L’île d’Oléron en noir et blanc [13]

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Combat syndical sur le parvis de l’église

1er mai P1400726A proximité des églises se trouvent souvent d’autres monuments religieux, des cimetières, des monuments aux morts. La présence d’un monument commémorant les luttes syndicales, c’est plus rare.
Et pourtant, cela existe dans les Landes, dans la commune de St-Paul-les-Dax. C’est un monument modeste, une simple plaque fixée sur des rondins de bois. Il se situe sur la place d’une très jolie église médiévale, dont j’aurais peut-être l’occasion de parler si je parviens à venir à bout des copies empilées sur mon bureau, mais ceci est une autre histoire.
L’histoire dont il est ici en revanche question est celle des luttes ouvrières qui ont abouti, entre autres, à la reconnaissance officielle d’un jour légalement chômé, à savoir le 1er mai. En 1991, des organisations syndicales ont ainsi, par ce simple monument, commémoré le 100e anniversaire du 1er mai 1891, qui a finit dans un bain de sang à Fourmies, dans le Nord. Fourmies est alors une ville ouvrière, les 37 filatures de la commune employant une main d’œuvre nombreuse. C’est une ville moderne : tramway, deux lignes de chemin de fer, plusieurs groupes scolaires, téléphone, …
Le 1er mai 1891, à Fourmies, les ouvriers manifestent calmement. L’armée charge, équipée de beaux fusils tout neufs (les Lebel, qui seront aussi employés en 1914). La fusillade fait 10 morts, dont 8 mineurs (la majorité était alors fixée à 21 ans). Peu de temps après, Jean Jaurès lui-même se rend sur place pour rendre hommage aux fusillés. La fusillade de Fourmies apparaît comme un des événements fondateurs du mouvement ouvrier en France.

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Collection # 223

Le rouge-gorge
Andernos, novembre 2013

rouge-gorge

C’était dans le journal … le 26 novembre 1913

cafusAlors que les mines du Nord et du Pas-de-Calais produisent les deux tiers du charbon français à la veille de la Grande Guerre, un mouvement de grève éclate en 1913. Lors de la reprise du travail, le quotidien L’Humanité consacre un article aux femmes qui travaillent dans les mines : les cafus (carte postale ci-contre).
Le terme « cafus » désigne la toile avec laquelle les femmes protègent leurs cheveux des poussière de charbon. Depuis qu’elles n’ont plus le droit de descendre au fond de la mine, les femmes effectuent des travaux en surface, qui n’en sont pas pour autant beaucoup moins pénibles.
L’article de L’Humanité décrit dans un premier temps les tâches qu’effectuent les cafus : « ce sont des femmes de peine », qui transportent des sacs de charbon et qui trient le charbon de la vulgaire terre qui y est naturellement mêlée, et ce dès l’âge de 13 ans, qui marquait à l’époque la fin de la scolarité obligatoire. S’ensuit une description de la mine façon Zola, avec des détails très précis ; d’ailleurs, dès son titre, l’article évoque Germinal, rappelant notamment que l’espérance de vie de ces femmes est brève tant les travaux sont durs : « Beaucoup meurent vers la trentaine. Mais leurs petites sœurs sont là qui les remplacent ».
Le travail doit aller vite, sans perte de temps, car la rémunération se fait « à la tâche » : 60 centimes par wagon de houille vidé. La journée effective de travail dure 10 heures, auxquelles s’ajoutent une pause le matin et une à midi. Au final, les cafus les plus efficaces peuvent espérer empocher 2 francs par jour. N’étant regroupées dans aucun syndicat, « elles doivent […] accepter toutes les conditions de travail que leur impose leur employeur ».
Ces femmes ne choisissent pas ce métier : il n’y en a pas d’autre dans la région, c’est tout. Et puis il y a beaucoup de bouches à nourrir dans les familles.
L’article est, on l’a compris, très sombre. Et pourtant, ijournall insiste aussi sur la gaieté de ces très jeunes femmes, leur souci de la coquetterie malgré le charbon qui noircit tout et s’infiltre. Le rire, le jeu même, ponctuent tant bien que mal les journées dès que « leurs surveillants — auxquels les gros bâtons qu’ils portent donnent des allures de garde-chiourme — tournaient le dos ».

