Collection # 171

La glisse
Pointe et presqu’île du Cap Ferret, novembre 2012

Remplir les blancs

Sur une vieille palissade d’une friche urbaine, les blancs sont plutôt gris, mais peu importe. En août dernier, je montrais ici-même comment, de manière tout à fait légale, ce mur désespérant était passé à la couleur : cliquez ici pour la piqûre de rappel. Certes, l’ensemble était inachevé et il l’est d’ailleurs encore aujourd’hui, mais moins. Petit exemple des ajouts récents, attrapés dimanche :

Nous sommes à la fin de l’année 2012, monsieur Jacques Chaban-Delmas est maire de Bordeaux

CHABAN a régné sur Bordeaux de 1947 à 1995. La fin du règne fut marquée par une sorte de vide intersidéral qui a plongé la ville dans un profond sommeil, ce qui donna l’occasion au sieur JUPPÉ, façon prince charmant sur son cheval blanc, de réveiller la gracieuse somnolente. Monsieur JUPPÉ, aujourd’hui arbitre d’une querelle umpéienne même pas digne d’une mauvaise série télé, n’a de cesse de raviver le souvenir de CHABAN.
Tout a commencé en 2000, à la mort de ce dernier. La ville, qui entre temps avait ouvert un œil, lui devait bien ça. C’est ainsi que le stade, jusque là connu sous le nom de Parc Lescure, devint le Stade Chaban Delmas. Dans la foulée, il fut question de chabaniser l’aéroport, situé sur une commune voisine. De gauche, la commune voisine. Et puis tous les bâtiments publics ne peuvent pas porter le même nom, ça risque de créer des confusions (tu imagines les Girondins frappant le ballon sur le tarmac ?). L’aéroport garda son nom d’aéroport de Mérignac, et c’est bien ainsi.
Le chabanisme rebondit douze ans plus tard. Le nouveau pont, dit Baba. Il fallait bien lui trouver un nom, à lui aussi. Il fut envisagé « pont Toussaint-Louverture », c’était bien. Mais non, la messe fut autrement dite : « pont Chaban-Delmas ». Soit.
Il y a quelques jours (semaines ? je ne vois pas le temps passer), une statue (illustration quelque part dans cette note) représentant le grand homme (ou une grande statue représentant l’homme ?) fut inaugurée en grandes pompes sur la place Pey Berland, qui est à la fois celle de la mairie et de la cathédrale. Qu’est-ce que monsieur JUPPÉ ajoutera pour honorer son idole ?

Petite balade de fin de semaine

C’est une balade classique, banale, et reposante. Petite forêt de St-Brice, à Andernos. Une forêt mi-pins mi-chênes, avec des allées larges, on peut prendre du recul et regarder les arbres.

Une forêt sans passage difficile, dans laquelle il est rigoureusement impossible de s’égarer. Un sous-bois où prendre son temps, celui de  regarder les plantes, la mousse sur les arbres. Une balade idéale quand la semaine a été très dense et quand celle qui s’annonce ne peut être que pire. Une balade pour respirer, tout simplement.

Street art [23]

Collection # 170

Château de Pau
Novembre 2012

Que la rondeur soit

La mode selon laquelle une belle femme est une femme maigre, qui torture corps et esprit pour séduire, n’a pas toujours été la règle. C’est ainsi qu’en mars 1936, le magazine féminin La Mode et la Maison, affirme que la nouvelle tendance est à la rondeur : « La mode veut des femmes potelées ».
L’article (disponible sur le site de la BNF) donne des conseils précis pour obtenir les fameuses rondeurs moelleuses qui distinguent la femme de l’homme et qui en font le charme, surtout aux yeux de ce dernier. Premier conseil : mesdames, soyez de bonne humeur. Et oui, l’excès de travail et les soucis rendent neurasthénique, c’est écrit dans l’article.
Mais concrètement, que doit-on faire ? d’abord dormir beaucoup. Au moins huit heures par nuit, et près d’une heure l’après-midi : chaise longue obligatoire à l’heure de la sieste. Cela ne doit en aucun cas empêcher l’activité physique, elle aussi préconisée.
Mais cela ne suffit pas : l’alimentation est bien sûre l’alliée incontournable du régime. Manger à heures régulières, sans grignotage entre les repas ni fantaisie dans les menus, semble être un gage de bonne santé. Les aliments vinaigrés en entrée sont à bannir, car ils « coupent l’appétit ». Il faut en revanche mettre le paquet sur les farineux et les céréales. S’ensuit une liste d’aliments dits « profitables » : sardines à l’huile, viandes en sauce, fromages, confitures, entremets, etc. Bon appétit à toutes !

