L’île d’Oléron en noir et blanc [25]

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Fin de la série « L’île d’Oléron en noir et blanc »

C’était dans le journal … le 28 juin 1914

14 le matinCe n’était bien sûr pas l’attentat de Sarajevo qui faisait la une : les journaux du matin sont parus avant qu’il n’ait lieu, ceux du soir n’ont pas eu la possibilité matérielle de réagir. Et puis l’info était-elle si importante ? un héritier d’un trône d’Europe centrale qui se fait zigouiller, c’est bien un peu triste et embêtant, mais cela ne doit pas perturber les courses hippiques : le dimanche 28 juin 1914 a lieu le grand prix de Paris, pour lequel Le Matin publie ses pronostics et montre de jolies images des chevaux favoris (illustration ci-contre à droite). Tous les titres quotidiens, exceptés peut-être les suppléments illustrés, s’intéressent largement aux courses.
Parfois ce sont certes d’autres courses, comme une course poursuite entre gendarmes et voleurs, avec la modernité qui sied au temps : la voiture. D’où la une de L’Intransigeant :

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Le Petit Journal s’intéresse en outre aux dénominations des régions viticoles et aux retraites ouvrières :

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Dans son supplément illustré, il relate des événements météorologiques fâcheux qui ont fait des victimes à Paris :

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à cliquer :

La Bretagne, pays de pochtrons au XIXe siècle ?

Depuis des temps fort lointains, la Bretagne a la réputation d’être un pays d’alcooliques notoires. Cette réputation, du moins en ce qui concerne le XIXe siècle, doit être nuancée.
Si on compare les différentes régions françaises de l’époque, la consommation annuelle moyenne de boissons alcoolisées est comparable, en Bretagne, à ce qui est constatée dans les régions viticoles (Aquitaine, Bourgogne), dont les populations sont bizarrement considérées comme sobres. En 1900, la consommation annuelle d’alcool par habitant est trois fois plus élevée en région parisienne qu’en Bretagne. D’où vient alors ce mythe d’une population qui se torche le museau avec une telle frénésie ?
Les moyennes, comme toujours, cachent d’importantes disparités. On consomme ainsi plus de boissons alcoolisées, en particulier du vin, dans les villes : à la fin du XIXe siècle, un tiers du vin consommé dans le Finistère est bu dans la seule ville de Brest. C’est aussi dans les villes que l’on consomme le plus d’alcools forts : plus du double par an et par habitant à Rennes que dans tout le département d’Ille-et-Vilaine. A partir du moment où les alcools consommés en ville sont plus forts que le bon vieux cidre des campagnes, il est logique que la consommation d’alcool pur soit plus importante dans les villes.
Si on regarde maintenant les départements bretons, Loire-Atlantique exclue, on constate que c’est l’Ille-et-Vilaine qui détient le record : près de 30 litres par habitant en 1900 (trois fois plus que le Finistère, département le plus sobre), qui sont d’abord constitués de cidre. La consommation de vin y est particulièrement faible par rapport à la moyenne française (117 litres de vin par habitant et par an en France, seulement 15 dans le Finistère).
L’importance de la consommation de cidre, en particulier en Ille-et-Vilaine, est directement liée à l’importance de la production locale, qui fournit à peu près un quart de la production de cidre en France à la charnière des XIXe et XXe siècle. C’est donc, dans ce département, la boisson des classes populaires par excellence, ce qui n’est pas le cas dans les autres départements bretons. On y boit de l’eau (et oui !), des vins bas de gamme, éventuellement de la bière. Le cidre s’y répand tardivement et il y est peu alcoolisé. Bref, la « Bretagne pays de pochtron » relève bien de la légende. Cela est aussi attesté par le nombre de décès dus à des cirrhoses du foie, plus faible dans l’ensemble des départements bretons que dans le reste de la France.

source :

