Vers un bac en deux ans ?

L’idée était dans l’air et désormais la messe est dite : les élèves de l’enseignement général et technologique s’alignent sur leurs camarades de l’enseignement professionnel (et accessoirement sur les candidats libres au bac), puisque dès la session 2016 ils pourront, s’ils échouent au bac, conserver leurs notes supérieures à 10 et ne repasser l’année suivante que les matières auxquelles ils ont échoué.
Au premier abord, l’idée peut sembler séduisante, et pas seulement parce-que cette mesure garantit une certaine équité entre les différents types de bac. On peut ainsi se dire que les candidats sont pris pour ce qu’ils sont : des adultes. Que refaire une année complète n’a effectivement pas de sens et qu’il vaut mieux se focaliser sur les disciplines ayant posé problème. Cette mesure sera ainsi, je pense, très utile aux élèves assez faibles mais besogneux, qui n’arrivent pas, malgré leurs réels efforts, à tout mener de front dès la première année. À ce titre, et pour ces élèves-là, cette mesure me semble intéressante.
Sauf que, pour ces élèves-là mais aussi pour d’autres plus désinvoltes, la mesure peut se transformer en une autorisation de préparer le bac en deux ans. Ce n’est pas ainsi que l’on règlera le problème des places dans les lycées, bien au contraire. Il ne me parait pas absurde de penser, connaissant un certain nombre de loustics procrastinateurs en diable, que certains candidats s’offriront une année sabbatique sur les bancs de l’école (c’est chauffé en hiver et la cantine a fait des progrès), sauvant les meubles pour une ou deux matières, estimant qu’ils auront bien le temps (et, espérons, la maturité) d’avoir le bac l’année suivante. Disons-le d’emblée : c’est illusoire. Ces charmants bambins connaîtront un échec cuisant, tandis que leurs amis de la classe poursuivront l’aventure dans le supérieur.
L’échec est aussi ce qui guette les élèves qui loupent le plus fréquemment le bac, à savoir les décrocheurs. Peu motivés par la chose scolaire, ils peinent à venir à tous les cours, oublient que ceux-ci commencent le matin et ne s’achèvent pas dès le repas de midi avalé, négligent la prise de notes et l’étude des leçons. Sans parler de ceux, tout aussi fumistes que les précédents, qui font acte de présence mais n’ouvrent jamais ni classeur ni cahier une fois rentrés chez eux. Pour ceux-là, une deuxième année à la carte sera l’assurance de l’échec.
Dernière limite enfin à cette mesure qui, je le répète, peut avoir par ailleurs des aspects séduisants : les établissements scolaires auront-ils le droit (je l’espère, sinon ce serait un comble) et l’intelligence de dispenser les doublants des cours pour lesquels ils ont eu la moyenne au bac ? si ce n’est pas le cas, nous nous retrouverons avec des armées de touristes dans les classes, qui pourront bien devenir de charmants perturbateurs au fil du temps.

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