Un mur, c’est fait pour que l’on dessine dessus

Quartiers sud de Bordeaux. En 1983, un mur façon « mur de Berlin » sépare les voies de chemin de fer et la gare St-Jean du quartier résidentiel Carle-Vernet (localisation). Certes, il n’y a ni mirador, ni barbelé, ni risque de se prendre une balle en pleine tête si on franchit le mur, mais le béton est là et bien là. Les habitants du quartier ressentent une impression d’isolement et d’enfermement. De 2000 à 2003, coachés par une artiste locale, 1700 riverains se lancent dans l’appropriation de ce qui devient leur mur. Puisqu’il est là, autant qu’il soit joli. Chacun y va de son collage, de son poème, de son dessin. Humour, amour pour la Garonne, bestiaire, tout y passe. Et puis il y a le temps. Celui qu’il fait et celui qui passe, qui entraînent une dégradation naturelle de cette œuvre discontinue de plus de 600 mètres de long. L’été dernier, l’ensemble a été restauré. Voici le résultat en une vingtaine d’images :

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Street art [22]

Né sous le signe du buffle

Selon l’astrologie chinoise, 1553 était une année du buffle. Il se trouve que c’est aussi l’année de naissance d’un bambin qui devint le roi HENRI IV. L’astrologie chinoise, vous en conviendrez, n’a que peu d’importance pour papoter autour de la naissance dudit roi, mais cette info m’a au moins permis de trouver un titre.
Donc HENRI, pas encore IV, naquit un mercredi de décembre. Sa maman, JEANNE D’ALBRET, avait été priée de rallier fissa le château familial de Pau. Son premier enfant était décédé, conséquence banale d’une mise en nourrice précoce mais traditionnelle, il ne s’agissait pas de perdre le deuxième.
Décembre 1553, donc. L’imagerie du XIXe siècle, via le tableau d’Eugène DEVÉRIA (ci-dessous), nous montre le nouveau-né brandi par son grand-père au-dessus de l’honorable assemblée qui a assisté à l’accouchement, un peu comme un sportif brandit un trophée.

Le père de JEANNE D’ALBRET, donc grand-père d’HENRI IV, aurait incité sa fille à chanter pour lutter contre les douleurs de l’accouchement. C’est lui aussi qui prodigue au nourrisson le « baptême béarnais », à base d’ail et de vin (espérons au-moins qu’il s’agissait d’un de joli Jurançon, comme on sait si bien le faire dans la région). HENRI DE NAVARRE était prêt pour affronter la vie …

—> à cliquer : la page consacrée à la naissance d’HENRI IV sur le site web du Musée du Château de Pau

—> photo : statue d’HENRI IV à Pau (photo prise le 6 novembre 2012)

Collection # 169

Poissons rouges
Jardin du Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques, Pau, novembre 2012

