La Bretagne, pays de pochtrons au XIXe siècle ?

Depuis des temps fort lointains, la Bretagne a la réputation d’être un pays d’alcooliques notoires. Cette réputation, du moins en ce qui concerne le XIXe siècle, doit être nuancée.
Si on compare les différentes régions françaises de l’époque, la consommation annuelle moyenne de boissons alcoolisées est comparable, en Bretagne, à ce qui est constatée dans les régions viticoles (Aquitaine, Bourgogne), dont les populations sont bizarrement considérées comme sobres. En 1900, la consommation annuelle d’alcool par habitant est trois fois plus élevée en région parisienne qu’en Bretagne. D’où vient alors ce mythe d’une population qui se torche le museau avec une telle frénésie ?
Les moyennes, comme toujours, cachent d’importantes disparités. On consomme ainsi plus de boissons alcoolisées, en particulier du vin, dans les villes : à la fin du XIXe siècle, un tiers du vin consommé dans le Finistère est bu dans la seule ville de Brest. C’est aussi dans les villes que l’on consomme le plus d’alcools forts : plus du double par an et par habitant à Rennes que dans tout le département d’Ille-et-Vilaine. A partir du moment où les alcools consommés en ville sont plus forts que le bon vieux cidre des campagnes, il est logique que la consommation d’alcool pur soit plus importante dans les villes.
Si on regarde maintenant les départements bretons, Loire-Atlantique exclue, on constate que c’est l’Ille-et-Vilaine qui détient le record : près de 30 litres par habitant en 1900 (trois fois plus que le Finistère, département le plus sobre), qui sont d’abord constitués de cidre. La consommation de vin y est particulièrement faible par rapport à la moyenne française (117 litres de vin par habitant et par an en France, seulement 15 dans le Finistère).
L’importance de la consommation de cidre, en particulier en Ille-et-Vilaine, est directement liée à l’importance de la production locale, qui fournit à peu près un quart de la production de cidre en France à la charnière des XIXe et XXe siècle. C’est donc, dans ce département, la boisson des classes populaires par excellence, ce qui n’est pas le cas dans les autres départements bretons. On y boit de l’eau (et oui !), des vins bas de gamme, éventuellement de la bière. Le cidre s’y répand tardivement et il y est peu alcoolisé. Bref, la « Bretagne pays de pochtron » relève bien de la légende. Cela est aussi attesté par le nombre de décès dus à des cirrhoses du foie, plus faible dans l’ensemble des départements bretons que dans le reste de la France.

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