Un arbre pour tenir face à la brutalité du monde

Chronique du grand confinement, Promenons-nous dans les bois, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

L’allègement du confinement nous permet, à partir de demain, de batifoler dans un rayon de 20 km autour de notre domicile. Ça n’a l’air de rien, mais je peux presque aller gambader jusqu’à Libourne. Je n’ai rien à y faire, et en plus demain j’ai manif (Marche pour les Libertés, 14 h, place de la Bourse, Bordeaux). Mais quand même, cela ouvre des perspectives, notamment, pour tous mes contemporains qui n’ont pas pu quitter le béton. En effet, dans un rayon de 20 km, on doit bien trouver un arbre. Au moins un. C’est quand même plus jouissif qu’une queue de 4 km (protocole sanitaire oblige) devant une enseigne de la grande distribution.
Un possible retour vers la nature ou ce qui y ressemble. L’arbre comme ressource, ancrage profond dans la vie. Celui qui illustre cette note est un chêne, que j’ai le privilège de n’avoir jamais quitté des yeux trop longtemps, car, confinement ou pas, je l’ai croisé de multiples fois, ce bel arbre se situant sur le chemin qui me mène à mon lieu de travail. Aujourd’hui, j’y ai même entendu un geai.

Un chêne dans l’agglomération bordelaise – 27/11/2020

Police partout, justice nulle part : cette fois on y est !

Le monde tel qu'il va

Des attaques contre les libertés au nom de la sécurité, on en a connu un paquet ces dernières années, mais là on atteint des sommets. La loi « sécurité globale » fait glisser mon pays, soi-disant celui des droits de l’Homme, vers un régime autoritaire qui ne se cache même plus. Cette loi, d’ailleurs, vaut à la France un rappel à l’ordre de l’Union Européenne et de l’ONU.
J’aimerais que l’on m’explique en quoi bloquer la liberté d’informer et laisser le champ libre aux policiers pas tous bien policés, permet de lutter contre un virus d’une part et contre le terrorisme d’autre part. En quoi casser la gueule d’un journaliste fait avancer le schmilblick. En quoi vouloir ressembler à tous prix aux flics étatsuniens qui cassent du black à tour de bras contribue à renforcer la sécurité. En quoi, donc, avoir mis KO un producteur de musique, est un signe de respect de la loi et de la dignité humaine ? S’il n’y avait pas eu de preuves filmées de l’agression de Michel, les flics s’en seraient tirés à bon compte.
Pour revenir à ma petite note d’hier, je crois que je vais vraiment finir, sinon à aimer, du moins à m’intéresser au foot : les footballeurs français montent à leur tour au créneau pour dénoncer l’agression abjecte et gratuite dont a été victime Michel, et interpellent Gérald Darmanin via Twitter (à lire dans L’Obs).
Dans toute la France, demain, des marches pour les libertés sont organisées. Il est plus que temps de se bouger.

Et si, subitement, j’aimais le foot ?

Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

Pas trop fan de sport en général. Sauf les courses océaniques à la voile. Sauf le hand quand ce sont des nénettes qui jouent, même que c’est tellement beau qu’on dirait du hip hop. Sauf le rugby, parce-que ça me rappelle tous les albums d’Astérix que j’ai lu quand j’étais petite. Mais le foot, je n’accroche pas. Un sport de manchot, puisque l’usage de la mimine est prohibée. Un sport de chochotte puisque parfois, un joueur à peine effleuré, tombe sur le gazon en pleurant sa mère. Et puis des scores ridicules : 90 mn pour voir trois buts, c’est long, mais c’est long …
Pas fan, donc, mais là l’histoire s’en mêle, et aussi la géopolitique, ma marotte à moi que je kiffe, même que je l’enseigne à tous pleins de choupinets de mon lycée. Je ne fais même que ça. Privilège du grand âge qui fait que mes collègues ont cédé à mon caprice de n’enseigner que la spécialité histoire-géographie-géopolitique-sciences-politiques dans le cycle terminal.