Vache grise à lunettes blanches

La vache de race bazadaise est typique des élevages bovins aquitains, elle tire d’ailleurs son nom de la ville de Bazas, dans le sud du département de la Gironde. Certaines sources attestent sa présence dès l’Antiquité, ce qui en ferait une des plus anciennes races de vaches du sud de la France.
Pendant longtemps, la bazadaise fut utilisée comme animal de trait. Infatigable, à la santé de fer, elle permit notamment de transporter le bois de la forêt des Landes. On la reconnaît facilement : pelage d’un joli gris et surtout cercles très clairs autour des yeux faisant penser à des lunettes.
Malgré ses qualités évidentes, la bazadaise a failli disparaître. En effet, après la IIe Guerre mondiale, le tracteur remplace l’animal dans les champs. La vache bazadaise continue à être élevée, mais uniquement pour la qualité de sa viande. Pas question de parquer un tel animal dans un élevage intensif, or l’élevage extensif ou, du moins, respectueux de la nature, n’est pas dans l’air du temps pendant les Trente Glorieuses. En 1970, il ne restait plus que 700 individus de cette espèce.
Un plan de relance permet, à partir de cette date, de voir les effectifs augmenter sensiblement. On met le paquet sur la race à viande de haute qualité. C’est cher mais c’est bon. La demande en boucherie permet de maintenir les élevages. Il y a ainsi aujourd’hui environ 3300 vaches bazadaises dans le sud-ouest, y compris dans les Pyrénées puisque cet animal s’adapte aussi très bien à l’altitude.
Depuis le printemps 2010, un éleveur girondin s’est lancé dans l’élevage extensif de la bazadaise, le terrain disponible pour les bêtes allant du Domaine de Certes (commune d’Audenge) à celui de Fleury (commune du Teich), ce qui fait un jardin de 200 hectares. Voici donc notre jolie bête sur le Bassin d’Arcachon, où elle côtoie la tout aussi classique Blonde d’Aquitaine. L’éleveur a installé sa ferme à Graveyron (domaine contigu à celui de Certes, j’en parle ici parfois) et complète son élevage par celui de veaux sous la mère. En choisissant la bazadaise, il a tiré la bonne pioche : elle est réputée pour vêler facilement, et peut avoir un veau par an.
Actuellement, on peut donc voir ses vaches brouter l’herbe tendre du delta de la Leyre. Un élevage bio, même si le propriétaire n’en a pas encore demandé le label. Ses vaches entretiennent le paysage, et aident à la lutte contre une plante invasive en la piétinant (le baccharis, qui « bouche » le paysage sur les sentiers du Domaine de Fleury). Voici quelques unes des vaches de cette exploitation, photographiées dans le Domaine de Fleury, en mars de cette année pour la photo de gauche, au week-end dernier pour celle de droite :

—> à cliquer :

Street art [21]

Voir loin

Ce que j’aime dans mon pays de plaine, c’est la vue dégagée loin loin jusqu’à l’horizon, même quand je ne suis pas face à l’océan. Des prés, des prairies, une rivière, ici le Domaine de Fleury près du Parc Ornithologique du Teich. Ce ne fut pas une balade avec beaucoup d’animaux visibles, mais ce fut une balade avec de grands espaces, un ciel qui n’en finit pas. Une balade pour respirer.

Pif à Pau

Pif n’est pas un héros tout jeune. Quand j’étais mouflette, je lisais et adorais les aventures du Pif en miniature : Pifou, dont les avis sur le vaste monde se résumaient en « glop » et « pas glop ». Pif était (et est encore, j’ai vérifié pas plus tard que la semaine dernière) un héros de L’Huma. Dans certaines rues de Pau, un Pif au pochoir brandit le poing. Un Pif furax contre le monde. Un Pif prêt à agir.

Mise à jour (12 novembre) : voilàtipa que je m’as trompé. Y’a eu gourance dans l’identification du héros, preuve que je n’ai pas bouquiné du Pif depuis depuis … oh oui, au moins. Donc, une amie attentive et attentionnée me signale qu’il s’agit d’Hercule et non de Pif. Merci. « Hercule à Pau », ça sonne moins bien que « Pif à Pau », non ?

Le Boulevard des Pyrénées

A la fin du XIXe siècle, Pau est la ville chic où il est de bon ton de venir respirer le bon air de la montagne. Il est vrai que, de la partie haute de la ville, on peut avoir une superbe vue sur le massif. Ou pas (voir à ce sujet la petite note d’hier). Il manque néanmoins, en cette fin de XIXe siècle, une promenade permettant à ces messieurs-dames, aux poumons délicats mais au porte-monnaie bien garni, de déambuler au soleil en montrant ses nouvelles toilettes achetées à Paris (parce-que la province a quand même ses limites). Cette promenade se concrétise en 1900 : c’est le fameux Boulevard des Pyrénées (localisation).

Le projet est celui de Alphonse ALPHAND, à qui HAUSMANN avait confié l’aménagement des parcs et promenades de Paris. Il s’agit de créer une longue et large esplanade sur la partie haute de la ville, et de la border d’une rambarde. Le tout est orienté plein sud.

Les immeubles bâtis le long de ce boulevard sont globalement dans l’esprit des stations de villégiature de l’époque. D’ailleurs, le boulevard des Pyrénées a été pensé sur le modèle de la Promenade des Anglais à Nice. Certains bâtiments présentent néanmoins quelques originalités architecturales, comme cette espèce de petit clocheton sur le toit :

A partir du moment où les belles dames et les beaux messieurs purent venir en train, il fallut relier la gare, située dans la vallée, à la ville haute. Pas question pour ces gens fragiles d’attaquer des marches d’escalier. De ce fait, un funiculaire entra en service en 1908, permettant de se hisser sans effort le long d’une pente à 30%.

