité rapportant ce projet évoque aussi d’autres travaux en aval ainsi que des « dérivations de la Marne », mais, au final, rien qui ne soit suffisamment efficace. D’ailleurs, la protection de Paris face aux crues de la Seine est toujours d’actualité un siècle après.

C’était dans le journal … le 22 juin 1917

La poudrerie de St-Médard-en-Jalles, près de Bordeaux, est une des plus vieilles entreprises françaises. Créée au XVIIe siècle sur les bords de la jalle de Blanquefort, rivière dont elle tirait son énergie, elle employait 1900 personnes à la veille de la Première guerre mondiale. Pendant cette guerre, son volume de production est multiplié par douze. Ce sont essentiellement des femmes qui y travaillent, et leur rôle est évidemment fondamental en temps de guerre : cette poudre dite « poudre B » (à base de nitrocellulose) est précieuse pour l’armée (source). Les ouvrières ont donc là un réel levier leur permettant de faire aboutir leurs revendications salariales, revendications pour lesquelles elles se mettent en grève en juin 1917. L’info ne fait pas la une des journaux nationaux, mais L’Humanité y consacre quand même un entrefilet en dernière page (cliquez sur l’image pour accéder au document entier et pour le lire plus facilement) :

 

C’était dans le journal … le 25 avril 1917

À force de voir leurs bateaux coulés par les sous-marins allemands, les Américains ont fini par craquer. Le vieil isolationnisme (la doctrine Monroë date de 1823) semble avoir vécu, et le président Wilson déclare la guerre à l’Allemagne le 6 avril 1917. Déclarer la guerre est une chose, la faire en est une autre. La préparation prend un peu de temps : les premiers soldats débarqueront en Europe en juillet, sans pour autant partir aussitôt au combat. C’est qu’une guerre, ça se prépare. Il faut trouver des hommes, en faire des soldats, et pour cela les entraîner au maniement des armes. C’est justement ce que présente L’Excelsior en ce mercredi 25 avril 1917 (cliquez sur l’image pour la voir en grand et dans son contexte, et donc comprendre avec quoi les futurs soldats s’initient à l’art de la guerre) :

 

C’était dans le journal … le 18 avril 1917

La classe 18 (c’est-à-dire les jeunes gens qui auront vingt ans en 1918) vient d’être appelée : des ados de 19 ans vont partir en guerre. L’objectif, comme le rappelle une caricature parue dans L’Echo de Paris, est toujours le même (cliquez sur l’image pour la voir dans son contexte original, et surtout en plus grand) :

Et puis, mais on n’ose pas le dire dans les journaux, il y a un autre objectif : revenir vivant. Et entier.

C’était dans le journal … le 15 mars 1917

La guerre a pour effet bien connu le ralentissement du commerce. Les importations de canne à sucre étant fortement ralenties, des raffineries doivent fermer. Il faut donc se serrer la ceinture sur le sucre : une carte de rationnement spécialement dédiée à ce produit est mise en place à la fin du mois de février 1917 (modèle ici).
Rebondissant sur cette instauration de la « carte de sucre », Le Siècle rapporte une anecdote dont les fondements me semblent fantaisistes : il s’agit du sucre « à la mode de Bretagne ». Il est ainsi mentionné une coutume peu ragoutante (et probablement fausse, mais les journaux parisiens aiment se gausser des mœurs des terres exotiques) : lorsque le sucre manque dans les maisons bretonnes, on en pend un morceau au bout d’un fil, au-dessus de la table. Lorsque l’on veut sucrer un met quelconque, on lèche le sucre puis on le passe à son voisin. Bon appétit !

 

C’était dans le journal … le 10 janvier 1917

Bien que la presse soit libre en France depuis 1881, les temps de guerre ont vu cette liberté se restreindre fortement, et les ciseaux d’Anastasie reprendre du service. Dans les journaux, pendant la Première Guerre Mondiale, il était donc fréquent de voir un rectangle blanc là où un article déplaisant aurait du prendre place. Plus rares sont les articles censurés seulement en partie, dont on ne peut donc lire que des bribes aseptisées. C’était néanmoins le cas en dernière page de L’Humanité le mercredi 10 janvier 1917 :

 

