L’attrait de la plage de Damgan

Ce matin, j’ai lâché à l’annexe une photo prise jeudi dernier à marée basse : la plage de Damgan un matin d’été. Cette plage et la station balnéaire au charme encore vieillot qui l’accompagne, se situent dans le sud du département du Morbihan, pas bien loin du Golfe du même nom.
C’est une plage dite « familiale », plutôt calme, sans kékékislapète comme à La Baule pourtant assez proche, sans célébrité comme sur l’île de Ré. Et pourtant, dans des temps plus anciens, la petite commune a accueilli des gens célèbres, des artistes. Parmi eux, il y eut Guillaume Appollinaire, blessé dans la Grande Guerre, et qui vint y prendre du repos pendant l’été 1918. Il a loué une maison au 34 Grande Rue, dans le hameau de Kervoyal. Et c’est là qu’il reçoit une carte postale de son ami Pablo Picasso, qui, lui, avait pris ses quartiers d’été à Biarritz :

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Illustration : RMN

Collection # 256

LES TOTEMIMIQUES
Voyage à Nantes 2014
Claude Ponti au Jardin des Plantes

totemimiques

Danser jusqu’à en mourir

Dans un article publié hier sur le site du Monde (accès réservé aux abonnés), on apprend que la ville de Strasbourg a connu une « épidémie » très curieuse au début du XVIe siècle, rappelant les différents descriptifs de danses de St-Guy, proches des maladies de type « chorée ».
Le 14 juillet 1518, une femme se met à danser en pleine rue, puis, les jours qui suivent des dizaines de personnes de tout âge la rejoignent et bougent frénétiquement sur les places de la ville, parfois pendant plusieurs jours de suite, sans quasiment s’arrêter, malgré la fatigue et les pieds en sang : une véritable transe. Au plus fort de l’épisode, il y a jusqu’à 15 morts par jour, ce qui sème la panique sans pour autant freiner le phénomène, les danseurs fous étant de plus en plus nombreux.
Les autorités ne savent comment réagir, et décident de « soigner le mal par le mal », en accompagnant les danses par des orchestres. Evidemment sans succès : les danseurs continuent leur sarabande, sont de plus en plus nombreux, les décès se multiplient. Fin juillet, la municipalité fait machine arrière, les musiciens sont priés de remballer leurs instruments.
Cette drôle de maladie n’a pas existé qu’à Strasbourg : les historiens ont recensé une vingtaine de cas dans des régions variées entre le XIIIe et la fin du XVIe siècle. Des variantes ont été décrites à Madagascar en 1863, et, avant cela en Italie, où on aurait attribué la cause de la maladie à une piqûre de l’araignée tarentule (hypothèse non confirmée voire fantaisiste, mais qui a donné le nom « tarentelle » à une danse).
S’agit-il d’une vraie maladie, provoquée éventuellement par l’ergot de seigle, ou d’une scène d’hystérie collective, voire d’une crise mystique ? Nous sommes à une période où la croyance dans les châtiments divins est bien réelle. Strasbourg vient d’être frappée par des épisodes douloureux et mortifères (famines, épidémies) que certains esprits considèrent facilement comme des punitions divines. Le culte de St-Guy, à qui l’on attribue la guérison des maladies par la danse, fait le reste et peut expliquer ce délire.

VAN 2014 [5/5]

CLAUDE PONTI au Jardin des Plantes de Nantes

Comme en 2013, l’imagination débordante de l’auteur pour enfants CLAUDE PONTI redessine une partie du Jardin des Plantes, avec l’aide bien sûr des jardiniers.
Deux types de créations peuvent être repérées : les pots de fleurs et les topiaires. Dans la famille pots de fleurs, nous avons (de gauche à droite sur l’image ci-dessous), « Pot-à-porte », qui orne le dessus du portail de l’entrée principale du jardin, « Bonnebouillanpot » sur une pelouse proche de cette même entrée, et enfin les « Totémimiques », qui seront l’objet de la collection de demain :

pots de fleurs

Les topiaires sont plus spectaculaires, ne serait-ce que par leurs dimensions. Le « Dormanron » est ainsi une sorte d’énorme nounours vert gazon pelotonné façon chat :

