La fillette et la bicyclette

WADJDA
Film de Haifaa Al-Mansour

l'afficheL’histoire de cette femme saoudienne qui parvient à tourner un film, et en plus à le réussir, a suffisamment fait le buzz pour que le cinéma Utopia de Bordeaux soit obligé de programmer Wadjda dans une salle beaucoup grande que celle qui était initialement prévue. Ce succès est pleinement justifié tant ce film est subtil, optimiste et même franchement drôle, abordant avec une grande délicatesse toute l’hypocrisie de la dictature saoudienne et les conditions de vie délirantes imposées aux femmes.
Wadjda est donc une mouflette d’une douzaine d’années, une pré-ado en baskets n’ayant pas la langue dans sa poche. Elle s’oppose avec naïveté à la société machiste dans laquelle elle vit, sans comprendre pourquoi c’est une honte d’être une femme dans ce pays-là. Fuir devant les hommes, devoir se cacher, ne pas oser ce que font les hommes. Parmi ces actes typiquement masculins, il y a le vélo. Les filles n’y ont pas droit : c’est impudique et ça rend stérile. Or Wadjda est amie avec le jeune Abdallah, un minot de son âge ou un poil plus jeune, beau comme un cœur. Et Abdallah a un vélo, avec des rubans accrochés au guidon et qui volent dans le vent. Wadjda aimerait faire la course avec Abdallah. C’est son objectif, celui pour lequel elle est prête à tout.
Wadjda est un film sur l’enfance, sur une certaine forme d’insouciance. La gamine découvre à ses dépens qu’il n’est pas toujours bon de dire la vérité aux adultes. C’est aussi un film féministe, ce qui transparait nettement dans les relations qu’elle a avec sa mère, en particulier à la fin du film. Celle-ci est confrontée au quotidien à la brutalité légale des hommes, du chauffeur qui lui parle comme à un chien, à son mari qui convole en justes deuxièmes noces. C’est là toute la force de ce film : nous faire toucher du doigt la réalité de cette société ultra-religieuse, tout en nous faisant sourire et même rire (les scènes dans lesquelles Wadjda négocie pour acheter le vélo interdit ou pour se procurer la somme nécessaire sont à se tordre de rire).

Pour conclure, voici la bande-annonce du film :

 

Collection # 184

Maître Héron sur son arbre perché
Bordeaux, février 2013

héron

Street art [31]

une bouteille

Sur les traces du plus vieil alcool de France [3]

Et la mondialisation dans tout ça ?

armagnacP1340919Le spiritueux français le plus exporté est de loin le cognac. C’est d’ailleurs lui qui a fixé les règles, en imposant l’étiquetage so british des bouteilles (VSOP, XO, …). Et pourtant, l’armagnac est bien lui aussi un produit de la mondialisation. La vigne a été introduite dans le sud-ouest par les Romains dans l’Antiquité, tandis que les Celtes apportaient la technique du tonneau. Au moyen-âge, les Arabes ont apporté la technique de l’alambic, ce qui permet d’affirmer que l’armagnac est le plus vieil alcool de France.
Et aujourd’hui ? Grâce à une simplification de l’étiquetage, qui aide à la lisibilité des bouteilles (cliquez-ici), et grâce à une vraie politique régionale de mise en valeur du produit à l’export, les ventes d’armagnac à l’étranger ont augmenté de plus de 30% entre 2011 et 2012. Pendant très longtemps, plus de la moitié de l’armagnac était consommé en France. Actuellement, environ 58% de la production est vendue à l’étranger. L’exportation d’armagnac reste certes 72 fois plus faible que celle de cognac, mais l’eau-de-vie gasconne séduit une vaste clientèle dans les pays dits émergents, comme la Russie ou la Chine, ainsi que sur le continent américain. La Chine est aujourd’hui le armagnacP1340909premier pays importateur d’armagnac, devant la Grande-Bretagne. En Chine, l’armagnac est à la mode et tend à supplanter l’alcool de riz, trop traditionnel aux yeux d’une clientèle branchée voulant « faire occidental » pour se croire dans l’air du temps.

à cliquer :

  • un article du Parisien paru en octobre 2012
  • un article de La Dépêche paru en novembre 2012
  • un article de Sud-Ouest paru en février 2013

Fin

Sur les traces du plus vieil alcool de France [2]

Terroirs et cépages

Le vignoble de l’Armagnac coïncide à peu de choses près au département du Gers, et se découpe en trois terroirs distincts (carte) : le Bas-Armagnac (à l’ouest, autour de Éauze et Nogaro) et le Ténarèze (au centre, autour de Condom) sont les plus vieux terroirs de l’Armagnac. Au XIXe siècle, la partie orientale du département, ainsi que sa bande méridionale (autour de Marciac, Auch, Lectoure), ont été mises en culture sous l’appellation Haut-Armagnac.