Perliculture

Le collier de perles, c’est parfois le susucre au chienchien, la mini-récompense offerte au correcteur de copies. Quand la perle s’insinue dans un travail par ailleurs correct, ce n’est pas bien grave. Je pense ainsi au candidat qui a donné comme définition de l’autarcie le verbe « s’autodébrouiller ». Il avait pigé, finalement, et il a chopé 11/12 à sa compo. Mais dans la plupart des cas, la perle trahit une réelle incompétence, ce qui est gênant quand on prétend obtenir le sésame qui ouvre la porte de l’enseignement supérieur.
Reprenons donc tout ça, perles mignonnes et bourdes plus gênantes, maintenant que je suis venue à bout d’un paquet moins gros que les autres années. Série ES, donc coefficient 5 au bac, ce qui n’est pas rien. Ce qui pourrait laisser espérer qu’un vrai travail de fond a été effectué par les candidats. Après tout, l’espoir fait vivre …
Cette année, le sujet était pile dans les clous des instructions officielles : le choix entre deux compositions d’histoire qui reprenaient des intitulés de chapitre et un croquis de géographie forcément réalisé en cours, puisque figurant sur la liste des sept croquis obligatoires. Un élève normalement sérieux, ayant étudié ses leçons, ne pouvait que réussir.
Les compositions portaient sur le projet d’une Europe politique depuis 1948 (5% seulement des copies que j’ai eu l’honneur de corriger) et sur la Chine et le monde depuis 1949 (donc toutes les autres). Le croquis de géo devaient mettre en évidence les dynamiques territoriales du Brésil.
Commençons par la géo : c’est la première fois que je vois autant de copies dans lesquelles les candidats ont carrément modifié le sujet, traitant par exemple de la population du Brésil. Beaucoup de candidats n’ont pas fait le croquis, où alors se sont contentés d’indiquer un élément de légende et un seul, bien souvent la forêt amazonienne délicatement coloriée en vert. Voici une belle méthode pour perdre d’emblée 7 ou 8 points !
Le collier de perles n’est pas très fourni. J’ai bien repéré deux localisations bizarres : l’apparition d’un Bilbao sur la carte et Manaus transformé en Paname. Et puis il y eut un élément de légende un peu curieux, annonçant des exportations « vers l’ENA ». Je me permets de supposer que le candidat a pensé à l’ALENA.

En histoire : comme je le disais précédemment, le sujet sur l’Europe n’a pas séduit grand monde. Cette pauvre vieille Europe est décidément bien peu glamour … Une seule perle au collier, donc (l’orthographe a été respectée, comme dans toutes les perles citées) : « En 1948, à Bruxelle, s’ouvre le congrès de La Haye ».

Le gros morceau, avec des perles de toutes les couleurs, fut donc collecté dans les copies traitant de la Chine. Le problème numéro un est lié à l’insuffisante maîtrise de la langue française. Cela peut donner des choses de ce style : « La cohexistance pacifacatrice avec l’URSS contraint à réchauffer les tensions avec les Etats-Unis ». Le Grand Bond en avant devient souvent « le grand bon en avant », un « bon » façon « coupon » et non synonyme de « saut ».  Les contresens et les absurdités deviennent la norme dans certaines copies : « le nationalisme, lui, est à l’ONU ». Cela peut ne pas manquer de poésie (sans pour autant avoir du sens, mais c’est un autre problème) : « la guerre civile qui chevauche le pays ».
La deuxième catégorie de bourdes montre une réelle méconnaissance du cours, celui-ci ayant manifestement été ingurgité à la dernière minute. L’histoire du monde s’en trouve totalement bouleversée : « La Chine se dote de la puissance nucléaire avec les bombes d’Hiroshima Nagasaki » ou « La Chine est sous un régime autoritaire communiste depuis toujours ». La phrase « Des accords ping-pong sont passés entre la Chine et les Etats-Unis » n’est pas mal non plus. Puis-je me permettre de suggérer au candidat de revoir le film Forrest Gump, dont plusieurs scènes illustrent de manière fort compréhensible la diplomatie du ping-pong ?
Pour finir, et nous en resterons là pour aujourd’hui (il faut préparer l’oral, et je m’attends à avoir pas mal de clients !), j’ai remarqué une montée en puissance du langage familier, dont voici un petit exemple : « Mao va remarqué que […] l’ancien dirigeant n’avait pas fait correctement son boulot ». Il se trouve que le candidat non plus n’avait pas fait le sien …

156En conclusion, je suis plus dépitée et déçue qu’amusée. Il y a là une mise en lumière d’incompétences, liées pour la plupart à un réel manque de travail, ce que j’ai constaté chez mes élèves (qui n’ont sans doute pas fait mieux). La paresse s’affiche. Combien de fois cette année ai-je entendu Norbert ou Pétronille justifier leur refus de travailler par des « non mais là je suis trop fatigué(e) » ou des « ah non là j’ai trop la flemme » ?