Il se trouve que, par un événement tragique (la mort de Diego Maradona), la géopolitique et le sport sont bel et bien unis. Cette victoire contre l’Angleterre, en 1986, d’un coup de main (main de Dieu avait dit Diego) zappée par l’arbitre, puis d’un drible de dingue, avait apporté à l’Argentine la vengeance bienvenue de la défaite dans la guerre des Malouines quatre ans plus tôt. Si la guerre, selon Clausewitz, est la poursuite de la politique par d’autres moyens, le sport, et ce n’est pas nouveau, est aussi un moyen de faire la guerre. Sans entrainer des millions de morts, et ce n’est pas rien.
Pour bien comprendre la géopolitique de Maradona, je vous propose d’écouter Pascal Boniface :

Un jour sans fin

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne

Le premier confinement m’avait, comme à bon nombre de mes contemporains, donné l’impression de plonger pour de vrai dans le film de Bill Murray, sorti en 1993. Certes, point de marmotte, mais la répétition ad libitum d’un temps qui s’étire avait fini par avoir raison de ma patience, et je me souviens, au premier jour du pré-déconfinement, avoir jailli en bord de Garonne comme un diable sortant de sa boite, et je ne vous parle même pas du retour à l’océan …

Ce deuxième confinement est un peu différent : 50 à 60 h de boulot par semaine, en étant sur site plus d’un tiers du temps, font que je n’ai pas le temps de me sentir confinée. Et puis, rejoindre le lycée tous les jours et en revenir, c’est déjà un moyen de prendre l’air et de voir deux ou trois arbres au passage. Cette impression du Jour sans fin tient plutôt aux cours eux-mêmes. J’ai deux classes par niveau. Ces classes étant coupées en deux pour les raisons sanitaires que nous connaissons, je ne fais plus deux fois le même cours, mais quatre. Car il est hors de question de larguer dans la jungle de la complexité du monde des jeunots de 16-17 ans. Il faut leur expliquer, puis, ensuite, bien sûr, leur donner de quoi nourrir leur réflexion à la maison (la fameuse continuité pédagogique assénée par mon ministère adoré). Pas de problème a priori, autre qu’organisationnel (j’ai l’impression de vivre dans mon agenda, ça me réveille la nuit), sauf que, quand le cours du moment porte sur les attentats de 2015, la lourdeur s’installe. Une forme de morosité, d’infinie tristesse. Quatre fois le souvenir de ces moments-là, ce qui, dans le contexte actuel (mon collègue Samuel a été assassiné il y a à peine plus d’un mois), alourdit, outre la charge de travail, la charge mentale.
Le week-end arrive. Je vais me changer les idées en bidouillant le cours sur la Russie de Poutine …

Relever les casiers, puis recommencer

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne

Les pêcheurs partent en mer poser des casiers. Pour les retrouver, ils les signalent par des petits drapeaux. Le lendemain, ils partent voir si les casiers sont pleins, si les homards sont entrés dans les cages. Et ils rentrent au port, avec le butin et les petits drapeaux.
Face à mes élèves, qui alternent cours en classe et travail à la maison, c’est un peu pareil. Les choupinets déposent leurs travaux dans des casiers. Virtuels, mais casiers quand même. Et parfois dans des casiers pas prévus (messagerie, ou autre). Et je tourne en rond dans l’océan numérique pour relever tous mes casiers afin de n’en oublier aucun.

Et les gens pointèrent le nez en l’air …

Chronique du grand confinement, Nos amies les bêtes, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Parce-que c’était l’heure de retour de boulot pour celles et ceux qui ne télétravaillent pas. Pour les scolaires aussi. Parce-que c’était l’heure de la balade autorisée par les contraintes du deuxième confinement. Parce-que c’était une petite heure avant l’arrivée de la nuit et qu’il fallait profiter un peu du jour. Il faisait si beau, hier (et aujourd’hui aussi, d’ailleurs).
Et parce-que, à ce moment précis, il y avait quelques humains dehors lorsque le cri des grues en migration fut perceptible, tout le monde leva le nez et pointa le regard vers le ciel et les si beaux volatiles. Tout le monde sauf ceux qui étaient au téléphone. Sauf ceux qui, quoiqu’il arrive ne décollent jamais les yeux de leur écran de smartphone. Tant pis pour eux. Tous les autres ont bénéficié du spectacle de ces oiseaux volant vers le sud, magnifiquement éclairés par la lumière rasante et chaude de la toute fin d’après-midi.