Dormanron

Le « Serpicouliflore », façon monstre du Loch Ness, traverse une bonne partie du jardin et de ses petits étangs. Il est quasiment impossible d’en voir à la fois la tête et la queue. Au niveau de la tête, des manettes permettent d’animer les gros yeux bleus de la bête :

serpicouliflore

La star reste bien sûr le « Poussin endormi », qui pionce toujours mais non plus allongé comme l’an dernier. Il est cette fois adossé au banc géant, et sera peut-être réveillé par l’énorme réveil posé près de son oreille. Tellement star qu’un parcours fléché et un cadre indiquent aux visiteurs le meilleur endroit pour prendre la photo :

poussin endormi

VAN 2014 [4/5]

Mètre à ruban
LILIAN BOURGEAT
Ile de Nantes

Voici une œuvre pérenne, comme il s’en ajoute chaque année. Le mètre à ruban du dijonnais LILIAN BOURGEAT orne la cour d’un immeuble depuis déjà un peu plus d’un an.
LILIAN BOURGEAT a pour spécialité le surdimensionnement d’objets du quotidien, comme des bottes en caoutchouc plus grandes que des humains, des salons de jardin nous faisant ressembler à des liliputiens, et donc ce fameux mètre à ruban :

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VAN 2014 [3/5]

Résolution des forces en présence
VINCENT MAUGER
Place du Bouffay – Nantes

Artiste plasticien né à Rennes en 1976, VINCENT MAUGER vit et travaille à Nantes. Il semble donc aller de soi qu’une de ses œuvres fasse partie du Voyage. Très inspiré par l’art numérique qui lui permet d’imaginer des formes, VINCENT MAUGER utilise des matériaux simples pour réaliser ses gigantesques sculptures, dont il laisse volontairement les éléments de construction apparents : ici, on voit très nettement les fixations métalliques des pieux de bois.
La sculpture présentée sur la place du Bouffay est anxiogène par son titre, très guerrier, et par sa forme : les pieux bien piquants, bien réguliers, façon arme que rien ne peut arrêter. Quel que soit l’angle sous lequel on la regarde, on se sent agressé, minuscule petit humain dans un monde trop brut.

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VAN 2014 [2/5]

1Nantes.JPGUne cabane dans les douves

Dans les douves du Château des Ducs de Bretagne, le sculpteur américain PATRICK DOUGHERTY a réalisé une gigantesque cabane labyrinthique en branchages. Une fois passée l’entrée un peu patouilleuse de ladite cabane (l’été 2014 est orageux, c’est ainsi), on déambule entre les branches, passant de porte en porte, montrant le museau à la fenêtre, comme des gamins dans la forêt.
La réalisation elle-même a été effectuée par 15 personnes, dont l’artiste, qui se sont relayées pendant près de trois semaines afin que le tressage de cette surprenante cabane soit achevée pour le 27 juin, jour de l’ouverture du VAN 2014.

à cliquer :

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VAN 2014 [1/5]

Comme chaque été désormais, le Voyage à Nantes (VAN pour les intimes) offre une virée ludique (mais pas que …) dans l’agglomération nantaise, jusqu’au 31 août pour les œuvres temporaires. Les œuvres pérennes, comme leur nom l’indique, restent en place définitivement et sont même parfois là depuis longtemps : c’est le cas des anneaux de Buren ou de l‘arbre à basket, près du célèbre éléphant des Machines de l’Île, mais aussi du mètre-ruban, dans le même quartier, que je présenterai un de ces jours.
Comme je le disais hier ici-même, les œuvres de cette année sont largement tournées vers le jeune public. Les enfants peuvent retrouver les créations de CLAUDE PONTI au Jardin des Plantes, s’éclater dans un bain de baballes au pied de la grue jaune (Balapapa), mais aussi jouer au footcheball dans une sorte de cage en bois plus proche du poulailler que du stade Maracana :

footcheball

Dans le square Mercœur, KINYA MARUYAMA a créé une aire de jeux sur le thème des monstres marins :

aire de jeux

Le VAN 2014 est aussi l’occasion de visiter une expo particulièrement originale à l’école d’architecture, consacrée à l’histoire de la chaussure. Elle présente notamment des créations délirantes et totalement impossibles à porter, ainsi qu’un chausson rose et blanc, une bonne vieille charentaise … de pointure 100 !

