Des images du quotidien

expo afficheSamer MOHDAD
Visions accomplies : les Arabes

Une famille assise dans des fauteuils de camping devant la mer. Des gens qui prient, d’autres qui servent le thé. Et puis aussi des gens qui ressemblent aux précédents, mais dans la guerre, guerre qui invariablement s’offre son lot d’enfants, un peu comme l’ogre des anciens contes. Il y a tout cela dans les photos de Samer MOHDAD, photographe libanais à l’honneur de la Base Sous-Marine de Bordeaux jusqu’au 19 mai.
Des photos presque toutes en noir et blanc, qui jouent beaucoup sur les ombres et les reflets. Ainsi cette photo prise au Yémen, dans laquelle des enfants jouent entre des vestiges antiques : non seulement le mouvement de l’enfant qui shoote dans le ballon est saisi de manière exceptionnelle (mais où le mouflet va-t-il reposer les pieds ?), mais son ombre, sur le sable, renforce l’impression de mouvement livrelaissée par cette photo, dont une partie illustre la couverture du livre Mes Arabies publié chez Actes Sud en 1999 (photo ci-contre).
Le côté joyeux, facile, heureux, souriant, domine une bonne partie de l’expo. Même quand il s’agit d’images de guerre, comme la série consacrée aux enfants dans la guerre du Liban. Et puis, en fin d’expo, tout bascule : on avait vu un mélange plutôt optimiste au bout du compte, même dans les ruines les gosses souriaient, et là, la photo qui marque durablement : il y a un lit sommaire, étroit et métallique. Un adolescent y est endormi, pelotonné dans une couverture à carreaux. La pièce est moche, triste. De la couverture dépasse un pied, avec de bons gros orteils d’ado qui chausse décidément bien grand. Ses baskets sont en vrac au pied du lit. Un ado ordinaire, à ceci près qu’une des deux baskets est surmontée d’une prothèse de jambe, celle de l’enfant. L’image la plus saisissante de toute l’expo.

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En 1948, déjà …

Contrairement à ce que serinent les climato-sceptiques, le réchauffement climatique n’est pas une lubie d’écolos qui puent des pieds n’ayant rien trouvé de mieux pour imposer un retour forcé à la bougie. Le réchauffement climatique à l’échelle de la terre est observé depuis relativement longtemps, et toutes les mesures ont montré qu’il était directement lié à une augmentation des activités humaines émettrices de CO2, comme l’industrie et les transports. En 1948, un entrefilet de L’information géographique, revue de géographie essentiellement destinée aux enseignants, constate l’importance du réchauffement dans l’hémisphère nord (cliquez sur l’article pour l’agrandir) :

réchauffement

Cueillette de printemps

Avec la transformation accélérée des friches urbaines en immeubles tout beaux tout neufs, au grand dam des habitants modestes de quartiers qui changent à vitesse grand V, les habituels sites de street art sont en train de disparaître sous les coups des pelleteuses. Je l’ai ainsi constaté hier dans le quartier de Bacalan (renommé « Bordeaux-maritime » parce-que ça fait plus chic sur les plaquettes publicitaires des dealers immobiliers).
La rue des Etrangers, autrefois haut-lieu des palissades en couleurs, est devenue un gigantesque chantier dominé par les grues, tout comme ses environs immédiats, à l’exception notable du Garage Moderne. J’aurais l’occasion de reparler de tout ça un de ces jours, mais là je voulais juste vous montrer quelques derniers éléments encore visibles de cet art de la rue :

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Un rapace tourne au-dessus de mon jardin

milan P1360020Du début du printemps jusqu’à la fin de l’été (parfois un peu avant), des rapaces font des ronds dans l’air au-dessus du lotissement et de la zone boisée toute proche. C’est probablement dans cette dernière que nichent et se reproduisent ces oiseaux, les grands arbres et les points d’eau proches devant les satisfaire.
Cet oiseau est le milan noir, un migrateur qui hiverne en Afrique et qui se reproduit en Europe (l’aire de répartition du milan noir est beaucoup plus vaste à l’échelle mondiale). Un milan noir, équipé d’une balise Argos, a ainsi quitté le Sénégal à la mi-mars et a été observé en Suisse il y a une dizaine de jours : cliquez ici pour visualiser son parcours (il s’agit du milan nommé « Milou », en bleu sur la carte).
Le milan noir est un charognard opportuniste : il se nourrit d’abord de cadavres d’animaux, surtout aquatiques, mais se régale à l’occasion d’autres nourritures, y compris trouvées dans des décharges, et de petits animaux d’un poids inférieur à 600 g. D’où son attirance pour les villes possédant cours d’eau et/ou étang. Pour ça, à Bordeaux, il est servi ! En France, cet oiseau n’est plus en voie de disparition (alors que ses effectifs tendent à baisser ailleurs en Europe) et on peut le voir dans les vallées des grands fleuves (sauf la Seine). Cette hausse actuelle des effectifs est probablement liée aux mesures de protection prises en avril 1981, qui interdisent toute capture et toute destruction du milan noir et de ses habitats. Même mort, il est interdit de le déplacer ou de le vendre.

milan P1360079

à cliquer :

Photos réalisées depuis mon jardin il y a trois jours (en haut à droite) et dans le quartier des bassins à flots (Bordeaux) aujourd’hui même (à la fin de cette note).

