Une petite phrase en passant [10]

« Mais un bar, ça ne tient pas avec trois touristes qui gueuletonnent un croque-monsieur. Il te faut du pilier, pour tenir, du gars prêt à vendre sa maison pour boire. Si tu vends de l’alcool, il te faut une clientèle de passionnés, pas des amateurs de kir à la fraise. »

Virginie Despentes, Vernon Subutex, tome 2, 2015

Une petite phrase en passant [9]

« Le problème aujourd’hui n’est pas tant le capitalisme que le court-termisme. Les entreprises sont aujourd’hui otages de leurs actionnaires, qui s’en fichent de l’avenir à long terme. Si elles étaient à nouveau dirigées par leurs dirigeants, on aurait moins de licenciements économiques, et une stratégie de long terme. »

François Gemenne (chercheur en sciences politiques à l’université de Liège), dans un entretien accordé au site Reporterre, mis en ligne le 25 mai 2019

Une petite phrase en passant [9]

Il y a la voiture “droite coupable”. Toujours de marque française, de coupe classique et de couleur sombre. Surtout pas m’as-tu-vu, tu vois ? Et il y a la voiture “droite décomplexée”, comme les 4 × 4 bling-bling et autres SUV qui permettent de dominer les voitures normales. Compris ?

Laurent TELO, « À l’approche des Européennes, voyage en terre de droite », Le Monde, 3 mai 2019

Une petite phrase en passant [8]

– Alors ? pourquoi tu veux l’être, institutrice ?
– Pour faire chier les mômes, répondit Zazie. Ceux qu’auront mon âge dans dix ans, dans vingt ans, dans cinquante ans, dans cent ans, dans mille ans, toujours des gosses à emmerder.

Raymond Queneau, Zazie dans le métro , 1959

Une petite phrase en passant [7]

« L’Éducation nationale ne doit pas préparer les jeunes dont l’économie ou la société ont besoin. La finalité de l’éducation est de provoquer une métamorphose chez un être pour qu’il sorte de lui-même, surmonte sa peur de l’étranger, et rencontre le monde où il vit à travers le savoir.

Albert JACQUARD, « Moi, Albert Jacquard, ministre de l’Éducation, je décrète », L’Humanité, 22 mars 1999

Une petite phrase en passant [6]

« … [elle] l’avait regardée avec ces yeux d’adultes qui vous ont talqué les fesses quand vous étiez une bambine, elle s’était retenue de dire « je t’ai connue haute comme ça » ou « comme le temps passe comme tu as grandi », mais son expression disait quand même tout cela, parce-que ça reste une énigme, pour les adultes, que des machins qui se trainaient à quatre pattes en suçant des tétines puissent se transformer en si peu de temps en semi-monstres qui chaussent du 42. »

Virginie Despentes, Vernon Subutex, tome 1, 2015

Une petite phrase en passant [5]

« L’homme a créé des dieux ; l’inverse reste à prouver. » (Serge Gainsbourg)

Une petite phrase en passant [4]

« L’argent des riches est plus efficace que celui des pauvres, qui permet rarement de résoudre quoique ce soit. Quand un pauvre essayer de régler quelque chose avec de l’argent, il le perd. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est pauvre ».

Arto Paasilinna, La cavale du géomètre, 1994 (1998 pour la traduction française)

Une petite phrase en passant [3]

« Il ne faut pas confondre les cons avec les crétins, qui est une forme pathologique. La connerie est une forme de luxe : on choisit d’aller emmerder le monde. »

Phrase de l’historien Antoine de Baeque citée par Quentin Périnel,
« Psychologie de la connerie sur votre lieu de travail »,
Le Figaro, 20 novembre 2018

Une petite phrase en passant [2]

J’suis pas malin j’ai des excuses
Je viens de cette époque étrange avec 3 chaînes à la télé
Et puis des TGV oranges
Du coup dans ma génération on est pas toujours très très fin
On en demande pas trop à qui a grandi devant TF1

Alexis HK – Extrait de la chanson « Salut mon grand », de l’album Comme un ours, octobre 2018

Tristesse finlandaise

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA
Arto Paasilinna en 2007 (Wikimedia Commons)