Migration des grues cendrées au-dessus de Bordeaux, 17 novembre 2020

Drôle d’ambiance dans une banlieue tranquille

Le monde tel qu'il va, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Nous sommes au nord-ouest de Bordeaux, dans une de ces communes limitrophes qui ne font jamais parler d’elles. Un coin tranquille, accessoirement un peu bourge tendance banlieue chic. La commune se nomme « Le Bouscat », elle a un peu de moins de 24 000 habitants et un hippodrome (avec un joli parc autour, mais je m’égare).
La semaine dernière, un établissement scolaire privé y a été la cible de tags et de graffiti suffisamment préoccupants pour que la police soit saisie. Quelqu’un aurait demandé des renseignements sur cette école, insistant peut-être un peu trop sur son caractère catholique (des religieuses y vivent) pour que cela inquiète. Les parents ne sont pas rassurés et, ceux qui, il y a encore peu de temps, laissaient leurs enfants rejoindre leur école en bus ou en vélo, aujourd’hui se disent qu’il est peut-être plus sage de les accompagner.
J’apprends aujourd’hui qu’un collège public de la même commune est à son tour la cible de tags déroutants, mentionnant, outre des menaces (« vous êtes tous morts »), le nom de Samuel Paty.
Il y a ainsi une ambiance lourde. Peut-être de simples marioles qui jouent, comme on disait autrefois, « à faire l’intéressant ». Peut-être. Sans doute. J’espère que ce n’est que cela. Mais en ces temps poisseux le doute s’instille vite, c’est peut-être aussi cela le terrorisme, même si, par bonheur, il n’y a eu, dans cette bourgade girondine, aucune victime.

Sources : Sud-Ouest et Rue89 Bordeaux

Une zone sans Amazon

American graffitis, Le monde tel qu'il va, Suède

Il existe des endroits sur terre où un morceau des GAFAM n’a pas lieu d’être. Ce morceau, c’est Amazon, destructeur de tout et créateur de rien, pieuvre gloutonne avide de capter tous les marchés du monde, surtout dans les pays à haut niveau de vie, et qui, dans l’exemple qui nous occupe, se cogne au mur têtu de la Suède, pays qui lui a dit « non ».
Temple d’Ikea (autre glouton) et de Volvo (où de ce qu’il en reste depuis que le made in China est passé par là), la Suède rechigne à admettre en son sein le plus gigantesque dealer de cames variés de toute la planète, renvoyant Jeff Bezos dans ses filets. Et pourtant, Bezos et sa firme ont sorti le grand jeu, baptisant même leur opération de séduction du grand nord « Dancing Queen », comme si citer Abba suffisait pour abattre le Suédois. Petit joueur, va !
Plus drôle encore : ignorant tout de la Scandinavie en général et de la Suède en particulier, les ogres amazoniques ont confondu le drapeau suédois avec celui de l’Argentine. Quand on sait à quel point les Suédois aiment leur drapeau et manifestent à tout bout de jardin leur patriotisme, on peut comprendre que la bévue d’Amazon n’est pas passée inaperçue. Il parait, en outre, que la version suédoise du site web d’Amazon, issue approximativement de l’anglais, poserait quelques problèmes titillant les susceptibilités, certains termes, traduits de traviole par un ordinateur (preuve que l’intelligence artificielle est d’abord artificielle, avant d’être intelligente), correspondant à des grossièretés en suédois, ce qui n’est pas le meilleur moyen de gagner des parts de marché. Dans le même ordre d’idée, et montrant en cela qu’Amazon s’est attaqué à un territoire sans même essayer de le connaître, les prix annoncés au catalogue sont au centime près, chose qui fait bien rire les Suédois, puisque, dans ce pays où payer en liquide est déjà, en soi, un anachronisme, il y a belle lurette que la bigaille des centimes a disparu. Avec cet exemple-là, Amazon fait preuve d’un amateurisme phénoménal, et son échec me ravit.

Souvenir de Stockholm, été 2017

Sources : korii et The Guardian

Moins de gens = tram moins bondé ; moins de tram = ?

Chronique du grand confinement, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Le nouveau confinement, allégé par rapport au premier, a pour conséquence qu’un nombre significatif de mes contemporains (dont moi-même) se rendent sur leur lieu de travail chaque jour. Il nous est donc nécessaire de bénéficier des transports en commun avec la même fréquence et donc aux mêmes horaires qu’en temps normal, puisque les heures d’embauche, elles, ne bougent pas.
Comme d’autres de mes contemporains, ainsi désormais qu’une partie des lycéens, ne prennent plus lesdits transports en commun tous les jours puisqu’ils télétravaillent, trams et bus deviennent nettement plus covid-compatibles : on y a un peu plus de place, c’est tout bon pour la distenciation sociale. Rien que de bonheur.
Sauf que, je lis aujourd’hui dans Sud-Ouest, que TBM, le réseau de transport en commun de Bordeaux, confié depuis longtemps à l’entreprise privée Kéolis, va réduire son offre dès jeudi. Offre réduite en soirée, mais aussi, pour les trams, en journée, même si c’est dans une moindre mesure. C’est donc le retour annoncé des trams bondés aux heures de pointe. Je regrette déjà l’heureux temps où les trams se suivaient à la queue leu leu …

Trams à la queue leu-leu à la station Quinconces (Bordeaux), octobre 2020

Rectificatif (12 novembre) : L’article de Sud-Ouest laissait penser que même en journée la fréquence de passage des trams serait revue, du-moins sur certaines portions de lignes. Dans les faits, il n’en est rien. Le réseau circule normalement en journée ; le carrosse ne s’est donc pas transformé en citrouille.