C’était dans le journal … le 13 décembre 1916

Si les forces de l’Entente ont pu gagner la Première Guerre mondiale, c’est, notamment (mais pas exclusivement, ça va de soi) parce-que Anglais et Français disposaient de renforts humains conséquents auprès de leurs colonies. Les Français firent ainsi venir quelques 300 000 soldats du Maghreb et 180 000 d’Afrique subsaharienne, comme le rapportait le site France 24 en septembre 2015. Ces soldats étaient majoritairement musulmans. Comment alors concilier liberté religieuse et présence au front ?
La question s’est posée dès le début de la guerre : les soldats concernés ont pu bénéficier d’un peu de répit pendant les fêtes religieuses. Lors du ramadan 1915, qui eut lieu en été, les soldats purent adapter leur prise de repas aux conventions religieuses, mais sans toutefois être autorisés rompre le jeûne par un appel à la prière. Dans un même ordre d’idée, les soldats musulmans (en l’occurrence, ici, marocains) pouvaient aménager des lieux de convivialité, comme le montre L’Excelsior du 13/12/2016 :

 

C’était dans le journal … le 8 novembre 1916

Il y a un siècle, la situation politique étatsunienne était identique à celle d’aujourd’hui : les citoyens étaient appelés aux urnes pour désigner leur président, par un mode complexe que rappelle Le Petit Journal.
En 1916, les élections ont donc eu lieu le mardi 7 novembre. La partie s’avère serrée entre le républicain Hughes, que L’Echo de Paris donne gagnant (tout en employant le conditionnel) et le démocrate Wilson, qui, au final, sortira vainqueur, mais d’assez peu. Le Petit Parisien, lui, se contente juste de rappeler que les Américains ont voté :

 

Ce que les Américains font aussi là, maintenant, aujourd’hui, 8 novembre 2016. Et ce serait de bon ton qu’ils ne fassent pas n’importe quoi. Car si Madame Clinton n’est peut-être pas ce qui peut arriver de mieux à ce pays, il est certain que Monsieur Trump est ce qui lui arriverait de pire.

C’était dans le journal … le 18 août 1916

Ne serait-ce point une sorte de dopage ? Cette idée d’ingurgiter une potion réalisée à partir de « sang vivant, provenant de jeunes chevaux sains et reposés » a un petit quelque chose qui, s’il y avait eu Jeux Olympiques cette année-là (mais il y avait guerre, c’était un autre sport !), on eut pu suspecter du louche voire de la triche. Comme ce ne fut pas le cas, les hommes de 1916 qui n’étaient pas en train de se faire zigouiller ou mutiler sur le champ de bataille, pouvaient céder aux sirènes publicitaires du Petit Parisien, et craquer pour une bonne cure de Globéol, qui « décuple la résistance de l’organisme et prolonge la vie ».

C’était dans le journal … le 30 mars 1916

Première guerre mondiale, suite. À proximité immédiate des zones de front, les civils sont particulièrement touchés. L’Humanité titre ainsi « Une affreuse misère règne en Belgique ».
Cet article nous apprend notamment que « la faim y sévit à l’état endémique », même « chez les gens fortunés », qui ne disposent plus que du quart de la ration à laquelle ils étaient habitués avant la guerre. Les classes moyenne et populaire, elles, souffrent « des angoisses de la famine ». Du coup, les ouvriers sous-alimentés ne peuvent plus fournir les mêmes efforts au travail, la productivité s’en ressent.
Pourquoi une telle pénurie ? Déjà, avant la guerre, la Belgique n’était pas autosuffisante sur le plan alimentaire. Le site de la RTBF signale qu’un tiers des denrées alimentaires devaient être importées avant 1914. La guerre n’arrange évidemment pas les choses, et le pays reçoit, rien que pour l’année 1916, 50 000 tonnes de froment en provenance des Etats-Unis et du Canada. Mais c’est bien la guerre elle-même qui crée la famine. L’Humanité n’y va pas par quatre chemins pour désigner le coupable : « La Germanie exerce sur cette pauvre Belgique, qu’elle a pillée, saccagée et inondée de sang, une succion formidable et continue. C’est l’araignée se jetant sur la mouche prise dans sa toile pour la vider. » Les soldats allemands sont comparés à des « cambrioleurs » qui empêchent les paysans de faire leur travail : « La semaine passée, trois cents chevaux de trait quittaient Namur pour l’Allemagne ». Des arbres, fruitiers ou non, sont arrachés.
Alors comment tenir malgré tout ? en se « rabattant sur la viande de chien et de chat », qui se vend désormais comme n’importe quelle autre viande, mais à un prix beaucoup plus bas. Il parait même que la viande de chien aurait un peu le goût de celle du mouton. Rien n’est perdu sur ces bêtes : le gras du chien est transformé en saindoux et remplace le beurre.

