Le pont que Bordeaux faillit avoir

On parle beaucoup de pont en ce moment à Bordeaux, mise en service de Baba oblige. Néanmoins, les franchissements de la Garonne sont tout aussi rares (5 ponts routiers) que récents à l’échelle de l’histoire de la ville (le plus ancien, le Pont de Pierre, date du XIXe siècle). Les ponts, bien que peu nombreux, sont de types différents : avec de jolies arches pour le Pont de Pierre, d’une affligeante banalité pour le Pont d’Arcins (officiellement Pont François Mitterrand) et pour le Pont St-Jean, suspendu pour le Pont d’Aquitaine, levant pour Baba (Chaban-Delmas, oui, je sais, mais j’en ai marre de ce monsieur le maire qui nomme « Chaban » toutes les construction de sa ville !). Si on ajoute le pont tournant (nommé Pont Tournant) des bassins à flot, cela nous fait une jolie variété. Et pourtant il en manque un, un truc extra qui a fait crac boum hue dans plusieurs villes au début du XXe siècle, et qui pourrait bien recommencer la même chanson sous peu à Nantes : le pont transbordeur. Cela faillit pourtant, ce dont témoignent deux moignons qui émergent de la vase de la Garonne, bien visibles depuis la rive gauche :

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Ces vestiges se trouvent en rive droite, et sont très nets sur GoogleMaps (quadrilatère rouge) :

En plus des deux anciens socles des piles métalliques du pont, se trouvent deux constructions aujourd’hui très abîmées, qui font partie du même ensemble :

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Il n’est pas forcément facile, en rive droite, de s’approcher pour voir les restes de ce qui aurait pu finir en pont :

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A la veille de la Première Guerre mondiale, le port de Bordeaux est en pleine expansion, or un seul pont (le vieux Pont de Pierre) relie les deux rives. En rive gauche se trouvent les hangars, les entrepôts, et, à proximité de l’actuel Baba, une huilerie (aujourd’hui Lesieur, et bientôt ailleurs, qui traitait alors les arachides venant de Dakar). Sur la rive droite se trouvaient des industries chimiques, mais aussi une raffinerie de sucre. Unir les deux berges devenait urgent, ne serait-ce que pour que les ouvriers puissent se rendre sur les différents sites du port. En cela, le projet bordelais correspond à celui de Nantes, celui-ci ayant été mis en service pour permettre aux ouvriers des chantiers navals de rejoindre leur poste de travail.
Un article paru dans les Annales de Géographie en 1919 apporte beaucoup de précisions sur le port de Bordeaux au lendemain de la guerre. Le pont transbordeur ne semble alors pas remis en cause, même si les travaux, commencés en 1910, ont été stoppés net par le conflit, laissant en plan deux pylônes encore visibles sur certaines cartes postales anciennes (en arrière-plan) :

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Finalement, les travaux ne reprirent jamais, et les pylônes furent détruits par les bombardements de la Deuxième Guerre mondiale.

Collection # 188

De dos, de face et de profil : la grive
Bordeaux, mars 2013

grive

La balade des deux ponts

La récente mise en service du pont Baba ouvre une nouvelle balade à pied, très reposante dans toute la partie située en rive droite de Bordeaux (nettement moins en rive gauche, du moins le samedi par beau temps) :

 

Il faut donc tout d’abord s’attaquer au nouveau pont, dont l’espace réservé aux cyclistes et aux piétons est clairement séparé de celui des voitures :

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Du milieu du pont, on a une vue panoramique sur la Garonne, avec des espaces encore largement industriels en rive droite (à gauche sur la photo) et commerciaux en rive gauche (le centre commercial « Quai des marques », dans les anciens hangars portuaires) :

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Une fois le pont franchi, commence une balade sur un chemin mi-cycliste mi-piéton, encore provisoire, mais qui devrait, d’ici un certain temps (combien ?), devenir un jardin (le parc aux Angéliques) unissant le pont Baba aux jardins déjà existant à proximité du pont de Pierre. Les berges de Garonne conservent encore les vestiges des temps anciens :

