La pluie est la meilleure amie de l’agneau

Si comme chez moi ton four se met en sécurité au bout de 2 heures, si tu veux néanmoins cuisiner une gigot de 7 heures, surveille bien la météo et attends que la pluie soit sûre, garantie sur facture. En ce cas, lance-toi. C’est ce que je fis aujourd’hui, jour de pluie à verse quasi non-stop, pour mijoter avec amour une épaule d’agneau fondante, découpée à la cuillère et mangée avec une simple salade verte (et un Médoc 2009, parce-qu’on n’est pas punis non plus). Je suis partie d’une recette du site 750 g, que j’ai légèrement adaptée.

Ingrédients :

1 épaule d’agneau (ou 1 gigot) bio, dont tu connais l’éleveur
2 oignons rouges (le jaune doit marcher aussi, mais le rouge est plus doux) bio
2 petites têtes d’ail bio
Quelques branches de thym et de romarin du jardin (donc bio, forcément bio)
Du piment d’Espelette
De la fleur de sel (Oléron, Ré ou Guérande, histoire de faire travailler les copains)
1 petit verre de vin blanc
Un peu d’huile d’olive (bio pressée à froid, of course)

Paressons un peu … :

Tu préchauffes ton four à 120°C. Tu frottes l’épaule d’agneau avec la fleur de sel et le piment. Tu la fais revenir sur toutes les faces dans une cocotte en fonte allant au four. Puis tu ajoutes les oignons coupés en quatre. Tu laisses cuire quelques minutes. Tu ajoutes tous les autres ingrédients en même temps. Tu couvres la cocotte et tu enfournes pour 7 heures. Tu penses à arroser et/ou à retourner la viande de temps en temps. Si, comme le mien, ton four se met en pause au bout de deux heures, tu profites de cet instant pour t’occuper de la bête. A part ça tu te reposes, tu regardes les piafs qui boulottent les miettes laissées pour eux dans le jardin, tu comptes les gouttes de pluie, tu bouquines, voire tu assistes à la défaite de la France face au Pays-de-Galles en baballe ovale, tu es libre de ta vie.

Au final, c’est tellement bon que je n’ai même pas eu le temps de faire la rituelle photo illustrant les notes de ce blog. Tout se perd mes enfants, tout se perd …

Un village qui s’endort

1960En 1960 est sorti un extraordinaire film d’épouvante : Le Village des Damnés (affiche ci-contre). Un remake de John Carpenter a modernisé le tout, sans changer le fond de l’histoire, en 1995. Le contexte de tournage de la première version du film, adaptée d’un roman britannique publié en 1957, a son importance : nous sommes en pleine guerre froide, l’ennemi est capable de tout pour mener l’humanité a sa perte. En l’occurrence : frapper de sommeil un village entier, et voir naître 58 marmots rigoureusement identiques neuf mois plus tard. Les bambins grandissent vite, très vite, et n’ont qu’un seul but : nuire.
Pourquoi revenir sur ce vieux scénario ? parce-que l’affaire qui frappe le village de Kalachi, au Kazakhstan, m’y a fait instantanément penser. Cette histoire, tout ce qu’il y a de plus vraie cette fois, a été relatée hier par Le Monde.
Quel lien avec la guerre froide dans laquelle baignait indirectement Le Village des Damnés ? le lieu bien sûr : l’ancienne URSS. A proximité de Kalachi se trouvait une de ces villes secrètes bâties par les Soviétiques, et qui a été abandonnée du jour au lendemain en 1991, lors de la dislocation de l’URSS. Dans cette ville, on exploitait de l’uranium. La mine, laissée telle quelle, libère naturellement du radon, dont les effets soporifiques sont prouvés.
Il n’en faut pas plus pour que certains esprits rationnels, dont le quotidien Sud-Ouest, y voient la cause de l’épidémie bizarre qui touche Kalachi : une épidémie de sommeil. En grand nombre, les gens s’y endorment pour des très gros dodos de 30 heures au minimum. En phase d’éveil, certains ont des hallucinations. Et ce serait le radon le seul responsable.
Selon un médecin de l’hôpital Pellegrin de Bordeaux, le radon ne provoque pas de phases de Panneau-dormirsommeil aussi longues. Il ajoute qu’à ce stade, ce n’est plus du sommeil banal, mais de la perte de connaissance, ce qui est plus grave. De plus, les personnes récemment entrées dans la mine d’uranium abandonnée ne sont pas tombées dans les bras de Morphée. Alors si ce n’est le radon, qu’est-ce ? les analyses diverses, y compris de l’eau, n’ont rien donné. Pas de virus bizarre. Ces gens sont en bonne santé. Et si, au bout du compte, conclut Le Monde, il s’agissait d’une psychose collective ?