C’était dans le journal … le 30 janvier 1916

En 1915, des dirigeables (les « zeppelin ») allemands ont en vain tenté de bombarder Paris. Le 29 janvier 1916, l’un d’eux réussit son coup, bombardant le XXe arrondissement. Dès le lendemain, la presse rend compte de l’affaire. L’Humanité rapporte ainsi que « deux arbres furent déracinés » face au numéro 84 du boulevard de Belleville, qu’une autre bombe, tombée au 88 de la rue Ménilmontant aurait fait « plusieurs blessés », et que « la plus violente explosion se produisit rue Haxo » : l’immeuble a été détruit (photo).
L’Intransigeant dresse un bilan plus précis : 19 bombes ont été larguées, faisant 23 morts et 29 blessés, le tout dans un temps relativement bref (40 mn entre le début de l’alerte et la dernière bombe). Ce journal insiste sur le lourd bilan humain, rappelant que les bombes sont tombées sur « un quartier assez populeux », dont les maisons n’ont pas la robustesse des immeubles en pierres de taille des beaux quartiers. L’Intransigeant publie, en fin d’article, la liste nominative des morts : la plus jeune avait 18 mois, c’était une fillette prénommée Andrée. Six victimes n’étaient toujours pas identifiées au moment du bouclage du journal.

C’était dans le journal … le 21 décembre 1915

La première utilisation de gaz de combat remonte à avril 1915 : l’armée allemande envoie du gaz moutarde, aussi appelé ypérite, sur le champ de bataille proche d’Ypres en Belgique. Ce gaz attaque les voies respiratoires et, s’il ne tue pas à tous les coups, il provoque une énorme panique chez les soldats.
Très vite, l’armée française se lance à son tour dans l’utilisation de ce type d’arme, mais élabore aussi des moyens de protection à l’efficacité discutable : ce sont les premiers masques à gaz. Pour le grand public, il faut néanmoins en affirmer l’efficacité totale, ce que fait L’Homme libre le 21 décembre 1915, en relatant une attaque chimique ayant à nouveau eu lieu à Ypres deux jours plus tôt : « Nos moyens de préservation contre les gaz asphyxiants ont prouvé leur efficacité ». Ces moyens sont pourtant encore bien modestes, ce sont de simples cagoules en tissu. Mais des progrès ont lieu, et dès le mois de février 1916, des masques à gaz plus efficaces, garnis d’une sorte de toile cirée, permettent de réellement bloquer une grande partie des gaz qui arrivent dans le nez des poilus.

C’était dans le journal … le 10 novembre 1915

imageLe radium, c’est moderne, ça efface les rides et ça brille dans la nuit. Découvert en 1898, ce minerai est paré de toutes les vertus jusqu’à ce qu’on en perçoive les dangers après la guerre. Mais avant cela, tous les espoirs sont permis : ni les cancers ni les rides ne semblent résister à ce minerai magique. J’exagère à peine. Et surtout, le radium rend lumineuses les aiguilles de la montre, et c’est bien pratique pour lire l’heure de son insomnie.
Le Petit Parisien fait ainsi la publicité de ces fameuses montres, qui, en outre, ont un verre incassable et sont vendues à un prix spécial, guerre oblige.

à cliquer :

C’était dans le journal … le 31 juillet 1915

Quand on connait l’actuelle ligne éditoriale du Figaro, on ne peut que se réjouir en se souvenant qu’il y a un siècle, en ce samedi 31 juillet 1915, ce même quotidien titrait en une « L’héroïsme ouvrier ».
Le journal relate la conscience professionnelle d’ouvrières qui se sont rendues à l’usine à l’heure, malgré le bombardement en cours. L’une d’elle fut tuée, deux furent blessées et aidées par trois de leurs camarades, les 156 autres reprirent leur travail en temps en en heure. D’où cette phrase de Pierre Hamp, qui signe l’article : « L’héroïsme ouvrier mérite que devant lui la France s’incline, comme devant l’héroïsme militaire ». Rappelons que Pierre Hamp rédigea plusieurs articles pour L’Humanité avant la guerre. Tout s’explique.