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L’armagnac est produit à partir de quatre cépages principaux : Ugni Blanc, Colombard, Folle Blanche et Baco Blanc. Certains producteurs ajoutent à ce mélange de base d’autres cépages, en proportions plus faibles, comme le Jurançon Blanc. Ce sont tous des raisins blancs, traditionnellement récoltés en octobre, et dont le degré alcoolique est faible.

  • L’Ugni Blanc, originaire d’Italie, se retrouve sous d’autres noms dans d’autres vignobles français : il est ainsi connu sous le nom de « rossola bianca » en Corse. Travaillé seul, il produit un vin acide, mais après distillation, on lui prête les traditionnels goûts de banane que j’ai tant de mal à dénicher lors des dégustations.
  • Le Colombard est d’origine charentaise. En Vendée, il est connu sous le nom de « bon blanc ». Il entre dans la composition de certains pineaux des Charentes, mais les producteurs de cognac le trouvent moins raffiné que l’ugni blanc ou la folle blanche. C’est un raisin facile à vivre, je veux dire par là qu’il est peu sensible à certains parasites. Seul, il donne un vin agréable, frais pour l’été, bref : un vin de soif.
  • La Folle Blanche porte le nom de « gros plant » en pays nantais. Dit comme ça, ça ne donne vraiment pas envie de goûter, le gros plant étant le plus bas de gamme des vins blancs de Loire, un truc sans finesse, sans goût, très acide, qui récure l’estomac.  C’est un cépage très productif, mais aussi très sensible au vent et à certaines maladies classiques de la vigne. Paradoxalement, alors que le vin qu’il produit oscille entre l’insipide et le franchement désagréable, l’eau-de-vie qui en sort après distillation est généralement de très bonne qualité.
  • Le Baco Blanc est un pur produit de l’industrie agro-alimentaire, mais dans la version balbutiante de celle-ci : il a en effet été élaboré à la fin du XIXe siècle par François BACO. C’est un croisement entre la Folle Blanche et le Noah, cépage d’origine américaine aujourd’hui interdit en France. Il est très sensible au phylloxera, au mildiou, voire à l’oïdium. Il ne sert qu’à la production de l’armagnac.

La vinification s’étend d’octobre à mars, période à laquelle la distillation commence. L’alambic armagnacais, tel qu’il est utilisé de nos jours, a été élaboré et breveté au début du XIXe siècle. Il chauffe le vin en continu. A la différence de l’alambic utilisé pour le cognac, il n’y a pas de double chauffe.

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L’eau-de-vie qui en sort est transparente comme l’eau la plus pure, avec un degré d’alccol pouvant monter jusqu’à 72°. Les cépages sont distillés l’un après l’autre, puis l’eau de vie est placée pendant un temps dans d’immenses cuves de bois, avant d’être mise en barriques.

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C’est le bois de chêne qui donne sa couleur à l’armagnac, celui-ci se teintant avec le temps.

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Les mélanges entre cépages sont faits au moment de la mise en bouteille. Une fois celle-ci effectuée, l’eau-de-vie ne vieillit plus et peut être conservée très longtemps, sous réserve de garder les bouteilles debout afin que l’alcool ne soit pas en interaction avec le liège du bouchon.

—> Source : www.armagnac.org

à suivre

Sur les traces du plus vieil alcool de France [1]

Plantons le décor : le château de Laubade

L’armagnac est réputé « plus vieil alcool de France », or ce n’est pas le plus vendu, et il lui a fallu pomper des stratégies marketing à son cadet le cognac pour sortir de l’ombre gasconne.
Avant d’aborder cet aspect historique, plantons le décor. Pour faire de l’armagnac, il faut une vigne, une distillerie, et la terre du sud-ouest. Nous sommes ici dans l’appellation « bas-armagnac », au sud de Nogaro, sur la commune de Sorbets :

La distillerie est celle du château de Laubade. Avant toute description technique et toute dégustation, c’est la maison qui attire le regard, par son côté totalement atypique tant elle s’inspire des villas des stations balnéaires du XIXe siècle. Cette bâtisse a été construite à la demande d’un parlementaire gersois, Jospeh NOULENS, qui fut ministre de la guerre en 1913 puis de l’agriculture en 1914, avant d’être envoyé comme ambassadeur de France en Russie, pile au moment de la révolution bolchévique :

