L’île d’Oléron en noir et blanc [20]

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Le bestiau a perdu la bataille

Vous vous souvenez de lui ?

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C’est un ragondin, oui, mais pas n’importe quel ragondin. C’est LE ragondin de Ginko, ce quartier de Bordeaux proche du Lac. Et ce ragondin avait été pris en grippe par des riverains infichus de faire la différence entre une baleine et une girafe (piqûre de rappel), où alors ils l’ont pris pour une girafe et se sont eux-mêmes pris pour des Danois.
Un entrefilet dans le Sud-Ouest d’aujourd’hui clôt le chapitre de manière peu glorieuse pour ces soi-disant écolos planqués dans un soi-disant éco-quartier : les autorités ont retiré le ragondin de son nid. L’ont-ils planqué ailleurs ou transformé en pâté, je l’ignore. Mais les terrorisés de Ginko peuvent être fiers d’eux : aucun enfant ne sera mangé tout cru par un ragondin devenu bizarrement carnivore.

Haro sur ces gros oiseaux qui font caca dans l’eau

cygneOn pourrait croire qu’avec le sublissime Central Park, New York serait une ville accueillante pour les animaux. Après tout, il y a bien des écureuils partout ! Mais il n’en est rien : l’Etat de New York (et donc pas seulement la ville du même nom) a déclaré la guerre aux oies et c’est maintenant le tour des cygnes.
Les cygnes tuberculés ne sont pas endémiques aux Etats-Unis : ils y ont été apportés par des Européens au XIXe siècle, ceux-ci trouvant ceux-là fort ravissants pour orner leurs jardins. Mais le romantisme gnangnan a fait long feu, et les 2200 cygnes de l’Etat de New York ne sont plus en odeur de sainteté auprès des autorités, même si leur nombre diminue peu à peu chaque année.
On leur reproche leur agressivité (certes, le cygne peut gueuler pire qu’un âne si on s’approche de ses petits, mais cela va rarement plus loin, et en plus le cygne à une excuse valable) et leur saleté : le cygne, comme toute volaille aquatique, fait caca dans l’eau et c’est mal. On les accuse de perturber les avions : les oiseaux sont effectivement parfois imprudents, c’est d’ailleurs un vol d’oies qui avait contraint un avion à se poser sur l’Hudson il y a quelques années. On leur reproche enfin d’empiéter sur le territoire d’autres animaux.
Pour toutes ces raisons, bonnes ou fantaisistes, l’Etat de New York passe à l’offensive : capture puis euthanasie, chasse, destruction des œufs. Pas de pitié pour la volaille, eut-elle un long cou. Cette lutte disproportionnée provoque des réactions de la part de citoyens : une pétition visant à sauver les cygnes à d’ores et déjà recueilli plus de 26000 signatures.

Source :

Collection # 234

Les sarcelles d’hiver
Réserve naturelle du marais de Bruges, 22 février 2014

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Voyage retour

La grue cendrée vit et se reproduit en Europe du Nord, sur un vaste territoire allant de l’Allemagne à la Sibérie. Lorsque le froid devient trop vif, et donc que la nourriture se raréfie, la grue migre vers des territoires plus doux où l’assiette sera mieux remplie. C’est ainsi qu’entre la fin de l’été et le milieu de l’automne (les dates varient selon les années), des grues quittent en hordes bruyantes  le grand nord devenu hostile pour des régions plus méridionales : certaines prennent la voie orientale, et rejoignent l’Ethiopie et le Soudan en passant par l’Europe centrale. Les autres prennent la voie occidentale et rejoignent l’est et le centre de la France, mais aussi les Landes (il y en avait plus de 17000 dans la réserve d’Arzujanx en décembre dernier) et surtout l’Espagne. Ce sont les grues de la voie occidentale que nous voyons et entendons deux fois par an.