Collection # 251

Le parc de l’Ermitage
Lormont, 22 juin 2014

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Un mariage dans le Finistère dans les années 1930

L’exemple de mariage breton des années 1930 correspond à ce qui se faisait habituellement dans la commune de Trégunc, près de Concarneau, dans le sud du département du Finistère, relaté dans un blog consacré au patrimoine de Trégunc.
La noce a lieu un samedi. Dès 9 h du matin, le futur marié rassemble ses invités chez lui et leur offre le café mais aussi quelques apéritifs à la mode, Martini ou St-Raphaël. Une fois le petite monde repu et détendu, le futur marié, vêtu du costume breton, et ses invités se dirigent en cortège chez sa promise, qui, elle aussi, porte le costume traditionnel, avec coiffe impeccable  Elle aussi offre café, Martini et St-Raphaël. Toute la troupe, invités de la future mariée inclus, se dirigent vers la mairie, où le mariage civil se déroule au pas de course : une demie-heure plus tard, la cérémonie religieuse commence.
La cérémonie religieuse dure une heure environ. Si les enfants de chœur rafle la mise lors de la quête, les cloches sonnent très longtemps une fois la messe finie. Une mesure comme une autre de la générosité locale ! Pendant que les cloches sonnent à tout rompre, les mariés et les invités se rassemblent sur le perron de l’église pour la traditionnelle photo. Si les invités peuvent ensuite reprendre une vie normale jusqu’au repas (certaines femmes se dirigent vers le cimetière, les hommes vers le bistrot), les mariés, le garçon d’honneur et la fille d’honneur rempilent au rayon photo et vont se faire tirer le portrait avec leur plus beau sourire (mine compassée souhaitée) chez le photographe.
Arrive enfin le principal repas, qui a lieu dans une grande salle, où le cortège est amené par un joueur d’accordéon. Le repas commence vers 14 h, un autre est organisé juste avant le bal. A partir du moment où chacun paye son repas, les mariés ne reçoivent pas de cadeau. Cela permet aussi d’inviter quasiment tout le village, voire au-delà. Des noces où festoyaient plus d’une centaine de convives n’étaient pas rares.
Le menu est toujours plus ou moins le même : soupe, jambon à la macédoine, langue de bœuf, rôti de veau, gâteau et café. Le vin est servi à volonté. Pour digérer le tout avant le repas qui précède le bal, les hommes s’autorisent la goutte, c’est-à-dire une eau-de-vie, les femmes se contentant d’un petit verre de Marie-Brizard.
La fête continue le lendemain, avec le « retour de noce » : on y mange les restes, et puis du pain et du pâté, des crêpes bien sûr. En fin de repas, les hommes assaisonnent le café d’une petite goutte d’eau-de-vie, les femmes préfèrent le café au lait, c’est plus convenable.

Et c’est ainsi que commença l’été

Le fuligule milouin

1 P1450412Voici un petit canard plongeur fort sympathique : il ne fait quasiment pas de bruit, ce qui, dans la famille canard, est rare. Certes, la femelle peut éventuellement grogner et le mâle siffler de façon assez nasillarde, mais ces canards-là sont quand même plutôt du genre taiseux.
Le fuligule milouin est un peu plus petit que le colvert. On le retrouve à peu près dans toute l’Europe, dont la moitié des effectifs en Russie, où leur nombre diminue néanmoins pour cause de destruction des habitats et pollution. En France, les 2000 à 3500 couples comptabilisés (pas facile : certains migrent, d’autres pas) nichent essentiellement dans les grands marais, comme la Brenne ou la Camargue, ou encore le lac de Grandlieue en Loire-Atlantique. On peut alors y constater leur côté grégaire, les milouins vivant en bande. Ils ne dédaignent pas non plus les parcs urbains, la tambouille y étant gratuite. C’est d’ailleurs dans ce type de milieu que j’ai photographié l’exemplaire qui illustre cette note, en l’occurrence le Parc de l’Ermitage à Lormont, en banlieue de Bordeaux.
Question tambouille, c’est simple : c’est un canard plongeur, donc il boulotte ce qu’il y a dans l’eau, aussi bien des végétaux que quelques petits animaux (crustacés, larves d’insectes, …).
En période de reproduction, le couple construit son nid à même le sol, dans des hautes herbes ou des roseaux, à moins de dix mètres du plan d’eau. C’est en général une simple dépression dans le sol, juste recouverte de duvet que le femelle arrache de son propre corps, façon épilation à la pince, en pire. Le mâle reste avec la femelle pendant toute la période de couvaison, mais en pur soutien moral : il ne la relaie à aucun moment et ne prend pas davantage part à l’élevage des jeunes, cette dernière phase durant un peu moins de deux mois.

