Collection 537

Orange dehors, orange dedans

Le rougegorge porte mal son nom : déjà, la zone colorée ne se résume pas à la gorge, mais englobe tout le poitrail et une bonne partie de la tête du petit passereau. Et surtout, la couleur n’est pas rouge, mais orange. La preuve, s’il en fallait une, avec ce joli spécimen qui raconte plein de choses passionnantes dans son mimosa :

Le même oiseau, lorsque je force le zoom au-delà du raisonnable (c’est une photo moche, mais c’est pour la science), montre l’intérieur de son bec, voire sa gorge : orange aussi.

Photos réalisées en Charente-Maritime en juin 2020

Une petite phrase en passant

« Chaque citoyen américain croit ou est supposé croire que, par son seul effort individuel, il pourra améliorer son sort, quelle que soit son origine culturelle ou sociale : ce rêve américain, depuis les origines, attire les immigrants qui constituent la nation et il permet, en principe, à des hommes et des femmes, infiniment divers par leur origine, leur culture, leur croyance, de vivre ensemble : la Constitution est leur contrat social, l’économie de marché est leur « échelle de Jacob », et de l’Etat fédéral à Washington, on n’attend pas grand-chose. »

Guy Sorman, « Les États-Unis sont maintenant au bord de l’autodestruction », lemonde.fr, 15 juin 2020 (lien pour les abonnés)

Aurélie de deux couleurs, et une énigme

Aurélie est le joli petit nom d’une méduse presque totalement transparente. Elle est assez courante en Atlantique, surtout l’été. De son nom savant aurelia aurita, elle est actuellement visible sur les plages de Charente-Maritime :

Sur la même plage, et pas bien loin de l’aurélie ci-dessus, se trouvent de nombreuses méduses bleues (c’est leur nom), de la même famille que l’aurélie :

Jusque là, nous sommes dans du connu, du déjà vu. Mais il y a aussi une autre sorte d’animal faisant penser à une méduse bleue, un peu par sa forme et bien sûr par sa couleur, mais, en y regardant de plus près, on a l’impression qu’il y a deux animaux en un, comme deux physalies piégées dans un globe de gélatine :

Photos réalisées en Charente-Maritime en juin 2020

Photo de la semaine du 8 au 14 juin 2020

Fraises des bois, nous voilà

Déjà la semaine dernière, dans la balade digestive qui mène vers la mer, nous avions eu droit à un deuxième dessert, certes modeste en volume mais fort goûteux : des fraises des bois. Rebelote ce week-end. Même chemin, les yeux aux aguets et les mimines promptes à cueillir le petit fruit rouge et sucré. Ces petits instants gourmands m’ont rappelé les vacances en Finlande, dans la vie d’avant le grand confinement. C’était il y a deux ans, nous avions trouvé des fraises des bois sur un chemin qui allait de la maison vers le lac de la baignade, là encore une histoire de gourmandise sur la route de la plage.

Une chansonnette

Pierre Perret
Les confinis

L’hérogne et le cigon

Reportons-nous quelques mois en arrière : sur l’île d’Oléron, une famille de cigognes et une famille de hérons partageaient le même arbre (piqûre de rappel). Le confinement n’aidant pas, je n’ai pas eu de nouvelles de ces deux familles pendant trois mois et demi. Dès que la cloche de la récré a sonné, je me suis précipité vers ces nids de haute promiscuité. Alors ? ont-ils fait ami-ami ? ont-ils eu des petits ? des hérognes ou des cigons ?
La surprise fut de taille : les hérons seuls semblent avoir gagné la partie, ils occupent l’arbre sans concurrence. À moins que, à ce moment précis du début de juin, le gang des cigognes ne se soit planqué dans les fourrés, histoire de tromper le badaud de base.

Deux hérons sur l’île d’Oléron petipatapon – Juin 2020

Collection 536

Un demi-deuil sur la prairie

Le nom de « demi-deuil » est directement lié à la couleur de ce papillon : noir et blanc. C’est un papillon de taille moyenne, très commun en Europe, quoique moins présent au nord de la Seine. Actuellement, les demi-deuil sont nombreux dans les champs et les bords des chemins sur l’île d’Oléron.

En déambulant sur Wikipédia, je découvre comment ce papillon se reproduit. Habituellement, les mâles papillons attendent gentiment que madame passe. Chez demi-deuil, monsieur surprend madame lorsque celle-ci décolle de quelque herbe où elle s’était rassasiée ou reposée. Madame largue ses œufs en plein vol. Puis ceux-ci, air connu, deviendront chenilles, chenilles deviendront papillons, …

Photos réalisées sur l’île d’Oléron en juin 2020

Photo de la semaine du 1er au 7 juin 2020

Futur sphinx

Une grosse chenille d’un vert pomme éclatant avance tête en bas et très lentement. Une vraiment grosse chenille. Vraiment très verte. Qui donnera naissance à un papillon peut-être grand aussi. Ou pas. Après tâtonnement sur le web, j’en conclus que cette chenille est de la famille des sphinx, des papillons presque tous nocturnes (sauf le moro sphinx, appelé aussi sphinx colibri).