Le funiculaire existe toujours aujourd’hui, même s’il a connu des hauts et des bas (sans jeu de mot) tout au long du XXe siècle. Il n’a ainsi pratiquement pas fonctionné dans les années 1970 pour des raisons de sécurité. Depuis 1978, son accès est gratuit. Actuellement en maintenance annuelle (photo à l’annexe), il est remplacé par des « funiculettes », qui ressemblent à s’y méprendre aux voiturettes que l’on trouve sur les golfs.

Street art [20]

Chercher les Pyrénées

Avant-hier, balade à Pau. Vue directe sur la chaîne des Pyrénées, sous réserve que celle-ci ne soit pas noyée dans un ciel crasseux. Or, Météo-France annonçait des chutes de neige à partir de 1200 m, et, soyons honnêtes, je ne voyais les Pyrénées au loin, derrière les collines colorées d’automne, que parce-que je savais qu’elles étaient là :

Je force le zoom. C’est le début de l’après-midi, le temps hésite entre le bleu propagande (qui arrive) et le gris du midi. Ces ombres, là-bas, sont bien celles de la plus belle montagne du monde, je me demande même si je ne distingue pas le massif de l’Ossau :

Deux heures plus tard, le temps est clair sur la ville. Mais il y a encore ce côté « ombre chinoise », tout à fait banal en après-midi quand on regarde vers le sud. Les nuages sont bien présents sur la chaîne, mais on distingue vaguement les reliefs et même la neige :

Street art [19]

Manège de crise

Hier j’étais à Pau, ville de plus de 80 000 habitants au ras des Pyrénées (carte postale à l’annexe). Une fête foraine occupe une partie du plus grand parking de la ville jusqu’au 18 novembre. Avec les vacances scolaires et une météo clémente, je me dis que les manèges, même s’ils sont plus modestes qu’à Bordeaux, vont tourner à plein régime. Or c’est une vision pathétique, triste, qui s’offre à moi à la tombée de la nuit.

Les stands et manèges attendent le client.

Quelques manèges classiques attirent bien quelques badauds, comme les auto-tamponneuses, mais sur la version « enfants » du même manège, une seul marmot faisait des ronds sur la piste.

Musique gueularde et ringarde, odeur de barbe-à-papa, le cocktail est pourtant là. Il y a bien trois grand dadais qui se laissent tenter par les sucreries, mais ils se contentent de regarder les « cadeaux » des jeux de hasard, et, peu de temps après je les entends négocier le prix d’un manège dit « à sensation ».

Dans un de ces fameux manèges, il y a au mieux quatre clients par tour. Et de longs temps de pause entre les tours. Certains manèges, qui avaient ouvert en fin d’après-midi, tirent le rideau très tôt, les machines à sous n’engrangent pas la moindre pépette.

La crise semble bien être passée par là aussi. Les tours de manège coûtent 5 euros pour les plus sophistiqués d’entre eux. Pour l’exploitant, cela semble raisonnable, et l’est assurément quand on pense au coût global d’une telle installation (achat, maintenance, transport). Mais pour le client lambda, les temps sont durs. Officiellement, la fête doit battre son plein tous les jours jusqu’à minuit. Hier, peu avant 20 h, seul un confiseur était encore sur le pied de guerre, les autres attractions avaient plié boutique.

—> à cliquer :

Collection # 168

Lune

C’est pas gagné !

