Street art [18]

L’honneur des passeurs

Quinze Allemands ont été décorés avant-hier de la croix du mérite. Quinze Allemands qui se sont distingués au temps de la guerre froide pour avoir aidé des compatriotes de RDA à passer en RFA. Reconnaissance bien tardive.
Le mur de Berlin, est-ce la peine de le rappeler, a été construit non pas pour garantir la paix ou pour empêcher que les Allemands de l’Est soient contaminés par les idées délétères de l’Ouest, mais bien pour empêcher l’hémorragie de ces mêmes Allemands fuyant le paradis communiste pour l’enfer capitaliste. La brèche de Berlin, ville « libre » en plein cœur de la RDA, était effectivement un point de passage facile et largement utilisé. D’où la coupure physique du 13 août 1961 : le mur coupant Berlin en deux, empêchant concrètement les ressortissants de RDA de sortir de leur patrie bienveillante. Dès la pose des premiers parpaings, des premiers barbelés, des Allemands de l’Est ont fui vers l’Ouest. Ce sont notamment ceux-là qui ont ensuite organisé la fuite d’autres Est-Allemands, membres de leur famille ou pas. Mais il y eut aussi d’autres passeurs, purs produits de la RFA, qui ont agi pour des raisons idéologiques.
Parmi ces gens se trouve Hasso HERSCHEL, qui a permis le passage de 29 fugitifs via un tunnel les 24 et 25 septembre 1962. Le plus difficile ne fut d’ailleurs a priori pas la construction dudit tunnel, mais l’information de son existence envers les Berlinois de l’Est. Dans l’hiver 1962-1963, accompagné d’étudiants, il creuse une deuxième tunnel, mais cette fois son projet échoue : la stasi est dans la place. Il ne baisse pas les bras et parvient à faire passer d’autres Est-Allemands dans le bloc de l’Ouest jusqu’en 1972, mais plus par Berlin : il utilise la possibilité qu’ont les citoyens de voyager dans les démocraties populaires pour faire franchir clandestinement la frontière entre la Hongrie (un des lieux de vacances préférés des Allemands de l’Est) et l’Autriche.
Dans un même ordre d’idée, citons aussi le cycliste Harry SEIDEL qui, en 1962, a creusé un tunnel de 18 mètres juste de part et d’autre du mur, celui-ci reliant deux caves.
Le record du nombre de passage revient peut-être à Burkhart VIEGEL, qui a fait passer plus de 650 personnes de manières variées, dont un tiers dans une planque aménagée dans le tableau de bord d’une voiture (une grosse Cadillac, pas une ridicule Trabant !)
Certains passeurs ont payé très cher leur engagement : Dieter HOTGER et Hartmut RICHTER se sont ainsi faits prendre et ont été incarcérés dans la prison de la stasi. Ils n’ont du leur liberté qu’à l’action de l’Etat ouest-allemand, qui les a « rachetés ».

—> à cliquer :

  • une page consacrée à Hasso HERSCHEL sur le site du mémorial du mur de Berlin
  • deux articles de presse évoquant la remise de décoration aux quinze passeurs : l’un dans Slate, l’autre dans Le Figaro (c’est dans ce dernier article que l’on peut voir un schéma montrant la planque réalisée dans la Cadillac)

Collection # 167

Un week-end côté plage
Ile d’Oléron, 27-28 octobre 2012

Château sur catalogue avec pièce d’or cachée

Commune de St-Georges-d’Oléron. Une grande bâtisse du dernier quart du XIXe siècle : il s’agit du château Fournier, bâti en 1877 par un riche propriétaire terrien qui avait fait fortune dans le vignoble. Peut-être parce-que ce nouveau riche ne l’était pas au point de se payer un architecte perso, peut-être parce-qu’il était pressé, peut-être parce-que ce qui comptait c’était le « m’as-tu-vu », toujours est-il que cette bâtisse aurait été choisie sur catalogue. Un château standard, un peu comme les maisons de lotissement aujourd’hui. On raconte aussi qu’une pièce d’or serait planquée dans (ou sous) une tour. Aujourd’hui, ce château et son parc abritent une maison de retraite publique. Et si le personnel soignant organisait une chasse au trésor pour les pensionnaires ?