Le Figaro (Paris. 1854)
Le Figaro (Paris. 1854)
Source: gallica.bnf.fr

C’était dans le journal … le 30 juin 1915

Puisque Météo-France semble avoir vu juste en nous annonçant un bon coup de canicule, puisque, conséquence de cette chaleur qui déboule, on nous serine qu’il faut s’hydrater, permettez-moi aujourd’hui de partir d’une publicité présente en dernière page du Petit Journal du 30 juin 1915 afin d’évoquer l’eau … lyophilisée !
Mettre de l’eau du robinet dans de l’eau en poudre, c’est ce que nous vend le docteur Gustin avec ses « lithinés ». Le mélange donne l’illusion d’une vraie eau minérale, pétillante de surcroît.
Un article publié en 2007 dans la Revue d’histoire de la pharmacie permet d’en savoir un peu plus : le docteur Gustin était donc pharmacien et docteur en médecine. En travaillant sur le traitement de certaines maladies comme la goutte, il s’intéresse à la lithine, plus connue sous le nom d’oxyde de lithium. Le carbonate de lithine, une fois dissous dans l’eau, la rend légère et pétillante. On le retrouve naturellement dans certaines eaux du commerce, comme l’eau de Vittel ou la Contrex. Indépendamment des applications pharmaceutiques de la fameuse lithine, le Dr Gustin flaira le bon coup commercial, d’où la publicité ci-dessous :

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On apprend ainsi que cette eau se marie fort bien avec le vin … Faute de goût n’est pas péché mortel, mais tout de même ! il est vrai qu’en ces temps anciens et houleux, nombres de vins tenaient plus de l’infâme breuvage aujourd’hui surnommé piquette, que d’un bon Pessac-Léognan savamment travaillé et conservé. Baptiser le vin était donc monnaie courante.

C’était dans le journal … le 9 juin 1915

Parce-qu’il faut bien nourrir les hommes partis au front, parce-qu’une partie du cheptel a disparu suite à la guerre, parce-que les campagnes sont parfois délaissées (femmes aux champs, mais aussi à l’usine, qui va traire les vaches ?), parce-que des petits malins spéculent sur les prix des denrées alimentaires, parce-que c’est donc la guerre, le prix de la viande a fortement augmenté en France en 1915. À tel point que les élus s’en émeuvent : le 4 juin, le conseil municipal de Reims analyse la situation, et conclut que c’est bien la livraison de viande aux armées qui crée la rareté (et donc le coût élevé) sur les marchés. Trois semaines plus tôt, le ministre de l’Agriculture a même fait adopter par la Chambre des députés un projet de loi visant à autoriser l’importation de viandes surgelées venant du continent américain (d’après Jean-Yves Le Naour).
Capture d’écran 2015-06-09 à 16.54.56Il n’est donc pas étonnant que la presse et les lecteurs de celle-ci s’émeuvent de cette hausse des prix. Dans son numéro du mercredi 9 juin 1915, Le Petit Journal publie la lettre d’un « boucher, retiré des affaires », qui a sa propre analyse du problème. Selon ce monsieur, la faute en revient aux ménagères, du moins à celles « qui ne connaissent qu’une chose, faire vite et ne pas faire la cuisine ». Air connu … Ces dames, plutôt que de mitonner de bons petits plats avec les moyens du bord seraient donc tentées d’acheter des morceaux nobles (donc hors de prix), qui ne nécessitent qu’un peu de cuisson pour être savoureux. Notre boucher vante alors les « morceaux de basse qualité » car « il y en a de bons ». Il conseille aux ménagères de se lancer dans la cuisine du pot-au-feu, qui permet d’avoir une bonne soupe en plus de la viande et des légumes. S’en suit toute une série de prix, montrant de manière plus ou moins habile que si madame se ruine en faisant les courses, c’est de sa faute : « si les ménagères savaient s’arranger, elles y trouveraient de l’économie et vivraient même mieux ». Bref, bobonne est sotte ! … mais pas le boucher du coin : « s’il ne vend pas sa basse boucherie, il est obligé de vendre plus cher les premiers morceaux ».