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Un des principaux intérêt de la balade est surtout d’avoir une belle vue d’ensemble sur les quais et leurs façades de XVIIIe siècle, ceux-là même qui ont valu à Bordeaux son classement à l’UNESCO ; on peut voir ici une partie du quartier des Chartrons, avec ses deux maisons hollandaises en plein centre de la photo :

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On passe aussi devant l’esplanade des Quinconces, où se tient actuellement la très sonore Foire aux Plaisirs de mars (partie droite de l’image) :

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Puis on arrive enfin au pont de Pierre :

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Dernier coup d’œil sur la Garonne, et fin de la partie calme et tranquille de la balade :

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La sarcelle d’hiver

sarcelle P1350198La sarcelle d’hiver, vague cousine de la sarcelle d’été, est un petit canard (maximum 400 g) aimant les zones humides (comme tous les canards), y compris salées (pas comme tous les canards). Les sarcelles d’hiver vivent souvent en bande, y compris à proximité d’autres oiseaux, comme les aigrettes ou les vanneaux.
C’est un animal qui mange aussi bien des graines de plantes, que des petits animaux aquatiques ou des œufs de poisson. Si elles restent calmes et en groupe dans la journée, les sarcelles d’hiver peuvent parcourir jusqu’à 30 km chaque nuit pour se nourrir, et là, c’est chacun pour soi, le groupe ne compte plus.
Ce volatile ne s’embarrasse pas de précautions débordantes pour faire son nid, qui est construit à même le sol. Au terme de la saison des amours, lors de laquelle les joues du mâle prennent une franche couleur verte, la femelle pond 8 à 12 œufs, qu’elle couve seule pendant trois à quatre semaines. Les petits sont aptes à quitter le nid au bout de 25 jours.

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La sarcelle d’hiver a une assez bonne longévité : il n’est pas rare que certains spécimens atteignent 16 ou 17 ans (record connu à ce jour : 21 ans), comme quoi les voyages forment la jeunesse et permettent de garder la forme. Ce canard est en effet un migrateur qui, en ce qui concerne la France, hiverne principalement en Camargue et sur le littoral atlantique, où il arrive de Scandinavie ou de Sibérie pendant l’été.

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Photos réalisées en mars 2013 dans la réserve naturelle du marais de Bruges (agglomération bordelaise)

Collection # 187

La dune de St-Trojan
Ile d’Oléron, mars 2013

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2013, une année faste pour les rainettes

rainette P1350308Dis-moi, ami lecteur, que vois-tu qui verdoie dans la mare ? une grenouille ? que nenni, il s’agit d’une rainette. Et la rainette n’est pas une grenouille, même si elle sonorise tout le marais à la saison peace and love, c’est-à-dire entre mars en juin, avec ses « croa croa » nocturnes.
La grenouille est un ranidé alors que la rainette est un hylidé. La différence tient dans les pattes : la reinette a de l’adhésif au bout des doigts (ce qui lui permet de grimper aux arbres), alors que la grenouille glisse sur la première pente venue.
Il n’est pas facile de voir ces petites bêtes vertes, même pendant la saison des amours (en dehors, on n’y pense même pas), tant elles sont craintives et facilement dissimulables dans la végétation. Néanmoins, guidée par le cri d’amour collectif que j’entendais près du phare de Chassiron (île d’Oléron), j’ai fini par choper l’image de celle-ci dans un des bassins du jardin situé au pied du phare. Elle fila fissa une fois l’image dans la boîte.
Pourquoi, disais-je en titre, que 2013 était une faste pour les rainettes ? parce-que depuis des mois il pleut il mouille c’est la fête à la grenouille. Et à la rainette itou, car les têtards des deux amphibiens ont un meilleur taux de survie quand il pleut beaucoup. Tout simplement.