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L’exploitation a été créée bien avant, en 1870, d’où un 140e anniversaire tonitruant en 2010, qui a donné lieu à une fête pluvieuse mais fête heureuse, du moins si l’on en croit La République des Pyrénées, et à l’installation de 140 bouteilles façon œuvre d’art :

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En 1974, le domaine a été racheté par la famille LESGOURGUES, d’origine landaise, et qui avait fait fortune dans le négoce des semences. C’est toujours cette famille qui en est propriétaire aujourd’hui. Le domaine s’étend sur 230 ha, dont 105 de vignes, celles-ci donnant sur un des plus beau paysage du monde : les Pyrénées.

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à suivre

Collection # 183

Coup d’œil sur Condom
Département du Gers, février 2013

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Une étoile

Le nouveau classement « Michelin » vient de sortir et, outre les chefs, qui sont quand même les premiers concernés, les gourmands peuvent aussi valider que leur resto chouchou n’a pas été déclassé. Ou l’a été. Ou vient d’être promu. Autant l’avouer tout de suite, je fréquente peu l’étoilé « Michelin », ma carte bleue étant convulsivement prise de malaise en consultant les prix. Mais il y a des heureux hasards, des circonstances particulières, qui font que l’étoile est croisée un beau samedi de février, quelque part dans le département du Gers.
Samedi donc, nous avons déjeuné à La Table des Cordeliers, à Condom. Le jeune chef, Eric SAMPIETRO, nous a accueilli dans une belle bâtisse en pierre :

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La déco est sobre, douce, avec ces vieux meubles qui donnent leur chaleur aux vieilles demeures, comme ici cette gigantesque armoire devant laquelle nous fut offert l’apéritif :

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Dès l’apéro, le ton fut donné : le repas s’articulait totalement autour de la truffe, thème du mois à La Table des Cordeliers (qui propose par ailleurs bien d’autres jolies choses, à des prix suffisamment variés pour envisager une deuxième visite). Nous avons ainsi apprécié un vin pétillant parfumé à la truffe, accompagné de sandwiches au beurre de truffe et de macarons à la truffe aussi, d’une surprenante couleur grise. Puis vint le repas proprement dit, servi dans une chapelle du XIIIe siècle … :

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… dont les vitraux apportent une lumière très particulière :

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Avec des vins locaux, produits par un vigneron venu lui-même nous les présenter (Domaine de Mirail, près de Lectoure), nous avons dans un premier temps assisté à la préparation d’un risotto à la … à la … à la … oui, à la truffe, et au parmesan aussi :

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Vinrent ensuite les st-jacques crues en gaspacho, toujours avec de la truffe, et accompagnées d’un entremet aux topinambour. La truffe ne s’absenta pas davantage du pigeon tout juste rosé, un délice. Même le dessert fut truffé, le champignon accompagnant des profiteroles :

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Au final, un endroit sublime. L’accueil est simple, le service attentif mais non pesant. Le sud ouest comme on l’aime, sans esbroufe ni arnaque.

Charlene Hunt a largué Lyubov Orlova

Le Lyubov Orlova est un bateau construit dans un pays qui n’existe plus, et qui, aujourd’hui, dérive dans l’Atlantique nord sans passager ni équipage. On suppose que seuls les rats n’ont pas quitté le navire, à la différence des autorités canadiennes qui s’en lavent les mains, l’épave errant désormais dans les eaux internationales.
Résumons l’affaire. En 1976, le Luybov Orlova est sorti des chantiers yougoslaves. C’est un paquebot de taille modeste (90 m de long) pouvant accueillir 110 passagers et 51 membres d’équipage. Navire russe immatriculé sous pavillon de complaisance (Iles Cook), il s’échoue en 2006, mais est tiré d’affaire. Puis il est loué par une compagnie canadienne, qui l’envoie faire des croisières au nord du Labrador jusqu’en 2010. Son mauvais état incite cependant son propriétaire à s’en défaire : le navire est alors vendu à un homme d’affaires iranien basé à Toronto, qui décide de le faire démanteler en République Dominicaine, afin d’en récupérer des pièces. Le bateau doit alors quitter Terre Neuve et mettre cap au sud en 2012. Pas de chance : un incendie se déclare à bord.
Mais le rafiot n’a pas pour autant fini de faire parler de lui … En janvier dernier, un remorqueur dans un état proche de l’épave, est chargé d’aller chercher le bébé. Il s’agit du Charlene Hunt, mis à l’eau en 1962, et dont le port d’attache se situe dans l’Etat de Rhode Island, aux Etats-Unis.
Le Charlene Hunt prend donc le Lyubov Orlova en remorque le 23 janvier. C’est un peu l’aveugle qui guide le paralytique, il n’y en pas un qui soit plus solide que l’autre, mais à eux deux, tous les espoirs sont permis. Sauf que la remorque casse. Sauf que le Charlene Hunt rentre au port, incapable d’affronter une mer formée, et sur le point de couler avant même de commencer sa mission de remorquage. Le Charlene Hunt est prié de ne plus prendre la mer, tandis que le paquebot dérive au gré des courants. Rattrapé par le bateau de sauvetage d’une plateforme pétrolière, avant qu’il ne percute cette dernière, le Lyubov Orlova rompt à nouveau son filin de remorque. Et depuis, plus personne ne sait où il est.
L’association Robin des Bois dénonce l’inaction des autorités canadiennes, qui ne font rien pour récupérer cet obstacle dérivant et potentiellement dangereux pour la navigation.