Collection # 286

Chardonnerets
Bruges, 19 février 2015

chardonnerets

C’était dans le journal … le 24 février 1915

Le 24 février 1915, en dernière page, Le Petit Parisien retranscrit la demande solennelle des enseignants, qui veulent être traités comme les autres hommes de France, à savoir bons pour la guerre, prêts au combat, devant comme les autres en découdre face à l’ennemi.

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En effet, un député socialiste de la Drôme, Jules NADI, qui deviendra maire de Romans-sur-Isère après la guerre, vient de proposer que les instituteurs et les maîtres du secondaire et du supérieur puisse ne pas partir à la guerre, du moins pas au jour J défini par leur grade et leur âge, bénéficiant en cela d’un sursis. Ce sursis sera d’ailleurs appliqué pour d’autres professions en 1915, des ouvriers ayant des compétences particulières (tourneurs, fraiseurs, etc) quittant temporairement la caserne et la tranchée pour l’usine ou pour la mine.
Les enseignants signataires de l’appel à monsieur NADI « entendent faire leur devoir de soldats ». Ils craignent que l’opinion publique leur reproche « une attitude qu’ils n’ont point » et estiment que, quant il faut quitter les élèves, « l’administration peut trouver des intérimaires ». La défense de la patrie avant tout !

Solide comme une dent de bernique

sep 12La bernique (ou patelle) a une dent. J’appris cela hier en papillonnant sur les sites de Courrier International et du Journal de la Science, tous deux relatant les conclusions d’expériences menées par des scientifiques de l’université de Porsthmouth.
Cette dent est bien planquée dans le mollusque, lui-même quasi-invicible sous sa coquille conique. Une bête de course, cette bernique ! la quenotte lui sert à râper le rocher façon parmesan, afin d’y brouter la végétation ultra-rase qui y pousse. Et pour râper du caillou, faut une dent bigrement solide.
C’est cette hyper-solidité que les chercheurs britanniques ont mis en évidence, concluant que la dent en question constituait le matériau le plus solide au monde. Cela est lié à la présence d’un minéral appelé « goethite », dont le nom vient de Goethe, le poète allemand ayant été féru de minéralogie. Cette découverte pourra peut-être, à terme, permettre la mise au point de nouveaux matériaux très résistants, notamment dans l’aéronautique ou la construction automobile.
Dent solide, chapeau pointu turltutu, mais la bernique n’est pas invincible pour autant. Elle peut rencontrer plus fort qu’elle : il s’agit du bigorneau perceur. J’ignore ce qu’il fait de la dent.

mars 13

Photos : île d’Oléron, septembre 2012 (photo carrée en haut à droite) et mars 2013 (le bigorneau perceur)

D’une bague au doigts aux anneaux de Saturne

Dans son article du 16 février (Le Monde, accès réservé aux abonnés), Pierre BARTHÉLÉMY plonge dans l’histoire sainte, posant une énigme non résolue à ce jour (mais entre nous, est-ce bien important ?) : qu’est devenu le prépuce de Jésus Christ ? Né juif, il fut forcément circoncis très tôt après sa naissance, événement qui fut, pendant un temps, célébré le 1er janvier. Le petit bout de peau aurait été gardé. Serait devenu une relique, comme d’autres bouts d’organes de saints divers, c’est le côté gore du catholicisme.
Diverses sources médiévales, voire un peu plus tardives, voient le saint prépuce à des endroits divers : aussi bien à Rome que du côté de Poitiers, en même temps. Après la multiplication des pains … On raconte même que Catherine de Sienne, en bonne religieuse du XIVe siècle mariée à Jésus, aurait porté ledit bout de peau en guise d’alliance. Or, une autre religieuse, aurait avalé le fameux prépuce quelques années plus tôt, façon hostie.
Et si, tout simplement, l’objet des désirs des ce femmes s’était retrouvé au ciel, avec son propriétaire ? C’est ce qu’affirme un théologien du XVIIe siècle, qui ne voit pas d’autre explication aux anneaux de Saturne. Mysticisme, quand tu nous tiens …

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Illustration : Claude VIGNON, La Circoncision (détail), XVIIe siècle

