Collection # 133

Dans le marais
Ile d’Oléron, février 2012

Voilà pourquoi je ne vais jamais en ville le samedi après-midi …

… même si les soldes sont finis, même si j’ai un couteau sous la gorge et un beretta sur la tempe. Un piège complet, un étouffoir à humains, que cette rue Ste-Catherine à Bordeaux. Les mêmes boutiques qu’ailleurs, un centre commercial en plein air, un temple de la société de consommation. C’est bruyant, ça pue, il fait trop chaud. C’est un hasard qui m’a amenée là samedi dernier. Chemin de traverse pris au bout d’une minute. Y-a-t’il vraiment des gens qui aiment cette ambiance-là ? Sont-ce les mêmes qui défilent en procession dans les allées d’Ikea ? S’agit-il de mes contemporains qui considèrent que la balade au centre commercial est LA balade par excellence, alors qu’on est si bien au soleil dans un jardin public ? Est-ce moi qui suis une extraterrestre ?

Une journée dans le marais [6]

Finalement, nous n’étions pas si perdus que ça. Mais, alors que nous discutions encore du chemin à prendre (nous lui tournions le dos, sots que nous sommes), nous avons vu ceci :

Un petit pont de pierres, certes un peu usé et redécoré par les lichens, mais joli tout plein. Et, si nous avions maîtrisé la cartographie, nous serions passés à côté sans le voir. Le gag, c’est que je suis totalement incapable de le retrouver, même sur une carte.
Chemin de retour, donc, avec des guiboles qui commencent à lancer des SOS. Mais peu importe. Un pinson nous regarde vaguement, de loin :

Et, à nouveau, nous croisons des brebis :

La boucle est bouclée, quatre heures après le départ. Happy end.

Une journée dans le marais [5]

Dûment sustentés et réjouis d’avoir papoté avec les ânes, nous nous remîmes donc en chemin, assez sûrs de nous et de notre lecture de la carte IGN au 1/25 000. Sauf que le marais, ça ressemble beaucoup à ça (copie d’écran de chez Google) :

Et pour s’y retrouver, il faut non seulement savoir lire, mais il faut aussi un peu de chance. Ceci dit, impossible de se perdre sur une île : en allant toujours tout droit, on arrive forcément à la mer. Mais comment aller toujours tout droit quand on bute sur de l’eau, quand le chemin se termine de manière abrupte, quand rien, pas même une vieille planche, ne permet d’enjamber le ruisseau pour passer sur le talus d’en face ? Le paysage que nous devions maîtriser était donc soit celui-ci :

… soit celui-là :

Demander son chemin ? mais à qui ? les aigrettes ne parlent pas ma langue … :

… et les bécasseaux refusent de parler en mangeant :

Ceci dit, nous ne risquions pas de mourir de faim. Une nasse, négligemment posée, attendait l’anguille :

Les chasseurs, bien organisés … :

… avaient stockés des canards :

Nous étions donc sauvés. Et même si nous devions errer jusqu’à la nuit, nous n’avions aucunement peur des sangliers dont nous voyions les traces.

Une journée dans le marais [4]

Nous continuons notre balade, sans encore ressentir la moindre fatigue. Un trio pose pour nous, cherche à faire ami-ami : ce sont des baudets du Poitou. Si j’en crois la petite pancarte clouée à leur cabane, le plus âgé des trois a 25 ans. Rien d’exceptionnel : les ânes peuvent vivre jusqu’à 30 ou 35 ans, voire 50 ans pour les plus résistants (cas exceptionnels tout de même).

C’est après cette rencontre sympathique, accompagnée d’une légère collation (pour les humains, pas pour les ânes), que nous avons commencé à hésiter sur la route à suivre, puis à carrément nous perdre dans le labyrinthe du marais, sans vivres ni suffisamment d’eau potable pour tenir plus de quelques heures. Qu’allions-nous devenir ? A-t-il fallu tirer à la courte paille pour savoir lequel serait mangé ? Avons-nous été attaqués par une horde de sangliers sauvages à la nuit tombée ? Vous le saurez en lisant l’épisode 5 de cette palpitante série …

Une journée dans le marais [3]

Dans le marais, disais-je hier, sont affinées les huîtres. Le niveau d’eau des différents bassins est régulé par un système d’écluses a priori assez simple, mais la maîtrise de l’ensemble du système nécessite un certain savoir-faire :

On voit ainsi des paniers (ou des sacs) remplis du fameux mollusque :