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Depuis lundi dernier, le vol retour passe à nouveau par la Gironde. Des meutes de grues cendrées filent cette fois vers le nord, en se laissant autant que possible porter par les vents ascendants. Contrairement à ce que j’ai cru avant de me balader sur le net, cette migration n’a rien de trop précoce : selon les années, les disponibilités alimentaires et les vents, le voyage retour s’effectue entre mi-février et mi-mars.
C’est quand même aujourd’hui que j’en ai vu le plus, en milieu de matinée, qui passaient à toute vibrure au-dessus de la maison. Selon Sud-Ouest, entre 3000 et 4000 grues ont survolé la Charente aujourd’hui.

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La grue est enfin un oiseau qui a inspiré des légendes et des croyances. On raconte ainsi, au Japon, que si l’on plie 1000 grues en papier, on peut voir ses vœux exaucés. Dans de nombreuses civilisations, en particulier en Asie, la grue symbolise la longévité. La légende raconte enfin que le pays de Gruyère, en Suisse, lui doit son nom. Mais aucune grue ne s’est jamais posée ou n’a jamais survolé ce pays …

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Photos : agglomération bordelaise, 24 février 2014

Avifaune de février

Balade rituelle dans la réserve naturelle du marais de Bruges, par temps de pluie (photo à l’annexe), ce qui dérange plus l’humain de base que les oiseaux. Le marais, alimentée par une jalle débordante (port des bottes obligatoire), était recouvert d’une volaille piaillante : la saison peace and love est proche, et ça s’entend, tout comme on entendait le chant d’amour des crapauds (sans pour autant voir les batraciens en question).

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Les oiseaux les plus visibles pour le visiteur de base étaient d’abord les sarcelles d’hiver, reconnaissables à leur corps gris et à leur tête colorée :

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Mais il y avait aussi des foulques … :

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… des canards souchet … :

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… ainsi que des aigrettes et quelques hérons cendrés :

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Photos réalisées le 22 février 2014

Collection # 233

Modillons
Bordeaux – Eglise Ste-Eulalie – Février 2014

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L’île d’Oléron en noir et blanc [19]

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C’était dans le journal … le 17 février 1914

mariésLe mariage, c’est du sérieux ! En 1917, à Chicago, une association de jeunes filles avait ainsi établi un questionnaire à l’usage de leurs prétendants, questionnaire pour lequel les réponses implicitement attendues étaient toujours « oui ; c’est ce que narre Le Petit Journal en ce mardi 17 février 1914, en bas de première page.
Le club des Bachelor Girls est d’abord soucieux d’égalité, y compris sur le plan politique, ce qui n’allait pas forcément de soi au début du XXe siècle : « Promettez-vous de traiter votre femme comme votre égal au point de vue politique et social ? » A cette date, seuls quelques Etats accordent le droit de vote aux femmes (depuis 1869 dans le Wyoming, qui a ouvert le bal, mais elles peuvent aussi voter dans le Colorado ou en Californie). Les femmes n’accèderont à ce droit sur l’ensemble du territoire des Etats-Unis qu’en 1920 (soit 24 ans avant les Françaises). Le questionnaire ne pousse cependant pas le bouchon de l’égalité jusqu’aux travaux domestiques : c’est bien bobonne qui prépare les repas (« Voulez-vous promettre […] de ne pas grogner à cause de la cuisine de votre femme ? »), même si monsieur est chargé de l’entretien de la cheminée (« Voulez-vous allumer le feu tous les matins et enlever les cendres ? »).
Grâce au questionnaire de ces jeunes filles cherchant époux, on distingue en filigrane ce que la société américaine du tout début du XXe siècle condamne : l’alcool, le tabac (de « mauvaises habitudes »). On y lit aussi les qualités attendues de ces messieurs : qu’ils passent les soirées à la maison, qu’ils prennent plaisir à embrasser leur femme en partant au travail le matin, qu’ils traitent belle-maman comme leur propre mère,extrait et enfin qu’ils aillent à l’église et qu’ils s’y montrent généreux (« combien mettez-vous dans le tronc ? »), sachant que le strict respect des Dix Commandements va tellement de soi qu’il n’apparaît qu’à la fin du questionnaire.