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Street art [33]

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Le b-a ba de Baba

Cette fois c’est bon, le nouveau pont est opérationnel, il ouvre demain à la circulation. Ce nouveau pont bordelais, longtemps surnommé « Baba » (pour Bacalan-Bastide, du nom des deux quartiers qu’il rejoint), a été officiellement et sans originalité baptisé « Chaban-Delmas ».
Retour en 17 images sur cette aventure, celle de la construction d’un pont-levant, suivie par beaucoup de Bordelais.
Revenons au point de départ, au temps où il n’y avait rien d’autre qu’une eau marronnasse coulant dans un sens ou dans l’autre, au gré des marées. La photo ci-dessous date de décembre 2009, au tout début des tous premiers préparatifs du chantier :

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Les éléments permettant la construction du pont sont mis progressivement en place, comme on peut le constater en avril 2010 :

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En juin de la même année, les blocs de béton supportant le futur pont sont acheminés depuis leur chantier de Bassens et positionnés à leur emplacement définitif :

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Les travaux prennent du temps et ne sont pas toujours visibles à l’œil nu, une grève du port se glisse au milieu de tout ça, et il faut faire un saut dans le temps de près d’un an pour constater une évolution significative. En mai 2011, les grues sont en place, la construction des pylônes peut commencer :

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Voilà ce qu’il en est un mois et demi plus tard, côté rive droite :

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En août 2011, le premier élément du tablier est apporté par une barge belge depuis un chantier italien :

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Elle est mise en place dans la foulée, côté rive droite. Voici donc l’état du chantier au début du mois de septembre :

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Les pylônes côté rive gauche commencent eux aussi à prendre un peu de hauteur, tandis que ceux de la rive droite sont achevés. Nous sommes en janvier 2012 :

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En février, c’est au tour de la deuxième partie du tablier d’accoster à Bordeaux … :

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… puis d’être mis en place, tandis que les deux pylônes côté rive gauche ont atteint la même hauteur :

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Fin mars 2012, les deux côtés du pont sont à peu près au même niveau :

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Dans l’été 2012, les choses s’accélèrent. La cabine commandant la levée de la travée centrale est construite en rive droite :

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Lors des journées du patrimoine, en septembre, on attend la mise en place du tablier central, et il y a donc encore un grand vide :

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Après un voyage en mer compliqué par des conditions météorologiques défavorables, la barge transportant le tablier central peut enfin accoster en rive gauche du port de la Lune, non sans difficulté, en octobre 2012 :

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Le 21 octobre, alors que le brouillard est dense mais que le vent est enfin tombé, la barge entreprend sa traversée de la Garonne afin de permettre le positionnement définitif du tablier central :

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Quelques jours plus tard, le pont a enfin son aspect définitif :

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Travaux de finition et essais divers ont été nécessaires pour aboutir à ce qu’on a vu le 15 mars 2013 : la levée de la travée centrale.

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Et Baba haut se hissa

Certes, il ne faut plus dire « Baba » (pour Bacalan-Bastide) mais « pont Chaban-Delmas ». Soit. Peu importe au fond, ce qui compte c’est que l’engin fonctionne. Inauguré ce matin en présence du chef de l’Etat, le nouveau pont a montré de quoi il était capable hier en fin d’après-midi. Et puis il y eu du jazz sur les quais, un bal gascon, et un feu d’artifices. J’ai lâché l’affaire au début du concert (très très bien, mais il faisait frais dehors). Petit montage vidéo vite fait sur le gaz :

L’euphorbe maritime

euphorbeP1350325L’euphorbe maritime, appelée aussi « euphorbe des sables », est très fréquente sur la quasi-totalité des littoraux français. Comme ses noms l’indiquent, elle pousse dans le sable, au bord de la mer. Il est donc parfaitement banal de la voir sur une dune, comme ici sur la dune de St-Trojan (île d’Oléron).
La plante fleurit en général à partir du mois de mai. Comme on peut le deviner sur la photo ci-contre, sa tige présente un dégradé de couleurs allant du rose (en bas) au vert (en haut). Elle contient un latex irritant pour la peau, mais dont les vertus sont parfois recherchées pour le traitement des verrues (pratique de charlatan ?). Ce latex toxique permet à la plante d’avoir peu de prédateurs, exceptée la chenille d’un papillon bien particulier : le sphinx de l’euphorbe. La pollinisation est assurée par des insectes, en particulier les fourmis.