Grues de bon augure

American graffitis, Le monde tel qu'il va, Nos amies les bêtes, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

L’expression populaire « oiseau de mauvais augure » est aujourd’hui inadéquate, puisque, après trois jours de suspense, enfin, les États-Unis ont non seulement un président, mais surtout celui-ci n’est plus Trump. Suis-je soulagée ? oui, forcément. Suis-je tranquille et reposée ? certainement pas, le fourbe Trump et ses troupes semblant capables de tout. L’annonce de la victoire de Biden a été précédée de plusieurs vols de grues cendrées, pile au-dessus de mon home sweet home, car la saison des élections outre-Atlantique coïncide toujours avec le déplacement des grues vers les douces chaleurs méridionales.

Migration de grues cendrées au-dessus de l’agglomération bordelaise, 7 novembre 2020

Ne pas pouvoir voyager n’interdit pas de regarder les avions

Chronique du grand confinement, Le monde tel qu'il va

Clap de fin sur la journée de boulot. Un petit tour sur Flightradar24.com pour le plaisir, peut-être tordu, de regarder la trajectoire des avions. De belles routes bien droites, comme ce Lisbonne / Amsterdam :

Une boucle qui m’interroge pour le Charles-de-Gaulle / Bordeaux :

Et surtout, les ronds dans le ciel, les zigs et les zags d’un A400M en essai au départ de Toulouse :

Une impression de normalité

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Un peu d'art dans un monde de brutes

Comme tous les lundis, j’ai émergé un peu après le journal d’Inter de 6 h, et j’ai consacré la matinée à préparer des cours pour la semaine. Ayant un emploi du temps (presque) tout pourri, je n’ai pas trop le choix. La hiérarchie avait convié, protocole sanitaire oblige, les seuls collègues ayant cours ce matin pour l’hommage à Samuel Paty. Je n’ai donc pas assisté à ce temps pourtant important. Plongée dans les théories de Clausewitz sur la guerre (il n’y a rien que du joyeux dans le programme de spé de terminale), j’ai sorti de mon esprit ce confinement saison 2, encore plus insupportable que le premier, car largement lié à l’incurie profonde de ceux qui nous gouvernent.
Puis, après déjeuner, j’ai enfourché le vélo pour écouter les exposés de gentils poussins de première. Rien que du normal. Pas un policier. Pas un militaire aux abords de l’établissement. Rien que du comme avant.
Juste une nouveauté, une seule : une nouvelle petite série dans les programmes courts d’Arte. Ça s’intitule « De Gaulle à la plage » et, ce soir, le grand Charles portait des tongs pour la première fois (à voir en cliquant ici). Quelle aventure …

Tout est normal : De Gaulle porte des tongs ! (capture d’écran Arte)

