L’île d’Oléron en noir et blanc [25]

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Fin de la série « L’île d’Oléron en noir et blanc »

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C’était dans le journal … le 28 juin 1914

14 le matinCe n’était bien sûr pas l’attentat de Sarajevo qui faisait la une : les journaux du matin sont parus avant qu’il n’ait lieu, ceux du soir n’ont pas eu la possibilité matérielle de réagir. Et puis l’info était-elle si importante ? un héritier d’un trône d’Europe centrale qui se fait zigouiller, c’est bien un peu triste et embêtant, mais cela ne doit pas perturber les courses hippiques : le dimanche 28 juin 1914 a lieu le grand prix de Paris, pour lequel Le Matin publie ses pronostics et montre de jolies images des chevaux favoris (illustration ci-contre à droite). Tous les titres quotidiens, exceptés peut-être les suppléments illustrés, s’intéressent largement aux courses.
Parfois ce sont certes d’autres courses, comme une course poursuite entre gendarmes et voleurs, avec la modernité qui sied au temps : la voiture. D’où la une de L’Intransigeant :

14 l'intransigeant

Le Petit Journal s’intéresse en outre aux dénominations des régions viticoles et aux retraites ouvrières :

14 Petit Journal

Dans son supplément illustré, il relate des événements météorologiques fâcheux qui ont fait des victimes à Paris :

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à cliquer :

La Bretagne, pays de pochtrons au XIXe siècle ?

Depuis des temps fort lointains, la Bretagne a la réputation d’être un pays d’alcooliques notoires. Cette réputation, du moins en ce qui concerne le XIXe siècle, doit être nuancée.
Si on compare les différentes régions françaises de l’époque, la consommation annuelle moyenne de boissons alcoolisées est comparable, en Bretagne, à ce qui est constatée dans les régions viticoles (Aquitaine, Bourgogne), dont les populations sont bizarrement considérées comme sobres. En 1900, la consommation annuelle d’alcool par habitant est trois fois plus élevée en région parisienne qu’en Bretagne. D’où vient alors ce mythe d’une population qui se torche le museau avec une telle frénésie ?
Les moyennes, comme toujours, cachent d’importantes disparités. On consomme ainsi plus de boissons alcoolisées, en particulier du vin, dans les villes : à la fin du XIXe siècle, un tiers du vin consommé dans le Finistère est bu dans la seule ville de Brest. C’est aussi dans les villes que l’on consomme le plus d’alcools forts : plus du double par an et par habitant à Rennes que dans tout le département d’Ille-et-Vilaine. A partir du moment où les alcools consommés en ville sont plus forts que le bon vieux cidre des campagnes, il est logique que la consommation d’alcool pur soit plus importante dans les villes.
Si on regarde maintenant les départements bretons, Loire-Atlantique exclue, on constate que c’est l’Ille-et-Vilaine qui détient le record : près de 30 litres par habitant en 1900 (trois fois plus que le Finistère, département le plus sobre), qui sont d’abord constitués de cidre. La consommation de vin y est particulièrement faible par rapport à la moyenne française (117 litres de vin par habitant et par an en France, seulement 15 dans le Finistère).
L’importance de la consommation de cidre, en particulier en Ille-et-Vilaine, est directement liée à l’importance de la production locale, qui fournit à peu près un quart de la production de cidre en France à la charnière des XIXe et XXe siècle. C’est donc, dans ce département, la boisson des classes populaires par excellence, ce qui n’est pas le cas dans les autres départements bretons. On y boit de l’eau (et oui !), des vins bas de gamme, éventuellement de la bière. Le cidre s’y répand tardivement et il y est peu alcoolisé. Bref, la « Bretagne pays de pochtron » relève bien de la légende. Cela est aussi attesté par le nombre de décès dus à des cirrhoses du foie, plus faible dans l’ensemble des départements bretons que dans le reste de la France.

source :