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Photo de pot-au-feu : wikipédia

C’était dans le journal … le 19 avril 1915

Lorsque la guerre se déclenche, à l’été 1914, la Grèce reste neutre. Le roi est persuadé que les forces austro-allemandes vont gagner, forces unies à l’Empire ottoman honni, mais sa majesté est germanophile et un peu têtue. Son premier ministre, Venizélos (qui a donné son nom à l’actuel aéroport d’Athènes), penche plutôt du côté de l’Entente. C’est ainsi, que le 19 avril 1915, on peut lire ceci dans l’Ouest-Eclair :

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Le quotidien régional effectue une très brève revue de la presse hellénique : en gros, l’opinion publique grecque est consciente que la neutralité du pays ne pourra pas durer éternellement, qu’il faudra bien intervenir à un moment ou à un autre. Cette intervention est d’abord indirecte et a lieu en octobre 1915, contre l’avis du roi : Venizélos autorise les troupes alliées à débarquer à Thessalonique. Cela aboutit à un véritable schisme politique, qui coupe la Grèce en trois zones : un secteur dominé par Venizélos au nord, un autre sous la coupe du roi au sud, et une zone neutre au centre. Au final, la monarchie grecque sera renversée et Venizélos est considéré depuis lors que le fondateur de la Grèce moderne.

C’était dans le journal … le 24 mars 1915

Les journaux publient chaque jour des épisodes de romans. Pendant la guerre, ces œuvres inégalement littéraires, évoquent le conflit, les familles déchirées, l’héroïsme des soldats … Le Petit Journal, qui tirait à plus d’un million d’exemplaires à la veille de la guerre, n’échappe pas à la règle. Le 24 mars, il annonce, sur une demie page, la parution dès le lendemain d’un « grand roman patriotique inédit » signé Paul Bertnay, très connu à l’époque pour ses écrits larmoyants et revanchards. Avec Le Sang de la France, il aborde, selon Le Petit Journal, un « grandiose sujet ». L’illustration elle-même a pour but de susciter la colère contre ces « boches » qui, fusils en joue, visent un prêtre et deux femmes (jeunes filles ?) en larmes. Mais bien sûr le curé et les deux femmes seront sauvés : les soldats français sont là, ils arrivent. Sortez vos mouchoirs, pleurez je le veux.

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C’était dans le journal … le 24 février 1915

Le 24 février 1915, en dernière page, Le Petit Parisien retranscrit la demande solennelle des enseignants, qui veulent être traités comme les autres hommes de France, à savoir bons pour la guerre, prêts au combat, devant comme les autres en découdre face à l’ennemi.

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En effet, un député socialiste de la Drôme, Jules NADI, qui deviendra maire de Romans-sur-Isère après la guerre, vient de proposer que les instituteurs et les maîtres du secondaire et du supérieur puisse ne pas partir à la guerre, du moins pas au jour J défini par leur grade et leur âge, bénéficiant en cela d’un sursis. Ce sursis sera d’ailleurs appliqué pour d’autres professions en 1915, des ouvriers ayant des compétences particulières (tourneurs, fraiseurs, etc) quittant temporairement la caserne et la tranchée pour l’usine ou pour la mine.
Les enseignants signataires de l’appel à monsieur NADI « entendent faire leur devoir de soldats ». Ils craignent que l’opinion publique leur reproche « une attitude qu’ils n’ont point » et estiment que, quant il faut quitter les élèves, « l’administration peut trouver des intérimaires ». La défense de la patrie avant tout !

C’était dans le journal … le 20 janvier 1915

Anastasie est passée par ici, Anastasie repassera par là. Les journaux dans la guerre racontent la guerre. Ils sont au régime sec : L’Intransigeant, en ce début d’année 1915, ne comporte plus qu’une feuille recto-verso. Et encore, au verso il y a des trous. Deux rectangles blancs, ceux des articles cisaillés par la censure. Censure rétablie en temps de guerre, pour ne pas filer d’infos à l’ennemi, pour ne pas démoraliser l’arrière, pour garder l’union nationale jusqu’au bout.

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C’était dans le journal … le 29 décembre 1914

Et maintenant, une page de publicité ! Ça va lui faire une belle jambe, au Poilu, de savoir que les hôtels de la Côte-d’Azur ont rouvert leurs portes. Remercions Le Petit Journal pour cette délicate attention.

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