S’enfuir [2]

A partir du 13 août 1961, s’enfuir, pour les Berlinois de l’Est, cela veut dire « faire le mur ». Or, la construction devient, au fil du temps, de plus en plus sophistiquée et de plus en plus difficile à franchir. Il s’agit d’abord d’une palissade en béton armé de 3,5 m de haut, dont on peut voir des vestiges dans le mémorial de Bernauerstraße (localisation) :

Ce mémorial conserve d’ailleurs quelques morceaux du Mur, dans une sorte d’enclos :

Mais le Mur, c’est aussi beaucoup de vide (un no man’s land, de largeur variable selon les quartiers) et des dispositifs de surveillance, en particulier des miradors, que l’on peut voir aussi au Mémorial :

Mais ce sont aussi des mines antipersonnels, des chiens, des gardes ayant l’ordre de tirer, des projecteurs qui transforment la nuit en jour (très difficile pour les riverains, quelque soit leur côté de mur), et des projets de perfectionnement dans les cartons en 1989 : il était ainsi question d’installer des caméras infra-rouge, entre autres joyeusetés. Parce-que, malgré tous les efforts fournis par les fonctionnaires de RDA, plus de 5000 Allemands de l’Est parvinrent à passer de l’autre côté du Mur entre le 13 août 1961 et le 9 novembre 1989.

—> A cliquer : une page consacrée au Mur de Berlin sur le site Herodote.net

S’enfuir [1]

Avant 1961, la circulation entre les différentes zones de Berlin est libre. Les ressortissants de la RDA profitent de cette faille pour passer à l’ouest, ce que les dirigeants de RDA finissent par comprendre, d’où le Mur qui a empêché le pays de se vider totalement. Les ostalgiques d’aujourd’hui oublient sans doute cela : même si la RDA offrait des structures sociales solides, des soins gratuits et un job pour tous, c’était d’abord une dictature soumise au grand frère soviétique. Et donc, comme on peut le voir sur une des œuvres d’East Side Gallery, les Allemands de l’Est, tassés derrière le Mur, attendent. C’est la guerre froide (le téléphone rouge encastré dans le béton en témoigne), le monde est coupé en deux. Derrière le Mur, c’est gris et froid. Monde manichéen, donc.

De quoi rêvent ces gens au pied du Mur ? que voient-ils ? la vision de l’artiste est celle d’une société d’opulence, de bien-être matériel immédiat, mais aussi d’une société décérébrée, dans laquelle les humains ne sont plus que des automates prêts à tout acheter. L’enfer capitaliste, on vous dit. Et pourtant, ça pousse derrière le Mur, celui-ci se déforme, cet enfer-là, on le veut.

Collection # 145

Quelques boutons de roses
Jardin Public de Bordeaux, mai 2012

Oberbaumbrücke

Le pont que j’évoquais hier, c’est Oberbaumbrücke (localisation). Seul pont vraiment original de Berlin (le Routard va même jusqu’à dire « le plus beau »), qui enjambe la Spree entre deux quartiers encore suffisamment popu’ pour que je m’y plaise : Friedrischsain et Kreuzberg, ce dernier étant en partie le quartier turc, au ras du Mur au temps de la guerre froide, mais côté ouest (Friedrichsain est sur l’ancien côté Est). On est tout près d’East Side Gallery, dont il m’arrive de parler aussi ici. Pont original, disais-je :

Des tourelles, deux étages (un pour le ferroviaire, l’autre pour les piétons, les vélos et les voitures). Du pont en bois du XVIIIe siècle, il ne reste plus la moindre trace. Le pont que l’on a aujourd’hui sous les yeux a été entièrement restauré pour une somme très rondelette en 1994, soit pile un siècle après le début de sa construction dans un style néo-gothique mi-pataud mi-rigolo. En briques rouges, on ne peut pas le louper. D’ailleurs, le Routard, qui kiffe vraiment la chose, l’adore quand le métro aérien jaune passe sur ce pont rouge alors que le ciel est d’un bleu de propagande. Psychédélique, qu’ils disent :

Au temps du Mur, ce pont servait de point de passage (un de ces fameux checkpoints, qui ne s’appellent pas tous « Charlie ») et on ne pouvait y passer qu’à pied.
Pour ce soir, j’arrête là mes élucubrations germaniques : je joue du mac sur la terrasse et je commence sérieusement à servir de pitance aux moustiques, c’est désagréable. Si demain, ce blog est plein de boutons, faudra pas s’étonner.

Accroché au pont

A Berlin comme ailleurs, des gens tentent la survie façon SDF. Galères urbaines d’une société inégalitaire et égoïste : la nôtre. Voit-on encore le type ou la nénette qui tendent la main, qui réclament une pièce ? Parfois, on ne les entend même pas. Voix faible de honte, peut-être, mais plus simplement : on ne les entend plus. Ils font partie du paysage, comme le feu tricolore et l’abribus. A Berlin comme ailleurs. Sauf qu’à Berlin, le street art est chez lui. Et il met aussi en scène ces galères-là, les rendant finalement et scandaleusement plus visibles que quand ce sont des vraies gens qui font la manche. Celui-là, en survet’, casquette et baskets, est attaché à un pont, en rive gauche de la Spree :

On ne le voit pas du premier coup. Il faut tourner la tête, lever les yeux, se laisser interpeller : il a tellement l’air vrai, ce faux bonhomme, il a tellement l’air triste, tout replié sur lui-même. Poupée de chiffons, trois fois rien, à l’image aussi du peu de considération que nous pouvons avoir pour tous ceux qui n’arrivent pas à faire leur place dans notre société d’hyperconsommation.

Molecule Man

De loin, on voit une sorte de personnage qui marche sur l’eau. Un personnage avec des trous dedans, façon gruyère mais en alu. Et puis grand, très grand, très très grand puisqu’on le voit de très très loin.
De près, on constate que l’homme en alu troué n’est point seul. Ils sont trois, posés sur l’eau de la Spree, à Berlin. Molecule Man est l’œuvre de Jonathan BOROFSKY, un Américain doué dont les œuvres se vendent cher (un « Molecule Man volant » a été mis aux enchères à plus de 20 000 $ en 2011). Depuis 1999, le triptyque nage sur l’onde berlinoise, mais les premiers Molecule Men sont sortis de l’imagination de leur concepteur à la fin des années 1970.

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—> A cliquer : des photos montrant comment Molecule Man a été installé.

Collection # 144

Tramway jaune
Berlin, décembre 2008 et avril 2012