L’honneur des passeurs

Quinze Allemands ont été décorés avant-hier de la croix du mérite. Quinze Allemands qui se sont distingués au temps de la guerre froide pour avoir aidé des compatriotes de RDA à passer en RFA. Reconnaissance bien tardive.
Le mur de Berlin, est-ce la peine de le rappeler, a été construit non pas pour garantir la paix ou pour empêcher que les Allemands de l’Est soient contaminés par les idées délétères de l’Ouest, mais bien pour empêcher l’hémorragie de ces mêmes Allemands fuyant le paradis communiste pour l’enfer capitaliste. La brèche de Berlin, ville « libre » en plein cœur de la RDA, était effectivement un point de passage facile et largement utilisé. D’où la coupure physique du 13 août 1961 : le mur coupant Berlin en deux, empêchant concrètement les ressortissants de RDA de sortir de leur patrie bienveillante. Dès la pose des premiers parpaings, des premiers barbelés, des Allemands de l’Est ont fui vers l’Ouest. Ce sont notamment ceux-là qui ont ensuite organisé la fuite d’autres Est-Allemands, membres de leur famille ou pas. Mais il y eut aussi d’autres passeurs, purs produits de la RFA, qui ont agi pour des raisons idéologiques.
Parmi ces gens se trouve Hasso HERSCHEL, qui a permis le passage de 29 fugitifs via un tunnel les 24 et 25 septembre 1962. Le plus difficile ne fut d’ailleurs a priori pas la construction dudit tunnel, mais l’information de son existence envers les Berlinois de l’Est. Dans l’hiver 1962-1963, accompagné d’étudiants, il creuse une deuxième tunnel, mais cette fois son projet échoue : la stasi est dans la place. Il ne baisse pas les bras et parvient à faire passer d’autres Est-Allemands dans le bloc de l’Ouest jusqu’en 1972, mais plus par Berlin : il utilise la possibilité qu’ont les citoyens de voyager dans les démocraties populaires pour faire franchir clandestinement la frontière entre la Hongrie (un des lieux de vacances préférés des Allemands de l’Est) et l’Autriche.
Dans un même ordre d’idée, citons aussi le cycliste Harry SEIDEL qui, en 1962, a creusé un tunnel de 18 mètres juste de part et d’autre du mur, celui-ci reliant deux caves.
Le record du nombre de passage revient peut-être à Burkhart VIEGEL, qui a fait passer plus de 650 personnes de manières variées, dont un tiers dans une planque aménagée dans le tableau de bord d’une voiture (une grosse Cadillac, pas une ridicule Trabant !)
Certains passeurs ont payé très cher leur engagement : Dieter HOTGER et Hartmut RICHTER se sont ainsi faits prendre et ont été incarcérés dans la prison de la stasi. Ils n’ont du leur liberté qu’à l’action de l’Etat ouest-allemand, qui les a « rachetés ».

—> à cliquer :

  • une page consacrée à Hasso HERSCHEL sur le site du mémorial du mur de Berlin
  • deux articles de presse évoquant la remise de décoration aux quinze passeurs : l’un dans Slate, l’autre dans Le Figaro (c’est dans ce dernier article que l’on peut voir un schéma montrant la planque réalisée dans la Cadillac)

Collection # 167

Un week-end côté plage
Ile d’Oléron, 27-28 octobre 2012

Château sur catalogue avec pièce d’or cachée

Commune de St-Georges-d’Oléron. Une grande bâtisse du dernier quart du XIXe siècle : il s’agit du château Fournier, bâti en 1877 par un riche propriétaire terrien qui avait fait fortune dans le vignoble. Peut-être parce-que ce nouveau riche ne l’était pas au point de se payer un architecte perso, peut-être parce-qu’il était pressé, peut-être parce-que ce qui comptait c’était le « m’as-tu-vu », toujours est-il que cette bâtisse aurait été choisie sur catalogue. Un château standard, un peu comme les maisons de lotissement aujourd’hui. On raconte aussi qu’une pièce d’or serait planquée dans (ou sous) une tour. Aujourd’hui, ce château et son parc abritent une maison de retraite publique. Et si le personnel soignant organisait une chasse au trésor pour les pensionnaires ?

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Baba plante la tente

Cela fait une semaine pile poil que le tablier central du pont Bacalan-Bastide a été posé. Mais les travaux ne sont pas pour autant terminés, même si le plus dur est fait. Il faut désormais mettre en place le revêtement, faire les essais de levage, etc. Afin de protéger les ouvriers des intempéries, la partie centrale du pont a été totalement recouverte par une immense tente :

De plus en plus d’Indiens, de moins en moins d’Indiennes

Il y a des certitudes, parfois, qui tombent. Des espoirs déçus. On pourrait s’attendre qu’avec la hausse moyenne du niveau de vie, une transition démographique en voie d’achèvement, une modernisation rapide du pays, des lois démocratiques, une éducation plus poussée des filles, on pourrait s’attendre, disais-je, à ce que les vieilles lunes tombent en désuétude ; pour faire court : que les couples Indiens cessent de vouloir des garçons à tout prix et qu’ils abandonnent l’avortement sélectif des filles.
Or, et c’est un article d’Aujourd’hui l’Inde qui met le doigt là où ça fait mal, c’est le contraire qui se produit. Non seulement l’avortement sélectif des fœtus filles reste pratiqué malgré son interdiction depuis près de vingt ans, mais de plus en plus de couples y ont recours. Les régions autrefois peu concernées par le phénomène sont gagnées aujourd’hui, un peu comme si c’était une mode. Ces avortements sélectifs sont liés à la vieille pratique de la dot, pas plus légale que les avortements qu’elle provoque : en effet, pour se marier, une fille doit apporter une dot. C’est cher. Son mariage la fait passer dans la famille de son époux : c’est elle qui soignera ses beaux-parents lorsqu’ils seront âgés. Double perte pour ses propres parents. Cette pratique de la dot se maintient malgré la loi.
On pourrait penser que le niveau d’éducation des femmes les amènerait à avoir plus de considération pour leur propre corps et pour leurs descendance. Or, c’est le contraire qui se produit. Les femmes d’aujourd’hui ont certes moins d’enfants que leurs mères, mais, et les deux phénomènes sont liés, elles mettent tout en œuvre pour n’avoir que des fils, et ce d’autant plus qu’elles vivent dans un milieu aisé (là où on peut graisser la patte du toubib peu scrupuleux qui se charge de l’ « opération »). L’interdiction de révéler le sexe du bébé lors de l’échographie du 5e mois ne dépasse quasiment jamais le stade de l’affichette : les radiologues crachent la valda moyennant finances.
L’Etat indien tente en vain de stopper le phénomène. La loi ne suffisant pas, il offre des primes aux couples qui ont des filles. Mais cela est valable dans les campagnes, et, de toute façon, les nénettes pétées de thunes des beaux quartiers n’ont que faire de l’aumône gouvernementale.
Au final, le sex ratio de l’Inde est de plus en plus déséquilibré. Les conséquences sont déjà désastreuses : le manque de femmes entraîne des violences. Pour trouver chaussure à leur pied, des hommes sont prêts à toutes les bassesses. Les enlèvements, les viols, voire la vente de femmes, sont de moins en moins rares. Quelques régions résistent un peu mieux à ce phénomène car ce sont les femmes qui sont propriétaires de la terre : sans elles, pas de transmission de patrimoine. Si ce système se généralisait, si la police avait les moyens réels de faire appliquer les lois, si les mentalités se débarrassaient du poids des traditions, si …, si … si … On mettrait le Taj Mahal en bouteille et on n’en parlerait plus !