Mais qui se cache derrière ARDPG ?

Cinq lettres en bas en droite d’affichettes respectant presque toujours l’orthographe. Presque. Des affichettes un peu partout sur les murs du centre ville de Bordeaux depuis plusieurs semaines (plusieurs mois ?), mais il y en a aussi à Paris et ailleurs.
Cinq lettres : ARDPG. Qui se cache derrière ? un artiste ? un collectif ? je n’ai rien trouvé de concret sur le net. Affaire à suivre …

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Photos prises à Bordeaux entre décembre 2013 et février 2014

Du vent, encore du vent, toujours du vent

Des rafales assez fortes aujourd’hui, du genre à faire valser les poubelles, les chaises et les branches d’arbres. Et puis aussi les antennes de télé, mais ça c’est pas grave.
Ce vent nous fouette depuis des semaines, certes en tempête moins forte que plus au nord, avec des dégâts nettement moindres, mais ce vent insistant change quand même le paysage. Prenons la conche de St-Brice, à Arès. Autrefois (la photo a été prise en novembre dernier), on voyait ces deux pins maritimes formant comme une porte :

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C’était le paysage habituel, ce à quoi on s’attend à chaque balade, comme le vieux chêne que j’ai surnommé « l’arbre qui marche » dans la forêt du Coulin, à moins de deux kilomètres de là. Et, au week-end dernier, nous avons vu que la porte n’était plus là. Un des deux pins était à terre :

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Collection # 232

Réservoir des Quinconces
Andernos, 9 février 2014

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L’île d’Oléron en noir et blanc [18]

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Parfois la pluie s’arrête

Je sais que cela peut paraître bizarre, curieux, voire inconcevable, mais, parfois, il arrête de pleuvoir. Ce fut le cas jeudi dernier, où nous avons eu chaud sur la terrasse à midi. Et puis ce fut le cas aujourd’hui en début d’après-midi. D’où balade classique à Andernos et photos panoramiques pour se souvenir de ce moment d’exception météorologique.

Le port ostréicole :

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Le réservoir des Quinconces :

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Bulletin météo

 » Il ne fallait pas moins de huit étages pour accueillir les trois cents fonctionnaires qui, chaque jour, publiaient le même bulletin météo que la veille. Force est cependant d’admettre que ces scientifiques de haut vol donnaient dans la nuance. Avec une belle vigueur, ils étaient capables de différencier le gris ardoise, le gris souris, le gris anthracite, le gris perle, le gris escargot, le gris écureuil et le gris éminence. De longues réunions de synthèse leur permettaient d’affiner leurs prévisions. Certes, on le savait déjà : la pluie serait au rendez-vous. Mais il importait de dire s’il s’agirait de fortes pluies ou de pluies éparses, d’averses ou d’ondées, de crachins ou de giboulées, de pluies diluviennes ou de pluies battantes. »