Collection # 186

Marécage
Sud de l’île d’Oléron, 9 mars 2013

marécage

Dune : 1 – Forêt : 0

C’est un match entre le sable et les arbres. Le sable a pour lui l’océan, le vent, et accessoirement le réchauffement climatique. Nous sommes dans la partie sud de l’île d’Oléron, plus précisément dans la forêt domaniale de St-Trojan, qui dépasse largement les limites communales du village qui lui a donné son nom. Peu à peu, la dune grignote la forêt, grosso modo sur toute la longueur représentée ci-dessous par un trait rouge :

De la forêt médiévale, il ne reste rien : elle a été défrichée dès le Xe siècle. A l’époque, la dune bouge peu. Les hommes y voient un espace immuable ne menaçant en rien leurs activités. Le village même de St-Trojan, implanté au VIe siècle sur un site déjà occupé au néolithique, n’est absolument pas envahi par le sable et peut se développer en toute quiétude.
Or, à partir du XVe siècle, l’avancée du sable dans les terres devient suffisamment significatif pour que les habitants s’en émeuvent. La dune atteint les habitations au XVIe siècle, contraignant les habitants à déplacer le village et à tenter de fixer les dunes par un système de palissades. Il faut attendre le XIXe siècle pour que des systèmes plus efficaces soient mis en place. C’est alors à cette époque qu’il est décidé de reboiser cette partie de l’île à base essentiellement de pins maritimes.

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Cette forêt de pins apporte aux Oléronais une nouvelle source de revenus : l’exploitation de la résine. Cette activité, essentiellement aux mains des femmes, perdure jusqu’au milieu du XXe siècle, période à laquelle le tourisme supplante les autres activités (l’ostréiculture et la viticulture sont étroitement liées au tourisme), mais surtout période à laquelle l’industrie chimique met au point des ersatz efficaces de la térébenthine naturelle. A partir des années 1960, la forêt s’adapte au tourisme de masse. Les sentiers sont élargis et mieux entretenus qu’auparavant : la forêt devient tout naturellement un lieu de promenade. On peut encore y voir aujourd’hui des endroits surprenants, notamment des zones marécageuses, celles-ci ayant tendance à gagner du terrain depuis la tempête de décembre 1999 :

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Dans le même temps, et avec une intensité encore plus forte, les touristes se saisissent de la plage. La dune est piétinée, tout comme les végétaux chargés de la fixer, que ceux-ci poussent spontanément ou qu’ils soient plantés par l’homme. La dune, pourtant pas bien haute (et peut-être à cause de cela), devient terrain de jeu et de bronzage, et, aidée par les vents et les courants, recule vers les terres et prend de la hauteur pour atteindre ce que l’on connait aujourd’hui :

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Lors de la tempête de décembre 1999, plus de la moitié des pins maritimes de la forêt de St-Trojan ont été cassés, arrachés ou étêtés, ouvrant un magnifique couloir pour le sable. Les tempêtes suivantes, dont Xynthia en février 2010, ont achevé le travail. Aujourd’hui, la forêt est progressivement mangée par le sable. En témoignent les restes de pins asphyxiés par le sable :

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A la suite de Xynthia, le trait de côté a reculé de 20 mètres sur la Grande Plage de St-Trojan, transformant les dunes en falaises de sable côté océan, alors que leur pente reste douce côté forêt :

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Le mouvement de grignotage est rapide : on s’en rend compte d’une balade sur l’autre. La grande virée consistant à faire le tour complet de la pointe de Maumusson est ainsi à chaque fois un peu plus rapide que lors de la précédente balade, l’île rétrécissant sous nos yeux.

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Photos prises en juillet 2012, décembre 2012 et mars 2013