Les temps sont durs pour les huîtres, et donc aussi pour les ostréiculteurs. Avec le froid de ces dernières semaines, certaines huîtres ont gelé, et se retrouvent dans le même état que si on les avait plongées dans un congélateur. Autant dire que beaucoup ne survivent pas à ces conditions drastiques (une étude de l’IFREMER portant sur l’hiver 1963, très froid lui aussi, a montré que la mortalité pouvait aller de 17 à 34 % des huîtres selon les endroits). Celles qui survivent voient leur système immunitaire fragilisé et peuvent stocker et permettre la prolifération de germes peu compatibles avec la consommation humaine. C’est donc une perte sèche de plus pour des ostréiculteurs déjà durement frappés par la crise actuelle liée à la forte mortalité des naissains. Prenons ainsi le quartier ostréicole situé le long du chenal d’Ors :

Un panneau indique clairement que le site est désormais sous vidéo-surveillance. Cela est lié aux nombreux vols, qui se chiffrent par tonnes, qui ont lieu dans les parcs depuis plusieurs années. Ces vols peuvent être le fait de voleurs ordinaires, qui savent que l’huître se vend de plus en plus cher, mais c’est malheureusement le plus souvent le fait d’ostréiculteurs aux abois, dont la production a été décimée par le virus ravageur ou qui ne savent plus ou ne peuvent plus travailler correctement sur leurs parcs, et qui, en dernier recours, tentent le tout pour le tout en piquant chez le voisin. D’où aussi la prolifération des clôtures autour des bassins :

Une journée dans le marais [2]

La balade du matin n’était qu’une mise en jambe. L’après-midi, nous nous lançâmes dans une virée beaucoup plus longue, évaluée via un podomètre (de l’intérêt d’avoir des potes bien équipés) à 15 km. Nous avons donc gambadé sur la zone grossièrement peinturlurée en vert sur la carte ci-dessous :

Le départ s’est fait au niveau de la piste cyclable qui longe le camping « Montravail » (oui, sur Oléron, un lieu de vacances porte le nom de « Montravail », et ça ne l’empêche pas d’avoir des clients). Ce camping est notamment connu pour ses paons à la belle saison et ses chevaux toute l’année. L’un d’eux picolait l’onde moyennement pure du marais :

D’autres finissaient le repas de midi :

Au milieu de ces grands animaux, deux bernaches du Canada faisaient salon :

Le marais était là, immense, tracé au cordeau dans les temps anciens, celui des salines devenues (ou pas) bassins d’affinage pour les huîtres : ce sont les fameuses claires qui donnent leur nom et leur goût aux huîtres Marennes-Oléron. Tu noteras, camarade lecteur, que l’étang ci-dessous ne peut pas être une claire, vue sa végétation affleurante. Le marais, parfois, est un marais de sorcière.

Il n’y a pas que l’huître qui est élevée sur l’île. C’est bien une terre agricole, où l’on cultive la vigne, les céréales, des légumes extras (à acheter sur le marché de St-Pierre tous les matins sauf en hiver). On y élève aussi des brebis, qui protègent farouchement leur progéniture, ayant sans doute repéré en nous de potentiels mangeurs de gigots :

Une journée dans le marais [1]

Dimanche dernier, ciel bleu extraordinaire, peu de vent. Nous aurions pu faire bain de foule à la fête des mimosas, à St-Trojan. Mais les mimosas ont fané tôt (ou ont cramé sous l’effet du gel, mais le résultat est le même). Mais si on aime bien les bains, on n’aime pas trop la foule, et encore moins le bruit et les embouteillages associés. Nous avons préféré une double balade dans la nature, environ 15 km à pied l’après-midi dans le sud de l’île, avec échauffement en fin de matinée dans le marais proche du village de Sauzelle :


Balade brève mais relaxante dans ce qui fut un marais salant dans des temps anciens. Nous avons bien sûr cherché les oiseaux, mais le cygne a préféré fuir à notre approche (nos intentions étaient pourtant pures, promis) :


Et, comme toujours, là où l’eau est la moins profonde, les aigrettes tenaient meeting :

Collection # 132

Un samedi à la plage
Grande Plage de St-Trojan, Ile d’Oléron, 18 février 2012

Marcher sur les arbres

Le sable grignote tout, boulotte la végétation qui bordait la Grande Plage de St-Trojan, sur l’île d’Oléron. La plage recule sous l’assaut des vents et des courants, l’île finalement rétrécit. Là où, il y a quelques mois encore des pins maritimes étaient bien vivants, derniers vestiges d’une forêt bien visible il y a à peine plus longtemps, le sable a tout recouvert, ne laissant dépasser que quelques branches et pommes de pins.

Je vis dans une grotte

Le groupe s’appelle Debout sur le Zinc et le public est debout dans la salle : DSLZ, c’est un concert pour les djeuns. Mais pas que. Ce groupe de sept musiciens hilares, accros aux vrais instruments (violon, guitare, mandoline, accordéon, clarinette, …) sévit avec un immense talent depuis 1995. Ils ont fait le Zénith de Paris en janvier dernier, et je n’avais jamais entendu parler d’eux. Honte totale, mais corrigée depuis hier soir : les loustics se produisaient sur Bordeaux, plus exactement  à l’espace Treulon de Bruges, et j’y ai pris un immense plaisir. Pour info, ils sont ce soir à Cergy-Pontoise.