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à cliquer : les pages consacrées au fuligule milouin sur les sites oiseaux.net, oiseau-libre.net et conservation-nature.fr

De la Terre à la Lune

lune P1300492Slate relate des découvertes scientifiques récentes, qui pourraient ouvrir la porte à de superbes scénarios de science-fiction avec décor ad hoc : imaginons par exemple un océan souterrain, à 500 km dans les profondeurs de la Terre. Cet océan est bel et bien là, les preuves de son existence ont été rendues publiques il y a une huitaine de jours.
Cet océan serait un indice sérieux attestant de l’existence d’une Terre à l’intérieur de la Terre, façon poupées russes. Pour comprendre le pourquoi du comment, il faut se téléporter 4 milliards d’années en arrière, je vous parle d’un temps que même les bactéries n’ont pas pu connaître.
En ce temps-là, la Terre est une planète hostile à toute forme de vie, notamment parce-qu’il y fait une chaleur épouvantable. Et un beau jour, ou peut-être une nuit, arrive Théia. Théia est une grosse comète de la taille de Mars, dont le rayon est presque deux fois plus petit que celui de la Terre actuelle, qu’on ne peut plus appeler « notre bonne vieille Terre », puisque la vieille est à l’intérieur de l’actuelle. Vous suivez, c’est bon, où on reprend du début ?
Donc arrive Théia, qui fonce à toute vibrure sur la Terre, façon formule 1 sur un mur, sans airbag. Le choc est tellement violent qu’il bouleverse l’orbite terrestre, lui donnant l’orbite actuelle. Dans le choc, Théia a fondu, ainsi que le pare-choc de la Terre, plus connu sous le nom d’ « enveloppe terrestre ». Et surtout, le choc aurait libéré des matériaux (là, je simplifie méchamment) qui ont donné naissance à la Lune. Voilà pourquoi les échantillons rapportés de la Lune par les missions Apollo ressemblent à s’y méprendre à des éléments bien connus sur la Terre. Cela est aussi attesté par la présence d’un gaz rare dans les profondeurs de la Terre, gaz que l’on retrouve en quantité nettement plus importante sur la Lune.

Une bouche avec des tentacules autour

1 P1450142A la différence de l’anémone terrestre, qui est une jolie fleur inoffensive, l’anémone de mer est un animal vorace de la famille des méduses, ce qui le rend immédiatement moins sympathique que son homonyme terrestre.
Son corps gélatineux se fixe aux rochers ou aux coquillages par une ventouse, qui peut fort bien se décrocher pour permettre à l’anémone de voyager. De ce corps sort une flopée de tentacules chargés de poison urticant, qui permettent à l’animal de tuer ses proies (plancton, crevettes, petits poissons). Celles-ci sont ensuite dirigées vers la bouche puis digérées directement, sans passage par la mastication : l’anémone n’a pas de dent. Elle n’a pas non plus d’yeux, d’oreilles, ni même de cerveau. C’est aussi par cet orifice central, appelé « bouche » pour simplifier, que l’anémone fait caca : l’animal est décidément peu glamour, malgré ses jolis tentacules qui se balancent dans l’onde pure.
Le mode de reproduction de l’anémone lui permet de maintenir une démographie soutenue : l’anémone est hermaphrodite, donc, en fonction des rencontres, elle adopte le sexe ad hoc pour féconder les œufs. Ceux-ci sont le plus souvent libérés dans la nature une fois fécondés, sauf dans quelques cas particuliers : l’anémone rouge « couve » ainsi ses œufs dans son estomac. Certaines espèces se reproduisent de manière encore plus simple, sans que le sexe intervienne, en l’occurrence par bourgeonnement.
La population d’anémones est aussi importante en raison de la longévité de la bête : certains spécimens atteignent 90 ans. En effet, excepté dans son jeune âge, l’anémone n’a pas à proprement parler de prédateurs.