Collection # 285

Le paon blanc de Majolan
Blanquefort, 15 février 2015

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Leçon de dégustation : le têtard

P1370189Rappelons aux citadins que le nom « têtard » désigne le bébé des anoures, les anoures étant, en vrac, les grenouilles, les crapauds et les rainettes.
Manger le têtard est chose rare, ses cuisses n’ayant point encore suffisamment (voire du tout) poussé pour que l’on puisse, comme chez sa mère grenouille, les savourer avec un beurre persillé.
Petite subtilité de la méthode décrite ci-après : le têtard, tout comme l’huître et la palourde, se déguste vivant, mais, à l’inverse de mes mollusques favoris, il ne faut surtout pas l’avaler. Et, pour tout dire, il vaut mieux avoir l’âme scientifique et aventureuse pour se lancer dans le projet. Procédons, procédons :

  1. Pêchez un têtard dans la mare de votre choix
  2. Conservez-le dans de l’eau douce pendant quelques heures
  3. Rincez le têtard avant de procéder à la dégustation
  4. Mettez-le dans votre bouche et laissez-le gigotez pendant dix à vingt secondes
  5. Croquez la queue et machonnez-la
  6. Puis mordez fermement dans le corps de l’animal
  7. Recrachez et dites-vous que c’est pour la science

Source : Pierre BARTHELEMY, « Miam, un tétard ! », Le Monde (accès réservé aux abonnés), 9 février 2015 (article relatant une vraie expérience visant à savoir si les têtards échappant facilement à leurs prédateurs pouvaient éventuellement avoir un goût désagréable pour lesdits prédateurs)

Photo : Jardin Botanique de Bordeaux, juin 2013

Collection # 284

Blockhaus du Cap Ferret : état des lieux au 7 février 2015

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Navigation et divagation en temps réel

J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien si je vous ai déjà dit deux mots d’un site que j’apprécie beaucoup : marinetraffic.com. Ce site montre, quasiment en temps réel, la position d’un très grand nombre de bateaux navigant sur notre planète. En pointant sur l’icône d’un bateau, on peut en général connaître son nom et sa destination. Celle-ci pouvant être fort intéressante … (capture d’écran réalisée aujourd’hui même vers 14 h 40) :

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Cela me fait penser à la remarque d’un de mes élèves qui, observant une carte bourrée de flèches dans tous les sens, a dit : « ça part de rien et ça va nulle part ».
Puisque je dévie sur le boulot : c’est bac blanc cette semaine. Normalement élèves sages, concentrés, cerveaux qui fument, doigts endoloris par les pages d’écriture. Normalement. Parce-que parfois, le quidam ose interroger le surveillant de salle, quelle inconscience ! une jeune fille m’a ainsi demandé : « madame, ça se dit tabouisme ? ». La prof, interloquée, n’osa point twitter mais en fut démangée.

Collection # 283

Hivernage pour les bernaches cravants
Bassin d’Arcachon, janvier-février 2015

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Pour sauver le diable, enfermons-le

Pendant très très longtemps, je ne connus du diable de Tasmanie que sa figure cartoonesque et vorace, celle d’un grogneur nommé Taz :

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Pour le côté vorace, les dessins animés avaient vu juste : le diable de Tasmanie, un marsupial (comme le kangourou, mais il ne lui ressemble pas du tout) de la taille d’un chien (à qui il ne ressemble pas non plus), peut avaler près de la moitié de son poids à chaque repas. La fantaisie des cartoonistes a fait le reste …
Dans la vraie vie, le diable est donc un gros mangeur. Un très gros mangeur. Sous réserve que sa mâchoire, et accessoirement sa face tout entière, ne soient pas rongées par des tumeurs cancéreuses, qui se développent à la suite de morsures entre diables, et qui l’empêchent de se nourrir. Ce cancer du diable de Tasmanie a failli décimer l’espèce, dont les effectifs avaient chuté de près de 95% dans certains secteurs de cette île australienne, depuis 1996, année d’apparition de la maladie.
La baisse du nombre de diables se poursuit mais moins vite, grâce à l’action de scientifiques qui ont sélectionné des spécimens de diables et les ont élevés en captivité, où ils se sont reproduits. Les jeunes, relâchés parmi les leurs dans la nature, se sont apparemment bien adaptés et ne développent, à ce jour, aucun cancer.

Source :

Caroline TAÏX, « Le diable de Tasmanie sauvé de l’extinction », Le Monde, 3 février 2015 (accès réservé aux abonnés)