La bernique et le bigorneau

bernique P1350296Le mot « bernique » vient du breton « brennig », lui-même probablement issu d’un mot signifiant « sein » (en breton : « bronn »). En effet, la coquille de ce mollusque, par sa forme conique, peut faire penser à un élément de l’anatomie féminine.
La bernique, appelée aussi « patelle », est extrêmement fréquente sur l’estran rocheux de l’Atlantique. Son premier prédateur est l’homme, qui s’en régale pour peu qu’il sache la choisir et la cuisiner. Mais la bernique, mollusque herbivore qui broute les algues, est aussi la proie de certains animaux marins. Or, détacher la bernique est chose difficile : grâce à l’effet de ventouse qu’elle exerce sur le rocher, elle peut résister à une force de 30 kg. Elle est aussi rusée, capable de piéger les étoiles de mer trop gourmandes : pour ce faire, elle soulève sa coquille, ce qui la fait ressembler à un champignon (photo), et lorsque l’étoile passe un tentacule, elle referme violemment sa coquille, sectionnant un bout de l’étoile de mer trop vorace.
Résultat des courses : pour boulotter la bernique, il faut s’attaquer à sa coquille en la perçant, ce que font très bien les bigorneaux perceurs, dont font partie les pourpres. Ce type de bigorneau est particulièrement redouté des conchyliculteurs, car il perce les coquilles des moules et même celles des huîtres, tuant la bête qui est à l’intérieur en y injectant une substance qui la liquéfie. Il n’a plus alors qu’à l’aspirer pour se régaler. Parmi les délices de ce bigorneau se trouve la bernique, et c’est ainsi que l’on peut voir ces fameuses berniques surmontées d’un bigorneau, et ce n’est pas pour la déco.
Certains de ces bigorneaux ne sont pas endémiques des côtes charentaises et auraient été introduits accidentellement dans le bassin de Marennes-Oléron il y a une quinzaine d’années. En effet, un rapport de l’IFREMER  signale la présence d’un bigorneau perceur originaire du Pacifique en 2000.

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Photos prises à la pointe de Chassiron (île d’Oléron) le 9 mars 2013

Le crabe marbré

crabe P1350279C’est un petit crabe qui se planque dans les rochers. Celui-ci a été vu à la pointe de Chassiron, dans le nord de l’île d’Oléron. On le reconnait notamment à la forme presque carrée de sa carapace.
Initialement, c’est un animal originaire de Méditerranée et de la Mer Noire. Actuellement, il est tout à fait banal sur les côtes de l’Atlantique, du Maroc à la Bretagne. Sa présence est plus sporadique dans la Manche.
Il se reproduit plutôt à la belle saison, car les couples ne se forment que si la température de l’eau atteint 17°C. La femelle porte alors ses œufs sur ses pattes pendant 25 jours. Lors de la mue annuelle, le crabe marbré devient mou, et est du coup une proie idéal pour les prédateurs.
Sur le plan alimentaire, il est assez opportuniste, mangeant à peu près tout ce qui se présente, végétal comme animal. Il peut même s’attaquer à des mollusques dont la coquille en fait reculer plus d’un, comme les berniques (photo).
Les pêcheurs aiment assez ce petit crabe, qui peut servir d’appât pour certaines daurades, dont la daurade royale.

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Street art [32]

aïe !