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à cliquer :

Photos attrapées sur l’île d’Oléron en juin 2014

Bordeaux, ce bout du monde

En juin 1940, lors de la formidable déculottée infligée à une armée française trop confiante par une Allemagne nazie on ne peut plus offensive, c’est la panique. Le gouvernement, le parlement, mais aussi les tous premiers acteurs de la Résistance (dont De Gaulle), cherchent une ville sûre, trop loin pour la Wehrmacht. Ce bout du monde est Bordeaux, où arrivent pêle-mêle Pétain, les ministres, les députés, des chefs d’entreprises, beaucoup de Français qui fuient l’avancée ennemie, ainsi que De Gaulle, qui décollera pour Londres depuis l’aéroport de Mérignac. C’est l’exode, dont Sud-Ouest publie aujourd’hui quelques photos, montrant l’arrivée de réfugiés à Bordeaux : cliquez ici pour accéder à cet album.

Collection # 250

A cheval sur la plage
Ile d’Oléron, juin 2014

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République bananière

On désigne habituellement sous le terme de « république bananière » un pays peu développé, géré de manière autoritaire, dans lequel la corruption est très importante, et qui est soumis aux intérêts étrangers, qui en exploitent les ressources naturelles. Il y a quelques semaines, l’émission Le dessous des cartes (Arte) est revenue sur l’origine de cette expression, en introduction d’un numéro consacré au land grabbing. Qu’est-ce donc, au départ, que cette république dite « bananière » ?
Cela remonte au premier tiers du XXe siècle, en Amérique latine. A cette époque, la première compagnie importatrice de bananes au monde, basée aux Etats-Unis, échange la construction de lignes de chemin de fer contre l’obtention de terres agricoles dans neuf pays (jusqu’à un quart des terres agricoles du Honduras !).

Pour défendre ses intérêts commerciaux, la compagnie fruitière s’ingère dans les politiques intérieures des pays concernés, allant jusqu’à provoquer des coups d’Etat, notamment à Cuba en 1917 et au Panama en 1926. Elle réussit même à engager l’armée US dans des interventions militaires contre les pays convoités. Cela lui permet de mettre en place des régimes amis surnommés « républiques bananières », et de s’assurer des bénéfices conséquents, livrant ainsi les trois-quarts des bananes consommées aux Etats-Unis.

L’île d’Oléron en noir et blanc [24]

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Le cri de l’échasse

Retour au Marais des Bris, un mois après la visite du mois de mai. Les échasses blanches sont toujours là, mais plus bruyantes que précédemment. Les petits sont peut-être nés, on sent les oiseaux plus préoccupés, cherchant encore et encore la nourriture dans la vase, appréciant modérément notre présence qui se voulait pourtant aussi silencieuse et discrète que possible.

Collection # 249

Fleurs de dune
Ile d’Oléron, juin 2014

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L’asperge est un sujet géographique comme un autre

imagescreenshot_03La sérieusisssime revue Mappemonde se penche, dans sa livraison de juin, sur la passion des Allemands pour l’asperge, avec carte à l’appui. Cette dernière montre que l’asperge est une production idéale là où rien d’autre ne pousse, puisqu’elle adore les sols pauvres.
La passion pour l’asperge n’est pas si différente en Allemagne qu’en France : un produit de luxe à saisonnalité courte, qui a d’abord séduit les citadins. Sur ce point, l’article n’apporte pas grand chose.
Ce que précise par contre de manière fort intéressante cet article, c’est que la diffusion de l’asperge sur des zones des cultures où elle était absente jusqu’à une date récente est liée à l’afflux d’une main-d’œuvre facilement exploitable et peu chère venant d’Europe de l’Est, en particulier de Pologne.

