Sainte-Bernique

Je savais que la bernique (appelée « patelle » ou « chapeau chinois » hors de notre belle Bretagne) se mangeait. Que sa coquille étant soudée au rocher, sa chair ne se desséchait pas à marée basse, mais que pour décoller la bestiole, il fallait s’armer de patience et d’un couteau. Je savais donc que cela était comestible, mais que la chair, coriace, doit être battue pour être agréables à nos quenottes de sapiens sapiens.
Ce que j’ignorais, c’est que ladite bernique fut dans des temps anciens objet de culte. La preuve nous est fournie par cette île tellement au large, en mer d’Iroise, que pour un peu on verrait l’Amérique : l’île d’Ouessant. « Qui voit Ouessant voit son sang », dit la sagesse populaire, qui a du mettre ses dictons au point un soir d’Halloween.
Sur l’île d’Ouessant, on a récemment retrouvé une bernique en bronze, ainsi que des milliers de coquilles de berniques dans une sépulture. L’équipe chargée des fouilles se demande si cet animal n’était pas utilisée dans le cadre d’un culte à la marée. C’est vrai que c’est bizarre cet océan qui est là à midi et qui a disparu pour l’apéro. Surtout pour des gens de l’Age du Bronze. Très accessoirement, cette découverte prouve que l’île d’Ouessant, bien que loin du continent, était déjà habitée il y a plus de 3500 ans. Et finalement, ce n’est peut-être pas si « accessoire » que ça, car cela pose la question des motivations d’un tel peuplement.

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