—> A cliquer :

Baba plante la tente

Cela fait une semaine pile poil que le tablier central du pont Bacalan-Bastide a été posé. Mais les travaux ne sont pas pour autant terminés, même si le plus dur est fait. Il faut désormais mettre en place le revêtement, faire les essais de levage, etc. Afin de protéger les ouvriers des intempéries, la partie centrale du pont a été totalement recouverte par une immense tente :

De plus en plus d’Indiens, de moins en moins d’Indiennes

Il y a des certitudes, parfois, qui tombent. Des espoirs déçus. On pourrait s’attendre qu’avec la hausse moyenne du niveau de vie, une transition démographique en voie d’achèvement, une modernisation rapide du pays, des lois démocratiques, une éducation plus poussée des filles, on pourrait s’attendre, disais-je, à ce que les vieilles lunes tombent en désuétude ; pour faire court : que les couples Indiens cessent de vouloir des garçons à tout prix et qu’ils abandonnent l’avortement sélectif des filles.
Or, et c’est un article d’Aujourd’hui l’Inde qui met le doigt là où ça fait mal, c’est le contraire qui se produit. Non seulement l’avortement sélectif des fœtus filles reste pratiqué malgré son interdiction depuis près de vingt ans, mais de plus en plus de couples y ont recours. Les régions autrefois peu concernées par le phénomène sont gagnées aujourd’hui, un peu comme si c’était une mode. Ces avortements sélectifs sont liés à la vieille pratique de la dot, pas plus légale que les avortements qu’elle provoque : en effet, pour se marier, une fille doit apporter une dot. C’est cher. Son mariage la fait passer dans la famille de son époux : c’est elle qui soignera ses beaux-parents lorsqu’ils seront âgés. Double perte pour ses propres parents. Cette pratique de la dot se maintient malgré la loi.
On pourrait penser que le niveau d’éducation des femmes les amènerait à avoir plus de considération pour leur propre corps et pour leurs descendance. Or, c’est le contraire qui se produit. Les femmes d’aujourd’hui ont certes moins d’enfants que leurs mères, mais, et les deux phénomènes sont liés, elles mettent tout en œuvre pour n’avoir que des fils, et ce d’autant plus qu’elles vivent dans un milieu aisé (là où on peut graisser la patte du toubib peu scrupuleux qui se charge de l’ « opération »). L’interdiction de révéler le sexe du bébé lors de l’échographie du 5e mois ne dépasse quasiment jamais le stade de l’affichette : les radiologues crachent la valda moyennant finances.
L’Etat indien tente en vain de stopper le phénomène. La loi ne suffisant pas, il offre des primes aux couples qui ont des filles. Mais cela est valable dans les campagnes, et, de toute façon, les nénettes pétées de thunes des beaux quartiers n’ont que faire de l’aumône gouvernementale.
Au final, le sex ratio de l’Inde est de plus en plus déséquilibré. Les conséquences sont déjà désastreuses : le manque de femmes entraîne des violences. Pour trouver chaussure à leur pied, des hommes sont prêts à toutes les bassesses. Les enlèvements, les viols, voire la vente de femmes, sont de moins en moins rares. Quelques régions résistent un peu mieux à ce phénomène car ce sont les femmes qui sont propriétaires de la terre : sans elles, pas de transmission de patrimoine. Si ce système se généralisait, si la police avait les moyens réels de faire appliquer les lois, si les mentalités se débarrassaient du poids des traditions, si …, si … si … On mettrait le Taj Mahal en bouteille et on n’en parlerait plus !

