Une basse mer pas comme les autres

Lorsque se dévoile l’estran vaseux, par le jeu conjugué d’une lune et d’un soleil placés comme il faut, le taquineur de palourdes chausse les bottes et s’en va vaillamment dans la boue grise, farfouillant de ses doigts les dessous de l’océan. Même si le coefficient est ridicule. Même si l’hiver est proche. Quand on aime (les palourdes), on ne compte pas (le froid au bout des doigt).
Et donc, sur notre plage oléronaise habituelle, nous farfouillâmes de quoi avoir quelque chose à nous mettre sous la dent pour dîner : plein de coques, et une belle assiette de palourdes, le tout pêché au hasard, au pif, au bluff. De quoi de quoi, pas selon la bonne vieille méthodes des trous ? non, car trou il n’y eut point. Juste de vagues creux dans la vase. Sans parler des palourdes, habituellement résidentes de la vase, qui se nichaient en zone sableuse. Le monde à l’envers …
Très à l’envers même, mais en couleur. Des anémones vert fluo, c’est la norme, ça, tu crois ?

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Et puis une sorte de petit ressort en animal, vu plusieurs fois. C’est quoi ce truc, aurais-tu une idée ?

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Photos : île d’Oléron, 29 novembre 2014

Collection # 273

Port de la Baudissière
Ile d’Oléron, 22 novembre 2014baudissière

Quand le train remplace le bateau

sloganL’essentiel des produits échangés à l’échelle mondiale prennent le bateau : ton téléphone, mon appareil photo, le ti-shirt du voisin, … C’est le mode de transport le moins onéreux qui soit, tellement bon marché que l’on peut considérer comme presque nulle la part du  transport dans le prix des matériels importés. Cela est bien sûr lié à des avancées technologiques (les conteneurs, des bateaux de plus en plus gros), mais surtout à une reculade environnementale et sociale majeure : la navigation de complaisance, qui permet de faire circuler des bateaux poubelles d’une part, et d’imposer des conditions de travail indignes pour les marins ne faisant pas partie du commandement.
Alors quand j’apprends, en lisant le Huff’, qu’un train de marchandises est parti il y a six jours de l’est de la Chine en direction de l’Espagne, je me dis que cela va dans le bon sens. Ne rêvons pas : le trajet est à peu près aussi long qu’en bateau (environ 3 semaines) et le convoi ne transporte que 18 conteneurs, autant dire trois fois rien. Pas de concurrence à craindre pour les armateurs, qui peuvent continuer à arborer des pavillons « Nassau » ou « La Valette ».

Collection # 272

Le martin-pêcheur
Bordeaux, novembre 2014

martin

C’était dans le journal … le 18 novembre 1914

journalA la veille de la guerre, l’Allemagne est le deuxième plus gros producteur de bière au monde, derrière les Etats-Unis et devant la Grande-Bretagne. La bière y est donc déjà une boisson nationale, et donc un enjeu, marginal mais enjeu quand même, du conflit.
En page 2 de l’édition du 18 novembre 1914, L’Intransigeant se félicite d’apprendre que les Allemands sont sur le point de manquer de leur précieux breuvage, on entend presque le « nananère » de victoire mesquine en fin d’article.
Le manque de bière est directement lié au manque d’orge, qui provient, pour moitié, de pays ennemis de l’Allemagne : Etats-Unis, Russie et France. Mais cette pénurie ne va toucher que l’Allemagne : « cette éventualité ne peut pas se produire pour nous […], nous produisons annuellement plus du double de ce que nous consommons », et pourtant la France arrivait, à l’époque, au 6e rang mondial des buveurs de bière (contre seulement au 41e aujourd’hui).

Une petite éclaircie

Marcel a bien pu refuser de quitter sa casquette, Bichette a bien pu faire un gros dodo pendant le cours, Esmeralda a bien pu mordre (oui, mordre, à 17 ans et demi) Bozo (qui tentait de lui mettre une tarte), il a bien pu pleuvoir une partie de la nuit et de la matinée, peu importe. Quand l’éclaircie fut venue, que le petit soleil se mit à me chauffer les omoplates, j’ai vu ça :

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Alors Marcel peut bien rester le plus impoli des petits garçons de 15 ans, Bichette peut bien pioncer façon Belle au bois dormant, Esmerlada et Bozo peuvent bien s’étriper, je m’en moque. Monsieur martin sur sa branche effaçait toutes les petites merdouilles du lundi, d’un coup de baguette magique. Celle qui réveillera Bichette ? mais non, c’est vrai, dans le conte, c’est un prince qui réveille l’endormie … faut que je révise mes classiques.

La sittelle torchepot

sittelleOn peut difficilement dire de la sittelle torchepot qu’elle est tête en l’air, puisqu’elle a souvent la tête en bas. Arpentant les troncs d’arbres en tous sens et à toute vitesse, cet oiseau au dos gris-bleu et au ventre orange cherche pitance sur l’écorce : des insectes et des araignées constituent l’essentiel de ses repas, même si, l’hiver venu, la sittelle apprécie aussi les graines, en particulier de tournesol.
Question logement, elle fait simple : une crevasse creusée par un autre oiseau fait l’affaire. Elle en adapte la taille du trou d’entrée avec un peu de boue séchée, elle ajoute une petite touche de résine pour éloigner les prédateurs, et l’affaire est faite : les œufs peuvent être pondus en toute quiétude. Au bout de deux à trois semaines, les petits sortent de leurs coquilles. Bien nourris d’insectes par papamaman, ils quittent le nid trois à quatre semaines plus tard.