Chenille d’un papillon de la famille des sphinx – Département de la Gironde – Juin 2020

Collection 535

Liseron, mon ami

Si on tape « liseron » dans un moteur de recherche, il nous est inévitablement suggéré de multiples manières pour s’en débarrasser, cette plante grimpante étant, à tort ou à raison, considérée comme une « mauvaise herbe ». Si on précise « liseron des dunes », le résultat est tout autre et la plante gagne en sympathie. Non pas parce-que sa fleur passe du blanc au rose en passant du jardin à la plage, mais parce-que le grimpant envahissant devient un rampant fixateur de dune. Deux plantes de la même famille, mais celle qui a de jolies fleurs de couleur rose détient le pouvoir quasi-magique de lutter contre l’érosion marine.

Des liserons des dunes sur une plage océane du Cap Ferret en mai 2020

Photo de la semaine du 25 au 31 mai 2020

En v’là du (very) big mac, en v’là

J’ai entendu dire, par Ouest-France et par ailleurs, que le déconfinement, chez certains de mes contemporains, avait provoqué une ruée vers une enseigne de fast food reconnaissable à son grand « M » majuscule jaune. Il parait même que ces mêmes contemporains ont patienté des heures pour accéder au graal des graals, qu’en ce lieu il est habituel de nommer « Big Mac ». Tant d’efforts pour quelque chose, camarade blogonaute mon ami, qu’il est possible de faire chez soi, en suivant la recette de maman Maïté. Et là, c’est vraiment très big :

Un océan confiné ?

L’océan Atlantique, dans le golfe de Gascogne, bien souvent s’abat et cogne sur le sable, façon avion qui aurait oublié de sortir le train d’atterrissage avant d’effleurer le tarmac. L’océan, en Gironde, dans les Landes et ailleurs, fabrique de la vague et du rouleau à la chaîne, le fordisme au service du surf. Car le plaisir que procurent toutes ces vagues, aussi dangereuses soient-elles, ce sont d’abord les surfeurs qui en profitent. Surtout au printemps (le baigneur attend surtout que la température de l’eau se réchauffe).
Mais là, en cette toute fin de mai sur la presqu’île du Cap Ferret, il faut se rendre à l’évidence : l’océan reste timide, comme encore confiné, sage comme une image. Et le surfeur déconfit attend la vaguelette pour, quand même, tenter de se faire un petit peu plaisir, lui qui a tant milité pour la réouverture des plages dans ce fameux mode dynamique qui s’impose actuellement.

Des surfeurs attendent la vague sur une plage de Lège-Cap-Ferret, fin mai 2020

Une petite phrase en passant

« On critique beaucoup les politiques, mais moi j’ai tendance à critiquer aussi les électeurs. Car, que ce soit en France ou ailleurs : Israël, USA, Russie… je trouve, pour dire les choses simplement, que les électeurs n’ont pas très bon goût. »

Guy Bedos, dans une interview pour Rue 89 Bordeaux (24 mars 2017)

Le geai des chênes porte bien son nom

Quand il ne batifole pas dans les branches des chênes (piqûre de rappel), le geai en mange les fruits. Le geai ici présent ne séjournait donc pas sur un chêne, mais toute branche pouvant faire à la fois table, chaise et assiette, le geai en question s’apprêtait à se régaler d’un gland. Les geais sont relativement nombreux dans les parcs bordelais, ils s’y chamaillent même (celui qui figure sur les photos s’est fait chiper son gland par un autre geai, qui lui a volé dans les plumes quelques secondes après la mise en boite des photos). Les geais sont facilement repérables de loin grâce à leur cri, mais aussi à leurs couleurs. Dans les parcs et jardins, habitués aux humains, ils sont assez peu farouches.

Collection 534

Dix A380 sur le tarmac de Châteauroux

Châteauroux, département de l’Indre, région Centre-Val-de-Loire. Une agglomération de 70 000 habitants et un aéroport gigantesque, surdimensionné.

Localisation de l’aéroport de Châteauroux – Capture d’écran GoogleMaps

Dans mon imaginaire de pauvre citadine shootée au tropisme atlantique depuis toujours, j’imagine Châteauroux comme une terre lointaine et exotique, à mille milles de toute terre habitée. Mon imaginaire limité ne me portait donc pas à y voir un énorme aéroport, où stationnent actuellement dix A380 de la compagnie British Airways, ainsi que bien d’autres aéronefs, souvent gros porteurs.
Le stationnement de ces avions n’est ni le fruit du hasard, ni celui de la mise à la retraite annoncée des A380 (même si pour Air France – KLM, c’est déjà acté), mais bien le fruit du covid. En effet, il y a, à Châteauroux, un site de maintenance aéronautique : même à l’arrêt, un avion doit être entretenu, cocooné (c’est le terme consacré). De plus, au temps lointain de la guerre froide et avant que De Gaulle ne se mette à bouder, Châteauroux était la première base logistique de l’OTAN en Europe. En 1967, l’OTAN s’en est allé mais le tarmac et les installations aéroportuaires ont été conservées. D’où nursery aujourd’hui.