L’île d’Oléron en noir et blanc [12]

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Brasser l’eau de l’étang

Tout près de l’Adour, à Dax, se trouve un étang agréable à regarder, où batifolent de multiples poissons, et pas seulement des carpes. C’est l’étang de l’Estey, à deux pas des arènes :

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En ces temps normalement humide d’un automne on ne peut plus standard, l’étang tend à s’étendre hors de ses berges. C’est patouilleux (mes chaussures s’en souviennent) et c’est joli :

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Ce paysage reposant, bucolique, cache pourtant un terrible drame : la surmortalité effarante des poissons en été. En juillet dernier, Sud-Ouest s’en est inquiété, montrant des tas de poissons morts (mais pas les carpes ; solides, elles ont survécu et ont été priées d’aller jouer dans l’Adour).
C’est alors que la municipalité de Dax a pris le taureau par les cornes, ce qui est bien le moins qu’on pouvait attendre pour une cité tauromachique. Et les cornes du taureau, placées sur l’eau à titre expérimental, ça donne ça :

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Une sorte de soucoupe flottante, rattachée au courant électrique par un tuyau rouge :

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Cette espèce de ballon est un aérateur, chargé d’assurer l’oxygénation de l’étang, puisque, on le sait maintenant, nos poissons (mais pas les carpes) sont morts asphyxiés.

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Un ragondin en hiver

Sur (et dans) les berges de la Garonne, au niveau de la maison écocitoyenne, des tas de ragondins ont établi leur nid et procréé moult nichées. Petits ragondins deviennent de moins en moins petits, boulottent comme les grand la tambouille déversée avec générosité par les passants : pain, pommes de terres, légumes divers.
Malgré sa fourrure et son habitude des milieux humides, le ragondin moyen trouve l’hiver piquant. Et donc les ragondins se serrent bien fort les uns contre les autres ; un tas de ragondins qui se mettent en tas, ça prend moins de place et ça tient chaud.

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Photo : Bordeaux, 22 novembre 2013

Collection # 222

Détails d’arènes
Arènes de Dax, novembre 2013

arènes

Saint-Jacques, betterave et mâche

betteraveP1400862C’est une recette que j’ai reçue par mail de la part de Marmiton, mais pas moyen de la retrouver sur le site : c’est dommage car j’aurais bien aimé rendre à César …
Cette recette, je l’ai très légèrement adaptée à mon humeur, mais l’essentiel n’est pas de moi.
Il s’agit donc de réaliser une entrée pour deux avec des produits de saison : la coquille saint-jacques, la betterave (cuite au four dans un récipient fermé pendant une heure) et la mâche. Un régal, le côté sucré de la betterave s’accommodant à merveille avec la délicatesse de la saint-jacques. Allez hop, procédons :

Pour deux personnes, il faut :

  • 6 noix de saint-jacques (avec ou sans corail, de toute façon ce n’est pas ce qui a le plus de goût)
  • quelques bouquets de mâche
  • une petite betterave cuite et coupée en huit tranches assez fines
  • 2 cuillers à soupe d’huile d’olive
  • 1 cuiller à soupe de vinaigre balsamique
  • poivre du moulin, 5 baies, fleur de sel
  • un peu de beurre

Passons au montage :

  • Disposer les feuilles de mâche dans les assiettes de service.
  • Préparer une petite vinaigrette avec l’huile, le vinaigre et le poivre.
  • Faire fondre le beurre dans une poêle suffisamment grande pour y faire revenir les tranches de betterave et les noix de saint-jacques.
  • Une fois le beurre fondu, y cuire betterave et saint-jacques, pas plus de 2 mn par face.
  • Disposer les betteraves et les saint-jacques dans les assiettes.
  • Assaisonner la mâche et les tranches de betterave avec la vinaigrette.
  • Mouliner quelques tours de 5 baies sur le tout et parsemer un peu de fleur de sel sur la betterave.

Dégustez sans attendre avec un vin blanc sympathique, ou tout autre breuvage qui sied à vos papilles.

L’île d’Oléron en noir et blanc [11]

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Les pigeons sont des troufions comme les autres

pigeonJusqu’à la Première Guerre mondiale, le pigeon voyageur était un animal indispensable à l’armée, véritable agent agile et rapide (il peut voler à 120 km/h pendant plusieurs centaines de km) pouvant transmettre des informations.
Puis vinrent les outils modernes de communication, dont les satellites, et, aujourd’hui, quand on évoque les techniques de guerre, on pense plus facilement aux drones qu’aux volatiles.
La semaine dernière, le site FranceTV info a mis en ligne une vidéo présentant le dernier colombier militaire français, situé au Mont-Valérien, et hébergeant 120 pigeons (chiffre publié par le ministère de la Défense), plus pour le folklore que pour répondre à un réel besoin.
En 2012, un élu proche de l’UMP s’était néanmoins ému de la faible considération des militaires pour les pigeons, estimant qu’en cas de destruction des moyens actuels de communication, par une guerre ou une catastrophe naturelle, seule la brave volaille serait suffisamment vaillante pour tirer d’affaire la population tout entière. Parmi ses arguments, exposés notamment dans Le Point et Le Figaro, cet élu avançait le fait que l’armée chinoise, elle, avait recruté 10 000 pigeons en 2011. Il envisage aussi la possibilité d’utiliser ces oiseaux dans les zones tribales afghanes, et pense qu’ils auraient été très utiles lors de la catastrophe de Fukushima.
Sollicité par l’élu, le ministère de la Défense n’a pas fermé la porte face à cette demande, et indique même, sans plus entrer dans les détails, que les pigeons « pourraient être à nouveau opérationnels demain ».

