L’Afrique a coulé au large de l’île de Ré

Pt Parisien 13:1« L’Afrique », c’est le Titanic français : un joli paquebot dont l’histoire s’achève tragiquement, à ceci près que la tragédie de L’Afrique a été beaucoup moins médiatisée et est aujourd’hui beaucoup moins connue que celle du Titanic. Ce naufrage a récemment fait l’objet d’un documentaire réalisé par Michel PITIOT (Mémoires de l’Afrique, 2012), mais je n’ai pas eu l’occasion de le voir.
L’Afrique est un paquebot de 119 m de long, transportant aussi bien des passagers que des marchandises entre Bordeaux et Dakar. Ce navire a par ailleurs été utilisé pour amener des soldats coloniaux en France lors de la Première Guerre mondiale. Il est sorti d’un chantier anglais en 1907, et, lors de son naufrage en janvier 1920, il est commandé par Antoine LE DÛ, un marin expérimenté qui navigue depuis plus de 25 ans.
Le 9 janvier 1920 en début de soirée, L’Afrique quitte le port de Bordeaux avec 599 personnes à bord, dont 135 membres d’équipage et 192 tirailleurs sénégalais (les chiffres exacts n’ont été connus que bien après le naufrage). Les passagers, trop nombreux par rapport à la capacité d’accueil du bateau, s’entassent dans les cabines. Les conditions météo sont très médiocres, ce qui n’a rien de surprenant en plein hiver, et surtout le bateau connaît des problèmes techniques avant même sa sortie de l’estuaire de la Gironde.
Pt Parisien 14:1Le bateau quitte l’estuaire de la Gironde le 10 janvier. La mer est formée, et les problèmes techniques ne sont pas résolus : de l’eau s’infiltre dans la cale, obligeant le commandant à réduire la vitesse de son navire. Conséquence de négligences dans l’entretien du bateau, les pompes se bouchent et ne peuvent plus remplir leur fonction. Dans la nuit, la mer se creuse, il fait un froid de loup, beaucoup de passagers ont le mal de mer. On leur donne des médicaments, qui ont pour effet de les sonner et donc de les rendre peu réactifs face aux événements.
Constatant son impuissance face aux avaries, le commandant décide de faire route vers La Pallice, où il compte mette navire et passagers à l’abri. La manœuvre ne se déroule pas comme prévu : le bateau ne parvient pas à virer. Le 11 janvier au matin, L’Afrique demande de l’aide. Les remorqueurs de la Marine Nationale chargés de l’opération ne dépassent pas l’île d’Aix : ce ne sont pas des remorqueurs de haute-mer. Seul un autre paquebot, Le Ceylan, parvient à s’approcher de L’Afrique, mais il échoue dans sa tentative de le prendre en remorque. Les moteurs de L’Afrique tombent en panne les uns après les autres, le navire est balloté au gré des courants et des vagues.
Dans la nuit du 12 au 13 janvier, le navire dérive entre l’île de Ré et Les Sables d’Olonne. Le commandant ordonne l’évacuation du bateau et fait mettre les canots de sauvetage à l’eau. Tandis que l’équipage s’embarque, les passagers prient. Oui, prient. Il y a à bord 17 missionnaires, qui confondent sauvetage et salut. Je rappelle que, grâce aux petits médicaments qui font planer en ôtant le mal de mer et aussi peut-être en raison du manque de sommeil, les passagers ne sont pas d’une grande lucidité. L’Afrique coule en quelques minutes sur le coup de 3 heures du matin.
Pt Journal 13:1Le bilan est lourd : 34 hommes seulement réchappent du naufrage (aucune femme, or il y avait des familles entières à bord), dont 33 membres d’équipage. Cette catastrophe sert néanmoins de leçon puisqu’elle permet de mettre en place l’organisation des secours dès 1920 : quatre remorqueurs de haute-mer sont dès lors en permanence prêts à partir depuis Brest, Saint-Nazaire, Le Verdon et Marseille, cette organisation restant à peu près en place jusqu’au début de la Deuxième Guerre mondiale.

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illustrations :

  • extraits des unes du Petit Parisien et du Petit Journal des 13 et 14 janvier 1920
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