L’Afrique a coulé au large de l’île de Ré

Pt Parisien 13:1« L’Afrique », c’est le Titanic français : un joli paquebot dont l’histoire s’achève tragiquement, à ceci près que la tragédie de L’Afrique a été beaucoup moins médiatisée et est aujourd’hui beaucoup moins connue que celle du Titanic. Ce naufrage a récemment fait l’objet d’un documentaire réalisé par Michel PITIOT (Mémoires de l’Afrique, 2012), mais je n’ai pas eu l’occasion de le voir.
L’Afrique est un paquebot de 119 m de long, transportant aussi bien des passagers que des marchandises entre Bordeaux et Dakar. Ce navire a par ailleurs été utilisé pour amener des soldats coloniaux en France lors de la Première Guerre mondiale. Il est sorti d’un chantier anglais en 1907, et, lors de son naufrage en janvier 1920, il est commandé par Antoine LE DÛ, un marin expérimenté qui navigue depuis plus de 25 ans.
Le 9 janvier 1920 en début de soirée, L’Afrique quitte le port de Bordeaux avec 599 personnes à bord, dont 135 membres d’équipage et 192 tirailleurs sénégalais (les chiffres exacts n’ont été connus que bien après le naufrage). Les passagers, trop nombreux par rapport à la capacité d’accueil du bateau, s’entassent dans les cabines. Les conditions météo sont très médiocres, ce qui n’a rien de surprenant en plein hiver, et surtout le bateau connaît des problèmes techniques avant même sa sortie de l’estuaire de la Gironde.
Pt Parisien 14:1Le bateau quitte l’estuaire de la Gironde le 10 janvier. La mer est formée, et les problèmes techniques ne sont pas résolus : de l’eau s’infiltre dans la cale, obligeant le commandant à réduire la vitesse de son navire. Conséquence de négligences dans l’entretien du bateau, les pompes se bouchent et ne peuvent plus remplir leur fonction. Dans la nuit, la mer se creuse, il fait un froid de loup, beaucoup de passagers ont le mal de mer. On leur donne des médicaments, qui ont pour effet de les sonner et donc de les rendre peu réactifs face aux événements.
Constatant son impuissance face aux avaries, le commandant décide de faire route vers La Pallice, où il compte mette navire et passagers à l’abri. La manœuvre ne se déroule pas comme prévu : le bateau ne parvient pas à virer. Le 11 janvier au matin, L’Afrique demande de l’aide. Les remorqueurs de la Marine Nationale chargés de l’opération ne dépassent pas l’île d’Aix : ce ne sont pas des remorqueurs de haute-mer. Seul un autre paquebot, Le Ceylan, parvient à s’approcher de L’Afrique, mais il échoue dans sa tentative de le prendre en remorque. Les moteurs de L’Afrique tombent en panne les uns après les autres, le navire est balloté au gré des courants et des vagues.
Dans la nuit du 12 au 13 janvier, le navire dérive entre l’île de Ré et Les Sables d’Olonne. Le commandant ordonne l’évacuation du bateau et fait mettre les canots de sauvetage à l’eau. Tandis que l’équipage s’embarque, les passagers prient. Oui, prient. Il y a à bord 17 missionnaires, qui confondent sauvetage et salut. Je rappelle que, grâce aux petits médicaments qui font planer en ôtant le mal de mer et aussi peut-être en raison du manque de sommeil, les passagers ne sont pas d’une grande lucidité. L’Afrique coule en quelques minutes sur le coup de 3 heures du matin.
Pt Journal 13:1Le bilan est lourd : 34 hommes seulement réchappent du naufrage (aucune femme, or il y avait des familles entières à bord), dont 33 membres d’équipage. Cette catastrophe sert néanmoins de leçon puisqu’elle permet de mettre en place l’organisation des secours dès 1920 : quatre remorqueurs de haute-mer sont dès lors en permanence prêts à partir depuis Brest, Saint-Nazaire, Le Verdon et Marseille, cette organisation restant à peu près en place jusqu’au début de la Deuxième Guerre mondiale.

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illustrations :

  • extraits des unes du Petit Parisien et du Petit Journal des 13 et 14 janvier 1920

Collection # 185

Réserve naturelle du Marais de Bruges, 3 mars 2013

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Le tadorne de Belon

tadorne P1350060Le tadorne de Belon est un grand canard (il peut peser jusqu’à 1,5 kg), devant la deuxième partie de son nom au zoologiste français Pierre BELON, qui l’a décrit au XVIe siècle.
Selon sa région d’origine, le tadorne est ou non un migrateur : les oiseaux vivant dans les régions les plus septentrionales migrent en hiver vers le sud, alors que ceux qui vivent dans des régions plus douces sont sédentaires. En France, on peut le voir sur la quasi-totalité des littoraux, en particulier dans les zones de marais et les estuaires, avec une certaine préférence pour les eaux salées. A l’échelle mondiale, il est présent sur l’ensemble de l’Eurasie et en Afrique du Nord.
Les tadornes de Belon sont des oiseaux fidèles : les couples peuvent durer très longtemps, et retournent chaque hiver dans les mêmes lieux de reproduction. C’est pour cela que c’est à cette saison qu’il est le plus facile de les observer. Cet oiseau a la particularité de faire son nid dans des terriers abandonnés par des lapins ou des renards.

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Les tadornes de Belon se nourrissent de tous les minuscules animaux présents dans la vase, leur langue étant particulièrement adaptée pour en retirer la « substantifique moëlle ». Afin de faire remonter les éléments nutritifs de la vase, ils la piétinent longuement. En Europe, ils apprécient tout particulièrement certains coquillages, comme les tellines. Selon les circonstances, ils peuvent aussi plonger dans une eau un peu plus profonde pour pêcher, mais cette pratique est surtout le fait des jeunes.