Collection # 221

Balade à la pointe du Cap Ferret
10 novembre 2013

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C’était dans le journal … le 12 novembre 1913

Sans titreÀ ses débuts, l’aviation fut affaire de sportifs, de techniciens, de doux dingues tentant la folle expérience de faire comme les oiseaux. Mais, alors que les aéroplanes sont encore pour le moins approximatifs, l’armée s’intéresse au formidable potentiel que pourrait offrir de tels engins. La loi créant l’aviation militaire française est votée en mars 1912.
Ce qui émeut Le Figaro du mercredi 12 novembre 1913 est un projet visant à octroyer à l’armée le monopole de l’aéronautique en France. Non seulement l’armée disposerait du nombre d’avions dont elle a besoin et formerait les pilotes, mais elle fabriquerait aussi les appareils de A jusqu’à Z, y compris moteurs et hélices.
Le Figaro voit dans cette mainmise plusieurs dangers : le quotidien s’inquiète, constatant « quel déplorable industriel est l’Etat » ! On peut ainsi en déduire que l’Etat ne saura pas construire convenablement les avions, alors que les puissances étrangères, Allemagne en tête, prendront de l’avance. L’auteur de l’article s’inquiète aussi pour les industries aéronautiques existantes, privées et ne faisant pas vraiment fortune, qui disparaîtront si le projet est mis en œuvre, car l’armée est justement leur principal client : « si les constructeurs perdent la clientèle militaire […], c’est la ruine, non pas à bref délai mais immédiate ». L’auteur en appelle au civisme des lecteurs qui, dûment alertés par ses soins, sont invités à se mobiliser contre ce projet présenté « comme un véritable attentat contre l’aéronautique française ».

Le phare de Chassiron

Comme je l’écrivais récemment, la navigation dans le pertuis d’Antioche n’a jamais été chose aisée. S’il fallut baliser les routes maritimes pour sécuriser le commerce, l’Etat mis même un certain zèle dès lors qu’il fallut en plus protéger l’arsenal de Rochefort : d’où la construction de fortifications (les citadelles et autres constructions de même type), mais aussi le signalement de récifs périlleux pour une navigation dont on n’imaginait pas alors qu’elle puisse un jour être assistée par l’électronique, alors que l’estran rocheux, lui, était déjà bien là :

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La pointe de Chassiron, dans le nord de l’île de l’Oléron, fut ainsi équipée d’un feu à la fin du XVIe siècle. Dans L’île d’Oléron à travers les siècles, paru en 1926 et réédité depuis (ouvrage disponible à l’excellente Libraire des Pertuis, à St-Pierre-d’oléron), Paul THOMAS indique qu’un premier phare a été construit sur les ordres de Colbert à la fin du XVIIe siècle. Le coût de cette tour était alors à la charge des propriétaires de navires d’au-moins 30 tonneaux dont les bateaux accostaient régulièrement à Oléron, mais aussi à Ré, à La Rochelle et dans les ports de la Seudre et de la presqu’île d’Arvert. C’était une tour ronde de 33 mètres de haut, bâtie en pierre, et alimentée par un feu de bois et de goudron ininterrompu, du moins en théorie.
Bien évidemment, ce feu-là ne portait pas bien loin, d’autant plus qu’il s’éteignait dès que le bois venait à manquer, ce que ne manquait pas de noter les habitants et surtout les navigateurs. C’est ainsi que Paul THOMAS rapporte le témoignage d’un pilote et lamaneur de La Rochelle qui, au début du XVIIIe siècle, signale « qu’il y a huit jours, pilotant un navire suédois de La Rochelle en la rivière de Bordeaux, passant devant la tour de Chassiron à minuit, il ne vit pas de feu de toute la nuit, ce qui lui fit beaucoup de peine ».
phareP1400615Il fallut néanmoins attendre le XIXe siècle pour qu’un phare moderne puisse être édifié, un peu en retrait de la côté car, déjà, et alors que le réchauffement climatique n’animait ni les conversations ni les JT de 20 heures, la falaise reculait. La première pierre du phare que nous connaissons aujourd’hui fut posée en 1834, l’ouvrage fut achevé en décembre 1836. Ainsi, depuis le milieu du XIXe siècle, le pertuis d’Antioche est signalé au sud par le phare de Chassiron, qui s’élève à 50 mètres au-dessus de la mer, et au nord par celui des Baleines, sur l’île de Ré.
D’abord aussi blanc que son homologue rétais, le phare de Chassiron s’est paré de rayures noires en 1926. Solidement assis sur une large base, il est visible jusqu’à 52 km par temps clair.