Un léger vent de folie

La ville de Nantes, chaque été, s’offre un voyage artistique et généralement assez ludique, qui, cette année, est largement tourné vers le jeune public. En marge de ce Voyage à Nantes, des rues s’offrent un léger lifting temporaire. C’est ainsi le cas, à deux pas de la cathédrale, de la rue du maréchal Joffre : une rue cul-par-dessus-tête pour amuser le passant. Les enseignes sont à l’envers… :

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… et les voitures aussi :

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Les deux voitures en question ont été enlevées lundi dernier, peut-être parce-qu’elles servaient de terrain de jeu à des imbéciles qui y gravaient des mots pas polis.

Dans le même esprit, quoique de manière plus discrète, une petite rue proche de la place du Bouffay a coiffé ses enseignes de perruques, en particulier la boucherie-charcuterie :

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Collection # 255

Nursery
Ile d’Oléron, juillet 2014

Ces sortes de disques plats servent à accueillir les larves d’huîtres, c’est-à-dire les naissains. Pour tout savoir sur l’élevage de ce délicieux mollusque, cliquez ici.

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As-tu un orage au-dessus de ta tête ?

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L’orage commence à s’éloigner et je peux rebrancher la box. Pour voir si l’orage arrive chez vous : cliquez ici

Une ville « qui dépasse toute les autres »

Située sur la rive sud du lac Erié, la ville de Cleveland connait aujourd’hui un déclin démographique marqué (sa population a été divisée par deux depuis les années 1950), accéléré par la crise des subprimes de 2008, qui a contraint une partie de sa population a abandonné leurs maisons. Mais dans la première moitié du XXe siècle, Cleveland était au contraire en plein essor, c’était même, selon le géographe Albert DEMANGEON, « une ville qui dépass[ait] toutes les autres par la grandeur de ses dimensions et l’intensité de son travail ».
En 1927, au moment où l’article de DEMANGEON est publié, la ville compte près de 900 000 habitants, chiffre qui sera atteint trois ans plus tard. C’est alors une ville industrielle et commerciale de première importance.
L’essor de la ville a été facilité par sa situation géographique, dès lors que le lac Erié a été relié aux autres Grands Lacs, et donc au Saint-Laurent et à l’Atlantique par des canaux réalisés au début du XIXe siècle. Cela permit donc à la ville de développer un port d’où partaient des produits agricoles, en particulier des céréales, puis des produits miniers, notamment du fer, à partir des années 1850. Ce port fut installé à l’embouchure de la rivière Cuyahoga qui traverse la ville, et, afin de faciliter les accès, cette embouchure fut canalisée en 1833. Le canal existe bien sûr toujours aujourd’hui.

La ville de Cleveland a ainsi bâti sa prospérité sur son trafic portuaire : les importations ont doublé entre 1900 et 1922, tandis que, dans le même temps, les exportations étaient presque multipliées par cinq. L’essentiel des importations était constitué de minerai de fer, alimentant les hauts-fourneaux de la ville, et offrant des emplois à une population en constante augmentation : c’est donc bien grâce au commerce que la ville s’est industrialisée. La métallurgie devint l’activité principale de la ville au début du XXe siècle : on dénombre 12 hauts fourneaux au début des années 1920, mais un ralentissement de cet activité est déjà palpable, DEMANGEON signalant que des hauts-fourneaux sont à l’arrêt. Néanmoins, plus de 32 000 ouvriers sont employés dans la métallurgie, notamment dans la fabrication d’écrous et de boulons.
L’industrie automobile s’y implante aussi à la toute fin du XIXe s.iècle, sans toutefois avoir l’importance qu’elle a à Détroit à la même période. La construction navale connait une crise passagère dans les années 1920.
Cela est complété par l’exploitation d’hydrocarbures, mais les puits de pétrole de l’Ohio sont en cours d’épuisement en ce début du XXe siècle. Onze raffineries de pétrole sont néanmoins encore en activité au moment où DEMANGEON rédige son article. Idem pour le gaz, dont les ressources locales ont presque déjà totalement fondues à cette période.
L’activité industrielle est enfin dopée par l’existence d’un marché local important : industrie chimique, industrie textile (la confection de vêtements emploie plus de 9000 personnes), minoteries, abattoirs, etc.
Si la ville a connu une crise grave au tout début des années 1920, elle semble fort bien s’en remettre quelques années plus tard : « ce marasme momentané […] n’a pas touché aux forces vives de la cité, et les courants économiques ont reflué dans le sens de la prospérité », indique DEMANGEON à la fin de son article.

source :

Des palourdes à l’apéro

accueil P1450671Une petite gourmandise facile à préparer, à réaliser toutefois un peu à l’avance pour que l’ensemble soit bien frais : par les temps chauds qui courent, ça s’impose.
Il s’agit donc de réaliser une petite coupelle apéritive pour 2-3 personnes à base de palourdes fraîches. Si vous n’avez pas la possibilité de les pêcher vous-mêmes, vous pouvez les remplacer par des coques, c’est tout aussi bon quoique plus salé. Les coques d’élevage sont en général à un prix nettement plus abordable que les palourdes, hors de prix pour ce genre de préparation. Il est enfin tout à fait envisageable de réaliser cette recette avec des moules d’assez petite taille.