—> à cliquer :

Collection # 182

Les noces de Crapaud
Jardin Public de Bordeaux, février 2013

crapauds

Photos de famille

livreUn peu par hasard et par le boulot, je viens de découvrir le photographe bordelais Alain LABOILE. Un type de mon âge qui joue avec un appareil photo, mais nos points communs s’arrêtent là.
En 2012, ses photos ont été exposées à Nice. Une expo de ses œuvres vient de s’achever à Bordeaux, et je regrette d’être passée à côté. Le mois dernier, le quotidien La Croix lui a consacré un article très élogieux et très mérité. Ce photographe autodidacte a en effet suffisamment de talent pour saisir l’instant, le geste, le mouvement. Il vit à la campagne avec femme, enfants (une marmaille de six loustics) et chats. Un des diaporamas présents sur son site montre ainsi le résultat en noir et blanc de ses photos de famille. C’est extraordinaire, simple, joyeux. Cet homme, qui vient aussi de sortir un bouquin intitulé En attendant le facteur (photo ci-dessus à droite), mérite que l’on fasse le buzz pour lui.

Je suis en colère contre l’adulte qui a laissé faire

Vous me direz que mes histoires de bestioles, les zozios, les écureuils, les crapauds, c’est bien futile tout ça ! il y a la guerre au Mali, et puis 57% des jeunes Espagnols qui sont au chômage, et puis un séisme aux îles Salomon, et puis deux mouflettes tuées dans un accident de scooter à Mont-de-Marsan, et puis et puis et puis. Et vous aurez raison. Des événements autrement plus graves que les histoires de cul des crapauds se déroulent sous nos yeux. Et pourtant, ce que j’ai vu sur le coup de midi m’a énervée et attristée à la fois, moi qui pensais que tous les enfants, même les plus laids, les plus sales, les plus bêtes, les plus mal élevés, même les plus salopiots de la bande, moi qui pensais que tous les gnards aimaient les animaux, et bien je me suis trompée. Mais plus encore que les affreux lardons, c’est à l’adulte censé les encadrer que j’en veux. Je n’ose imaginer que ce grand dadais fut enseignant, maître d’école. C’est pas possible. Ce sont des gens bien, les instits. En général. Je me dis que c’était un adulte d’une autre catégorie.
Je résume l’affaire : dans le jardin public de Bordeaux, il y a une petite mare en ciment, dont la margelle trop haute et arrondie ne peut être franchie par les crapauds que grâce à un crapauduc, c’est à dire un petit tas de paille servant de plan incliné pour les batraciens. La saison des amours ayant semble-t-il débuté un peu plus tôt que d’habitude, il n’y a pas de crapauduc. Mais les crapauds sont routiniers, et chaque année se rendent dans la même frayère. Il y avait donc ce matin un mâle sur une femelle, allant cahin caha vers la mare, mais bien empapaoutés face au muret. Au bas du muret, une flaque d’eau s’étendait en rigole. Et vas-y-que j’te féconde, susurra en sa langue le monsieur à la dame. Aucune chance pour que les œufs peu après libérés deviennent têtards : pas assez d’eau, aucune végétation pour abriter la couvée. Mais quand même, ce n’est pas parce-que ces deux-là n’auront pas de descendance cette fois-ci qu’il faut se montrer violent.
Violent ? et bien oui. Le grand dadais servant d’adulte responsable à une vingtaine de mioches d’à peine dix ans a lâché sa meute sur la mare en restant à une bonne vingtaine de mètres des affreux jojos. Lesdits jojos courent en braillant, montent sur la margelle sans tomber, en font le tour en courant comme des fous, je crains qu’ils ne piétinent les crapauds, j’espère qu’ils ne les verront pas, ne pressentant pas en eux une patience d’ange. Mon pressentiment était bon. Le grand dadais ne broncha point.
couple crapaudsLes mouflets virent les crapauds. Les filles lancèrent des « beurks » prouvant que ces pauvres chéries n’avaient jamais vu autre chose que le bitume de la cour de récré et les halls des supermarchés. Et puis le dadais rappela sa troupe, sans regarder qui faisait quoi. Cinq trublions, au regard vide des bovins élevés en batterie, restèrent près des crapauds et se mirent à leur jeter des graviers en beuglant. Je suis intervenue. Ils m’ont à peine regardée, pas écoutée. Un seul s’est retourné, me jetant un soupir arrogant, celui de la future petite frappe si on ne l’éduque pas avant.
Apprenons la biodiversité et son absolue nécessité à nos enfants. Pour cela, montrons leur que même la ville recèle des trésors, maillons d’une chaîne dont nous faisons partie, comme l’écureuil de la semaine dernière, le martin-pêcheur vu il y a quelques mois, les cormorans et le héron cendré, la grive et le geai, les mésanges, les merles, les moineaux, les bergeronnettes, les pinsons, les rouge-queues, et même les étourneaux. Oui, même les étourneaux.