Girouette, pirouette, cacahuète, cul par-dessus tête

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne

Il faut, dit le ministre, prendre le temps de rendre un vrai hommage à Samuel Paty. Il faut, dit le ministre, que les professeurs préparent ledit hommage, et donc il faut, dit toujours le ministre, décaler la rentrée de lundi de deux heures. Pour une fois, j’apprécie ce que dit le ministre en l’en remercie.
Il faut, dit le ministre, respecter le protocole sanitaire et tout bâcler en 10 minutes, lecture de la lettre de Jaurès et minute de silence incluses. Je me disais bien, aussi, … qu’un hommage dans la cour, tous ensemble, c’était pas à la hauteur du ministre.
Il faut, dit le ministre, renforcer le protocole sanitaire, éviter le brassage des élèves. Le ministre écoute enfin les toubibs, c’est bien.
Ce à quoi nos chefs répondent en coupant les classes en deux. En le disant aux élèves mais pas aux profs, qui le découvrent donc par leurs élèves, gentils choupinets qui inondent les boites mail de leurs enseignants pendant les vacances, quel que soit le sujet, messages auxquels il m’arrive parfois de répondre (« Roselyne-Sophie, je vous l’ai dit en cours : vous n’avez pas besoin d’apporter votre manuel lundi », « Auguste-Patrick, les notes qui sont sur pronote sont bien pour le 1er trimestre », etc). Cela dit, sur ce coup-là, ils ont fonctionné en lanceurs d’alerte, je les en remercie.
Puis on apprend, la veille de la rentrée (donc aujourd’hui) que le nouvel emploi du temps finalement ne sera pas mis en place. Enfin pas tout de suite. Peut-être mardi. Ou mercredi. Ou pas du tout. Tout cela après avoir passé le week-end à replanifier et réécrire tous les cours, mais comme nous sommes confinés, nous n’avons que ça à faire. C’est vrai, quoi, faudrait quand même pas qu’on s’ennuie !
On apprend aussi que le temps pour Samuel Paty sera respecté, mais c’est une décision locale, prise par la hiérarchie de mon bahut (décision que j’apprécie), sachant que cette initiative peut être remise en cause par le ministre, on ne sait jamais. Demain il fera jour…
Et donc, demain, ce sera l’improvisation totale. Par chance, je n’ai cours que l’après-midi.
Petit gag pour finir : notre hiérarchie a omis de mentionner, sur les attestions permettant de circuler, la totalité des adresses des différents sites du bahut (car celui-ci est grand et éparpillé). Camarade policier, attestation et moi, nous voilà !
À part ça, tout va bien. Nous avons cueilli les dernières feuilles du basilic du jardin et les avons dégustées avec des pâtes et un filet d’huile d’olive, c’était excellent. Il ne faut pas négliger les petits bonheurs de la vie, confinement ou pas.

La colère de la Madeleine

Chronique du grand confinement, Le monde tel qu'il va

Cette histoire des magasins dits essentiels, et qui donc restent ouverts, tandis que les petits commerces sont confinés, cela m’exaspère. À peu près autant que tous ces pignoufs qui ont rejeté le masque (sauf pour éviter la prune à 135 €) et qui, aujourd’hui, nous offrent une seconde vague en cadeau d’Halloween. Et cette exaspération, je la partage avec Lola Semonin, nom de scène « Madeleine Proust » :

Je suis un playmobil vivant (et un peu vénère)

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

Quand j’étais mouflette, j’adorais les playmobil. Je leur faisais vivre des aventures incroyables dans des constructions en légo, c’est dire comme c’était moderne le vingtième siècle. Et puis, quand j’en avais marre, je détruisais la construction en légo et je rangeais les playmobil dans leur boite. Ou plutôt je les laissais en vrac, parce-que s’ils étaient trop bien rangés, je risquais de les oublier. Et pour jouer, c’est gênant.
En tant que citoyenne d’une brave démocratie, et surtout en tant que fonctionnaire de l’État qui porte cette démocratie, je me sens actuellement mi-playmobil mi-légo, jouet aux mains d’incompétents incapables d’assumer leurs errements et leurs erreurs, sinon en remettant tous les joujoux dans la boîte parce-qu’ils ont perdu la partie. La remise des joujoux dans la boite, en langage adulte, ça s’appelle le confinement. Néanmoins, certains playmobil continueront de jouer car il faut que la garderie nationale soit ouverte pour que les parents puissent travailler. Ce sont des playmobil qui ont de la chance : ils jouent avec des enfants. Petits veinards !
Hier soir, lors de la conférence de presse du gouvernement, monsieur Blanquer a ainsi clairement dit aux proviseurs des lycées qu’ils étaient libres d’organiser la rentrée du 2 novembre comme bon leur semblait pour que leurs playmobil puissent bien travailler, sachant qu’il faut à la fois respecter le protocole sanitaire et rendre hommage à Samuel Paty.
Monsieur le Ministre laisse donc à ses sous-fifres le plaisir de gérer la merde semée par sa réforme du lycée. Car, si, lorsqu’il l’a pondue, le risque covid n’existait pas, celui, plus pédagogique, du brassage infini d’élèves de toutes les classes d’un même niveau était bien pointé. Il en a fait fi mais ne semble point fort marri, puisque c’est sur le terrain qu’il faut gérer l’embrouille du brassage et des contaminations potentielles, tout cela avec des masques dont la toxicité supposée donne plus envie de les jeter que de les porter.
Nous voilà donc dans un certain embarras, sans aucune info officielle du ministère, ni du rectorat, ni du lycée. Mais quand même, mes collègues et moi-même apprenons par des élèves que les emplois du temps ont été modifiés. Nous sommes vendredi en fin d’après-midi, le week-end commence, et, confinés ou pas, nous sommes en droit de finir de profiter de la fin de nos vacances (pour corriger les copies en souffrance ou finir de préparer des cours, mais faut pas le dire trop fort), et nous n’avons aucune info officielle. Ni non plus les attestations qui nous permettront de venir légalement au boulot lundi, confinement oblige. Je vous promets que si je prends une prune en allant au taf, je démissionne. Ou je prends ma retraite, même si je n’en ai pas l’âge.