Sur le plan de travail, il faut :

une trentaine de palourdes fraîches (disons trois douzaines et n’en parlons plus)
une grosse tomate bien mûre ayant du goût (une vraie cœur de bœuf de jardin, c’est l’idéal)
un filet d’huile d’olive
une gousse d’ail
des herbes fraîches (j’ai personnellement choisi dans le jardin sarriette, basilic, origan et ciboulette)
un peu de poivre du moulin
un tout petit peu de vin blanc sec

Procédons, procédons …

  • Cuire les palourdes à feu vif (sur plaque à induction, cliquez sur « booster ») à couvert, avec le vin blanc. Remuez en cours de cuisson, mais ne quittez pas la cuisine : dès que les palourdes sont ouvertes, c’est cuit, et ça va très très vite. Il faut immédiatement les retirer du feu, sinon elles deviennent caoutchouteuses. Laissez-les refroidir dans la casserole, il est inutile de se brûler les doigts pour rien.

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  • Pendant que les bébêtes refroidissent, préparez la sauce :
    • pelez et dégermez l’ail puis écrasez la gousse au presse-ail
    • ciselez les herbes
    • pelez la tomate et coupez-la en petits morceaux
    • faites revenir doucement l’ail dans l’huile
    • ajoutez la tomate et les herbes
    • poivrez mais ne salez pas : le jus des coquillages s’en chargera
    • laissez mijoter doucement, il faut que la tomate se transforme presque en coulis
    • ajoutez le jus rendu par les coquillages, mélangez et réservez
  • Décoquillez les palourdes et plongez-les dans la sauce dès que celle-ci est tiède voire froide (une sauce trop chaude les recuiraient, ce serait dommage)
  • Réservez au frais jusqu’à l’heure H. Servez avec un bon vin blanc sec de votre choix (le cépage sémillon peut faire des merveilles si le vigneron connaît son boulot).

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Collection # 254

Sous le ciel gris
Le Château d’Oléron, 13 juillet 2014

ciel gris

Monsieur Caterpillar va à la pêche

Nous voici donc sur l’estran vaseux-sableux de l’île d’Oléron. Marée basse, coefficient supérieur à 100 : un piège à gogo du feu de dieu (car à cet endroit, camarade, on réalise aussi de très belles pêches avec des coeff ridicules, inférieurs à 50, mais le baignassout’ ne sait pas tout ça). Il y a du monde, mais pas trop : c’est dur de s’arracher de la grasse matinée pour aller se salir les doigts dans la vase. Et pourtant quel plaisir, non seulement de revenir avec un petit panier de coques et palourdes de taille acceptable (c’est-à-dire égale ou supérieure à la maille : 3 cm pour les coques, 4 pour les palourdes), mais aussi de fouiller la vase, de deviner au toucher à quelle bébête correspondaient les deux petits trous dans le sable ou la vase, mais encore de regarder toute la faune vivant dans ce milieu si particulier, des crabes bien sûr, puis des minuscules crevettes, des anémones, des pas identifiés mais jolis quand même.
Globalement, la leçon est maîtrisée : les pêcheurs amateurs y vont à la main, parfois avec un petit outil pour ne pas se faire mal, mais rien de bien offensif. Mais il y a toujours, malgré les conseils donnés notamment par l’association IODDE, des bourrins, des lourdauds, des plus forts que les autres qui labourent la vasière façon agriculture industrielle. Je les surnomme « caterpillar », du nom des engins de chantier, mais « massey-fergusson », ça doit marcher aussi. Et là, samedi, il y en avait un, bien décidé à ne pas lâcher sa bêche avant d’avoir labourer, et donc stériliser son hectare :

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Quel plaisir y trouvait-il ? je l’ignore. Aucun sans doute tant la tâche était mécanique et sans charme. Un coup de bêche bien profond, et il y va vite fait de la main pour choper la palourde, la seule, rescapée d’un mètre carré de binage façon motoculteur. Tout ça pour ça ? Ne se sent-il pas un peu sot, seul stakhanoviste au milieu des gens venus juste se faire plaisir ?