Street art [17]

Filières suspendues

C’est un projet censé sauver les huîtres de toutes les calamités, et donc les ostréiculteurs aussi. Sur l’île d’Oléron, les bébés huîtres meurent, les pertes peuvent être énormes. Une idée a donc germé : et si on élevait les huîtres en pleine mer, via tout un réseau de cordes appelées « filières » ?
Ce projet est censé voir le jour sur la commune de St-Georges-d’Oléron, plus précisément dans l’anse de la Malconche :

 

Parmi les arguments des promoteurs du projet, certains tiennent mieux la route que d’autres. Dire, par exemple, que c’est le mode d’élevage des huîtres le plus courant au monde ne me semble pas suffisant pour étayer le projet. Il se pourrait, par contre, que les huîtres ainsi élevées restent en bonne santé et que, si elles tombent malade, elles transmettent moins leurs vilains germes aux copines. Soit. A ceci près que cela n’est pas sûr à 100 %. N’est pas sûr du tout.
Le projet est en partie porté par des élus locaux, sauf ceux de St-Georges. On est surpris ! En fait, cette histoire de filières renferme plus d’inconvénients que d’avantages : seule une minorité friquée d’ostréiculteurs pourrait bénéficier de la manne promise (si tant est qu’elle existe), le paysage serait pour longtemps enlaidi, la plage moins utilisable, d’où perte sèche pour le secteur touristique. La plage, la  voilà, ou plutôt en voilà un petit bout car elle est très longue, rien que du doux sable fin, le tout bordé par une forêt qui sent bon :

La qualité de l’eau s’en ressentirait : l’huître, comme tout animal, fait caca. Et des huîtres sur 400 ha, ça fait beaucoup de déjections.
Les handicaps étant clairement perçus par la population locale, celle-ci s’est dressée contre le projet. Manif, tracts, etc. Pendant un temps, la bataille a semblé perdue : l’arrêté préfectoral autorisant la mise en exploitation de ce joli lieu pour l’huître en filières a été signé en décembre 2011.
Mais les riverains n’ont pas baissé pavillon et ont obtenu un début de victoire, même s’ils n’ont pas encore gagné la guerre. Le tribunal administratif de Poitiers vient en effet d’annuler l’arrêté préfectoral, ce qui empêche toute mise en place concrète desdites filières.

Collection # 166

Octobre à Bordeaux

Le Mali à la sauce « taliban »

En écoutant Erik ORSENNA décrire la situation faite aux habitants du Mali, j’ai eu l’impression d’entendre la description du régime taliban en Afghanistan. C’était hier soir, dans la première partie de « 28 minutes », l’excellente émission d’Elisabeth QUIN sur Arte. Erik ORSENNA, de retour d’une mission de l’UNICEF au Mali, a été d’une précision glaciale ; ce qui se passe actuellement dans ce pays coincé entre la pauvreté endémique, des communautés qui ne s’entendent pas forcément, et surtout les bandits d’AQMI qui font régner la terreur, devrait faire bouger la communauté internationale. Quelques faits parmi d’autres tout aussi sordides, soi-disant justifiés par la religion musulmane, ce qui est évidemment bidon :

  • 300 000 enfants sont désormais déscolarisés. Ceux qui fréquentent encore l’école sont très majoritairement des garçons, les filles étant alors reléguées au fond de la classe ;
  • Hors de l’école, les enfants n’ont plus réellement la possibilité de jouer : des marmots de 8 ans, jouant dans une rivière, ont été tabassés ;
  • Les femmes ne peuvent sortir qu’entièrement voilées. Si le voile est mal mis, on les menace de leur couper les oreilles ;
  • La musique est interdite, y compris comme sonnerie de téléphone portable ;
  • Les voleurs sont punis par l’amputation des pieds ;
  • Le viol, y compris sur enfants, est devenu banal ;
  • Les gamines de 14 ans sont mariées de force, violées par des hommes qui se prétendent tous être leurs maris ; etc.

Il est bien évident qu’aucune religion au monde ne préconise tant de haine et de violence. Comme le disait Erik ORSENNA, les soi-disant djihadistes qui sévissent au Mali sont des gangsters.