Source : L’Obs

Photo de la semaine du 18 au 24 mai 2020

Le temps d’avant sur le port de La Barbotière

Un temps d’avant de bien avant encore, un temps d’avant que covid n’avait même pas imaginé, un temps tellement lointain qu’il remonte au vingtième siècle, avant même les années 80. Autant dire une forme de préhistoire, d’une énigme temporelle lointaine. Du temps où, sur ce port de La Barbotière, à Gujan-Mestras, département de la Gironde, on pouvait acheter des huîtres en gros et au détail en appelant le 22 à Asnières 81 18.

Port de La Barbotière – Gujan-Mestras – Mai 2020

Balade de printemps sur les ports de Gujan

Les ports ostréicoles de Gujan se trouvent sur la commune de Gujan-Mestras, dans la partie sud du Bassin d’Arcachon :

Il s’agit d’une succession de cabanes ostréicoles de part et d’autre de chenaux perpendiculaires au Bassin, et donc totalement dépendants des marées :

Ce sont bien, d’abord et avant tout, des espaces de travail. On peut ainsi voir, devant certaines cabanes, les tuiles chaulées prêtes à recevoir les naissains d’huîtres :

Il se pourrait bien aussi que ce soit un lieu où l’on puisse prendre du bon temps :

Balade réalisée un matin de mai 2020

Une petite phrase en passant

« Les piétons sont au fondement de l’urbanité. Ce sont eux qui animent la ville et la rendent plus sûre. Ce sont eux, aussi, les plus vertueux : vraiment aucune nuisance. Ils doivent être au sommet de la hiérarchie des modes de déplacement et le vélo ne vient qu’après, puis les transports publics et enfin la voiture. »

Frédéric HÉRAN (économiste des transports), lemonde.fr, 20 mai 2020

De l’inutilité du radio-réveil

Chant de la grive musicienne = debout !
Coassement des grenouilles = dodo

Punition collective à Damgan

La ré-ouverture des plages est une nécessité, une évidence. Le respect des mesures barrières, la distanciation physique, l’humilité face à la nature (des oiseaux, comme les gravelots, nichent à même le sable), la plage dite « dynamique », ce n’est pas seulement faisable, c’est souhaitable, ça va de soi, et ce n’est pas bien compliqué à respecter pour que tous profitent de la plage et de l’océan.
Aujourd’hui, des plages qui venaient de rouvrir dans le Morbihan, referment au-moins jusqu’à lundi. Parmi ces plages se trouve celle de Damgan, que je connais assez bien. Un long ruban de sable, l’océan, les rochers découverts à marée basse, les palourdes et les crevettes. La vraie belle vie littorale.

Localisation de la plage de Damgan – Copie d’écran GoogleMaps

Sauf que, depuis la ré-ouverture des plages, des gens, très peu (5 % ?) font n’importe quoi et mettent en péril la sécurité sanitaire et la biodiversité. Les élus des différentes communes concernées (Damgan, Erdeven, Billiers, et peut-être d’autres) signalent des incivilités : ceux d’entre eux qui ont du rappeler les règles ont été insultés. Des barrières et des affichages ont été arrachés. Des chiens gambadent où bon semble à leurs maîtres. La plage dynamique devient statique, les 5% de crétins pourrissent la vie de tous les autres parce-qu’ils ne veulent surtout pas déroger à leurs petites habitudes, habitudes aujourd’hui potentiellement dangereuses. Je suis en colère, et surtout très triste pour tous ceux qui rêvaient de cette grande plage de Damgan pour marcher ou courir ce week-end, et qui auraient pu avoir le bonheur d’y aller parce-qu’ils habitent à moins de 100 km.

La plage de Damgan le 21 juillet 2016

Sources : Huffington Post, 20 Minutes et France Bleu Morbihan

Collection 533

Le Yersin dans le port de la Lune

Un navire portant le nom du découvreur du bacille de la peste, accosté en pleine période d’épidémie, cela a quelque chose d’un peu troublant. Néanmoins Yersin il y a, au ponton Ariane du quai des Chartrons, à Bordeaux. Ce yacht d’exploration, pouvant même naviguer en zone polaire, est arrivé hier soir pour une petite toilette.

Le bateau est récent : il est sorti des chantiers Piriou de Concarneau en mai 2015 après trois ans de travaux, et a été livré à son propriétaire monégasque, François Fiat. En juillet 2017, il est parti pour un tour du monde de trois ans, sur les traces du prince Albert Ier de Monaco, considéré comme un des fondateurs de l’océanographie moderne.

Pour en savoir vraiment beaucoup plus :
– Vincent GROIZELEAU, « Le Yersin, navire de voyage et de recherche de François Fiat », Mer et Marine, 29 septembre 2014
– Sylvie ROUAT, « Le Yersin, le navire océanographique de la principauté de Monaco, a pris la mer », Sciences et Avenir, 7 avril 2017
– Gaëlle RICHARD, « Bordeaux : première escale technique pour le yacht d’exploration Yersin », Sud-Ouest, 18 mai 2020

Photos réalisées le 19 mai 2020 à Bordeaux

Photo de la semaine du 11 au 17 mai 2020