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C’était dans le journal … le 10 juillet 1914

screenshot_03L’achèvement du Canal de Panama est l’occasion, pour Le Petit Parisien qui l’annonce en une, de publier un article hautement patriotique pour ne pas dire franchouillard.
Dès les premières lignes, l’article évoque le « génie français », que les « chefs des Etats, les rois, les empereurs, tous les maîtres du monde » seront invités à constater et à honorer comme il se doit lors de l’inauguration officielle, prévue pour la fin de l’hiver 1915, alors que des navires empruntent déjà le canal. Mais ce sont les Etats-Unis qui invitent, et la France n’y aura pas, déplore Le Petit Parisien, de traitement de faveur, alors qu’elles mériterait « tous les honneurs ».
L’article évoque longuement les personnalités de Ferdinand de Lesseps, décédé 20 ans plus tôt , et de son fils Charles, « un vieillard aujourd’hui », concepteurs dudit canal, et, pour ce qui concerne Ferdinand, du canal de Suez à la fin du XIXe siècle. Les allusions au scandale politico-financier de Panama émaillent l’article de bout en bout. Il faut dire que la famille de Lesseps y a plus que trempé, ayant généreusement versé des dessous de table à la presse pour qu’elle étouffe le gouffre financier qu’était le percement du canal, autrement plus complexe techniquement que celui de Suez. Charles de Lesseps n’en est pas moins considéré, comme son père, comme un « grand Français », encore « vert » malgré son grand âge (74 ans). Il répond à l’interview du journaliste, qui tourne exclusivement autour du fameux scandale. Rien donc sur le formidable raccourcissement des distances qu’apporta ce canal, c’est-à-dire ce que nos yeux d’aujourd’hui voient comme l’essentiel.

Le Brésil gagna le match par 7 buts à 1

7-1. Ce score emplit le Brésil de colère, de tristesse et de stupéfaction aujourd’hui, après la gigantesque raclée infligée par une équipe adverse qui ne saurait faire mentir le vieil adage selon lequel « à la fin c’est l’Allemagne qui gagne ». Ainsi va le monde du football.
Ce score de 7-1 a déjà été vécu par l’équipe brésilienne, à ceci près que c’était le Brésil qui avait gagné, notamment grâce à quatre buts d’Ademir, considéré comme un des meilleurs footballeurs brésiliens des années 1950. Il s’agissait là aussi d’une coupe du monde, là aussi organisée sur le sol brésilien, et pour laquelle le stade Maracana avait été construit. Au final, c’est l’Uruguay qui avait décroché la queue du mickey, laissant l’équipe brésilienne un peu sonnée tant sa victoire était attendue.
Néanmoins, avant cette claque, le Brésil avait rétamé la Suède par 7 buts à 1. Déjà un score de babyfoot …

pour aller plus loin :

Collection # 253

Bestioles

bestioles

Pen Duick

Pen Duick fut le nom donné aux bateaux d’Eric Tabarly. Jusqu’à mercredi matin, ils sont exposés dans le port de Bordeaux (sauf le n°4, qui disparut en mer avec marin à bord, c’était le Manureva d’Alain Colas).
Le premier de la série est un superbe bateau en bois long de 15 mètres, conçu par un architecte écossais et construit en Irlande à la toute fin du XIXe siècle. Acheté par la famille Tabarly en 1938, il permit au jeune Eric, alors âgé de 7 ans, d’apprendre à naviguer.
Les aléas de la Deuxième Guerre mondiale transformèrent le bateau en épave, celui-ci ayant trop longtemps séjourné dans la vase, ce qui lui a pourrit la coque. En 1952, Eric Tabarly récupère le bateau dont son père veut se séparer. La restauration, qu’Eric assure seul, façon home made en polyester (une première pour l’époque), est une réussite, et Eric Tabarly effectue de nombreuses virées et courses en mer à bord de ce bijou. Il est à nouveau restauré dans les années 1980. C’est à son bord qu’Eric Tabarly périt en mer en 1998, au large du Pays de Galles.