Site web du Monde – 30 octobre 2020

Retour à la case départ

Chronique du grand confinement, Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

Nous avons tenu, serré les dents lors du premier confinement, puis libéré les énergies dans l’été. Retour au boulot. Au lycée, c’est simple : tous les marmots ensemble, classes blindées, protocole sanitaire en mode clown. Mais nous sommes vivants.
Vivants, mais reconfinés et, forcément, fort déconfis. Tristes de ce retour à la case départ. Certains de mes contemporains réattaquent l’A6 par la face nord et stockent, comme au bon vieux temps, pâtes et PQ. On nous annonce un week-end ensoleillé. Il me reste trois paquets de copies à corriger. Vues les circonstances, ce pauvre blog malmené va à nouveau faire une pause sur les photos du lundi (rubrique « photo de la semaine ») et du mercredi (rubrique « collection ») par manque de munitions. Portez vous bien et à bientôt sur nos lignes …

Toujours cette même haine

Je suis prof mais je me soigne, Le monde tel qu'il va

Vendredi, 17 heures. Les écoles, collèges et lycées songent sérieusement à fermer les portes pour deux semaines, renvoyant vers leurs doux foyers enfants et personnels pour des congés bien mérités.
Vendredi, 17 heures. Près d’un collège des Yvelines, un collègue que je ne connaissais pas, mais un collègue néanmoins, est sauvagement assassiné par un gamin endoctriné qui l’abat au nom de l’islam, parce-qu’il faut toujours trouver une raison à sa haine, une explication à son ressentiment.
L’affaire, vous la connaissez, nous la connaissons tous. L’enquête est en cours, et l’enchainement des faits rend cet assassinat plus sordide encore. De la gamine absente du cours qu’elle critique, à son père qui s’emballe sur les réseaux sociaux, tout cela pour aboutir à un fou de dieu armé d’un grand couteau de cuisine.
Alors je ne dirai rien d’autre de cela, de l’enquête en cours. C’est la sidération qui domine encore, qui dominait dimanche en ville lors du rassemblement pour rendre hommage à ce collègue-là.

Je n’extrapolerai pas non plus sur les manquements continus de l’institution censée nous protéger : nous ne pouvons pas mettre un flic derrière chaque prof, mais peut-être qu’un peu moins de lynchage médiatique depuis tant d’années aurait été salutaire. Peut-être. Peut-être seulement.
Je suppose que si j’avais connu ce collègue-là, nous aurions surement échangé des idées, des pistes de cours. Il s’appelait Samuel, et peut-être l’aurais-je appelé Sam parce-que j’ai le diminutif facile.
Je pense à la rentrée du 2 novembre (mais pas à monsieur Blanquer qui la prépare). Je pense aussi à la femme et au petit garçon de Samuel, petit garçon à qui il faut expliquer que papa ne reviendra pas. Je pense aussi à ses collègues, ses amis, ses élèves qui l’appréciaient tellement qu’ils voulaient tous avoir monsieur Paty.

Une petite phrase en passant

American graffitis, Le monde tel qu'il va, Une petite phrase en passant

« Lorsque Trump se présente à ses partisans depuis le balcon de la Maison Blanche, qu’il arrache son masque, et se frappe la poitrine, il n’est pas le matamore grotesque que l’on croit voir, nous autres encore un peu doués de raison, il est le « sauveur suprême » auquel le virus ne peut résister. Il ne mime pas Superman, il est Superman. Du moins pour des millions d’Américains. »

Denis Sieffert, « Trump et le délire complotiste », Politis n°1623, 14 octobre 2020