« Les plus redoutables ennemis des Finlandais sont la mélancolie, la tristesse, l’apathie ». C’est ainsi que commence Petits suicides entre amis, une des multiples pépites d’Arto Paasilinna, auteur prolixe et finlandais qui vient d’avoir le mauvais goût de mourir, lui qui pratiquait l’humour à assez haute dose, surtout quand il était noir.
Je me suis remis le nez dans Petits suicides … lors de mes vacances en Finlande, et depuis je gloutonne du Paasilina, comme les Finlandais, cette « nation de guerriers », « se rassasient de saucisses graisseuses » lors des fêtes de la St-Jean.
D’un petit détail ne tenant même pas lieu de fait divers (songeons au célèbrissime Lièvre de Vatanen), Paasilinna pondait un roman aux ramifications complexes, inattendu, toujours d’une grande drôlerie. C’est ce côté fantasque qui va désormais manquer à tous ces lecteurs, cette impression d’être emmenés sur le fil d’un funambule qui ne sait pas toujours lui-même où il va. Nous le suivions malgré tout avec une totale confiance, car les livres de cet homme-là ont le pouvoir de rendre heureux.

Une petite phrase en passant [1]

« Si Galilée, Darwin, Spinoza, Pasteur, Einstein et tant d’autres avaient été de grands mondains écumant les afters au petit matin, après avoir dansé toutes les nuits comme des endiablés, nous en ­serions encore à gratter les silex sous la pluie… »

Dr David Gourion, dans une interview au journal Le Monde le 2 octobre 2018

Collection # 357

Envie de vacances

plage

Collection # 350

Balade dans le marais des Bris
Ile d’Oléron, mai 2016

balade

Le petit livre rouge des champignons

1C’est un petit bouquin facile à emporter dans le sac à dos, léger et aisé à manipuler même dans la forêt, quand vraiment on veut être bien bien sûr que ce qu’on a sous le nez est bien un jeune rosé et non une vilaine phalloïde, la première amanite que les cueilleurs sont priés d’apprendre à reconnaître. Et cet ouvrage s’y emploie efficacement.
Ce manuel, intelligemment illustré (en clair : on reconnait vraiment les champignons) se focalise sur les principaux champignons que l’on peut trouver sur l’île d’Oléron, en les classant par saison. L’ouvrage débute par des généralités bien utiles sur la biologie des champignons, même si le vocabulaire peut sembler un peu ardu pour les non initiés.
Les descriptions sont claires et précises, rédigées par de vrais cueilleurs de champignons (Guy Dupuy et Jacques Guinberteau, ce dernier étant en outre mycologue à l’INRA), et il y a même une carte localisant vaguement les secteurs de l’île où pousse chaque espèce (n’attendez pas un positionnement GPS : les coins à champignons, c’est comme l’âge de la dame, ça ne se dit pas).
Un seul bémol : ce petit livre rouge s’arrache comme des petits pains, et il n’en restait plus qu’un seul exemplaire au week-end dernier à la librairie des Pertuis, à St-Pierre.

Guy DUPUY et Jacques GUINBERTEAU, Champignons de l’île d’Oléron, au fil des saisons, Communauté de communes de l’île d’Oléron, 2015

Un tentacule, c’est tentant

LIV874Le Poulpe avec un « P » majuscule est un héro de romans à auteurs multiples, qui a eu 40 ans en l’an 2000, et qui joue les justiciers au hasard de ses balades, pour peu que celles-ci partent du XIe arrondissement de Paris (bistro « Le pied de porc à la Ste Scolasse ») et y reviennent (salon de coiffure de sa chère et tendre, avec kangourous roses en peluches à l’étage).
Le poulpe avec un « p » minuscule est un gros céphalopode malin, qui, comme son homologue à « P » majuscule, a de très longs bras et de très longues jambes. En double par rapport à l’humain. On les appelle les tentacules et ça se mange grillé sur les ports grecs.
Avant de passer à table, le poulpe est gardé au frais, soit au congélateur, soit en mer :

poulpe-P1500823.jpg

Puis il évapore, il sèche, … ou il décongèle, pour le plus grand plaisir des badauds qui savent très bien ce qui est bon avec l’ouzo :