Les grandes surfaces commencent à installer le rayon « Noël ». L’enfer des chocolats en boites moches, des décos même plus « made in China » parce-que le « made in China » devient trop cher, et surtout des jouets. Avec les bons vieux stéréotypes : poupées et poussettes pour les filles, voitures et jeux de construction pour leurs frangins. Désespérément banal.
Plus grave, les stéréotypes sexistes d’un autre temps sont officiellement enseignés aux enfants de l’école primaire, du moins ceux dont les instits se fient un peu trop aux conseils mis sur internet par le Ministère.
Je découvre ainsi par hasard qu’il existe un Dictionnaire des Ecoliers, dont la seule lecture donne le sentiment que la machine à remonter le temps existe bel et bien et qu’elle nous a ramenés au milieu du XXe siècle.
Le mot « femme » est ainsi défini de la manière suivante : « C’est une maman, une mamie ou une jeune fille. Elle peut porter des bijoux, des jupes et des robes. Elle a de la poitrine ». Voila voila. Toute définition devant s’accompagner d’un exemple, celui qui est choisi ne manque pas non plus de sel : « Miss France est la plus belle femme de France ». C’est la grande gigasse emperlousée porteuse de grands chapeaux qui a du dicter la phrase. Cela dit, l’exemple destiné aux plus grands (CE2, CM1 et CM2) vaut aussi son pesant d’après guerre : « Cette femme va souvent acheter son pain dans la boulangerie de ce village ». Pour nos marmousets urbains, c’est sûr que c’est l’exemple le plus parlant ! Quant au mot « fille », par lequel je voulais poursuivre mon instructive balade, le dico n’en propose aucune définition !

Mise à jour (6 novembre) : l’info, hier, a fait le buzz et mis le bazar. Hier soir, le Ministère a fermé le site. Info à lire sur Rue89. Intéressant tout de même d’apprendre que ces définitions étant en fait celles d’enfants. Belle image bien ringarde que leur transmettent leurs familles !

De la concurrence pour Halloween

Très sincèrement, les fêtes religieuses, quelle que soit la religion, me touchent guère. Et donc, à tout prendre en ces temps d’automne, je trouve plus ludique la commerciale Halloween que la vieille Toussaint pluvieuse qui la suit de quelques heures. Certes, le grand dadais déguisé en Dark Vador, que j’ai croisé hier soir, m’a semblé plus ringard que drôle avec son faux sabre laser et son panier à friandises. D’ailleurs, la fête d’Halloween, qui s’est imposée tardivement en Europe continentale, me semble déjà vieillie, dépassée. C’est à ce titre qu’elle finit elle aussi par me laisser indifférente, après m’avoir tout de même donné le goût de la soupe au potiron, ce qui n’est pas rien.
Bref, tout ça pour dire qu’Halloween n’est qu’un effet de mode. Or cette mode bien païenne de couleur orange, gêne vaguement les autorités religieuses allemandes. En effet, la date du 31 octobre y coïncide avec la fête de la Réformation, moins sexy et moins colorée. Les luthériens commémorent alors le début de la réforme protestante, qui fêtera ses 500 ans le 31 octobre 2017. Et là, pas question que les citrouilles, les bonbons et les gosses attifés en zombies mettent le bazar dans les rues à l’heure du recueillement : on remballe le tout et on le colle devant la télé à re-re-re-revoir La Famille Addams, et basta ! Evidemment, l’argumentaire des dignitaires religieux s’appuie sur des bases plus spirituelles : Luther ne fut-il pas un des premiers à dire aux hommes qu’ils ne devaient pas craindre les esprits ? Sûr que ça la fout mal si des pseudo-fantômes crient « hou-hou » avec un drap sur la tête. Sauf que pour les marmots, le gars Luther manque un peu d’humour, pour tout dire il fait un peu vieux jeu. Certes, il y a déjà des bobines dudit Luther incrustées dans des bonbons de couleur orange, mais cela suffira-t-il à ramener la marmaille du côté des voies du seigneur, surtout si elles s’éloignent de celles des supermarchés ?
Très sincèrement, le débat me laisse indifférente. Ce qui me surprend davantage, c’est qu’il est aujourd’hui à la une de la Gazette de Berlin, qui m’avait jusque là peu habituée à cette thématique. On y apprend ainsi qu’un contre-Halloween existe depuis six ans : c’est la « nuit de l’Eglise », qui attendait hier 100 000 jeunes. J’ignore si le chiffre a été atteint …
Cela dit, et c’est le même article qui file l’info, la commerciale mais innocente Halloween gêne aussi en France : le maire du Puy-en-Velay vient d’y mettre le holà, prétextant que cela pouvait gêner le recueillement propre à la Toussaint. Soit.
Et enfin, pour casser définitivement une éventuelle magie hallowinesque, rappelons que la citrouille ne fut que tardivement convoquée dans le rôle de Jack-O’Lantern. A l’origine, on creusait des navets.