A ce jour, Baba en est là

Le dimanche du grand froid, une barge a apporté deux morceaux du tablier du nouveau pont bordelais, le pont Baba (et ceux qui préfèrent troquer ce nom rigolo contre celui d’un homme politique triste et mort sont priés de se taire). Mercredi dernier, jour des gosses (mais pas des travailleurs lambda, d’où mon absence), une des deux parties du tablier a été mise en place. Sa petite sœur attend sagement sur la barge, elle sera normalement installée demain (en mon absence aussi). Pour bien voir le chantier, il est conseillé de monter sur la terrasse de Cap Sciences (aux heures ad hoc) ou, plus simplement, au 2e niveau du parking H19.

Collection # 131

Meuuuuuhhhh !

Quand l’Allemagne doit de l’argent à la Grèce

Il pourrait s’agir de la rondelette somme de 81 milliards d’euros, ce qui n’est pas rien pour un pays exsangue comme la Grèce, où la population n’a plus que le choix de l’insurrection pour cesser de se faire pomper le sang par les vampires de la finance. Cette somme correspond à un emprunt contracté par l’Allemagne nazie lors de la IIe Guerre mondiale, auquel s’ajoute les intérêts jusqu’à aujourd’hui. Cet emprunt avait tout d’un vol et les nazis n’étaient pas suffisamment délicats pour daigner rembourser quoique soit, le peuple grec devant en mourir. On parle de 300 000 Grecs morts de faim pendant la guerre (La Gazette de Berlin annonce le double). Sans parler des déportations, des destructions, …
Bien sûr, l’Allemagne nazie n’est pas l’Allemagne d’aujourd’hui. Malgré toute l’antipathie que m’inspire madame Merkel, je trouverais abject de la comparer, même de loin en rigolant, à Hitler. Cette histoire était là avant elle, mais elle aurait tout à gagner à mettre les cartes sur la table … et les euros dans les caisses grecques.
Pourquoi cette dette n’a-t-elle jamais été remboursée ? tout simplement parce-que ce n’était pas prévu par les accords de paix de 1945. Il s’agissait alors de ne pas refaire les erreurs du Traité de Versailles, qui, en rendant le peuple allemand seul responsable du conflit et en lui faisant payer le prix fort, avait mené directement au nazisme et au deuxième conflit mondial. Donc pas question d’envoyer illico la facture à l’Allemagne, d’autant plus que, dans le contexte de la guerre froide naissante, une Allemagne économiquement forte devenait un excellent rempart contre le communisme. Un accord de 1953 prévoit néanmoins un paiement possible de la dette de l’Allemagne nazie si l’Allemagne est réunifiée, chose à laquelle on croyait assez peu. Arrive 1990 et la réunification : par un tour de passe-passe, l’Allemagne toute neuve échappe au paiement de la facture. Mais les archives, les historiens et les journalistes n’ont pas forcément la mémoire courte, et l’affaire ressort pile au moment où les Grecs, trahis et désespérés, mettent le feu à leur pays quand ils n’essaient pas purement et simplement de le quitter.

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Baba n’a pas peur du froid

Chantier du pont Bacalan-Bastide ce matin. Bordeaux s’est réveillé avec —9°C, mais qu’importe ; en milieu de matinée, les morceaux de la travée rive gauche du futur pont étaient à quai :


De loin, c’est déjà impressionnant, mais voir la barge et son chargement de près l’est encore plus. Le pont, métallique, semble finalement très fin, presque fragile :

Une chose est sûre, le froid l’émeut peu :


Une fois l’accostage achevé, les remorqueurs sont repartis lentement. La mise en place de la travée doit se faire dans les prochains jours :

Et si on se réfugiait au sud … de l’Islande ?

Ce n’est pas parce-qu’un pays est situé très au nord qu’il y fait très froid : l’Islande, bénéficiant de la clémence du Gulf Stream, affiche des températures hivernales tout à fait acceptables vue sa latitude, du moins dans sa partie sud, celle qui est urbanisée. La moyenne de janvier tourne autour de 0°C, ce qui, comparé au -8°C constaté dans mon jardin ce matin, fait presque rêver. Plus fort encore, actuellement, et tandis que l’Europe semble plongée dans un congélateur y compris dans sa partie méridionale (il neige à Rome !), l’Islande affiche des températures insolentes, pouvant aller jusqu’à 10°C en pleine journée :