Un bout de Baba bouge dans le brouillard

C’est un de ces matins d’automne où le paysage disparaît dans un brouillard crasseux. Et pourtant, il faut bien emmener le tablier du pont Baba à son point d’ancrage, histoire qu’il soit fin prêt pour être installé mardi. Trois remorqueurs et deux pousseurs sont conviés pour la manœuvre. Celle-ci prend un certain temps, long, le convoi avançant moins vite qu’un humain marchant d’un bon pas. Il faut d’abord lutter contre le courant de la fin de marée montante, puis négocier le virage sans lequel le Port de la Lune porterait un autre nom. L’ensemble finit enfin par se positionner au ras du pont, pile au moment où le brouillard daigne enfin se lever. Petit résumé en 16 images :

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Le puzzle Baba a rassemblé toutes ses pièces

Le chantier du pont levant Bacalan-Bastide touche théoriquement à sa fin. La travée centrale, plus longue qu’un terrain de football, doit être mise en place mardi et attachée à ses câbles.
Son arrivée jusqu’à Bordeaux fut assez mouvementée, et donc retardée : deux tempêtes ont obligé la barge qui la transporte à faire arrêt entre le chantier d’où elle est sortie, près de Venise, et l’estuaire de la Gironde. Le premier arrêt eut lieu en Méditerranée, plus précisément en Sardaigne, mi-septembre. Puis une autre tempête l’obligea à faire escale un peu au sud de Lisbonne. Même son arrivée à Bordeaux hier ne fut pas sans encombre : en raison du vent et des forts courants dans la Garonne, elle ne put finalement pas accoster à l’endroit prévu, en rive droite, mais fut provisoirement solidement attachée en rive gauche au niveau de la place des Quinconces. D’après ce que disait un vigile posté près de la barge, la manœuvre entraîna un choc (visible mais minuscule, du genre que tu ne fais pas réparer si cela se produit sur ta voiture) nécessitant la venue des ingénieurs, afin de vérifier que ce morceau essentiel du pont pourra bien être installé en temps et en heure. Normalement, la barge doit changer de rive demain et se positionner en attendant le jour J. Et comme mardi, il y a école, je ne serai pas là pour voir la manœuvre. Dommage.

Le marais des Bris

Toute une partie de l’île d’Oléron a été gagnée sur la mer. Les zones poldérisées constituent aujourd’hui un immense marais, utilisé notamment pour l’élevage des huîtres, mais aussi laissé à la faune et à la flore locales, celles-ci étant alors protégées. C’est le cas du Marais des Bris (37 ha sur la commune de St-Trojan), propriété du Conseil Général de Charente-Maritime depuis 1977, qui l’a aménagé afin que le public puisse déambuler entre les roseaux (espace signalé en rouge sur la carte) :

Au XIXe siècle, « Bris » s’écrivait alors « Bry ». Le chenal du Bry occupait à peu de choses près l’emplacement actuel du marais ouvert au public. Entre 1841 et 1886, le marais fut entouré de digues, afin de pouvoir le mettre en exploitation (les terres, riches en alluvions, y étant très fertiles).

La digue construite entre le marais et la mer porte le nom de son premier propriétaire : c’est la digue Pacaud, sur laquelle des écluses permettent d’évacuer l’eau du marais vers la mer. Eutrope Pacaud a eu bien du mal à bâtir sa digue : régulièrement, la mer y ouvrait des brèches. Néanmoins l’affaire est pliée en 1886, et les terrains asséchés peuvent dès lors servir de pâturage.

Aujourd’hui, ce marais abrite de multiples plantes, notamment des orchidées. C’est aussi un habitat privilégié pour les oiseaux limicoles, les sternes, les hérons, etc. Le marais permet en outre de filtrer les eaux pluviales avant qu’elles ne se jettent dans la mer, ce qui favorise l’élevage des moules et des huîtres.