 P1450517Photo : Bordeaux, 6 juillet 2014

En Bolivie, il n’y a pas que les pendules qui tournent à l’envers

Récemment, l’Etat bolivien a annoncé que les pendules tourneraient … dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, afin de s’adapter à l’hémisphère sud, de balancer une bonne fois pour toute le passé colonial et les décennies de domination européenne, que sais-je encore. La chose n’est sans doute pas bien commode, mais est-ce bien grave ? Pour se faire une idée, on peut lire l’article que Courrier International a consacré à cette histoire de pendule.
Si Evo Moralès en était resté là, ce blog serait reparti sur des notes plus légères, d’ailleurs, à ce titre, je viens de laisser un peu d’air marin à l’annexe, en l’occurrence quelques mots sur le premier des Pen Duick.
Mais Evo Moralès ne se contente pas de faire tourner les aiguilles des montres à l’envers, il remonte aussi le temps, et là c’est beaucoup plus grave. Un récent article du Monde fait ainsi état de sa décision d’autoriser le travail des enfants dès l’âge de 10 ans. Pour dire à quel point c’est un retour en arrière, on peut rappeler que le travail des enfants de moins de 12 ans a été interdit en France en 1874 ! Retour en arrière aussi parce-que, avant le vote de cette loi abaissant l’âge légal à 10 ans, aucun enfant bolivien ne pouvait être embauché avant d’avoir atteint ses 14 ans (âge légal dans les pays en développement). Le texte de loi se veut prudent : le marmot ne peut travailler que si cela ne nuit pas à sa scolarité. Comme si, dans un pays pauvre, cela était possible. Combien de familles vont préférer envoyer leurs enfants au boulot (qui rapporte de quoi nourrir son homme, du moins un peu) plutôt qu’à l’école, qui ne nourrit personne ? Ces enfants resteront pauvres et leurs enfants aussi, car seule l’éducation permet de sortir du cercle vicieux de la pauvreté. Ils ne pourront prétendre qu’à des emplois subalternes, sous-payés et précaires, seront les premières victimes du chômage.
A quoi à donc penser Evo Morales, lui qui, jusqu’à présent, donnait l’impression d’être soucieux du développement de son pays ? Ne fait-il que rendre légales des pratiques qui existent déjà, prenant ainsi le problème à l’envers ? Il y a effectivement des enfants qui ont des petits boulots en Bolivie : l’article du Monde en cite quelques exemples, comme celui de cette fillette de 13 ans qui va à l’école le matin et qui vend des bonbons l’après-midi. Beaucoup de familles, enfants compris, approuvent la décision d’Evo Morales, partageant sa vue à court terme (un peu de sous maintenant, tant pis si cela hypothèque l’avenir). Les ONG qui dénoncent cette décision ont donc bien peu de poids.

Hommage à Fabienne Terral-Calmès

Ni vous ni moi ne connaissions cette Fabienne-là. Elle avait 34 ans, elle était maîtresse d’école à Albi, dans le Tarn. C’est joli Albi, on se dit que la vie doit y être douce.
Ce matin, dernier jour de classe, aurait du être un moment aussi agréable que les berges du Tarn en ce début d’été. Les enfants, heureux des vacances si proches, n’auraient sans doute pas chanté, car trop ringard, « les cahiers au feu la maîtresse au milieu », sans penser à mal bien sûr. Joyeux, quoi.
Il n’y eut certes aucun feu : l’arme blanche tue sans bruit. Une maman a poignardé Fabienne, l’a tuée net en ce jour d’été.
En allant au boulot le matin, bien peu sont ceux qui pensent ne pas en revenir, qu’il y a un risque. Les pompiers peut-être, les convoyeurs de fonds, les policiers. Mais les enseignants non. Non pas que l’école soit exempte de violence, le métier d’enseignant y étant même, selon une étude dont les médias se sont fait l’écho hier, particulièrement exposé. Mais ce sont le plus souvent des violences verbales, des insultes, pas des mises à mort de sang froid.
La dame qui a tué était, dit-on, déséquilibrée, bonne pour la psychiatrie. Je regrette, pour Fabienne et ses proches, qu’elle n’ait pas été diagnostiquée et traitée plus tôt. Je suis aussi de tout cœur avec les enfants, ses élèves, qui ont vu leur maîtresse s’effondrer sous leurs yeux.

