Danser jusqu’à en mourir

Dans un article publié hier sur le site du Monde (accès réservé aux abonnés), on apprend que la ville de Strasbourg a connu une « épidémie » très curieuse au début du XVIe siècle, rappelant les différents descriptifs de danses de St-Guy, proches des maladies de type « chorée ».
Le 14 juillet 1518, une femme se met à danser en pleine rue, puis, les jours qui suivent des dizaines de personnes de tout âge la rejoignent et bougent frénétiquement sur les places de la ville, parfois pendant plusieurs jours de suite, sans quasiment s’arrêter, malgré la fatigue et les pieds en sang : une véritable transe. Au plus fort de l’épisode, il y a jusqu’à 15 morts par jour, ce qui sème la panique sans pour autant freiner le phénomène, les danseurs fous étant de plus en plus nombreux.
Les autorités ne savent comment réagir, et décident de « soigner le mal par le mal », en accompagnant les danses par des orchestres. Evidemment sans succès : les danseurs continuent leur sarabande, sont de plus en plus nombreux, les décès se multiplient. Fin juillet, la municipalité fait machine arrière, les musiciens sont priés de remballer leurs instruments.
Cette drôle de maladie n’a pas existé qu’à Strasbourg : les historiens ont recensé une vingtaine de cas dans des régions variées entre le XIIIe et la fin du XVIe siècle. Des variantes ont été décrites à Madagascar en 1863, et, avant cela en Italie, où on aurait attribué la cause de la maladie à une piqûre de l’araignée tarentule (hypothèse non confirmée voire fantaisiste, mais qui a donné le nom « tarentelle » à une danse).
S’agit-il d’une vraie maladie, provoquée éventuellement par l’ergot de seigle, ou d’une scène d’hystérie collective, voire d’une crise mystique ? Nous sommes à une période où la croyance dans les châtiments divins est bien réelle. Strasbourg vient d’être frappée par des épisodes douloureux et mortifères (famines, épidémies) que certains esprits considèrent facilement comme des punitions divines. Le culte de St-Guy, à qui l’on attribue la guérison des maladies par la danse, fait le reste et peut expliquer ce délire.

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