Une chansonnette

Je suis prof mais je me soigne, La chansonnette, Le monde tel qu'il va

Je pourrais jouer les commentatrices de base et de blog à propos des récents propos du patron-président. Je pourrais, mais je n’ai pas envie. Pas ce soir. D’errements en errances, l’homme une fois encore nous fait porter le chapeau. Et que je te mets du couvre-feu pour respecter le p… de métro-boulot-dodo sacré, seule cause justifiant à la vie d’être vécue ! Alors, non, je n’irai pas plus loin car mon énervement ne changerait rien.
Je pourrais, dans le même temps, faire mon égoïste fiérote de ne pas être dans ces fameuses villes visées par l’interdiction de moufter après 21 h. Et, pourtant, le pire, c’est que demain, je vais encore tancer les marmots à propos du masque, sur l’air de « vous voyez ce qui nous pend au nez … d’ailleurs, cachez-le, votre nez, oui, vous, Claude-Baptiste, et vous aussi Angèle-Sophie ». Non, rien de tout cela.
J’ai juste envie de partager avec vous un petit bout de ma playlist qui est tombée dans mes oreilles alors que je rejoignais mon home sweet home dans le tram ce soir (si vous le souhaitez, cliquez ici pour lire les paroles) :

Brigitte Fontaine
Cul béni (2006)

Le tram en mode « nique ta rame »

Le monde tel qu'il va, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

Je prends le tram pour aller et revenir du boulot au moins trois fois par semaine. Sinon, c’est vélo et c’est plus rigolo. Mais le tram c’est pratique, tôt le matin il fait nuit, c’est plus facile. Jusqu’à aujourd’hui, le quart d’heure de tram fut plutôt plaisir, écouteurs vissés dans les ouïes pour oublier le masque, Marianne Faithfull et Leonard Cohen dans la playlist ce matin. Une certaine forme de bonheur, couplée à la balade matinale et urbaine dans les petites rues pour rejoindre le bahut, un chouia d’air frais avant de se remasquer le museau.
Et ce soir, patatras ! du grand n’importe quoi ! Quelques personnes ostensiblement sans masque, d’autres qui beuglent dans leurs téléphones ou qui diffusent leur musique à donf, des godasses dégueu sur les sièges, des moues boudeuses, des tronches pas aimables. Un mauvais jour sans doute. D’autant plus mauvais que ce type de comportement donne du grain à moudre à tous les anti-je ne sais quoi (anti-jeune, anti-arabe, anti-meuf, anti-intello à lunettes, anti-black, anti-pauvre, etc), au demeurant racistes et trop à droite pour que je les suive dans le virage sans me vautrer au passage. Virage que, de toute façon, je ne prendrai pas. Mais quand jouerons-nous tous réellement collectif ???

Le tram de Bordeaux sur le pont de Pierre en 2017

La chansonnette passe l’été en France – Dimanche 5 juillet

Il y a une vie en dehors de Bordeaux, La chansonnette, La mer et ses poissons, Le monde tel qu'il va

Il n’y a pas que les vacances dans la vie, il y a aussi les week-ends, et même simplement une journée de break dans la semaine peut faire l’affaire. Du côté de Marseille, on peut se raprocher des calanques, voire passer la journée aux Goudes. Je me souviens bien de cet endroit, pour l’avoir croisé il y a huit ans. « C’est un plaisir que personne ne boude / Le rêve marseillais, un soir d’été au cabanon. » Un plaisir d’autant plus important que Marseille vient, enfin, de basculer du bon côté de la force grâce à l’élection, hier, de Michèle Rubirola comme maire de la ville. Il y a des jours, comme ça, où l’on prend confiance dans l’humanité.

Massilia Sound System
Dimanche aux Goudes

Les Goudes (Marseille) – Juillet 2012

La semaine commence plutôt bien

Le monde tel qu'il va

Une petite phrase en passant

American graffitis, Le monde tel qu'il va, Une petite phrase en passant

« Chaque citoyen américain croit ou est supposé croire que, par son seul effort individuel, il pourra améliorer son sort, quelle que soit son origine culturelle ou sociale : ce rêve américain, depuis les origines, attire les immigrants qui constituent la nation et il permet, en principe, à des hommes et des femmes, infiniment divers par leur origine, leur culture, leur croyance, de vivre ensemble : la Constitution est leur contrat social, l’économie de marché est leur « échelle de Jacob », et de l’Etat fédéral à Washington, on n’attend pas grand-chose. »

Guy Sorman, « Les États-Unis sont maintenant au bord de l’autodestruction », lemonde.fr, 15 juin 2020 (lien pour les abonnés)

Une chansonnette

Chronique du déconfinement, Chronique du grand confinement, La chansonnette, Le monde tel qu'il va

Pierre Perret
Les confinis

En v’là du (very) big mac, en v’là

Chronique du déconfinement, Tambouille

J’ai entendu dire, par Ouest-France et par ailleurs, que le déconfinement, chez certains de mes contemporains, avait provoqué une ruée vers une enseigne de fast food reconnaissable à son grand « M » majuscule jaune. Il parait même que ces mêmes contemporains ont patienté des heures pour accéder au graal des graals, qu’en ce lieu il est habituel de nommer « Big Mac ». Tant d’efforts pour quelque chose, camarade blogonaute mon ami, qu’il est possible de faire chez soi, en suivant la recette de maman Maïté. Et là, c’est vraiment très big :

Un océan confiné ?