Collection # 165

Sur la plage du Grand-Crohot
Lège-Cap Ferret, octobre 2012

Street art [16]

Les trois repas par jour, c’est sacré

L’INSEE vient de publier une étude assez complète sur les habitudes alimentaires des Français, intitulée Le temps de l’alimentation en France. Cette étude met en évidence un tableau assez contrasté voire paradoxal : d’un côté, elle montre que les trois repas par jour restent une évidence pour la plupart des Français. Le temps consacré aux repas est d’ailleurs important (plus de deux heures par jour). Le repas reste encore et toujours un moment de plaisir et de convivialité. Dans le même temps, cette étude pointe quelques travers de notre civilisation, toujours pressée par le temps et devant répondre à des contraintes multiples. Ces travers, qui ne sont pas sans conséquence sur la santé, sont, sans surprise, la part importante du grignotage et la destructuration des repas.
Regardons la chose dans le détail, en commençant par les aspects positifs. Le temps du repas, disais-je plus haut, dépasse les deux heures par jour, ce qui est en légère augmentation par rapport aux années 1980, et ce malgré la multiplication des fast-food, ces temples de la malbouffe. Ce temps gagné à table s’explique en partie par le moindre temps consacré à la préparation des repas : la malbouffe s’achète au supermarché et se réchauffe au micro-ondes. Les repas sont encore essentiellement pris à la maison, en famille, malgré les contraintes professionnelles, et plutôt à heures fixes, quoique un peu plus tard que dans les années 1980, surtout pour le dîner. Seul le petit-déjeuner déroge à cette règle, surtout chez les jeunes, qui sont très nombreux à sauter ce repas.
Passons maintenant aux choses qui fâchent. Les obligations liées au travail empêchent parfois de déjeuner. Ce point, accompagné du côté de plus en plus facultatif du petit-déjeuner, encourage le grignotage d’aliments bien gras et bien sucrés sortis tout droit d’une industrie agro-alimentaire peu scrupuleuse (cette chère huile de palme a de beaux jours devant elle !). Ce grignotage est surtout le fait des jeunes, et pas seulement parce-que les ados en pleine croissance sont de véritables estomacs sur pattes. Les inégalités sociales se traduisent aussi dans ce phénomène : on grignote plus quand on est ouvrier ou employé que quand on est cadre.
Au final, ces comportements induisent des problèmes de santé bien connus : le surpoids touche près d’un quart des femmes et plus d’un tiers des hommes. Le nombre de personnes obèse augmente, or le lien est désormais bien établi entre cette pathologie et le rythme alimentaire.
Si on résume : la situation est plutôt moins préoccupante en France que dans d’autres pays riches, mais les nouveaux comportements, concernant surtout les jeunes générations, risquent de noircir le tableau dans les années à venir.

—> Illustration : miniature du XVe siècle

Street art [15]

Faire copain-copain avec le coprin ?

C’est marrant, les champignons. Certains sont moches, lourdauds, mais fort goûteux, et d’autres, plutôt mignons, peuvent t’envoyer à l’hosto ou, dans le meilleur des cas, te laisser un très mauvais goût dans la bouche. Le champipi de ce soir fait partie de cette dernière catégorie (je rapporte ce que j’ai lu, courageuse mais pas téméraire).
Il s’agit du coprin-pie, très fréquent dans certains jardins publics girondins, en particulier le Parc Bordelais. De la famille passablement toxique des coprins, il n’est pas le plus dangereux, mais son odeur est réputée suffisamment nauséabonde pour qu’il écarte toute ambition culinaire, même chez la Famille Addams. Néanmoins, il contient des toxines qui peuvent réellement incommoder les personnes sensibles.
Certains coprins se mangent, mais avec tellement de précautions que je ne veux pas tenter l’essai. Le coprin chevelu, par exemple, doit être cueilli jeune, consommé dans les trois ou quatre heures qui suivent sa cueillette, et surtout ni congelé ni conservé sous aucune forme, ni même réchauffé. Le coprin noir d’encre ne doit surtout pas être consommé avec de l’alcool, car dans ce cas sa toxicité se révèle au format XXL.
Dans tous les cas, coprins dangereux ou pas, ce sont des champignons dont la durée de vie est très brève. Comme tous les champignons, mais plus encore que les autres, les coprins amassent les métaux lourds : les cueillir à proximité d’un lieu pollué ne fait qu’aggraver la toxicité de la chose.
Au final et en ce qui me concerne, le coprin-pie, comme les autres membres de sa famille, ne se prend qu’en photo, pas avec les doigts.

