Une journée dans le marais [5]

Dûment sustentés et réjouis d’avoir papoté avec les ânes, nous nous remîmes donc en chemin, assez sûrs de nous et de notre lecture de la carte IGN au 1/25 000. Sauf que le marais, ça ressemble beaucoup à ça (copie d’écran de chez Google) :

Et pour s’y retrouver, il faut non seulement savoir lire, mais il faut aussi un peu de chance. Ceci dit, impossible de se perdre sur une île : en allant toujours tout droit, on arrive forcément à la mer. Mais comment aller toujours tout droit quand on bute sur de l’eau, quand le chemin se termine de manière abrupte, quand rien, pas même une vieille planche, ne permet d’enjamber le ruisseau pour passer sur le talus d’en face ? Le paysage que nous devions maîtriser était donc soit celui-ci :

… soit celui-là :

Demander son chemin ? mais à qui ? les aigrettes ne parlent pas ma langue … :

… et les bécasseaux refusent de parler en mangeant :

Ceci dit, nous ne risquions pas de mourir de faim. Une nasse, négligemment posée, attendait l’anguille :

Les chasseurs, bien organisés … :

… avaient stockés des canards :

Nous étions donc sauvés. Et même si nous devions errer jusqu’à la nuit, nous n’avions aucunement peur des sangliers dont nous voyions les traces.

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Une journée dans le marais [4]

Nous continuons notre balade, sans encore ressentir la moindre fatigue. Un trio pose pour nous, cherche à faire ami-ami : ce sont des baudets du Poitou. Si j’en crois la petite pancarte clouée à leur cabane, le plus âgé des trois a 25 ans. Rien d’exceptionnel : les ânes peuvent vivre jusqu’à 30 ou 35 ans, voire 50 ans pour les plus résistants (cas exceptionnels tout de même).

C’est après cette rencontre sympathique, accompagnée d’une légère collation (pour les humains, pas pour les ânes), que nous avons commencé à hésiter sur la route à suivre, puis à carrément nous perdre dans le labyrinthe du marais, sans vivres ni suffisamment d’eau potable pour tenir plus de quelques heures. Qu’allions-nous devenir ? A-t-il fallu tirer à la courte paille pour savoir lequel serait mangé ? Avons-nous été attaqués par une horde de sangliers sauvages à la nuit tombée ? Vous le saurez en lisant l’épisode 5 de cette palpitante série …

Une journée dans le marais [3]

Dans le marais, disais-je hier, sont affinées les huîtres. Le niveau d’eau des différents bassins est régulé par un système d’écluses a priori assez simple, mais la maîtrise de l’ensemble du système nécessite un certain savoir-faire :

On voit ainsi des paniers (ou des sacs) remplis du fameux mollusque :

Les temps sont durs pour les huîtres, et donc aussi pour les ostréiculteurs. Avec le froid de ces dernières semaines, certaines huîtres ont gelé, et se retrouvent dans le même état que si on les avait plongées dans un congélateur. Autant dire que beaucoup ne survivent pas à ces conditions drastiques (une étude de l’IFREMER portant sur l’hiver 1963, très froid lui aussi, a montré que la mortalité pouvait aller de 17 à 34 % des huîtres selon les endroits). Celles qui survivent voient leur système immunitaire fragilisé et peuvent stocker et permettre la prolifération de germes peu compatibles avec la consommation humaine. C’est donc une perte sèche de plus pour des ostréiculteurs déjà durement frappés par la crise actuelle liée à la forte mortalité des naissains. Prenons ainsi le quartier ostréicole situé le long du chenal d’Ors :

Un panneau indique clairement que le site est désormais sous vidéo-surveillance. Cela est lié aux nombreux vols, qui se chiffrent par tonnes, qui ont lieu dans les parcs depuis plusieurs années. Ces vols peuvent être le fait de voleurs ordinaires, qui savent que l’huître se vend de plus en plus cher, mais c’est malheureusement le plus souvent le fait d’ostréiculteurs aux abois, dont la production a été décimée par le virus ravageur ou qui ne savent plus ou ne peuvent plus travailler correctement sur leurs parcs, et qui, en dernier recours, tentent le tout pour le tout en piquant chez le voisin. D’où aussi la prolifération des clôtures autour des bassins :