Perliculture

Le collier de perles, c’est parfois le susucre au chienchien, la mini-récompense offerte au correcteur de copies. Quand la perle s’insinue dans un travail par ailleurs correct, ce n’est pas bien grave. Je pense ainsi au candidat qui a donné comme définition de l’autarcie le verbe « s’autodébrouiller ». Il avait pigé, finalement, et il a chopé 11/12 à sa compo. Mais dans la plupart des cas, la perle trahit une réelle incompétence, ce qui est gênant quand on prétend obtenir le sésame qui ouvre la porte de l’enseignement supérieur.
Reprenons donc tout ça, perles mignonnes et bourdes plus gênantes, maintenant que je suis venue à bout d’un paquet moins gros que les autres années. Série ES, donc coefficient 5 au bac, ce qui n’est pas rien. Ce qui pourrait laisser espérer qu’un vrai travail de fond a été effectué par les candidats. Après tout, l’espoir fait vivre …
Cette année, le sujet était pile dans les clous des instructions officielles : le choix entre deux compositions d’histoire qui reprenaient des intitulés de chapitre et un croquis de géographie forcément réalisé en cours, puisque figurant sur la liste des sept croquis obligatoires. Un élève normalement sérieux, ayant étudié ses leçons, ne pouvait que réussir.
Les compositions portaient sur le projet d’une Europe politique depuis 1948 (5% seulement des copies que j’ai eu l’honneur de corriger) et sur la Chine et le monde depuis 1949 (donc toutes les autres). Le croquis de géo devaient mettre en évidence les dynamiques territoriales du Brésil.
Commençons par la géo : c’est la première fois que je vois autant de copies dans lesquelles les candidats ont carrément modifié le sujet, traitant par exemple de la population du Brésil. Beaucoup de candidats n’ont pas fait le croquis, où alors se sont contentés d’indiquer un élément de légende et un seul, bien souvent la forêt amazonienne délicatement coloriée en vert. Voici une belle méthode pour perdre d’emblée 7 ou 8 points !
Le collier de perles n’est pas très fourni. J’ai bien repéré deux localisations bizarres : l’apparition d’un Bilbao sur la carte et Manaus transformé en Paname. Et puis il y eut un élément de légende un peu curieux, annonçant des exportations « vers l’ENA ». Je me permets de supposer que le candidat a pensé à l’ALENA.

En histoire : comme je le disais précédemment, le sujet sur l’Europe n’a pas séduit grand monde. Cette pauvre vieille Europe est décidément bien peu glamour … Une seule perle au collier, donc (l’orthographe a été respectée, comme dans toutes les perles citées) : « En 1948, à Bruxelle, s’ouvre le congrès de La Haye ».

Le gros morceau, avec des perles de toutes les couleurs, fut donc collecté dans les copies traitant de la Chine. Le problème numéro un est lié à l’insuffisante maîtrise de la langue française. Cela peut donner des choses de ce style : « La cohexistance pacifacatrice avec l’URSS contraint à réchauffer les tensions avec les Etats-Unis ». Le Grand Bond en avant devient souvent « le grand bon en avant », un « bon » façon « coupon » et non synonyme de « saut ».  Les contresens et les absurdités deviennent la norme dans certaines copies : « le nationalisme, lui, est à l’ONU ». Cela peut ne pas manquer de poésie (sans pour autant avoir du sens, mais c’est un autre problème) : « la guerre civile qui chevauche le pays ».
La deuxième catégorie de bourdes montre une réelle méconnaissance du cours, celui-ci ayant manifestement été ingurgité à la dernière minute. L’histoire du monde s’en trouve totalement bouleversée : « La Chine se dote de la puissance nucléaire avec les bombes d’Hiroshima Nagasaki » ou « La Chine est sous un régime autoritaire communiste depuis toujours ». La phrase « Des accords ping-pong sont passés entre la Chine et les Etats-Unis » n’est pas mal non plus. Puis-je me permettre de suggérer au candidat de revoir le film Forrest Gump, dont plusieurs scènes illustrent de manière fort compréhensible la diplomatie du ping-pong ?
Pour finir, et nous en resterons là pour aujourd’hui (il faut préparer l’oral, et je m’attends à avoir pas mal de clients !), j’ai remarqué une montée en puissance du langage familier, dont voici un petit exemple : « Mao va remarqué que […] l’ancien dirigeant n’avait pas fait correctement son boulot ». Il se trouve que le candidat non plus n’avait pas fait le sien …