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Photos attrapées le 3 novembre 2013

L’île d’Oléron en noir et blanc [10]

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La balise d’Antioche

antioche P1400611Les détroits situés de part et d’autre des îles de Ré et d’Oléron portent le nom de « pertuis » : au nord de Ré, c’est le pertuis Breton ; au sud d’Oléron, le pertuis de Maumusson ; et entre les deux îles : le pertuis d’Antioche, ainsi nommé car les Croisés, au Moyen-Age, passaient par ce détroit pour rallier Rochefort ou La Rochelle à la principauté d’Antioche, sur la frontière turco-syrienne actuelle.
Pour les marins, cette zone du pertuis d’Antioche est particulièrement périlleuse, elle est même considérée comme la plus dangereuse de Charente-Maritime. Or, dès le moyen-âge, et indépendamment des croisades, c’était déjà un passage très fréquenté, puisque des navires l’empruntaient pour charger notamment du sel à Brouage.
À proximité de la pointe septentrionale d’Oléron se trouve un récif particulièrement dangereux, résurgence en mer des falaises de Chassiron, et simplement nommé « roche d’Antioche ». Bien qu’il soit cité dans des écrits dès le XVIe siècle, il n’a été correctement cartographié et signalé qu’assez tardivement. Une balise métallique est plantée sur le rocher au milieu du XIXe siècle, mais elle n’est visible ni de très loin, ni de nuit, ni dans la brume.
Dès la Grande Guerre achevée, du béton est coulé autour de la vieille balise et le tout est surmonté d’un feu en 1925, trop tard pour empêcher le naufrage du Port-Caledonia, un quatre-mâts barque à coque en acier battant pavillon finlandais. Ce navire, qui venait du Chili, devait livrer 4000 tonnes de nitrates au port de La Pallice : autant dire qu’il était presque arrivé lorsqu’il a coulé, le 2 décembre 1924, avec ses 25 marins, dont les corps ont été enterrés dans le cimetière de St-Denis-d’Oléron. L’épave elle-même n’a été localisée qu’en 2011.
Progressivement, la balise d’Antioche a été modernisée, afin d’être visible quelque soit le temps, aussi bien la nuit que le jour. Elle a récemment été équipée de LED.

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à cliquer :

Photos réalisées le 3 novembre 2013

C’était dans le journal … le 7 novembre 1913

Redim-screenshot_01Le vendredi 7 novembre 1913, la plupart des quotidiens français consacrent une large partie de leur une à la catastrophe ferroviaire qui s’est produite trois jours plus tôt à Melun, devant l’actuel tribunal de grande instance, où se trouvait alors une brasserie.
Le 4 novembre, deux trains sont entrés en collision frontale en début de nuit : un train postal et un rapide. Le déblaiement des tôles et le dégagement des victimes, largement effectués par des militaires, prend du temps, l’accident ayant provoqué un énorme incendie. Très tôt et sans vérification approfondie, on désigne le mécanicien du rapide comme coupable : il n’aurait pas respecté la signalisation, ce qui lui vaudra quatre mois de prison.
Le quotidien Le Petit Parisien insiste lui, lourdement, sur la description des corps et des objets mis au jour par les sauveteurs. L’article dégouline et larmoie, indiquant au passage noms, âges et adresses des victimes alors identifiées. On lit notamment qu’un homme, qui venait d’être identifié par son gendre, « avait la tête écrasée et était en partie méconnaissable », tandis que les proches des victimes se rendent à l’hôpital « pour voir s’il ne leur serait pas possible de mettre un nom sur les pauvres et lamentables choses, paquets de chair noirâtre et sanguinolente, qui s’étalent, côte à côte au dépôt mortuaire ».

Collection # 220

Atlantique
Ile d’Oléron, 2 novembre 2013

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A défaut de prendre le train …

… on peut au moins se balader dans les gares. Plusieurs gares en quelques minutes, selon l’humeur du jour. Balades virtuelles grâce à un site de la SNCF : gares360 (360 pour 360°, bien sûr).

L’île d’Oléron en noir et blanc [9]

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