Chronique du déconfinement, La mer et ses poissons, Si la Nouvelle Aquitaine m'était contée

L’océan Atlantique, dans le golfe de Gascogne, bien souvent s’abat et cogne sur le sable, façon avion qui aurait oublié de sortir le train d’atterrissage avant d’effleurer le tarmac. L’océan, en Gironde, dans les Landes et ailleurs, fabrique de la vague et du rouleau à la chaîne, le fordisme au service du surf. Car le plaisir que procurent toutes ces vagues, aussi dangereuses soient-elles, ce sont d’abord les surfeurs qui en profitent. Surtout au printemps (le baigneur attend surtout que la température de l’eau se réchauffe).
Mais là, en cette toute fin de mai sur la presqu’île du Cap Ferret, il faut se rendre à l’évidence : l’océan reste timide, comme encore confiné, sage comme une image. Et le surfeur déconfit attend la vaguelette pour, quand même, tenter de se faire un petit peu plaisir, lui qui a tant milité pour la réouverture des plages dans ce fameux mode dynamique qui s’impose actuellement.

Des surfeurs attendent la vague sur une plage de Lège-Cap-Ferret, fin mai 2020

Une petite phrase en passant

Le monde tel qu'il va, Une petite phrase en passant

« On critique beaucoup les politiques, mais moi j’ai tendance à critiquer aussi les électeurs. Car, que ce soit en France ou ailleurs : Israël, USA, Russie… je trouve, pour dire les choses simplement, que les électeurs n’ont pas très bon goût. »

Guy Bedos, dans une interview pour Rue 89 Bordeaux (24 mars 2017)

Dix A380 sur le tarmac de Châteauroux

Il y a une vie en dehors de Bordeaux, Le monde tel qu'il va, On ne va pas en faire toute une histoire

Châteauroux, département de l’Indre, région Centre-Val-de-Loire. Une agglomération de 70 000 habitants et un aéroport gigantesque, surdimensionné.

Localisation de l’aéroport de Châteauroux – Capture d’écran GoogleMaps

Dans mon imaginaire de pauvre citadine shootée au tropisme atlantique depuis toujours, j’imagine Châteauroux comme une terre lointaine et exotique, à mille milles de toute terre habitée. Mon imaginaire limité ne me portait donc pas à y voir un énorme aéroport, où stationnent actuellement dix A380 de la compagnie British Airways, ainsi que bien d’autres aéronefs, souvent gros porteurs.
Le stationnement de ces avions n’est ni le fruit du hasard, ni celui de la mise à la retraite annoncée des A380 (même si pour Air France – KLM, c’est déjà acté), mais bien le fruit du covid. En effet, il y a, à Châteauroux, un site de maintenance aéronautique : même à l’arrêt, un avion doit être entretenu, cocooné (c’est le terme consacré). De plus, au temps lointain de la guerre froide et avant que De Gaulle ne se mette à bouder, Châteauroux était la première base logistique de l’OTAN en Europe. En 1967, l’OTAN s’en est allé mais le tarmac et les installations aéroportuaires ont été conservées. D’où nursery aujourd’hui.

Source : L’Obs

Une petite phrase en passant

Chronique du déconfinement, Le monde tel qu'il va, Une petite phrase en passant

« Les piétons sont au fondement de l’urbanité. Ce sont eux qui animent la ville et la rendent plus sûre. Ce sont eux, aussi, les plus vertueux : vraiment aucune nuisance. Ils doivent être au sommet de la hiérarchie des modes de déplacement et le vélo ne vient qu’après, puis les transports publics et enfin la voiture. »

Frédéric HÉRAN (économiste des transports), lemonde.fr, 20 mai 2020

De l’inutilité du radio-réveil

Chronique du déconfinement, Nos amies les bêtes

Chant de la grive musicienne = debout !
Coassement des grenouilles = dodo