C’était dans le journal … le 10 juin 1914

photoscreenshot_01A la veille de la Première Guerre mondiale, l’aéronautique balbutie encore et est bien souvent l’affaire de doux dingues avides de sensations fortes. C’est d’abord un sport, dont les exploits, les défis et les records sont relayés par la presse, y compris la mauvaise presse, comme c’est aujourd’hui le cas du fort réac’ (et, souvent, franchement nauséabond) Le Matin.
Un défi a été lancé aux aviateurs : réaliser un tour de France en partant d’un aéroport proche de Versailles, y revenir le plus vite possible après avoir parcouru 3000 km, ce qui représente « la distance qu’il y a de Paris au Cap Nord », et être passé par des aérodromes bien précis, visibles sur la carte ci-contre, illustrant l’article du Matin du 10 juin 1914. A la clé pour le vainqueur : la somme rondelette de 20 000 francs.
L’aviateur GILBERT est le premier à relever le défi, en un peu plus de 39 heures, dont 10 heures d’arrêt (7 pour dormir et se sustenter, à Mirande, 3 pour ravitaillements). Au final, la vitesse moyenne de l’aéroplane fut de 107 km/h.
En page 3 du quotidien, GILBERT fait part de ses impressions. Il y eut ainsi beaucoup de nuages (à peu près toutes les 20 minutes) et il traversa la grêle et la pluie : « l’hélice, tourbillonnant dans cette eau glacée, en porte encore les traces ». L’aviateur a été littéralement bluffé par la beauté des paysages survolés « lorsque le soleil se montrait » : « la Méditerranée que je voyais bleuir au loin, les Pyrénées coiffées de neige, l’océan pailleté », etc.
Pour tracer sa route, façon marin en plein océan, GILBERT disposait « de 15 mètres de cartes [qu’il déroulait] au fur et à mesure que le sol s’enfuyait sous l’appareil ». Il reconnait aussi que les repères étaient bien balisés et que, « pour la première fois, on a fait un règlement intelligent ». Enthousiaste, il conclut : « le pays de France en aéroplane : voilà donc l’idéal ! ».

Un forficule sur la plage

forficule P1450259En latin, il répond au nom de labidura riparia. En français scientifique, c’est le forficule du sable. En français de vacances, c’est le perce-oreille. Sur la plage, sa couleur est beige clair, alors que les perce-oreille des villes et des campagnes sont de couleur beaucoup plus sombre.
C’est un insecte rapide : pas moyen de faire la photo du premier coup, le bestiau était hors-cadre à chaque fois. Cette petite bête mange de tout, s’adapte à tous les milieux sauf les régions polaires. Sur le littoral français, il est relativement fréquent de la Vendée jusqu’au Pays Basque, ainsi que sur la côté méditerranéenne.
Parmi les rares infos que j’ai glanées à son sujet sur le net, une a plus particulièrement attiré mon attention : elle concerne le comportement de la femelle à la fin de la saison peace and love, c’est-à-dire au moment de creuser le nid pour y laisser ses œufs. Apparemment, madame est fort stressée par l’entretien du nid et le soin apporté aux œufs, ce qui la rend particulièrement agressive, et ce jusqu’à l’éclosion de ses 50 à 90 petits.

Photo : île d’Oléron, 8 juin 2014

Faut pas prendre les bouseux pour des culs-terreux (et inversement)

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Film de Gus Van Sant (2012)