Michel RENOUARD, Le bouillon de minuit, éditions Alain Bargain, Quimper, 1999

C’était dans le journal … le 6 février 1914

1La loi instaurant une justice des mineurs en France date de 1912, mais elle n’est entrée en application qu’en février 1914. Le premier mineur ainsi jugé était un commis de ferme nommé Redureau, qui, âgé de 15 ans, a tué sept membres de la famille de son employeur. L’affaire se passe au Landreau, en plein pays du Muscadet, et c’est donc le tribunal de Nantes qui est compétent.
Comme l’explique l’article paru le 6 février 1914 dans L’Ouest-Eclair, le jeune Redureau « sera traduit devant un tribunal pour enfants et non en cour d’assises ». C’est bien la mise en application de la loi de 1912, qui prévoit une justice séparée pour les mineurs, alors qu’auparavant, et ce quel que soit leur âge, ils étaient jugés comme les adultes. La loi prévoit de classer les mineurs selon leur âge, donc selon leur degré de maturité : ayant 15 ans au moment des faits, le jeune Redureau bénéficie d’une excuse atténuante de minorité, puisque cela s’appliquait aux mineurs de moins de 16 ans, âge au-delà duquel plus aucune excuse de minorité n’était retenue.
Le tribunal pour enfants, dont une des limites est de ne pas encore être doté, à cette date, de juges spécialisés pour enfants, a une procédure qui lui est propre. « Cette juridiction tend, avec une sollicitude marquée à préserver le mineur du danger moral du contact et de l’exemple ». Cela n’empêchera néanmoins pas le tribunal de condamner Redureau à 20 ans de prison (où il mourra de tuberculose deux ans plus tard), mais ce garçon aura pu comparaître de manière plus sereine (si tant est que ce terme soit approprié) que dans un tribunal pour adulte : « le mineur comparait seul », il bénéficie « d’un huis-clos spécial », « la publication du jugement […] n’est permise que sous réserve de l’indication du nom du mineur par une simple initiale ». On voit là, en filigrane, poindre la loi de 1945, mais il y a encore du chemin à parcourir.

Collection # 231

Photomaton pour cormoran
Jardin Public de Bordeaux, hiver 2014

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Pas touche à mon hortensia

pas touche à mon hortensiaL’affaire avait un peu (un tout petit peu) agité les médias au printemps 2013 : de jeunes (et moins jeunes) Bavarois voleraient des hortensias afin de les fumer. Personnellement, je n’ai rien fumé du tout, pas même la moquette : l’histoire est vraie, narrée par tout plein de sites web très sérieux, genre Nouvel Obs’.
L’affaire revient sur le tapis actuellement, et en France : c’est ce qu’on pouvait lire dans La Voix du Nord à la mi-janvier.
Dans quel but une telle fumette ? avoir les mêmes sensations qu’avec le cannabis, sans risquer de se faire choper la main dans le sac du dealer (mais risquer un coup de canne de mémé furax de voir ses fleurs saccagées, ça devrait quand même faire réfléchir). En effet, l’hortensia fait partie de ses plantes qui sont aussi des poisons, comme le laurier rose ou le muguet. A ceci près qu’avant la case « décès », l’hortensia fait voir des éléphants roses, même si c’est un hortensia bleu.
L’hortensia qui illustre cette note est celui de mon jardin, pris en photo au printemps 2012. C’est un petit jeune tout mignon, j’y tiens beaucoup. Sache ainsi, camarade junky qui se serait égaré ici, que les toxines présentes dans l’hortensia séché sont les mêmes que dans le zyklon-B, ce gaz létal qu’utilisaient les nazis dans les chambres à gaz. Il tue très vite. La mort est provoquée par étouffement. A bon entendeur …

La Garonne est sortie de son nid

C’était l’an dernier, des pioupious de seconde, lycéens pas encore bien dégrossis : comprendre, en ce contexte précis, lycéens pas bien amarinés. Selon trois ou quatre d’entre eux, un fleuve en crue était un fleuve qui sortait de son nid. Mignon. Et surtout, ils étaient sûrs que la Garonne ne faisait jamais partie de la bande des sauvages qui s’échappent du nid. Pardon : du lit. Pas possible. Pas chez nous. Pas ici. Et pourtant, quand l’amont apporte plus de flotte que le nid/lit ne peut en contenir et que, dans le même temps, fond d’estuaire aidant, on goûte au plaisir de la marée, voilà ce qui peut arriver par fort coefficient (114 hier soir, 113 ce matin). Les photos ci-dessous ont été prises ce matin à Bordeaux, en rive gauche, sur le coup de 9 h, alors que la marée descendante venait tout juste de s’amorcer :

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