De l’eider à l’édredon

« Certes, à voir cet homme, je n’aurais jamais deviné sa profession de chasseur ; celui-là ne devait pas effrayer le gibier, à coup sûr, mais comment pouvait-il l’atteindre ?
Tout s’expliqua quand M. Fridiksson m’apprit que ce tranquille personnage n’était qu’un chasseur d’eider, oiseau dont le duvet constitue la plus grande richesse de l’île. En effet, ce duvet s’appelle l’édredon, et il ne faut pas une grande dépense de mouvement pour le recueillir.
Aux premiers jours de l’été, la femelle de l’eider, sorte de joli canard, va bâtir son nid parmi les rochers des fjords dont la côte est toute frangée. Ce nid bâti, elle le tapisse avec de fines plumes qu’elle s’arrache du ventre. Aussitôt le chasseur, ou mieux le négociant, arrive, prend le nid, et la femelle de recommencer son travail. Cela dure ainsi tant qu’il lui reste quelque duvet. Quand elle s’est entièrement dépouillée, c’est au mâle de se plumer à son tour. 1Seulement, comme la dépouille dure et grossière de ce dernier n’a aucune valeur commerciale, le chasseur ne prend pas la peine de lui voler le lit de sa couvée ; le nid s’achève donc ; la femelle pond ses œufs ; les petits éclosent et, l’année suivante, la récolte de l’édredon recommence. »

Jules VERNE, Voyage au centre de la Terre, 1864

Collection # 252

Ciel

ciel

Crise grecque : même les olives s’en mêlent

oliveDécidément, vivre en Grèce actuellement ne doit pas être simple. Même les valeurs sûres font grise mine, en particulier le produit de base de la gastronomie hellène : l’huile d’olive.
En raison de conditions climatiques dures comme les plans de rigueur qui se sont succédé dans le pays, la production d’olives s’effondre littéralement, or la Grèce en est le 3e producteur au monde, derrière l’Espagne et l’Italie. Des vents chauds venus d’Afrique du Nord ont provoqué une sécheresse d’une gravité exceptionnelle, responsable de cette baisse de la production.
Cette baisse de la production touche, pour les mêmes raisons climatiques, l’ensemble du bassin méditerranéen, mais seule la Grèce risque de voir sa production baisser de plus de 50%.
Suivant le vieil adage « ce qui est rare est cher », on doit s’attendre à une hausse du prix de l’huile d’olive, quelle que soit sa provenance. Cette hausse de prix va bien sûr toucher aussi de plein fouet la population grecque, qui n’a vraiment pas besoin de voir les prix alimentaires augmenter.

avril 2006 Grèce P4180191

source :

à cliquer :

La FIFA et le CIO n’ont rien inventé

Le règne du « tout pognon », l’absence d’humanité, la corruption, sont les bases du sport actuel, en particulier lors des grandes compétitions internationales. Que la FIFA ait été largement corrompue pour attribuer la coupe du monde de football au Qatar, où l’esclavage est encore largement pratiqué envers les ouvriers du BTP qui construisent les stades, ne fait plus aucun doute. Mais quand doute il y a, voire quand pointe un soupçon de méfiance, on évoque des problèmes climatiques (c’est qu’il fait chaud, dans ce désert là), c’est plus soft.
N’empêche que, même si le manque de transparence semble la règle actuelle au niveau des instances sportives internationales, ces dernières ne sont que les héritières d’une vieille tradition, dont les plus anciennes preuves remontent au IIIe siècle.

Courrier International rapporte ainsi la redécouverte récente d’un papyrus trouvé sur les bords du Nil il y a un siècle, mais qui vient seulement d’être traduit et analysé. Ce document est en fait un contrat entre deux lutteurs, l’un des deux acceptant de perdre en échange de quelques drachmes, au moins de quoi s’acheter un âne. J’ignore si le cours de l’âne dans le monde gréco-romain peut être comparé au prix de la Lamborghini, mais qu’importe : c’est le geste qui compte.
Voici donc la preuve que ce combat-là était truqué, et ce n’était probablement pas le premier (ni bien sûr le dernier, mais on le savait déjà). La pratique remonte même apparemment aux premiers Jeux Olympiques, puisque des historiens ont retrouvé la preuve que les athlètes ayant triché devait payer une amende. La somme des amendes ainsi collectées aurait financé la statue de bronze de Zeus à Olympie. Dès l’antiquité grecque, la décadence d’un monde sportif guidé par l’argent était déjà pointée du doigt.