Je ne sais pas si le réchauffement climatique y est pour quelque chose …

… mais la saison des amours commence drôlement tôt cette année.

Le pigeon se pavane devant la pigeonne, puis la saute sans autre forme de procès. Les canards ont entamé leurs parades nuptiales, les mésanges jouent à « vole après moi que j’te bisouille ». Ça fait deux voire trois bonnes semaines que ça dure. Février. Plein hiver. Météo France annonce un retour de la neige par l’ouest.
L’an dernier, les crapauds avaient commencé leurs aventures reproductrices en mars, je m’en souviens bien : les jardiniers du Jardin Public de Bordeaux avaient aménagé des crapauducs pour que les batraciens puissent rejoindre la mare pour leurs ébats. Hier, j’aperçois des points rouges atypiques dans l’échantillon de rizière du jardin botanique : des yeux de crapaud. Avec madame. Regardez bien, regardez mieux :

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Collection # 181

Le bécasseau sanderling
Ile d’Oléron, 3 février 2013

bécasseau

Ils s’appelaient Krokodil et Kondor

En 1942, les armées nazies bétonnent le littoral atlantique, afin de pallier toute éventualité de débarquement peu propice à la folie hitlérienne d’un grand reich qui durerait mille ans. L’île d’Oléron, en position d’avant-poste, n’est bien sûr pas épargnée, et la population est contrainte de bâtir des blockhaus en béton armé. Deux de ces blockhaus ont longtemps été visibles sur la plage de Vertbois. Les blockhaus bâtis sur l’île d’Oléron portaient curieusement des noms d’animaux. Ces deux-là se nommaient ainsi Krokodil et Kondor, et se trouvaient à peu près à cet endroit :

 

J’en parle au passé car l’un des deux blockhaus, en l’occurrence Krokodil, a été démoli en 2011 : attaqué par l’érosion de la plage, rendu dangereusement instable par la tempête Xynthia de 2010, il devenait imprudent de le laisser sur le sable, où il servait de terrain de jeu aux promeneurs malgré les interdictions. La photo ci-dessous montre le fameux Krokodil en avril 2010, donc peu de temps après Xynthia :

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Et Kondor ? plus solide, il est encore visible sur la plage, mais ces jours ne vont pas tarder à se compter sur les doigts de la main. La photo ci-dessous date du 1er janvier 2012.

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Et pourtant, dans les années 50 et 60, c’était un endroit à la mode. Kondor avait même été transformé en bar (photo). Depuis fin janvier, les travaux de démolition ont commencé, pour les mêmes raisons qui ont motivé la destruction de Krokodil. Samedi dernier, on voyait encore des pans entiers du blockhaus … :

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… mais aussi les tiges rouillées du béton armé, façon chevelure rigide :

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Le blockhaus, peu à peu, est transformé en tas de gravats. Les travaux sont lents (on risque de tomber sur des engins explosifs), précis, et au final assez chers. Si la démolition de Krokodil a été financée par les indemnités de la tempête Xynthia, celle de Kondor, qui s’élève à 62 000 €, est assurée par les collectivités territoriales et l’ONF. Les travaux devraient s’étendre sur trois semaines.

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Street art [30]

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