poulpe-P1500829.jpgPhotos : Porto Rafti (sud de l’Attique), avril 2015

De l’eider à l’édredon

« Certes, à voir cet homme, je n’aurais jamais deviné sa profession de chasseur ; celui-là ne devait pas effrayer le gibier, à coup sûr, mais comment pouvait-il l’atteindre ?
Tout s’expliqua quand M. Fridiksson m’apprit que ce tranquille personnage n’était qu’un chasseur d’eider, oiseau dont le duvet constitue la plus grande richesse de l’île. En effet, ce duvet s’appelle l’édredon, et il ne faut pas une grande dépense de mouvement pour le recueillir.
Aux premiers jours de l’été, la femelle de l’eider, sorte de joli canard, va bâtir son nid parmi les rochers des fjords dont la côte est toute frangée. Ce nid bâti, elle le tapisse avec de fines plumes qu’elle s’arrache du ventre. Aussitôt le chasseur, ou mieux le négociant, arrive, prend le nid, et la femelle de recommencer son travail. Cela dure ainsi tant qu’il lui reste quelque duvet. Quand elle s’est entièrement dépouillée, c’est au mâle de se plumer à son tour. 1Seulement, comme la dépouille dure et grossière de ce dernier n’a aucune valeur commerciale, le chasseur ne prend pas la peine de lui voler le lit de sa couvée ; le nid s’achève donc ; la femelle pond ses œufs ; les petits éclosent et, l’année suivante, la récolte de l’édredon recommence. »

Jules VERNE, Voyage au centre de la Terre, 1864

Sur les traces d’Andersen [3]

sous l'eau P1430770Cette dernière note consacrée à Andersen évoque un de ses poèmes, dont je n’ai pas retrouvé le texte intégral sur le net, du moins pas en français. Ce poème, écrit lors d’un voyage en Suisse, reprend un vieux conte populaire danois : Agnès et le triton.
Agnès (« Agnete » en danois) est une jeune paysanne. Marchant au bord de la mer, on la devine rêveuse et mélancolique, elle croise un triton et en tombe follement amoureuse. Elle le suit au fond de la mer où, en huit ans, elle donne naissance à sept fils. Un beau jour, alors qu’elle regardait tendrement son dernier enfant dans son berceau, elle entend les cloches de son village. Prise d’une immense nostalgie, elle demande à son triton de mari l’autorisation de retourner à la surface le temps d’assister à la messe. Le triton, pas mauvais bougre, laisse Agnès partir. La jeune femme ne revint jamais au fond de la mer auprès de son époux et de ses enfants.

sous l'eau P1430768

La sculpture visible au fond d’un canal de Copenhague, en plein centre-ville, montre le triton resté seul avec ses fils, le plus jeune étant dans ses bras (pas très visible sur les photos). Les huit personnages tendent les bras, attendant en vain Agnès, dans un profond désespoir.

sous l'eau P1430771

Cette sculpture a été réalisée par une artiste danoise pratiquant aussi la photographie : Suste BONNÉN. Elle a été installée dans le canal en 1992. On peut aisément faire le rapprochement entre cette sculpture et les photos de Suste BONNÉN, en particulier celles montrant des bébés nés par césarienne, et dont les postures et les visages rappellent les personnages de la sculpure.

sous l'eau P1430772

Sur les traces d’Andersen [2]

petite sirène P1430684Il serait inconvenant d’évoquer Andersen en passant à côté de l’emblème de Copenhague : la Petite Sirène, toute petite statue de bronze perchée sur son tout petit rocher, et qui attire si bien la foule que j’ai eu, l’espace d’un instant, l’impression d’être près de la fontaine de Trevi, à Rome.
Au départ, il y a donc un conte d’Andersen, que les studios Disney ont tellement édulcoré qu’ils l’ont rendu niais. La version qu’envisage de réaliser Sofia Coppola semble plus proche de la réalité du personnage, moins lisse et moins mignon qu’il n’y parait.

petite sirène P1430679

La Petite Sirène est, à Copenhague, une nénette de bronze de 175 kg, ce qui est beaucoup pour simplement 1,25 m ! Elle fut réalisée à la demande du fils du patron de la brasserie Carlsberg, en 1909, par un sculpteur qui s’inspira de deux modèles pour la réaliser : une danseuse et sa femme.

petite sirène P1440186

Les aventures de la sculpture furent nombreuses et désagréables : décapitée à au moins deux reprises, elle eut aussi un bras arraché, elle fut barbouillée, dynamitée, et emballée dans une burqa. Mais cela est sans importance : cela fait belle lurette que la statue originale dort tranquillement dans un lieu inconnu, les badauds ne s’extasiant que devant une simple copie.