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Photos prises dans le domaine de Certes (Bassin d’Arcachon) le 23 février 2013

La spatule blanche

spatuleP1350031Dans tous les cas, la spatule touille. En cuisine, la spatule permet de touiller la tambouille. Dans le marais, elle touille la vase avec ses copines spatules, à seule fin de boulotter crustacés, petits poissons (pas plus de 15 cm de long) et larves d’insectes aquatiques.
De loin, on pourrait presque la confondre avec une aigrette, la blancheur de la plume commune aux deux oiseaux pouvant induire en erreur. Mais l’aigrette a une tendance à rentrer le cou dans les épaules et chasse seule. Comme son cousin le héron cendré, l’aigrette a une patience d’ange et peut attendre qu’une proie soit dans son champ visuel pour tenter de la choper. A l’inverse, la spatule vit en bande et fouille la vase inlassablement. Quand le repas s’achève, elle se préoccupe beaucoup de son apparence, lissant longuement ses plumes, soucieuse qu’elle est de plaire à son conjoint, le même pour toute la vie.

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Après avoir été fortement menacée, la spatule blanche voit ses effectifs augmenter depuis les années 1990. Dans l’estuaire de la Seine, on en observait ainsi moins de 200 chaque année jusqu’en 1993, alors que plus de 1500 ont été comptabilisés en 2011. Comme tous les oiseaux, elle est menacée par les activités humaines, en particulier l’urbanisation qui détruit ses habitats. Il y aurait actuellement environ 15 000 couples de spatules blanches en Europe, dont seulement une centaine en France.

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C’est un oiseau migrateur, qui fait longuement étape sur la côte atlantique à l’aller et au retour. On peut ainsi actuellement l’observer sur le bassin d’Arcachon, et ce jusqu’au mois de mai. En France, c’est en Loire-Atlantique qu’elle est la plus fréquente, en particulier sur l’étang de Grand-Lieu et en Brière. A l’échelle mondiale, elle est présente à peu près partout sauf sur le continent américain (quelques spécimens au Brésil cependant) et en Afrique méridionale.

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Photos prises dans le Domaine de Certes (Bassin d’Arcachon) le 23 février 2013

La grande aigrette

gde aigrette P1350038La grande aigrette est un des plus grands oiseaux de la famille des hérons, sa taille étant comparable à celle du héron cendré : elle peut mesurer jusqu’à un mètre, voire un peu plus. Elle tire son nom des grandes plumes (des aigrettes, donc) qui la recouvre à la saison des amours. Elle niche près des étangs, dans les zones de marais, y compris les marais créés par l’homme, comme ici celui du Domaine de Certes, sur le Bassin d’Arcachon. Elle peut nicher seule ou en groupe, et parfois même à proximité d’autres hérons.
On la trouve dans quasiment toutes les régions du monde, exception faite de la Scandinavie et des îles britanniques. Sur le Bassin d’Arcachon, les effectifs de la grande aigrette sont en hausse depuis les années 1990, en particulier dans le Domaine de Certes. Cet oiseau est protégé par la loi française, après avoir failli disparaître complètement : les belles dames des temps anciens trouvaient fort seyant d’orner leurs chapeaux des grandes plumes parfaitement blanches que porte l’oiseau en période de reproduction. Si la mode des « trucs en plume » est passée, les populations de grande aigrette restent fragilisées par l’artificialisation des sols, qui la chasse de ses habitats potentiels.
Elle se nourrit d’insectes et de petits animaux, aussi bien aquatiques que terrestres. Dans le sud des Etats-Unis, elle a été repérée, comme d’autres oiseaux (goélands, pélicans, etc), en train de trouver sa nourriture grâce à l’aide des dauphins. Ceux-ci, en effet, ont parfois une technique de chasse bien particulière qui consiste à repousser les proies vers le rivage. Cette technique, dite « pêche par échouage », est menée collectivement par de grands dauphins qui piègent ainsi des poissons. Les oiseaux profitent des restes laissés par les dauphins.

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Photo prise dans le domaine de Certes (Bassin d’Arcachon) le 23 février 2013