156En conclusion, je suis plus dépitée et déçue qu’amusée. Il y a là une mise en lumière d’incompétences, liées pour la plupart à un réel manque de travail, ce que j’ai constaté chez mes élèves (qui n’ont sans doute pas fait mieux). La paresse s’affiche. Combien de fois cette année ai-je entendu Norbert ou Pétronille justifier leur refus de travailler par des « non mais là je suis trop fatigué(e) » ou des « ah non là j’ai trop la flemme » ?

Collection # 251

Le parc de l’Ermitage
Lormont, 22 juin 2014

parc

Un mariage dans le Finistère dans les années 1930

L’exemple de mariage breton des années 1930 correspond à ce qui se faisait habituellement dans la commune de Trégunc, près de Concarneau, dans le sud du département du Finistère, relaté dans un blog consacré au patrimoine de Trégunc.
La noce a lieu un samedi. Dès 9 h du matin, le futur marié rassemble ses invités chez lui et leur offre le café mais aussi quelques apéritifs à la mode, Martini ou St-Raphaël. Une fois le petite monde repu et détendu, le futur marié, vêtu du costume breton, et ses invités se dirigent en cortège chez sa promise, qui, elle aussi, porte le costume traditionnel, avec coiffe impeccable  Elle aussi offre café, Martini et St-Raphaël. Toute la troupe, invités de la future mariée inclus, se dirigent vers la mairie, où le mariage civil se déroule au pas de course : une demie-heure plus tard, la cérémonie religieuse commence.
La cérémonie religieuse dure une heure environ. Si les enfants de chœur rafle la mise lors de la quête, les cloches sonnent très longtemps une fois la messe finie. Une mesure comme une autre de la générosité locale ! Pendant que les cloches sonnent à tout rompre, les mariés et les invités se rassemblent sur le perron de l’église pour la traditionnelle photo. Si les invités peuvent ensuite reprendre une vie normale jusqu’au repas (certaines femmes se dirigent vers le cimetière, les hommes vers le bistrot), les mariés, le garçon d’honneur et la fille d’honneur rempilent au rayon photo et vont se faire tirer le portrait avec leur plus beau sourire (mine compassée souhaitée) chez le photographe.
Arrive enfin le principal repas, qui a lieu dans une grande salle, où le cortège est amené par un joueur d’accordéon. Le repas commence vers 14 h, un autre est organisé juste avant le bal. A partir du moment où chacun paye son repas, les mariés ne reçoivent pas de cadeau. Cela permet aussi d’inviter quasiment tout le village, voire au-delà. Des noces où festoyaient plus d’une centaine de convives n’étaient pas rares.
Le menu est toujours plus ou moins le même : soupe, jambon à la macédoine, langue de bœuf, rôti de veau, gâteau et café. Le vin est servi à volonté. Pour digérer le tout avant le repas qui précède le bal, les hommes s’autorisent la goutte, c’est-à-dire une eau-de-vie, les femmes se contentant d’un petit verre de Marie-Brizard.
La fête continue le lendemain, avec le « retour de noce » : on y mange les restes, et puis du pain et du pâté, des crêpes bien sûr. En fin de repas, les hommes assaisonnent le café d’une petite goutte d’eau-de-vie, les femmes préfèrent le café au lait, c’est plus convenable.