La Chine et les vins de Bordeaux

loudenneP4120005La Chine n’est pas par tradition un pays de buveurs de vins. Il a donc fallu y ouvrir le marché, séduire, apprendre à la population à boire le divin breuvage autrement que cul-sec, et cela a marché, puisque la Chine est aujourd’hui le 5e pays consommateur de vin au monde. 10% des vins de Bordeaux sont aujourd’hui exportés vers la Chine, qui, par mode peut-être, semble attirée par les goûts occidentaux : le vin depuis les années 2000, le fromage aujourd’hui, la charcuterie demain (lire à ce sujet un article de La Voix du Nord sur la vente de fromages français en Chine, et un autre du Point sur la charcuterie).
Tous les vins ne plaisent pas à la clientèle chinoise : des traditions encore bien ancrées les freinent vis-à-vis des blancs, ceux-ci étant réellement de couleur jaune. Le blanc est la couleur du deuil, le jaune celle de la pornographie : des couleurs invendables. D’où une préférence marquée pour le vin rouge, couleur du bonheur, et plus encore pour les Bordeaux.
Du coup, des investisseurs chinois se sont lancés dans l’achat de vignobles en Gironde, n’hésitant pas à embaucher des œnologues réputés pour assurer une qualité optimale (et un prix de vente en rapport). Ces opérations sont aussi des opérations immobilières, les acheteurs chinois plaçant ainsi classiquement leurs yuans dans la pierre, mais s’offrant aussi une bâtisse de prestige pour épater la galerie, voire pour accueillir des touristes chinois dans le vrai luxe à la française. C’est un peu dans cet esprit qu’un industriel chinois, spécialisé dans les alcools, devrait devenir le nouveau propriétaire du Château Loudenne d’ici quelques jours : de très jolis vins issus de vignes plantées sur les bords de la Gironde, dans le Médoc, mais aussi une magnifique maison rose, voilà ce qui peut expliquer l’engouement chinois pour ce superbe domaine (photo ci-dessous).

loudenne avril 2008

à cliquer :

Photos réalisées au Château Loudenne en avril 2008.

Des gondoles à Bordeaux

batcubP1350977Dans huit jours très exactement, donc le 2 mai, Bordeaux va se lancer à son tour dans l’expérience des navettes fluviales, comme l’ont précédemment tenté, avec plus ou moins de succès, Paris, Nantes et plus récemment Lyon. Les deux navettes, insérées au réseau de transports en commun de l’agglomération, rejoindront la rive droite (près du Pont d’Aquitaine) à la rive gauche (près du miroir d’eau), à raison de quatre traversées par heure dans chaque sens en semaine et aux heures de pointe (une traversée dans chaque sens tous les 45 mn en dehors de ces créneaux horaires). Les deux catamarans de 19 m de long, construits dans un chantier du Bassin d’Arcachon (Dubourdieu à Gujan-Mestras) sont hybrides, et peuvent même fonctionner exclusivement à l’électricité quand les conditions le permettent (mais la Garonne jouant avec les courants et les marées, il faudra sans doute souvent une puissance supérieure).
Cette histoire des navettes fluviales est en fait celle d’un retour, comme il y eut le retour du tramway puis celui d’un franchissement mobile de la Garonne (Baba aujourd’hui, un transbordeur inachevé hier). En 1867, la Compagnie des Hirondelles commença ainsi à faire traverser la Garonne aux marchandises et aux passagers en mettant en place une ligne régulière de bateaux à vapeur. On peut voir une de ces navettes sur cette carte postale :

carte postale

Cette ligne concurrença directement les passeurs qui, de manière artisanale et à la force des bras, embarquaient les Bordelais de part et d’autre du fleuve. Les passeurs, voulant garder leurs moyens de subsistance, créèrent à leur tour une compagnie concurrente de celle des Hirondelles : Les Gondoles.  Tout ceci explique pourquoi les deux navettes fluviales achetées par la CUB (Communauté Urbaine de Bordeaux) portent les noms de « La Gondole » et « L’Hirondelle ».
Après la IIe Guerre mondiale, le service des navettes fluviales fut moins utilisé puis abandonné, cet abandon ayant été accéléré par la perte de plusieurs unités lors des bombardements de la ville.

batcubP1350976

à cliquer :