Source : oiseaux.net
Photo : jardin public de Bordeaux, novembre 2014

Collection # 271

– Où est la mer ?
– La mer… elle est démontée !
– Vous la remontez quand ?
(Raymond Devos)

mer

Ile d’Oléron, 8 novembre 2014

Les amanites à petits pois

Les amanites sont rarement des champignons aimables, même si leurs couleurs peuvent séduire. L’amanite des césars est, selon certains auteurs, considérée comme le champignon des rois. La golmotte est aussi considérée comme un très bon comestible. Mais les amanites ont quand même plus souvent, et à juste titre, mauvaise réputation. Deux d’entre elles, toxiques bien comme il faut, se reconnaissent à leurs petits pois sur le chapeau. Il s’agit de l’amanite panthère (photo de gauche, chopée sur le Bassin d’Arcachon la semaine dernière) et de la plus courante amanite tue-mouches (photo de droite, capturée hier sur l’île d’Oléron) :

ensemble

panthèreL’amanite panthère est relativement rare. Le site de l’ONF signale qu’elle est moins mortelle que d’autres amanites, mais mortelle quand même. tue-mouchesAvant de passer de vie à trépas, le consommateur imprudent connait une phase d’hypertension, une augmentation importante du rythme cardiaque, voire des hallucinations. Une hospitalisation rapide peut tirer l’étourdi cueilleur d’affaires, mais ce n’est pas garanti sur facture.

L’amanite tue-mouches est moins dangereuse, quoique … Certaines personnes adeptes des plaisirs chimiques la recherchent pour les hallucinations qu’elle procure, mais la case « coma » n’est pas impossible. Plus généralement, elle produit les mêmes effets que les autres champignons hallucinogènes, suivis d’un très gros dodo. Le site du centre anti-poison évoque une guérison en 12 à 24 h, éventuellement précédée de troubles digestifs bénins mais peu compatibles avec une vie sociale normale.

Collection # 270

Cabanes en couleurs
Le Château d’Oléron, septembre-octobre 2014

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Un autre signe d’automne

Il y a déjà eu l’arrivée des bécasseaux et des bernaches sur Oléron puis, pour ces dernières, sur le Bassin d’Arcachon. On commence à entendre, et parfois à voir, le passage des grues vers le sud. Depuis quelques jours, les cormorans entrent en ville, et ça aussi, c’est un signe d’automne. Ils ne sont que quatre pour le moment dans le Jardin Public de Bordeaux, mais leurs petits camarades ne devraient pas tarder à venir les aider à vider la mare de ses carpes. Qu’est-ce qui motive le cormoran à venir ainsi hiverner en ville ? les premiers froids (encore modestes) ? les premiers coups de vent un peu forts ? la certitude de trouver une nourriture gratuite et abondante ?

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Photo : Jardin Public de Bordeaux, 3 novembre 2014

Tant de cygnes, c’est effarant

1« Effarant » n’est certainement pas le mot que j’aurais employé, mais cette dame, qui semblait découvrir le Bassin d’Arcachon pour la première fois, n’en a pas trouvé d’autres. La lumière de l’après-midi après la pluie, la pleine mer, les oies bernaches en meutes, et les cygnes au beau milieu de tout ça, ont manifestement ému cette dame qui nous a dit tout de go que c’était beau. Oui, merci madame. Mais tant de cygnes, là, en sauvage, elles n’imaginaient pas cela possible.
Si nous étions quarante ans plus tôt, ce spectacle désormais habituel serait effectivement impossible : deux couples de cygnes venaient d’être introduits sur le Bassin, à une époque où le cygne sauvage avait tellement bien disparu de nos contrées que la plupart des gens pensaient qu’il s’agissait d’un oiseau domestique purement décoratif pour parcs et jardins. La version sauvage était inimaginable.
Les cygnes ont aimé le lieu, ont eu des petits, qui ont eu des petits, qui ont eu des petits, etc. Douze ans après l’introduction des deux premiers couples, il y avait quarante-cinq couples de cygnes sur le Bassin. Aujourd’hui, c’est évidemment beaucoup plus. A vue de nez, on peut compter probablement en centaines, a tel point que le site oiseaux.net a intitulé un de ces articles « Le cygne est-il devenu encombrant ? ».
Encombrant, je l’ignore : prend-il la place et la pitance d’autres espèces endémiques ? je ne sais pas. En tout cas, les cygnes ne semblent gêner ni les oies bernaches qui viennent d’arriver pour l’hivernage, ni les goélands, ni les cormorans, ni les aigrettes. Et surtout, ils font beaucoup moins de bruit que les autres volailles : entre la bernache qui aboie et l’aigrette qui crie façon cochon qu’on égorge, le Bassin est moyennement calme en cette saison.

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Photos : Bassin d’Arcachon, 2 novembre 2014