Disons-le d’emblée : ce n’est pas le meilleur film de Gus Van Sant. Dotée d’une morale un peu gnangnan, avec un happy end attendu et trop américain pour conclure un grand film, Promised Land peut décevoir. Néanmoins, l’histoire qu’il raconte, et que servent fort bien Matt Damon, assez peu à l’aise dans ses pompes, et Frances McDormand, qui a la froideur et la distance de ceux pour qui « tout ceci n’est qu’un job », met le doigt sur un certain nombre de problématiques actuelles : l’environnement, la misère et ceux qui l’exploitent, la manipulation.
De quoi s’agit-il donc ? nos deux héros sont expédiés par une compagnie exploitant du gaz de schiste dans un bled paumé de Pennsylvanie, tellement paumé « qu’on se croirait dans le Kentucky ». Le but de leur mission est de convaincre, moyennant dollars, les habitants de la commune de leur céder des terres afin de réaliser les forages qui libèreront le gaz de schiste et feront couler l’or et la félicité aux pieds des habitants pour l’instant sans le sou.
Nos deux personnages pensent que la chose sera facile : des gens de la campagne, pas plus éveillés qu’un banc d’huîtres, et en plus suffisamment pauvres pour accepter le gain immédiat, du genre qui ne réfléchit pas plus loin que le bout du capot de son tracteur. Pour faire passer la pilule, ils s’habillent local, avec chemise à carreaux pour monsieur, et tentent de s’insérer dans ce microcosme rural qu’ils sous-estiment.
Mais le bât blesse vite. Un retraité de chez Boeing et d’autres habitants de la petite ville ont entendu parler de l’extraction du gaz de schiste, ils connaissent la fracturation hydraulique : et oui, Matt Damon et Frances Mc Dormand l’apprennent à leurs dépens, à la campagne aussi, on connait Google et on sait s’en servir. La plus grande crainte des deux héros est qu’un écolo quelconque fourre son nez dans cette affaire. Ecolo qui, bien sûr, ne manque pas d’arriver. Et là, un grand jeu de « qui manipule qui » se met en place. Même si sa conclusion est un peu téléphonée, cela reste un des meilleurs ressorts du film.
Au final : une fable avec une morale à la fin, jouée avec finesse. Et même si on sent bien que ce n’est pas du grand Gus Van Sant, on se laisse facilement emporter jusqu’à la 103e minute.

Rediffusion ce soir, à 20 h 50, sur Canal+ Décalé

Pantalon made in China

J’ai découvert la chose ce matin en parcourant La Boite Verte : des archéologues ont déniché les plus vieux pantalons du monde dans l’ouest de la Chine, dont un en bon état de conservation. Il s’agit de vrais pantalons, avec un entre-jambe, chose qui n’existait apparemment nulle part ailleurs à cette époque, c’est-à-dire il y a plus de 3000 ans.
Les pantalons ont été retrouvés dans des tombes, à côté de deux corps : celui d’un homme d’une quarantaine d’années, et celui d’une femme d’environ 25 ans. Ces corps étaient entourés d’objets qui incitent à croire que les propriétaires des pantalons montaient à cheval : cravache, queue de cheval décorée, … Les pantalons sont manifestement des vêtements qui ont été utilisés par ces cavaliers, ce sont donc les premiers pantalons d’équitation du monde, en plus d’être les premiers pantalons tout court.

Collection # 248

Grenouilles
Jardin botanique de Bordeaux, 1er juin 2014

grenouilles

La grive musicienne

On ne l’appelle pas « grive musicienne » pour rien :

La terre a tremblé sur l’île d’Oléron

C’était dans la nuit du 7 septembre 1972 : la terre a tremblé dans l’ouest de la France, mais la secousse a été ressentie largement au-delà (un article du Monde parle d’Auxerre, ce n’est pas la porte à côté). Rien à voir avec les séismes majeurs de la ceinture du feu du Pacifique : magnitude 5,7 (un article du Monde pousse le bouchon jusqu’à magnitude 7, mais je n’ai retrouvé ce chiffre nulle part ailleurs). Ce n’est que parce-que l’épicentre était très profond que les dégâts restèrent modestes et qu’aucune victime ne fut déplorée. Des répliques se produisirent jusqu’au 11 septembre.
L’épicentre du séisme se trouvait entre l’île d’Oléron et l’île d’Aix. Sur l’île d’Oléron elle-même, des murs fut lézardés, plus de 400 cheminées ont été détruites. Le phare de Chassiron a été endommagé : le mercure a débordé, le mécanisme s’est bloqué. L’école de Dolus aussi a été endommagée, obligeant les enfants à prolonger leurs vacances au-delà du jeudi 14 septembre initialement prévu pour la rentrée.
Selon un numéro du journal Le Picton paru en 2005 (et dont une seule page est disponible en ligne), le clocher de l’église de Moëze, sur le continent, a été à deux doigts de s’effondrer. Des mouvements de panique ont été enregistrés sur l’île mais aussi sur le continent, aussi bien en Charente-Maritime qu’en Gironde : des habitants d’Arcachon se sont réfugiés au commissariat tandis que des gens se sont mis à prier au beau milieu des rues de Royan.