Collection # 164

Méduses
Ile d’Oléron, automne 2012

Mais si, ça se mange !

C’est une histoire de champignon, donc une histoire de saison. Dans les bouquins, il est décrit comme « sans intérêt », voire signalé par une casserole barrée. Casserole barrée, ça veut dire que le goût est désagréable, mais qu’il n’y a aucun danger à tenter le coup. Sur internet, les recettes de cuisine pullulent ! Allez y comprendre quelque chose ! Ce champipi est la vesse-de-loup, appelée aussi « lycoperdon », mais dans les deux cas, cela veut dire « pet-de-loup ». Dit comme ça, c’est effectivement moyennement engageant. En fait, il ne faut pas cueillir la vesse-de-loup à un stade autre que très très jeune (photo ci-dessous à gauche), car celle-ci se transforme en sac à poussières avec le temps (photo ci-dessous à droite).

Il faut donc choisir le champignon quand il vient de sortir de terre, alors qu’il est encore très blanc, y compris à l’intérieur. Il doit aussi être bien ferme. Il peut alors être cuisiné comme tous ses petits frères champignons comestibles, et si possible avec eux, car, en effet, il est assez fade. Mais sa texture est agréable, et, comme me le disait une amie spécialement consultée à ce sujet, il peut faire du volume quand la cueillette est modeste. Nous avons donc tenté la vesse-de-loup en omelette avec du cèpe, de la coulemelle et du cèpe de pin. Résultat très agréable.

Le « Ville de Bordeaux » à … Bordeaux

Malgré son nom et son immatriculation, le roulier « Ville de Bordeaux » n’avait jamais navigué en amont de Bassens, et n’avait donc jamais vu Bordeaux. Ce fut chose faite hier, et hier seulement. Le navire, long de 140 m, en imposait largement autant que le paquebot garé devant lui, et qui faisait pourtant 40 m de plus. Il faut dire que le paquebot ressemble à un immeuble moche des années soixante, alors que le « Ville de Bordeaux » sert à transporter les morceaux d’A380, c’est écrit dessus :

Les différents éléments, fabriqués dans diverses usines d’Europe, sont acheminés à Pauillac dans le « Ville de Bordeaux » et ses sister-ships, bien rangés dans un immense garage pouvant servir de terrain de foot à l’équipage lorsque le navire fait le trajet retour :

Le « Ville de Bordeaux » est sorti d’un chantier naval chinois en 2004. Depuis sa mise en service, il transporte en moyenne l’équivalent d’un A380 par mois (chiffre de 2005, c’est peut-être un peu plus aujourd’hui).

Une fois arrivé à Pauillac, il décharge les éléments de fuselage et les ailes de l’avion sur des barges : soit le « Breuil », soit le « Brion » (photo ci-dessous, prise hier aussi). Ces barges acheminent les éléments d’avion jusqu’à Langon, où l’avion prend la route afin d’être monté à Toulouse.

Street art [14]

La place de l’herbe de la pampa, c’est … la pampa !

La pampa est un paysage typique de l’Argentine. Un petit air d’Amérique latine, de voyage, d’exotisme. C’est peut-être cela qui a motivé, et qui motive encore, celles et ceux qui plantent des herbes de la pampa dans leur jardin. Et puis il parait que ça fait joli, les grands plumeaux blancs qui peuvent grimper à quatre mètres. La seule plante (en dehors des arbres) pouvant atteindre une telle hauteur sur l’île d’Oléron devrait être la rose trémière, et rien d’autre. En effet, les patrons de campings (et ce n’est pas ce qui manque sur l’île), les particuliers, les municipalités elles-mêmes pendant un temps, ont vu un bon moyen de faire de la déco dans cette plante tape-à-l’œil et peu onéreuse (des plants entre 3 et 14 € sont en vente sur le net).
Et la plante s’est plu. Elle a aimé aussi bien les zones humides des marécages que les zones plus sableuses. Elle a donc essaimé et est aujourd’hui une menace pour la biodiversité de l’île. Elle appauvrit les pâturages, entre en concurrence avec des espèces végétales locales. Tout arracher relève de la gageure pure et simple, indépendamment même du coût exorbitant de l’entreprise. La Communauté de Commune de l’île d’Oléron a édité une plaquette, disponible en pdf, mettant en garde les habitants  afin qu’ils limitent la progression de leurs propres herbes de la pampa (par arrachage des jeunes plants) et surtout qu’ils n’en plantent pas de nouvelles.