Sur les traces d’Andersen [1]

Difficile de visiter Copenhague sans penser à Andersen, le conteur et poète danois du XIXe siècle. Célèbre à l’étranger (il vécut en Allemagne et en France) bien avant d’avoir eu la reconnaissance qui lui était due dans son propre pays, Andersen a vécu de longues années à Copenhague, notamment à Nyhavn, en face du quai que je montrais ici-même hier. Une plaque atteste de sa présence.

andersenP1430747

Il a ainsi vécu dans une maison aujourd’hui d’un beau rouge vif. C’est notamment là qu’il a écrit La Princesse au petit pois.

andersenP1430746

La reconnaissance dans son propre pays fut tardive mais à la hauteur des ambitions du monsieur, et aussi de son talent : il devint conteur officiel des enfants du roi, faisant ainsi ressembler sa vie à un conte de fée. Parti apparemment de rien, famille dans la dèche et conditions de vie sordides dans sa jeunesse, il se hisse au rang des plus grands, tel le vilain petit canard devenu cygne dans un de ses contes. A la fin de sa vie, on offre des banquets gigantesques en son honneur, il est adulé.
Il est mort à Copenhague en 1875, à l’âge de 70 ans. Il est enterré dans un immense cimetière beau comme un jardin sauvage dans le quartier assez populaire de Nørrebro, et des enfants déposent encore aujourd’hui dessins et joujoux sur sa tombe.

andersenP1430804

Bulletin météo

 » Il ne fallait pas moins de huit étages pour accueillir les trois cents fonctionnaires qui, chaque jour, publiaient le même bulletin météo que la veille. Force est cependant d’admettre que ces scientifiques de haut vol donnaient dans la nuance. Avec une belle vigueur, ils étaient capables de différencier le gris ardoise, le gris souris, le gris anthracite, le gris perle, le gris escargot, le gris écureuil et le gris éminence. De longues réunions de synthèse leur permettaient d’affiner leurs prévisions. Certes, on le savait déjà : la pluie serait au rendez-vous. Mais il importait de dire s’il s’agirait de fortes pluies ou de pluies éparses, d’averses ou d’ondées, de crachins ou de giboulées, de pluies diluviennes ou de pluies battantes. »

Michel RENOUARD, Le bouillon de minuit, éditions Alain Bargain, Quimper, 1999

Comment créer un club ?

[…] quand un Américain a une idée, il cherche un second Américain qui la partage. Sont-ils trois, ils élisent un président et deux secrétaires. Quatre, ils nomment un archiviste, et le bureau fonctionne. Cinq, ils se convoquent en assemblée générale, et le club est constitué […].

Jules VERNE, De la terre à la lune, 1865

What’s new ? [vendredi 3 septembre 2010, 8 h 50]

Y’a pas à tortiller, cette fois c’est la rentrée ; si l’été continue, les vacances qui vont avec sont bel et bien derrière nous. Petite revue de web :

  • Des nouvelles tout d’abord du CEPMO, le lycée expérimental de l’île d’Oléron, sauvé in extremis mais il faut rester vigilant : sursis d’un an dans la Maison Heureuse, le bâtiment de Boyardville où ce lycée est implanté depuis le début, et dont le loyer devait être multiplié par dix sur décision municipale ; pour 2011, élèves et enseignants migreront vers le sud de l’île, dans un bâtiment de Saint-Trojan qu’il faut rénover : Dernière rentrée à Boyardville (Sud-Ouest).
  • Retour à l’école pour 220 millions d’enfants chinois, avec les mêmes inquiétudes parentales que partout, et quelques rituels plus ou moins pesants pour les enfants (vidéo dans Aujourd’hui la Chine).
  • Côté élèves pour terminer : Pour la rentrée, 10 bêtises à faire à l’école (ou pas), à travers la BD (Des bulles carrées).

—> Illustration : Carl HERTEL, Classe pendant une leçon de géographie, 1874

What’s new ? [lundi 10 août 2009, 18 h 20]