Collection # 130

Bonhommes de neige
Bordeaux, 5 février 2012

Un fukushima, ça ne suffit pas

A 400 km au sud de Bombay, sur la côte occidentale de l’Inde, Areva a commencé la construction de la centrale de Jaitapur. Deux beaux réacteurs EPR tout neufs, alors que ce modèle n’a fait ses preuves nulle part puisque aucun réacteur de ce type n’est achevé. Mise en service prévu pour 2014. Du bon courant pour l’Inde qui se développe malgré la crise, de bonnes pépettes pour Areva. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes atomiques. Sauf que Fukushima est passé par là, et que le site choisi pour la centrale de Jaitapur ressemble beaucoup au site nippon.
L’Inde est le deuxième pays au monde exposé aux risques naturels. Si les inondations y tiennent la première marche sur le podium, les séismes arrivent juste derrière, et concernent le pays largement au-delà de la région hautement sismique qu’est l’Himalaya. La côte ouest est ainsi très vulnérable, et a, à plusieurs reprises, été touchée par des tremblements de terre d’inégale gravité. La Commission géologique de l’Inde a classé la région comme étant « à risque élevé ». 60 secousses y ont été relevées entre 1995 et 2005. Depuis les années 1990, trois séismes y ont dépassé la magnitude 5 de l’échelle de Richter. Un peu plus loin dans le temps, le séisme de 1967 y a provoqué la rupture d’un barrage.
A cette menace évidente, les autorités indiennes répondent que les réacteurs sont situés suffisamment loin de la ligne de faille : argument très discutable, la limite choisie par l’Inde étant 5 km ! L’installation se trouvant à proximité du littoral, le risque de tsunami doit aussi être envisagé, or les autorités indiennes et Areva font comme si Fukushima n’avait donné aucune leçon, niant avec une belle harmonie les risques réels. Les populations locales, déjà délogées de leurs maisons et de leurs exploitations agricoles pour construire la centrale, manifestent en vain : on ne va pas arrêter net la construction du plus grand complexe nucléaire du monde pour quelques zozos inquiets ! La police a reçu l’ordre d’exercer la plus grande fermeté, ce qu’elle accomplit avec un zèle exemplaire : 22 manifestants pacifiques ont été arrêtés et inculpés de crimes, j’ai bien dit de crimes. A cela s’ajoute la destruction programmée d’un milieu riche par sa biodiversité quasi-unique au monde. Une fois de plus, l’industrie nucléaire affiche le plus grand mépris pour les hommes.


—> A cliquer :

—> Illustration : les panaches de vapeur d’eau de la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne), vus d’avion en décembre 2011.

Une ville en mode « pause »

Météo-France l’avait bien dit : même la façade océanique aurait droit à la neige. Environ 5 cm ce matin à Bordeaux, pas de quoi totalement arrêter les badauds, mais une épaisseur suffisante pour bloquer les transports en commun, même le tram puisque ce dernier est alimenté par le sol en centre-ville. Le marché du quai des Chartrons n’accueillait qu’une toute petite partie des commerçants habituels, ceux-ci ayant nettement réduit la voilure : aucun stand n’avait sa taille habituelle, comme s’il fallait se recroqueviller pour avoir bien chaud. Au jardin public, sans s’être donné le mot, les familles alignent les bonhommes de neige. En ville, on cherche les endroits où la circulation n’a pas encore transformé la belle nappe blanche en immonde patouille. Même les ragondins, surpris, tentent de s’adapter. La neige ici, c’est rare et c’est joli.

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Plage avec mezzanine

Pointe du Ferret une fois encore. Bien couverts, malgré le vent dans le nez et la marée montante qui nous poussait vers le sable mou, nous avons tenu, marché moins loin que d’habitude, mais marché quand même. A chaque fois, le paysage est différent, façonné toutes les six heures par les mouvements de l’océan. Aujourd’hui, la plage prenait de la hauteur, de hautes et larges marches, comme des gradins pour assister au spectacle.

Est-ce un roitelet ?

J’ai un souci de piaf. Mes compétences ornithologiques frôlant avec le zéro, quand un passereau vient picorer dans la petite boule de graisse devant ma fenêtre, il m’arrive de rester interloquée. Le moineau, le rouge-gorge, le moineau, l’étourneau, c’est bon, je connais. J’ai même réussi à identifier le troglodyte mignon et mis un nom sur la bergeronnette. Mais là, je bloque :


Le petit oiseau est vraiment minuscule. Sa forme et certains traits de son plumage font penser au roitelet, sa manière, aussi, de partager sa gamelle avec la mésange :


Mais je doute. Si un connaisseur de piaf passe par là, j’apprécierai qu’il me mette sur la voie.

Collection # 129

Jeu de mains
Fontaine du monument des Girondins, Bordeaux, janvier 2012