Collection # 163

Araignées
Ile d’Oléron, septembre 2012

Quasimir et Ulrich nettoient la plage

A la fin des années 1970, il restait à peine une soixantaine de baudets du Poitou en France. Grâce à des mesures de protection et de reproduction, il y en a aujourd’hui un peu plus de 1000. Si, comme son cousin l’âne, le baudet du Poitou a bien failli disparaître, c’est parce-qu’il ne servait plus à rien dans le cadre des activités humaines. Auxiliaire des travaux agricoles et de la vie à la campagne, pouvant notamment transporter des charges, l’âne a vu ses effectifs fondre face aux assauts conjugués de la modernisation des moyens de transport et de la mise en place de l’agriculture intensive.
Sur l’île d’Oléron vivent quelques spécimens du baudet du Poitou, qui ressemble à un âne mais avec une tête plus grosse, du poil dans les oreilles et un gros manteau de fourrure sur le dos, même en été. Parmi ces spécimens, deux viennent de trouver un job, mais leur période d’essai n’est pas terminée : Ulrich et Quasimir participent au nettoyage des plages, celles-ci étant salies par les activités humaines (beaucoup de déchets viennent de l’océan, le golfe de Gascogne, en position de cul-de-sac, récupère tout ce qui tombe des bateaux). Le rôle du baudet est de porter sur son dos d’immenses sacs contenant les détritus que les auxiliaires humains récoltent sur la plage. Si l’expérience est concluante, en plus d’être écologique et sympathique, elle pourrait être étendue à un secteur plus vaste.

—> A cliquer :

Appelons-le « sturnus vulgaris » et n’en parlons plus

Retour sur une note de la semaine dernière : le tékitoi. Souviens-toi, ami lecteur, à quel point j’étais embêtée face à un piaf genre merle portant un tablier noir à pois blancs. J’avais fureté un peu partout, cherché de l’exotique, du compliqué, voire du « pas de chez nous » victime du réchauffement climatique. Le piaf était bien plus simple, du moins c’est ce que m’appris une amie de la famille des « chasseurs-cueilleurs » (et surtout de la catégorie des observateurs, spécialiste es zozio). Sa réponse fut simple et rapide : c’est un sansonnet. Un brave spécimen de la famille des étourneaux, « sturnus vulgaris » dans la langue de ma classe de 5e, c’était il y a longtemps, j’en conviens.
L’étourneau sansonnet avait, semble-t-il ce jour-là, revêtu sa tenue d’automne. Et oui, le plumage de la volaille évolue selon la saison. Son bec lui-même a perdu son jaune-orangé de l’été. C’est un oiseau chanteur, capable d’imiter certains bruits, comme un klaxon par exemple (j’attends d’entendre de mes oreilles à moi pour confirmer). Il est capable d’habiter à peu près n’importe où, voire de migrer à l’occasion. Il n’est pas difficile à table, capable de boulotter tout ce qui se grignote et se dévore, y compris des crustacés s’il vit au bord de la mer. Bref, le bestiau ne rencontre pas de problème d’adaptation, acceptant sans problème la présence humaine (la réciproque est moyennement vraie : n’oublions pas qu’il s’agit d’un étourneau, donc d’un monumental chieur au sens propre du terme).

—> A cliquer : la page consacrée au sansonnet sur le site oiseaux.net.